Souvenirs de mer

26 octobre 2005

Pour le pape, et avec l’amiante

L’AMIANTE à TERRE et l’AMIANTE à BORD.
- Il était tout à fait inattendu pour moi en 1977 alors que j’étais élève de l’Ecole Nationale de la Marine Marchande de Nantes, qu’un jour je travaille pour le pape.
- Une conversation téléphonique récente cette semaine, m’a incité à évoquer ici cette insolite circonstance. En effet nous avons dû parler à la fois de l’amiante et du pape, ces deux "concepts" ont pourtant bien peu de choses en commun...

(corrigé le 1er septembre 2008)
- Voici une matière à réflexion très régulièrement d’actualité et ce n’est pas terminé ! On n’en voit pas le bout...

Symbole de l’Ecole "Hydro" de Nantes, l’Ecole Nationale de la Marine Marchande

1/ Durant l’Eté de 1996 le pape Jean-Paul II est venu en France. Il se trouve que je fus amené dans le cadre de mes fonctions d’ingénieur consultant à participer à la préparation de son séjour en France, d’où cet étrange rapprochement.
- Je me trouvais alors dans un contexte de travail "amianté", car ce n’est pas un problème uniquement maritime. C’est arrivé en travaillant de fait pour le pape...

Etre officier de la marine marchande peut mener à tout et n’importe où, puisque peu à peu le métier est en train de devenir réservé au tiers monde ou à qui acceptera n’importe quelles conditions.

Longtemps après avoir quitté la navigation, j’étais en mission chez FTM (France Telecom Mobiles) à Paris au sein du service du paramètrage "commutation" du réseau GSM français de France Telecom Itineris devenu Orange depuis 2000 avec les conséquences financières brillantes que l’on connaît.
- Qui je suis

En d’autres termes, dans les nombreux bureaux du grand immeuble "Périsud" situé près de la Porte d’Orléans et du fameux "périph", le paramètrage de chaque MSC (central téléphonique ou auto-commutateur GSM) du réseau de FTM était réalisé pour tout nouvel engin mis en service et surtout, il était mis à jour simultanément comme tous les autres.
- Le plus petit événement tel que la mise en service d’une nouvelle station de base GSM ou l’implémentation de nouveaux Trx par exemples, implique naturellement un ordre de travaux et son exécution rapide par tous les Centres d’Exploitations en région.

Lorsque la visite du pape et son grand meeting sur la base aérienne de Tours furent annoncés, il nous a naturellement fallu en tenir compte car tout rassemblement de foule implique la présence de beaucoup de téléphones mobiles, donc d’appels reçus et demandés.
- L’installation provisoire (sur camion avec un pylône démontable et ses haubans) de quelques stations de base GSM fut donc planifiée. Par suite, à Paris (en amont de tout) notre intervention fut nécessaire en parallèle avec les équipes de paramètreurs BSS (radio) et les "hommes du terrain".
- C’est ainsi que partant de l’école de la Marine Marchande on peut se retrouver plus tard "à travailler pour le pape"...
- Ce n’était plus alors l’expression désobligeante préférée de mon grand-père pour dire que certains employeurs se moquent des salariés. Nos conditions de travail étaient cependant dignes de cette appellation dans les deux sens.

Un souvenir marquant de l’affaire fut la façon dont j’ai dû intervenir pour venir à l’aide d’une collègue qui commençait visiblement à se sentir proche de la dépression nerveuse :
- Elle était en communication téléphonique avec le Colonel de Gendarmerie Responsable de la Sécurité de la foule sur le site. La pauvre fille manqua alors de fort peu "craquer", et le colonel manqua de fort peu s’entendre dire des choses extrêmement désagréables...
- Avait-elle vraiment su s’expliquer clairement ? Ou bien le colonel était-il un peu mal-comprenant ce jour-là ? No sé... Un peu des deux sans doute.
- Il s’agissait du paramètrage des numéros d’urgence pour chaque station de base locale, les stations permanentes comme pour les fameux "shelters mobiles avec pylône" qu seraient démontés après le meeting de la visite du pape.

En effet, l’auto-commutateur GSM doit (aussi) "savoir" tout cela. Peu de gens le savent, lorsque le commun des mortels "fait" le 112, le 15, le 17 ou le 18 (ou le 100 en Belgique par exemple) avec son téléphone mobile en cas de nécessité malheureuse, en réalité ce n’est pas ce numéro court 18 qui sera réellement "numéroté" derrière le dos du demandeur.
- Le MSC (l’auto-commutateur GSM) regardera immédiatement dans ses "tables" pour y trouver le vrai numéro des pompiers à tel où tel endroit, celui qui est le meilleur pour joindre le service d’urgence en fonction de l’endroit d’où vient l’appel, donc de la station de base qui "travaille avec" le mobile.
- Le cas est similaire pour le téléphone fixe.

