Souvenirs de mer

14 octobre 2005

La solidarité des gens de mer

Même durant la seconde guerre mondiale, qui fut l’une des plus désastreuses périodes de l’histoire de l’humanité, il s’est trouvé des gars qui risquèrent n’importe quoi pour sauver même "les gens d’en face", l’ennemi de la noyade et des "Jean-Louis".
- Dieu sait qu’à cette époque la mode était en général, de jouer à qui sera le plus sauvage. Cela dit, ils savaient aussi s’arrêter un peu...

Tel fut le cas par exemple de l’équipage du sous-marin U-156 et des camarades de quelques autres sous-marins qui se sont mêlés d’une histoire vraiment "difficile". Ils pouvaient alors fort bien passer leur chemin.

Le Laconia

Je cite :
- "Le 12 septembre 1942, à huit heures du soir, le Laconia, vieux paquebot de la "White Cunard Line", se trouvait à 200 milles au sud du cap Palmas, dans l’Atlantique Sud. Il regagnait l’Angleterre, venant de Suez avec trois milles passagers, dont un grand nombre de femmes et d’enfants, à son bord. A huit heures dix un sous-marin allemand l’U.156, Commandant Werner Hartenstein, le torpillait et le coulait.

Situation du naufrage

Hartenstein circulait au milieu des épaves à la recherche du commandant du Laconia pour le faire prisonnier, lorsqu’il entendit appeler "au secours" en italien. Il repêcha quelques naufragés et apprit ainsi que le Laconia contenait dans ses cales mille huit cent italiens fait prisonniers en Libye. Hartenstein recueillit près de deux cent hommes sur son petit sous-marin, et prit les canots en remorque. Affolé par l’ampleur du désastre, par le spectacle de ces femmes et de ces enfants nageant la nuit au milieu des requins, il télégraphia à l’Amiral Doenitz : "J’ai coulé le Laconia ; malheureusement 1800 prisonniers italiens...".
- L’état major de l’Amiral était d’avis de rejeter tout le monde à l’eau. Mais Doenitz lui-même s’y opposa. Mieux il donna l’ordre à trois sous-marin allemands et à un sous-marin italien de rallier le lieu du naufrage. Il demanda aussi aux Français d’envoyer des bâtiments.
- L’U.505, l’U.506, le Cappelini firent aussitôt route vers le point indiqué tandis qu’à Dakar le croiseur Gloire appareillait tandis que l’Annamite et le Dumont d’Urville étaient déroutés. Cependant que beaucoup de naufragés disparaissaient noyés, blessés ou tués par les requins, Hartenstein envoyait un message en clair et en anglais aux Alliés, les priant de l’aider dans son sauvetage. L’U.505 et l’U.506 arrivaient et prenaient à leur bord des naufragés. Mais, le 16 septembre à midi, un avion, un quadrimoteur, survolait l’U.156 et le bombardait. Le sous-marin, après s’être débarrassé de ses passagers, plongea avec de graves avaries. L’avion, on le sait aujourd’hui, était un B.24 Libérator américain en exercice et qui passait par hasard sur le site.

L’U-156 en situation délicate

Ce drame unique dans les annales maritimes par le nombre des naufragés et par la nationalité des navires venus au secours des rescapés allemands, italiens, et français devait avoir des conséquences graves :
- Furieux, l’Amiral Doenitz devait, en effet interdire, formellement par la suite le sauvetage des naufragés des navires torpillés. C’est cet ordre, l’ordre Triton Null, et son appartenance au gouvernement d’Hitler, qui devait lui valoir à Nuremberg dix ans de prison."
- Fin

Petit commentaire personnel : Les français de la base navale de la Royale à Dakar furent vite appelés à la rescousse, tellement il y avait de monde à sauver. En effet il "en restait" toujours plus à "ramasser" ça et là. Plus on en prenait à bord, plus en on trouvait qui continuaient à barboter avec les "jean-louis" autour d’eux.
- Les photos de sous-marins avec la foule sur leur pont étroit me fait me demander comment...
- Ce récit intéressant (site cité ci-dessous) compléta fort bien ma lecture de deux livres consacrés à cette histoire incroyable.

