Souvenirs de mer

18 novembre 2005

Internavis 2 - C’est de la folie

Jusque durant les années 1980, les entreprises maritimes savaient faire preuve d’une tolérance inconnue dans les entreprises "à terre".
- En effet, depuis 1991 lorsque j’ai mis "sac à terre", je n’ai pas vue une seule "boîte" qui accepterait quelqu’un qui serait pour le moins, un peu "dérangé dans la tête"...

(lundi le 20 Octobre 2003, corrigé le 16 Septembre 2010 à 19h00)

Au contraire ! Le libéralisme (c’est à dire notre idéologie qui donne tous les droits aux entreprises) a entre autres conséquences, un stricte conformisme de rigueur presque partout. Retournons un petit moment dans un monde tolérant et civilisé de l’ancienne Marine Marchande, celle des années 1970, avant le "Shipping International" d’aujourd’hui :

Tranches de vie à bord de l’Internavis 2 :
- Mon premier embarquement en tant qu’officier fut très riche en anecdotes de tous les genres, parfois retenues comme étant pleines d’une inégalable cocasserie mais aussi, d’expériences humaines étonnantes pour le jeune homme de moins de 20 ans que j’étais.
- Comme sur des roulettes !
- Le Chaudron de l’Enfer à Matadi (Congo-Zaïre))

Le transporteur de colis lourds M/S Internavis II en opérations commerciales
(construit à Rouen en 1978)

Michel L. à bord de l’Internavis 2 en 1979 :
- Un de nos collègues lieutenant pont à bord avec moi sur l’Internavis 2 en 1979 souffrait (souffrait-il vraiment ?) d’un équilibre mental "fort peu conformiste". Cela ne l’empêchait pas d’être sérieux et efficace, mais il fallait parfois "faire avec"...
- Dans le monde des entreprises "de terre" aujourd’hui en 2005, on n’embaucherait pas et encore moins on garderait un "numéro comme lui", sachant que le port de la cravate est sur-imposé et que même la couleur des chaussettes peut être un motif de non-embauche...
- Alors que nous étions au Golfe Persique, l’intéressé fabriquait des cerf-volants avec des baguettes de soudure, pratiquait par exemple, le lancer de couteaux dans les coursives. D’autre part, il ne supportait pas qu’une femme s’approche de lui à moins d’un ou deux mètres... Bizarre, bizarre, bizarre.
- Par exemple Madame F. l’épouse embarquée de notre second Officier Mécanicien tenta par presque tous les moyens de l’apprivoiser. Mais elle abandonna lorsqu’un jour, car l’ayant "coincé" au bout de l’aileron de passerelle, elle s’approcha trop près, si près qu’il menaça de sauter par dessus bord et enjamba le pavois :
- Ce n’est qu’en la voyant reculer qu’il renonça à sauter et "rentra" plus sagement à bord. Témoins de cette scène, j’étais pétrifié. Heureusement, mon cri fit peut-être changer d’avis "l’imprudente" :
- "Arrêtez ça ! Il va sauter !"

Le plus bizarre de l’affaire (si j’ose écrire) reste que Michel fréquentait souvent les prostituées lors de certaines escales et ne s’en cachait pas, loin de là.
- Même, il disait toujours avant de partir où il allait avec précision, par sécurité disait-il... Comprenne qui pourra, pour un gars qui refuse absolument de se laisser même approcher par "une femme normale".
- Que signifie être une femme normale ? Ne pas se prostituer ? Je n’ai pas remarqué quoi que ce soit d’étrange chez une fille qui loue son corps. Mais elles disent toutes de certains clients...

Cela dit nous étions tolérants, car il ne fallait surtout pas rentrer en conflit avec lui ! Pour l’exemple, voici un "petit incident" survenu à bord de l’Internavis 2 peu de temps avant mon embarquement. Ah ! ça, j’en ai plus qu’un peu entendu parler !
- L’Internavis 2 était alors flambant neuf et presque tout le monde à bord était également "nouveau dans sa fonction". Cela nous faisait donc un peu, "flotter dans nos bottes"....
- D’autre part Michel L. était l’un des seuls à bord à exercer depuis longtemps sa fonction de lieutenant pont et il était à bord depuis au moins un mois plus tôt que moi. Il était donc naturellement sûr de lui et parfaitement à l’aise, étant tout sauf un "bleu".

