Souvenirs de mer

22 janvier 2006

Station radio de navire utilisée à quai

Il n’y a pas si longtemps, faire des émissions "radioélectriques" à quai était un délit.

- Aujourd’hui, tout le monde ou presque a un Satcom Inmarsat, cet appareil reste "on" en permanence et va naturellement émettre tout seul n’importe quand sans sacraliser la chose, s’il est "sollicité".
- On ne le met "off" que pour sa maintenance... C’est là un tout autre sujet.

- Et les grandes oreilles indiscrètes ? Cela arrive aussi !

Un Satcom Inmarsat A - En 1979 déjà...

- Des essais radios à quai étaient parfois effectués en présence ou "sous le contrôle" d’une autorité locale, ce qui se raconte souvent entre marins. Mais cela ne m’arrivait qu’en France, pour la fameuse visite annuelle de sécurité de mon navire.

Un émetteur d’ondes courtes, ici celui de l’Esso Deutschland. L’Esso Normandie lui, avait un Nera MS19

- Hors de l’Europe, de l’Amérique du Sud, du Canada ou des USA par exemples, je ne vois pas trop où les autorités locales des télécommunications ont une quelconque compétence réelle pour apporter quelque chose d’utile à cet exercice, sauf peut-être pour emm... le bord. Cela dit pour le faire, il existe des moyens plus simples que monter jusqu’au local radio. C’était et reste une chose courante, pas seulement en matière de radio hélas.
- Lorsque je faisais mes essais radios hebdomadaires, je ne fus jamais ennuyé et effectuais ces tests seul en général, sauf lorsque je vérifiais l’émetteur de secours d’embarcation de sauvetage. Il m’est arrivé d’organiser cela le dimanche (navires français) ou le samedi à bord des navires belges, car les belges faisaient leurs essais de sécurité le samedi, ce qui revient de fait au même. Une belle démonstration "publique" "on air" plaisait en général et prouvait de fait qu’on pouvait vraiment compter sur cet engin, mieux qu’en l’essayant avec l’antenne fictive.
- Une seule contrainte restait alors, ne pas le laisser envoyer plus de trois "traits" de 4 secondes ! Cela aurait déclenché l’alarme radio "graphie" sur 500 Khz. Même en week-end (surtout en week-end !), "ça fait désordre" !

La console des récepteurs de l’Esso Deutschland, à droite de l’émetteur comme à bord de l’Esso Normandie dont la disposition était un peu similaire

- Une seule et unique fois j’ai vu des autorités locales s’occuper de "ma boutique", c’était au Congo-Brazzaville, à ne pas confondre avec le Congo-Zaïre Kinshassa. J’ai donc presque toujours eu une "paix royale" sur ce sujet, à cette exception près.

Situer et Observer Pointe Noire et le Congo Brazzaville

- A quai l’usage de la station radio était interdit strictement à l’époque, mais c’était il faut le dire assez théorique. La "boutique" n’était pas souvent tout-à-fait fermée, en particulier sur la COA ! (Côte Occidentale d’Afrique)

Pointe Noire le port

- Le trafic étant assez restreint, cela "libérait" quand-même effectivement l’homme de l’art pour "jouer" avec les conteneurs et bien d’autres choses, ce qui se conçoit fort bien. Il y avait aussi du temps pour s’occuper des antennes ou des batteries radios, nettoyer les isolateurs etc...

- Il (nous) est souvent arrivé pour gagner du temps et contourner les déficiences locales, l’agence ou les autorités, que je me prête joyeusement à cet "usage pirate" de ma station radio dans l’intérêt commun du bord et de la compagnie.

Pointe Noire le port

- A Pointe Noire par exemple, le téléphone avec l’Europe était souvent hautement aléatoire durant les années 80. Cela avait parfois naturellement pour conséquence la transformation momentanée des navires en bureau de "poste, télégrammes et téléphone". Des gens venaient régulièrement demander un "petit service", souvent récompensé ensuite par une invitation au domicile des demandeurs, ce qui représentait alors toujours une intéressante balade à terre. Cela m’a offert de nombreux contacts locaux fort intéressants.

