Souvenirs de mer

6 novembre 2005

Le Chaudron de l’enfer à Matadi (et l’Internavis 2)

Le Chaudron de l’Enfer, c’est au Congo-Zaïre :
- Je laisse d’abord le soin à un excellent collègue navigateur de commencer à évoquer ce dont il s’agit, car tout le monde ne le sait pas...

- Par le Cdt Alain Baré (<alain.bare swing.be> )
- jeudi 12 juin 2003 23:32

Le transporteur de colis lourds M/S Internavis II en opérations commerciales
(construit à Rouen en 1978)

Le "Chaudron de l’enfer" : Lorsqu’on remonte le fleuve Congo vers Matadi après avoir passé Banana et Boma, c’est la dernière courbe du fleuve avant d’accéder aux quais. Ce méandre du fleuve est caractérisée par augmentation très brutale du fond, avec des sondages de plus de 100 mètres si mes souvenirs sont bons et pour une profondeur moyenne de la passe navigable de +/- 20 mètres.

Vue du port de Matadi

En saison sèche, il était très praticable à contre-courant montant, ou nul sur la rive droite. Par contre en saison des pluies, ce coin était particulièrement dangereux et ne pouvait être passé qu’à la vitesse maximale pour une vitesse fond de quelques misérables noeuds.
- Un véritable tourbillon se formait en cet endroit. Ce phénomène était bien visible avec en son centre une dépression impressionante et parfois même un siphon...
- En cette saison, l’accostage à Matadi était donc des plus délicats, tribord à quai sur la rive gauche, donc en traversant le courant.
- Cela se faisait en général à demi-vitesse (6-7
noeuds) pour se laisser lentement dériver vers le quai en se maintenant sur l’ancre bâbord, ancre qui était indispensable pour le départ.

Panorama de Boma

J’y ai vu de beaux accidents : Les indigènes sur leurs pirogues conaissaient parfaitement les courants locaux et pouvaient le traverser sans mal et même le remonter sans efforts. Il faut aussi savoir que les matitis en aval étaient en territoire angolais (rive gauche du fleuve après Matadi) et qu’à cette époque le Zaïre était en guerre avec l’Angola...
- C’est d’ailleur pour cela que de Banana à Boma, on longeait la rive droite.

A noter que les pilotes locaux étaient tous diplômés d’écoles de navigation belges ou françaises, et qu’ils avaient une expérience nautique tout à fait valable.
- Pour arrondir leurss fins de mois, ils étaient aussi experts nautiques, P&I et spécialisés en chargement d’huile de palme à Boma principalement.

- Alain Baré.


La "COA" et le Golfe de Guinée

Tel fut le contexte géographique du troisième voyage de l’Internavis 2, navire neuf à l’époque.

Le Chaudron de Matadi
- vendredi 13 juin 2003 11:44 (à moi de l’évoquer)

Ce fut un beau hasard pour que l’Internavis 2 soit envoyé sur la COA, mais encore plus qu’il soit expédié jusqu’à Boma, Banana et Matadi. C’est aussi cela, le tramping international.

Fleuve Zaïre aux environs de Boma

En effet lorsque je naviguais sur la COA (Côte Occidentale d’Afrique), les navires "Scadoa", c’est à dire des compagnies SNO CNDF et Hoegh-Line, n’y allaient pas et ceux de la SNC ("la Caennaise"), de Louis Martin, des Chargeurs Réunis et de la SNCDV non plus à ma connaissance, ou alors assez rarement.

Le Zaïre était en effet le domaine strictement réservé des belges, à commencer par la CMB (Cie Maritime Belge) et de la CMZ, sauf les exceptions toujours possibles...

Vue ancienne du port de Matadi

Le Chaudron une passionnante question de géographie. Quel est entre deux, le pays le plus complexe et le plus intéressant à comprendre :
- Le Congo-Zaïre, ou bien le Congo Brazzaville ?
- (Dépression nerveuse assurée si recherche)

Le fleuve Congo Zaïre en amont de Matadi (les gorges)

Il nous est arrivé une petite mésaventure spectaculaire en arrivant à Matadi. C’est arrivé si vite que je ne me souviens pas bien comment. Le coin est sournois comme le souligne le Cdt Baré.
- Il métite bien son nom. Etant à la passerelle lorsque c’est arrivé, je me souviens surtout que notre Cdt n’avait pas du tout confiance au pilote et qu’il avait plus que probablement tort.
- Les dialogues en passerelle furent du genre de ce que raconte François Brose, dont les commentaires suivent cet article.

Une chose est sûre aussi, le gars de l’agence, un flamand rigolard nous attendait "au tournant", c’est le cas de le dire ! En venant dîner à bord, il avoua qu’il était absolument sûr qu’il se passerait quelque chose :
- En effet, les rares navires français qui venaient à Matadi "tombaient dedans" à tous les coups...