L’Internavis 2 ici lors de son premier voyage, "en Seine" pour livrer une grue plus grosse que lui au Havre

Le navire venait d’avoir entre cinq et six mois de navigation et le Chef Mécanicien était le chef pour la première fois de sa vie. D’autre part, notre Commandant aussi venait de passer "tonton" et moi-même, j’étais le Chef Radio "tout puissant" seul pour la première fois.
- Même le cuisinier était un débutant... (un excelent cuisto d’ailleurs) J’avais embarqué au Golf Persique et le navire avait escalé à Marseille, La Valette (Malte) puis Alexandrie. Puis il venait de passer le canal de Suez, peu avant mon arrivée à bord.
- Au mouillage en attente à Malte, (donc avant que j’embarque) le lieutenant bossait sur le "time-sheet" du chef mécanicien et du second, étant en train de frapper le tableau avec une machine à écrire portative, sur la table à carte à la passerelle. Le chef manqua de diplomatie en venant lui signaler une erreur, qui de surcroît n’en était pas une. C’était lui qui s’était trompé, mais il ne l’avoua qu’après coup. Trop tard...
- C’était tout à fait le genre de chose à éviter avec lui. Quand on sait que çeci peut déjà durablement vexer quelquy’un dont le comportement habituel est "plus classique"...

- Michel L. l’a donc fort mal pris et s’est mis dans une colère noire. Le ton ayant monté entre les deux hommes, ce qu’il ne fallait surtout pas laisser arriver avec lui, il éclata en déclarant au chef :
- "Voilà ce que j’en dis et j’en fais, de ton time-sheet de merde noire..." Plouf !!
- Promptement la machine à écrire et le papier furent passés par dessus bord. Le soir-même, toujours en colère, Michel avait disparu sans ses bagages... Mille sabords !

Mille millions de mille sabords !
(tous laissés ouverts dans le gros temps !)

Il ne revint pas à bord lors de l’appareillage, condamnant de ce fait le jeune Cdt à faire le quart à sa place... Quelques jours plus tard à Alexandrie il est revenu à bord par ses propres moyens, en prenant l’avion à ses frais.
- La Cie n’ayant pas su le remplacer rapidement, il reprit ses fonctions comme si rien n’était arrivé et il semble me souvenir que le chef lui fit des excuses.
- D’autre part, bon prince et pas si "mauvais cheval", Michel remplaça la machine à écrire à ses frais. A mon sens, c’était bien la moindre des choses !
- "L..., tu arrêteras de déconner n’est-ce pas ???" lui recommanda notre commandant.
- "Oui commandant !" fut à la fois la réponse attebndue et la plus logique... Six mois plus tard, la Cie Denis Frères essayait encore de comprendre ce qui s’était passé à bord. Moi, j’en ris encore car, Qui va comprendre ça ?

Deux mois plus tard, j’ai commis un terrible crime à bord envers lui. J’ai eu à l’occasion l’une des belles frousses de ma vie et de ça, je n’en riais pas sur le moment ! Ce fut je crois ma première frousse, avant de manquer faire naufrage en Février 1982 et la guerre de Yougoslavie. Et bien maintenant, rions-en !
- Voici le quart d’heure de surréalisme maritime de la semaine :

Mon collègue Michel L. et moi avions en général de bonnes relations, sauf ce jour-là. Ce fut un bien malheureux dimanche. Je ne sais pas comment on mange à bord maintenant le dimanche.
- A cette divine époque de 1979 à bord des navires Français (surtout ceux en gérance chez la Cie de Navigation Denis Frères) il était de bonne et belle tradition de mettre les petits plats dans les grands, ce qui nous faisait qualifier le dimanche de "jour avec"...

Au "carré", la salle à manger des officiers et missionnaires du câble.

Le menu était à deux entrées, plat de poisson et plat viande (pas de la semelle), fromage et dessert. Sans oublier (cela va de soi) le vin de précision, blanc ET rouge...
- Il existait d’autre part une tradition-compagnie (CNDF oblige) de prendre l’apéritif chez le commandant. Ce n’était pas unique à ma connaissance, mais chez la Cie Denis Frères / SNO et Internavis, on ne rigolait pas avec ça. C’était bien entendu le cas à bord de l’Internavis 2, au moins autant qu’à bord de tous les "saints navires" de la COA...