Ce vrai numéro des pompiers, de la police, du Samu ou du fameux numéro d’urgence Européen 112, qui en France est celui des pompiers (sauf exception...) n’est naturellement connu que des intéressés et... Des "Télécom", c’est à dire nous, en d’autres termes de moi !
- Cela est sous réserve d’arriver à l’obtenir... Avant de pouvoir le "rentrer en paramètrage". Ces numéros, il NOUS les FAUT donc Absolument !

Donc avant de faire de la technique ce travail est très relationnel car il faut contacter tous les services "intéressés" et y trouver la personne qui "sait". Cela n’est pas toujours facile, car en général la réponse immédiate est : "Mais faites donc le 18 !"

Lancement du paquebot France

En France pour le 17, c’est selon la zone : la Police OU la Gendarmerie. Il arrive aussi parfois surtout en matière de police, aussi étrange que cela paraisse, que tous ces numéros soient gardés dans un petit dossier marqué "confidentiel", étant probablement répertoriés avec ceux qui le sont vraiment ! Pourtant, tout le monde doit pouvoir appeler ces numéros...

Alors là, c’est terrible. J’aime autant vous le dire, tant qu’on ne trouve pas le technicien local en charge de la téléphonie... (c.à.d. celui qui sait vraiment et comprendra de quoi il s’agit) Et bien il sera impossible de les obtenir, même en suppliant que c’est pour la sécurité, que c’est pour France Telecom Mobile et que, et que... Ce sera non !

Pour la visite du Pape et son meeting à la base aérienne de Tours, tout était provisoire naturellement. Pas question en effet de risquer saturer les services de la bonne ville de Tours ! Cette responsabilité devenait pesante.

Pour obtenir ces données, ma pauvre collègue commença à 08h30 et elle y était encore à 11h50, en ligne et "en finale" avec le colonel de Gendarmerie responsable de TOUT sur la sûreté des lieux...
- Celui-ci cumulant tous les aspects imaginables de la sécurité probablement inattendus pour nous, comme notre souci l’était pour lui, était un homme stressé qui n’écoutait pas vraiment ce qu’on lui racontait. Avec lui, cela se terminait invariablement tous les 20 minutes par :
- "Mais Madame ! Faites donc le 17 ! C’est plus simple !!" La collègue craquait. En plus, elle s’appelait Révolte, ce qui ne s’invente pas... Au désespoir et à bout de nerf, elle me le passa en ligne.

J’ai donc respiré, expiré, puis ai recommencé la manoeuvre à sa place. Maltraité à mon tour, j’ai compris ce qu’il fallait faire avec le Colonel. Il était temps car il commençait lui aussi à s’énerver...

Je l’ai donc peu à peu tiré par la manche, puis une fois convaincu qu’il s’agissait d’un tout petit problème technique qui ne le concernait pas (en m’excusant platement) et qu’il me fallait donc parler à quelqu’un du Service Télécom du CTGN, le Centre Technique de la Gendarmerie Nationale. J’avais déjà rencontré cet organisme avec Alcatel, ce qui me donnait des points d’avance.

Elle ne pouvait pas essayer cela la pauvre collègue, ignorant tout de ce qu’était le CTGN. En redescendant avec précaution au téléphone toute l’échelle hiérarchique, j’ai fini par trouver le petit gars "en charge". Celui-ci s’est donc vite "mis à table" et avoua sans difficulté toute sa table... A 13h15 cependant. Il faut savoir être patient.

J’ai par la suite été plusieurs fois le responsable de cette charge, devenant un grand spécialiste du sujet. Depuis 1996, à cause des nombreux et nouveaux opérateurs, l’ART a imposé la tenue à jour permanente d’une énorme table nationale informatisée consultable à distance. Cela fut imposé par la nécessité collective créée par l’ouverture à la concurrence.
- "Tenir" mes tables de numéros d’urgence n’était pas toujours facile. En plus, il fallait les vérifier un par un ! Il m’est en effet arrivé d’y trouver le numéro du club de pétanque des pompiers en retraite des Bouches du Rhône à Aix en Provence... Lorsqu’on a le feu chez soi ou un bel accident de voiture devant soi, c’est un peu pénible même s’il s’agit quand-même des pompiers ! Il est aussi arrivé de trouver un bar louche à la place du 17.
- Qui va comprendre ?

Il vaut mieux en rire et je ne me gêne pas. Tel était le travail de France Telecom Mobiles à Périsud, immeuble privé abritant le cerveau de France Telecom Mobiles, qui fut un beau jour "coiffé" par une belle antenne GSM sur son toit par la ruse du facétieux service "déploiement" de SFR...