Chemin de Fer Congo-Océan ( Pte Noire Brazzaville)

- Je sais aussi que certains R/O refusaient énergiquement toute utilisation de leur matériel à quai. Pour ma part j’ai rarement refusé, ne serait-ce que pour aider les gens mais aussi pour recevoir un renvoi d’ascenseur. D’autre part le Cdt était en général de près ou de loin "dans le coup" quand il n’était pas le principal initiateur de cette débauche électromagnétique, c’est bien la moindre des choses.

Sur le modèle de la gare de Deauville, celle de Pte Noire

- C’est ainsi que je fus un jour châtié pour ce grave péché. La police de Pointe Noire est un jour venu nous arrêter, le Commandant et moi. Nous fûmes donc fort mal à l’aise car il nous fut demandé d’avouer toutes les turpitudes radioélectriques imaginables et d’en préciser toutes les motivations. Toute l’après-midi, nous fûmes ainsi "cuisinés" comme dans un film.
- Mais nous avons nié aussi énergiquement l’un que l’autre avec une mauvaise foi rare et (il faut l’avouer) un brin de condescendence.

- Je me suis cependant demandé comment ils savaient tout cela, même si "pomper" à quai n’est pas toujours très discret. L’émetteur d’ondes courtes brouille la TV et la radiodiffusion autour de lui. Mais jusqu’à ce jour, personne ne s’en était inquiété.

- Une chose reste techniquement certaine, un Satcom Inmarsat A est plus discret, avec son rayonnement de 25 Watts en faisceau dirigé vers le ciel !

Un petit tour dans les antennes, sans perdre la boule

- Il semblerait que le cargo soviétique (ce "traître de communiste" plaisanta le Cdt) à quai en face de nous ait été moufter aux autorités du port. Un russe était en effet avec eux au commissariat de police, ce qui me sembla fort étrange. Je n’ai pas bien compris ce qui s’est passé.
- Cela dit, le demandeur français et "soit-disant pétrolier" de l’appel en France dont il était question... Bref ! Je ne suis pas censé révéler avec trop de précision de quoi il s’agissait.
- En lien : "Le secret des radiocommunications"

Environ de Pte Noire (j’aurais voulu aussi une vue du café d’un couple d’américains qui a connu mon père)

- Enfin, je ne saurais cacher (25 ans après) qu’il s’agissait hélas de ce navire soviétique entre autres choses, lors de la communication qui eut lieu à "l’heure dite". Alors ? No sé. Mais la coïncidence est au moins notable.
- "Toute ressemblance avec des personnes existantes ou des faits réels n’est ici qu’une pure coïncidence due au hasard, etc."

- Ils nous ont finalement laissé sortir dans la soirée, épuisés mais innocentés. "Menteur comme un français", disait le petit commissaire peu convaincu par nos explications. Il n’avait pas tout à fait tort, surtout avec les pirates de l’Internavis 2 ! Lire plus loin...

- Après cette farce inquiétante, je fus plus restrictif, en particulier à propos du contenu prévisible des communications susceptibles d’être effectuées de la sorte. J’avertissais "mes clients". Qui donc pourrait empêcher l’écoute indiscrète par un navire voisin ?

Sur le modèle de la gare de Deauville, celle de Pte Noire

Ce gars aurait dû (d’autre part) prendre garde à son matériel radio "privé"... C’est une autre histoire.

- "C’était comme dans un film Monsieur l’officier Radio..." Ai-je entendu commenter le bosco. Un bon film, c.à.d. une histoire qui se termine bien !

Le Passat reste aujourd’hui à Travemünde près de Lübeck. Ses gardiens furent longtemps des anciens sous-mariniers.

Celui-ci n’a plus besoin de sa station radio, sauf pour la montrer aux touristes.