Salon du carré des officiers et missionnaires du câble, "haut lieu de l’apéro".

Il arrivait aussi que certains d’entre nous laissent leur dessert en attente (à ordre) dans le frigo de l’office après le repas, près de la salle à manger du carré. Faire cela sans prendre la précaution de protéger sa part de dessert avec une petite étiquette indiquant le nom ou la fonction du titulaire n’était pas très prudent...

"Goélands s’abstenir" lisait-on dans le frigo de l’office, à bord des navires Denis Frères, SNO et Internavis chaque dimanche après-midi, en cas de patisseries confiées avec imprudence au bon soin du frigo du service "ADSG" ou "HoReCa" du bord... C’est donc dire que seul le frigo était alors le gardien du trésor.
- "Goélands Belges"

Goéland Belge probablement

C’était en particulier le cas, lorsque j’étais à bord. Mais jamais je n’aurais osé un acte de piraterie de cuisine sur quoi que ce soit qui fût correctement étiqueté. Mais certains goélands de bord le faisaient. En général cela arrivait aux élèves officiers ou aux novices. Bien sûr, le même style de vie avait cours à l’équipage.
- Un beau jour un élève officier embarqué depuis peu à bord du Saint-Luc fut excédé par un acte de piraterie de frigo. Il prit le dimanche suivant une précaution puissante, c’est à dire marquer sa part par l’étiquette suivante :
- "Commandant".
- C’était là une protection quasi-absolue, car on ne mange pas le dessert du Calife ! Cela fut, en ayant remarqué que "l’intéressé" ne traînait pas dans le frigo de l’office le dimanche en fin d’après-midi et qu’il mangeait tjrs son dessert à midi. Pourtant le "Zef" a un beau jour eu "tout faux" car "l’intéressé" est passé et il trouva que l’idée était excellente, de lui avoir réservé une part de gâteau... Cette fois, il n’y eut pas de protestation.
- Je suppose que tout le monde aura deviné ce qui m’est arrivé. Le dessert de Michel L. était resté sans aucune protection affichée, je le jure, dans le frigo de l’office. Ce qui était moins prévisible, fut sa réaction et la terrible représaille que j’ai dû subir. Il me faut maintenant aller à confesse :

(Monseigneur Danneels a des choses à confesser, aussi à la police Belge...)

Mon forfait fut accompli peu avant 16h00, avant de monter au local radio pour prendre la veille, comme d’habitude.
- Au salon j’ai ensuite pris un café avec notre Snd Mécanicien et son épouse. En les quittant, j’ai durant quelques instants pensé que la part de tarte aux abricots avait peut-être été réservée. Mais je le jure, comme il n’y avait pas la moindre marque, hélas...
- En riant béatement et intérieurement, j’ai songé que cela pourrait (peut-être) être la part du Lieutenant...
- "Les grandes catastrophes maritimes de notre temps..." Ai-je pensé sardoniquement. Mais cette hypothèse pourtant terrible, était aussi probable que les autres.

A 16h00 j’ai donc croisé Michel qui descendait au carré, puis je suis passé dire trois mots à son successeur à la passerelle avant d’aller au local radio situé derrière.
- Un quart d’heure plus tard Michel est passé, l’air sombre des "mauvais jours", faisant une rapide entrée-sortie à la passerelle au cours de laquelle j’ai cru entendre des éclats de voix. Je n’ai alors pas une seconde supposé que la crise venait de commencer. C’était un tort :
- Un quart d’heure plus tard j’ai eu motif pour rencontrer l’officier de quart qui passait aux toilettes, situées près du local radio. Il m’annonça "une bien bonne" en riant aux éclats avec le timonier :
- "On" (qui ça "on" ?) avait dévoré la part de tarte de Michel L. et il était furieux... Oh !!
- "Heureusement, ajouta le second lieutenant, il nous a été facile de se disculper !" A cet instant j’ai senti comme un coup à l’estomac...

Des "grandes catastrophes maritimes de notre temps", j’ai commencé à espérer, que cela resterait avant tout, l’un des "grands mystères de la mer"...
- "Tu ne te sens pas bien ??" me demanda le timonier.
- "Plus trop, non. Y a comme un malaise..."
- "C’est toi, n’est-ce pas ?" Le fou rire régna sur la passerelle, heureusement qu’on n’était pas sur le rail d’Ouessant ou sur le Dover Strait.
- "Je te jure que sa part ne portait aucune étiquette ! C’est de sa faute ! Ah le con !!"
- "Ouuaai, on dit, ça.... T’es mal camarade ce soir !"