Ce piaf là est moins dangereux que les goélands et les vautours
(au service des lobbies, qui nous ruinent depuis plus de 40 ans)

2/ Pour revenir à l’Amiante : on entend de plus en plus souvent parler des grands excès de l’usage de l’amiante durant le 20ième siècle et de leurs conséquences tristes et incalculables sur la santé d’un certain nombre de travailleurs. C’est sûr, le cynisme fut complet sur ce sujet comme pour d’autres.

C’est cependant oublier que l’amiante fut utilisé (au-delà de son bas prix sympathique pour les entreprises) pour ses grandes qualités en matière de protection contre l’incendie.
- C’est pour cela que le paquebot France et bien d’autres navires furent truffés d’amiante ! A ce titre ce matériau si mal utilisé (on le sait maintenant) a certainement aussi sauvé de nombreuses vies. On ne saura jamais combien, mais il serait triste et peu objectif de garder cela sous silence.

Nous sommes donc tous aujourd’hui consternés par le cynisme et l’obstination des décideurs, qui ont tout fait pour passer outre à toutes les précautions qui s’imposaient dans le cadre de son usage et de son installation par les ouvriers.
- Mais tout le monde n’a semble-t-il pas encore songé qu’après le cynisme cité plus haut, il s’en est installé un autre qui est au moins aussi dangereux :

De nombreuses entreprises et systèmes de lobbying hautement puissants et fort diversifiés sont partis en campagne pour imposer le désamiantage partout et toujours ! Je dois peut-être m’expliquer :

J’ai navigué à bord de navires tous truffés d’amiante et j’ai cité ici aujourd’hui l’Immeuble Périsud, longtemps utilisé en location par France Telecom où j’ai travaillé un an, parce qu’il était lui aussi truffé d’amiante.

Qu’ont-ils mis "à la place" de l’amiante ?

En aucun cas je ne saurais me prévaloir même d’une petite expertise en la matière, c’est sûr. Cela dit, j’ai un peu de sens de l’observation, je sais lire entre les lignes et je suis certain que ce que disait le vieux Maréchal en son temps difficile, est toujours vrai :
- "Les français ont la mémoire courte..."
- Qui ne l’a pas remarqué ? L’amiante a souvent détruit la santé de ceux qui travaillaient dessus sans la protection nécessaire, mais pas celle de quiconque qui étaient sous sa protection contre l’incendie..
- Ainsi, les équipes des chantiers de Saint Nazaire (et d’ailleurs) qui installèrent les protections d’amiante à bord du France (pour ne citer que lui) y laissèrent leur santé mais pas les nombreux occupants et passagers du paquebot ni ses équipages, à l’exception probable de ses nombreux électriciens et autres qui durent parfois démonter les cloisons pour travailler.

Moi-même "bureaucrate", en travaillant dans de nombreux bureaux ainsi protégés comme Périsud, j’aime autant le confirmer, la climatisation très sale et fort mal entretenue m’a certainement fait plus de mal que l’amiante comme à tous les autres ! On oublie parfois que la climatisation est trop souvent très anti-hygiénique et que c’est plus sournois que l’amiante.

Par contre, lorsqu’on a commencé le fameux déflocage" de l’immeuble Périsud, je préfère ne pas en écrire plus, pour rester poli. J’ai eu de la chance : c’est arrivé à la fin de cette mission. C’est en effet seulement à partir de là que l’amiante de Périsud est devenue dangereuse et nuisible pour nous. Il était temps pour moi de quitter les lieux.

On n’a demandé l’avis de personne et je préfère ne rien penser des futurs ennuis des collègues qui sont restés travailler dans Périsud durant le temps de ces travaux fort mal organisés de surcroît. En une semaine, nous avions déjà problèmes dans le nez...

Ces "histoires d’amiante" dans la presse (depuis plus de dix ans maintenant) me semblent sentir très fort la mauvaise foi.
- Ces travaux de "désamiantage" sont-ils réellement nécessaires ?

Notre "Ex" fut dès l’origine conçu truffé d’amiante pour sa sécurité contre le feu

Pour la démolition navale où cela se comprend mieux que pour des bureaux. Le plus étonnant reste que jamais dans la presse, même et surtout si on pose cette question au courrier des lecteurs, on ne pose des question à propos de ce qui remplace aujourd’hui l’amiante.
- Pour autant que je le sache, on continue à protéger les navires, les grandes tours et les bureaux contre l’incendie, et rien ne nous garantit que les nouveaux matériaux sont moins tordus que l’amiante.

Bien navicalement Thierry Bressol - OR1
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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
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