Ce passage est caractérisé par un courant très important du fleuve Congo sous la forme de tourbillons, notamment près de la rive sud. Donc, le pilote dirige le navire contre courant près de la rive nord avec les machines tournant à plein régime.
- Du temps de la navigation à vapeur (précisait un "grand ancien"), il n’était pas rare de voire les cheminées rougeoyantes dans ce passage, un vrai spectacle la nuit !
- Il arrive encore que le navire rate son passage vers les quais, dérive vers la rive sud et se retrouve involontairement dans la luxuriante végétation du fleuve. Localement en "Bas-Congo", On appelle cela se retrouver dans les "matitis".

En cas de malchance, on peut aussi se retrouver à Ango-Ango à la frontière de l’Angola, sans parler des bancs de sable en déplacement constant. Etre pilote dans le bief maritime du Congo n’a jamais été un "long fleuve tranquille" !

Vue du port de Matadi

Il n’y avait donc aucune raison pour que l’Internavis 2 passe là sans se faire remarquer. Vue de Belgique, les français sont censés toujours prétendre tout savoir. Donc on les attend en général au tournant.

Cet unique voyage de l’Internavis 2 venant du Golfe Persique vers la COA en passant par Port La Nouvelle et Marseille, fut l’occasion d’une jolie collection d’anecdotes en série, j’y reviendrai. Il était donc évident que le Chaudron de l’Enfer serait délicat.

Concernant le Chaudron, cet endroit était fort mal connu des français. L’Internavis 2 fut donc "balancé" directement dans les "matitis".
- Notre commandant ne connaissait pas le coin (évidemment !) et n’avait aucune confiance au pilote local. C’était ici un tort. On n’a donc pas bien suivi les instructions de ce pilote malgré ses avertissements et ceux des instructions nautiques, pourtant claires et précises ! Il peut d’ailleurs s’y lire de beaux passages d’anthologie de la navigation sur la COA...

Ainsi "pris" par le fameux courant, nous nous sommes retrouvés dans la végétation. Ceux qui connaissent la petite silhouette de l’Internavis 2 pourront imaginer "le travail".

L’Internavis 2 ici lors de son premier voyage, "en Seine" pour livrer une grue plus grosse que lui au Havre

Les deux mâts portiques et leur bigues de 220 tonnes, la bouée SBM en pontée et le reste de nos petits et moyens colis... Tout cela fut presque entièrement recouvert jusqu’aux baies vitrées avant de la passerelle. C’était impressionnant.
- Il ne fut pas très facile de se tirer de la-dedans. Mais ouf ! Heureusement, aucune de nos deux petites hélices à pas variable ne fut prise dans quoi que ce soit la-dessous. Nous nous sommes de fait "échoués" par le "dessus de la flottaison", ce qui est assez original finalement.
- Une pub SCADOA disait : "L’autoroute de l’Afrique"
La CMFI elle, aurait pu dire :
- "Avec les Internavis, c’est possible !"
Le Chaudron a dû faire pas mal de victimes... C’est sûr !

Le Chaudron de l’Enfer à Matadi (à bord du M/S Nova Scotia)

Nous avons eu de la chance, car il y a eu fort peu de casse et les Angolais n’ont pas fait d’histoires. Il a fallu deux jours pour s’en tirer, avec l’aide des petits bras musclés du port effectivement.

Notes intéressantes des collègues :

- 1/ FRANCOIS BROSE  swing.be>
- vendredi 13 juin 2003 10:04

Le Chaudron a donné quelques sueurs froides et des cheveux gris à quelques commandants. Lors de mon troisième voyage sur le "Charleville", nous remontions le fleuve qui à ce moment de l’année était à son plus bas niveau. Arrivé à cet endroit "du diable", Caramba !
- On talonne un peu, déporté vers la rive sud et voilà la poupe dans les "matitis". J’étais sur la passerelle et le 1er officier laissa échapper quelques " Nom de D... de Godferdom de bordel de m.... de chiasserie de fleuve !!!
- Malgré ses incantations peu ortodhoxes, tous les efforts pour se sortir des matitis restèrent vains. Il faut dire qu’on était vraiment bien plantés ! Pour finir, nous avons du faire appel au "VIVI", le remorqueur bien connu des habitués du Congo-Zaïre. Pour se dépêtrer de la végétation luxuriante de la berge, il ne restait plus que cela.
- Nous avions l’air "fins" en arrivant à quai et par la suite, nous avons eu droit aux quolibets de tous les confrères présents.