- CITATION :

- "Le Danger des bavardages radiotéléphoniques entre navires au large de Dakar". Parfois il faut se méfier des grandes oreilles indiscrètes.

- En cours d’un croisement entre navires de la CMB au large de Dakar, l’échange de messages entre les capitaines des navires concernant la situation au Zaire en fin de régime Mobutu avait parfois lieu dans des termes peu diplomatiques ! Toutefois, l’ambassade du Zaïre à Dakar était à l’écoute ! (pas de chance)
- Résultat : à l’arrivée d’un des navires à Matadi, voici le Capitaine et l’Officier radio du Quellin (sister-ship du Quinquela Martin, ex-Van Dyck)mis en "calabouche" (en prison) sur dénonciation des grandes oreilles de Dakar.
Le problème fût comme d’habitude, résolu par force "cadeaux" aux autorités locales !

- Salutations - BOUGARD Michel Officier-radio préretraité
- mercredi 4 juin 2003 23:14


jeudi 5 juin 2003 19:07
RE : Les grandes oreilles

- Je constate donc n’avoir pas été le seul à me faire chopper !

- Que leur ambassade écoute était plus ou moins prévisible, même s’il était improbable qu’elle soit sur la fréquence à cette heure-là. D’autre part, il n’est pas impossible qu’ils aient eu l’habitude d’utiliser les fréquences d’Ondes Courtes réservées "navires/navires" pour communiquer entre ambassades. Je sais que cela se faisait souvent par des usagers très divers des ondes, et cela se fait peut-être bien toujours.
- Ils auront peut-être entendu le Quellin par hasard. Il m’est souvent arrivé d’entendre des choses insolites en étant à l’écoute par hasard n’importe quand, et même parfois, de jeter quelques petits coups d’oreille au hasard "là où c’était intéressant" rien que "pour voir". C’est dire !
- J’y ai même un beau jour entendu deux navires de notre "Royale", qui utilisaient des indicatifs fantaisistes*, mais dont le thème de leur conversation ne laissait aucun doute sur l’identité de la "compagnie", à moins que cela ne fût une ruse...

- * en regardant leurs "call-sign" sur la liste UIT des navires, je les ai "découverts" chinois populaires. Cela fait désordre...

- Note :
- Les fréquences OC réservées à l’Aviation civile étaient souvent calmes et silencieuses car relativement peu utilisées. Là était donc la tranquillité absolue et c’est toujours le cas je suppose, grâce aux satellites.
- Je me suis souvent fort étonné en entendant parler de "l’encombrement du spectre". C’est étrange, ce fut toujours pour "expliquer la nécessité de supprimer la fonction de l’Officier Radio de bord".
- En aviation, on leur avait déjà fait le coup d’ailleurs. Cela dit, je ne vois pas bien le rapport entre ce qu’on fait des fréquences du "spectre" et qui s’en sert, sauf qu’un opérateur "savant des ondes" utilisera plus que probablement beaucoup mieux le fameux "spectre"...
- On se paie de mots savants depuis fort longtemps, et ce n’est pas seulement pour parler de l’Ether du commandant Jean-Maurice Etienne du Quinquela Martin. Lui, il en parlait seulement pour dire quelque chose.

- Cela n’était pas le cas tout le monde en tous cas. C’est certainement par pure coïncidence, cela se disait de plus en plus au moment où il était question de supprimer les officiers radios. Les arguments les plus fantaisistes furent parfois utilisés, loin au-delà de toutes données techniques sérieuses.

- Il n’a pas eu de chance mon collègue du Quellin, je suppose aussi que seule la perspective d’ennuis à répétition entre la Belgique et le Zaïre puis avec la CMB, l’a sauvé des fort mauvais traitements toujours possibles en Afrique. Il revient de loin...