A Namur le pont de Jambes et la Citadelle

- 1/ Aujourd’hui en 2005 même si ce n’est pas dangereux, entre navigateurs ou entre salariés de tous les secteurs professionnels, il est devenu difficile pour les chômeurs (anciens marins ou n’importe qui d’autre) de se faire aider par les administrations, les banques et tout le reste :
- Tout le monde respecte le règlement et les procédures strictement, même et surtout si leur application stricte a des conséquences désastreuses pour de nombreux individus.
- L’important est surtout de ne rien faire en dehors des règles, quoi qu’il arrive ensuite. Sous le régime de Vichy de nombreux fonctionnaires de préfecture les contournaient régulièrement, et ce n’était pas en général pour protéger les truands.

La solidarité des gens de mer existe-t-elle toujours ?

- 2/ Un site Internet de presse qui se dit maritime, n’a pas relayé un appel de ma part. Au-delà de ça, on vous téléphone, mais c’est surtout pour travailler gratuitement...
- D’autre part, leur rubrique "souvenirs" est un peu particulière. Il existe des sites spécialisés pour le genre "j’ai fait l’amour sur la plage...", ce qui d’ailleurs, peut arriver régulièrement chez les gens normalement constitués. Il n’est pas toujours nécessaire de le raconter.
- Lorsque j’ai rédigé des notices techniques d’ascenseur, leur guide de maintenance et même la petite plaque d’instructions aux usagers, je n’ai pas précisé que le constructeur ne recommande pas qu’on fasse l’amour dans cet ascenseur. Il ne l’interdit pas non plus.

En France on veut souvent s’occuper de la marine, mais sans marins, surtout sans marins français ni même européens, et même sans navires... Le brillant concept de l’entreprise sans usine existe dans ce qui reste de la "mar-mar" depuis en effet plus longtemps que chez Alcatel.
- Article en lien : "Flextronics"

A Thalassa par exemple, depuis 30 ans il n’y a aucun navigant ou même ancien navigant sauf, ceux qui sont allés avec leur pére faire un petit tour de voile pendant que maman préparait le repas de midi dans la résidence secondaire de Bretagne. On appelle ça une émission maritime. Mais l’important à notre époque, c’est de rester dans le style :
- "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil."

Il ne sera pas remercié et faute de mieux, il n’est plus aujourd’hui dans la présente liste.

- 3/ Il est aujourd’hui devenu difficile de faire valoir le droit à :
- Se loger.
- Conserver son logement.
- Etre VRAIMENT aidé à retrouver du boulot.
- Accessoirement ne plus assister sans rien pouvoir faire à la démolition régulière de l’économie qui fonctionnait, et à son remplacement par des systèmes "casino" ou de droit héréditaire non-dit. Dans tous les secteurs maintenant on retrouve les mêmes noms de familles à tous les étages. Il vaut mieux être bien né, j’ai eu le temps pour le constater.

Je pense très triste qu’aujourd’hui même dans le secteur maritime, il est difficile d’obtenir de l’aide. Il arrive même que les gens se pourrissent mutuellement la vie comme c’est arrivé avec l’affaire de la SNCM. 

Les gars de l’U-156, de l’U.505, de l’U.506 et du Cappelini ne seraient pas fiers de nous je crois. Le Cdt Hartenstein peut au moins être satisfait de n’avoir pas vu ça, il n’a pas survécu.

Pendant ce temps les notables de l’Europe font bombance, lorsqu’on les rencontre pour demander de l’aide, on nous sert surtout du baratin... Les intérêts des banques, des assurances et des propriétaires d’immeubles sont bien gardés, c’est sûr. On appelle cela "état de droit".

- Bien navicalement Thierry Bressol OR1
- Merci à :
- Net Marine

On l’aura deviné, je ne suis pas content.

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/