Satané "Chaudron" ! Amicalement F.BROSE


- 2/ Bougard Michel <Bougard.michel coditel.net>
- vendredi 13 juin 2003 12:37
- Dernière précision sur Matadi

Lors de mon dernier passage à Matadi à bord du "Fabiolaville" en Mai 1986, j’ai pu constater deux choses :

D’abord, le pont suspendu de construction japonaise au-dessus du Chaudron, aboutissait dans un chemin de terre : la "future route express" vers la ville de Boma et le futur port de Banana.

Le pont surspendu de Matadi (cité ici))

- Plus triste, les restes de l’épave, du remorqueur "VIVI" sont dans une crique "Kala-kala" en amont du dernier quai du port de Matadi. Il était déjà depuis bien des années, hors service.
- Actuellement, pour la construction d’une bonne route carrossable vers Boma et Banana, nous attendons encore l’aide de la coopération au développement, notamment de l’Union Européenne et en particulier de la Belgique !
- Quand au port maritime et fluvial de Banana et le Canal de navigation fluvial en amont de Matadi afin de contourner les chutes d’Inga, ils sont restés dans les cartons...
- Salutations BOUGARD Michel


Construction de la voie en direction du Katanga

vendredi 6 juin 2003 10:41
- CMB / Matadi / AMI / CMZ etc...

C’est là encore un parfait exemple pour montrer la première des causes du sous-développement en Afrique noire. Ce petit détail est fort significatif :
- L’utilisation "à terre" par une entreprise locale d’un appareil de télécommunication conçu pour un "espace mobile", au lieu de normalement faire des efforts pour installer des réelles infrastructures fixes sur place comme ailleurs dans le monde.
- Avec le temps qui passe le bazar "disparaît" ou n’est plus correctement maintenu, ensuite il met du temps à être remplacé ou réparé. Pour finir et par nécessité immédiate, on finit par utiliser le matériel des clients de passages, celui des "clients captifs" de préférence, comme par hasard ! Puis comme d’habitude, on leur laisse ensuite une ardoise mémorable... Qui a dit qu’on allait payer en plus ?

Le Chaudron

Si dans un café les clients prennent l’habitude avec le laisser-aller du patron de boire gratis, cela se termine tôt ou tard par la vitrine en planches. Ensuite, il n’y a plus de bistrot. Cela n’arrive pas que dans le secteur dit "Horeca" en Belgique...
(Hôtellerie - Restauration - Café, ne se dit pas ainsi en France)

Contrairement à une certaine propagande contre le "néocolonialisme", de nombreuses entreprises se font plumer en Afrique, puis elles recommencent rarement l’expérience. Presque tout le monde déserte ainsi la scène petit à petit, ce qui peut se comprendre. Seule l’exploitation des ressources en matières premières échappe à ce triste schéma.

C’est ainsi avec ce bazar que les plus belles compagnies de navigation africaines ont disparu, que Air Afrique a disparu etc...
- Cela se passe tjrs avec la complicité d’une nombreuse voyoucratie d’entreprise Européenne. (Elf par exemple, pour ne citer au hasard qu’un seul "intervenant" français "à la mode")

Cela dit le malaise est sur place d’abord. Il devient impossible de dissimuler le fait qu’on "laisse faire" un peu beaucoup sur place.

Cela commence par la note "radio-électrique" par satellites, puis les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, cela se termine par la ruine générale que l’on connaît. Avec ces mentalités, ils n’en sont pas sortis ! Pendant ce temps quelques tordus en Europe et ailleurs, s’en mettent plein les poches dans l’indifférence générale.

Bien "navicalement" Thierry BRESSOL R/O

Merci aux sites :
- Quelques sites du Congo-Zaïre décrivant Matadi
- http://www.merchantnavyofficers.com/palm2.html

Et bien sûr, les messages "Internavis" :
- "Comme sur des roulettes", s’y trouve quelques secrets de "l’Internavis 2".

Le Cargo transporteur de colis lourds INTERNAVIS II
- Construit en 1978 par Dubigeon-Normandie à Grand-Quevilly
- Prend le nom de JUMBO STELLATWO en 1982, STELLANOVA en 1985 et GAJAH BORNEO en 1995.
- Il portait encore ce nom en Décembre 2000
- Armateur : "Gajah Navigation Sendirian Berhad" malaisien
- Port d’ attache : Kuching / 5.280 tx.j.b. / 5.076 TPL
- "Register of Ships 1998-1999" et "Lloyd’s Shipping Index" Déc. 2000

ABIDJAN et la "COA", la Côte Occidentale d’Afrique en général

- Les deux "SD14" de la Cie Denis Frères
- Le Chaudron de l’enfer à Matadi
- Le Davos, navire Suisse
- Le Baptême de La Ligne 1/2
- Le certificat de Baptême du Cdt 2/2

- Le catastrophique incendie du Pacha Club à Abidjan
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