- Je dois donc confirmer avoir soupçonné notre voisin cargo soviétique à Pointe Noire de m’avoir trahi, parce qu’il s’agissait d’eux lors de la communication du matin. Mais je ne devrais pas le dire....
- En lien : "Le secret des radiocommunications"
- Il était une fois un résident français de Pointe Noire qui nous rendait régulièrement visite. Il "bossait dans le pétrole", mais cet étrange personnage ne déclarait jamais deux fois de suite la même profession. Il fut aussi "aux chemins de fer", c’est vague. C’était un type bizarre mais sympathique et attachant.
- Il ne téléphonait jamais, sauf ce jour là. Il m’expliqua être radio-amateur et que son matériel était en panne. Radio-amateur ? Tiens donc ! Une surprise encore, car il ne nous l’avait jamais dit. D’autre part, le radio-amateur moyen donne toujours son indicatif F6... mais pas lui !

- "Menteur comme un français" disait le commissaire...
Ce résident était peut-être un "professionnel", mais pas seulement aux CF Congo-Océan. S’il téléphona "à Paris" (on s’en doutera un peu, à Paris bien sûr !!) par le bord effectivement parce qu’il ne pouvait plus faire autrement et que c’était urgent, c’était évident. Tout cela n’était pas pendable certes....

St-Lys Radio /FFL : les mat d’antennes de réception

A Saint Lys, ils en ont entendu d’autres... Je conçois fort bien (en dehors de tout jugement) que si mon confrère Estonien se trouvait à l’écoute volontairement ou non, il s’est certainement dit :
- "Ah bon ! Il faut sans doute faire quelque chose..."
- Là aussi je suppose que seule la perspective de problèmes interminables nous a fait sortir le soir-même. Peut-être y a-t-il eu une intervention mystérieuse, qui sait ?
- Etre décidé à ne rien dire était parfaitement ridicule. En effet il suffisait de jeter un coup d’oeil sur les papiers du local radio de l’Internavis 2 pour nous faire manger notre chapeau !

- Il s’y trouvait même, toutes les notes manuscrites oubliées par mon "client" et conservées par mes soins dans le journal radio pour lmui rendre, ce qui ne s’invente pas. En sortant du commissariat de police, nous étions tous les deux (le commandant et moi) pliés de rire, et soulagés aussi...

Chemin de Fer Congo-Océan ( Pte Noire Brazzaville)

- Utilisation de la station radio à Matadi, Zaïre en 1986
- En lien : "Le Chaudron de l’enfer à Matadi"

- Durant un voyage en 1986 comme Officier radio à bord du "Fabiolaville", qui fut le dernier navire à passager de la CMB, la station radio était équipée d’un des premiers modèles de station radio par satellite du constructeur US "Scientific Atlanta".
- En fait, celle-ci fut peu à peu transformée par les agents de l’AMI (Agence Maritime Internationale, associée avec la CMB) en "bureau" de l’agence afin de maintenir les communications avec l’agence de Anvers, car le "Satcom" de l’AMI avait été démonté pour cause de réparation, ou peut-être avait-il été volé...
- En fait ici c’est à quai que j’ai eu le plus grand nombre de messages, sans même un seul remerciement de l’AMI.
- Pire, avec ces goujats, le coût des messages et communications téléphoniques fut laissé, disons oublié et à la charge du navire !

- Salutations - BOUGARD Michel - mercredi 4 juin 2003 23:39
- Fin de citation

- Bien "navicalement" Thierry BRESSOL R/O

- Merci à http://www.congopage.com/article.php3?id_article=1188

- En lien : "Le Chaudron de l’enfer à Matadi"
- En lien : "Internavis 2 - C’est de la folie"
- En lien : "La catastrophe du Pacha-club"
- En lien : "Navire civilisé"
- En lien : "La Boca Radio / LSA"
- En lien : "Saint-Lys Radio"
- En lien : "Le secret des radiocommunications"
- En lien : "L’usage maritime de la radio"
- En lien : "Comme sur des roulettes..."

- Hors sujet aujourd’hui mais ça vaut le coup d’oeil :
- www.royal-navy.mod.uk/static/pages/content.php?page=6118&open=ships&item=trafalgar_classp

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/