J’ai cependant quitté les lieux avec l’assurance que je ne serai pas dénoncé. Mais du local radio, je les entendais rire joyeusement à la passerelle.
- Une chose m’inquiéta, Michel commençait à interroger tout le navire et... Il lisait beaucoup de romans policiers. D’autre part si par chance il ne découvrait pas le coupable, il soupçonnerait tout le monde durant des semaines. Avec son caractère, ce serait pénible. C’était une grosse gaffe, au-delà d’un stupide acte de piraterie de cuisine. Peut-être même, me faudrait-il avouer...
- Grave et difficile question ! Comment le prendrait-il ?

Pris par l’inquiétude, j’ai décidé de prendre des précautions défensives avant de me poser réellement la question s’il fallait avouer :
- J’ai pensé aux époux F. avec qui j’avais pris le café peu avant de monter. Et s’il les avait déjà interrogés ? Ail, ail !
- Le second Mécanicien F. devait être descendu à la Machine depuis lors. Avec un peu de chance...

Je suis donc allé le voir pour essayer de me rassurer. Il était en effet au "tableau de contrôle" et confirma mes craintes :
- "J’suis vraiment désolé Bressol. Il m’a demandé qui était au carré durant la dernière demi-heure, sans aucune explication. Je lui ai dit, en ne pensant pas à mal... Je suis réellement désolé..."
- Horreur ! Ce fut pour moi un second coup à l’estomac.
- "Tu vois le problème ?" demandais-je en expliquant la situation.
- "C’est terrible, ce que tu me dis là..." il a répondu.

Puis il s’est mis à hurler de rire.
- "Au tribunal populaire, je te défendrai..." ajouta-t-il en précisant que L. naviguait depuis 17 ans et que si je risquais réellement de "passer dans le journal" pour ce crime, cela serait déjà arrivé depuis longtemps...
- Imaginons un peu le titre de l’hebdo le Marin au retour :
- "Tragique conflit de personnes à bord de l’Internavis 2, au large de la Côte Occidentale d’Afrique". Le snd mécanicien précisa, comme pour m’enfoncer en riant de plus belle :
- "Même si tu avoues en t’excusant platement, il lui faudra ton expiation !" Expier ? Mais comment ?
- Alors, j’ai réalisé que "j’étais dedans"... Que faire ? Avouer ? Cela ne suffirait pas à calmer son courroux. Nier ? J’ai même envisagé de consulter au plus tôt "l’arbitre" du bord, c.à.d. le Commandant. Mais emmerder le Cdt avec un truc pareil...

Le jeune Cdt T. ayant été remplacé à Marseille après nos brillants exploits de Port La Nouvelle lors de l’escale du 8 Août, le nouveau Maître à bord de l’Internavis 2 était un homme d’expérience, qui semblait ne jamais rien prendre au sérieux et trouvait toujours tout événement très amusant. Si jamais j’allais lui expliquer que Michel allait faire un malheur pour la raison que l’on sait et qu’il fallait "faire quelque chose", notre nouveau Commandant allait rire jusqu’à Noël, c’était sûr !!
- Il nous avait déjà tant fait rire avec sa navigation chez la Cotunav et ses aventures surréalistes qui se terminèrent par "le sac" en fanfare...

C’est d’ailleurs lui qui fut coincé dans le vénérable ascenseur du siège de la Cie Denis Frères au 25 rue du Général Foy à Paris, lorsqu’il était venu rencontrer le Cdt Guyader pour chercher à rembarquer...
- Il ne me restait plus qu’à me préparer à faire face seul, puis attendre la tempête, tout en envisageant de me défendre avec mon extincteur à poudre, si nécessaire... Le dit extincteur fut donc dé-saisi de la cloison, au cas où...

Une seule chose était sûre, connaissant bien Michel et le comprenant au moins un peu, après un tel affront, plus rien n’existerait, sauf la nécessité de châtier le coupable !
- Pour lui, il n’y avait plus de navire, ni de quart à la mer, ni d’officiers, et encore moins de commandant, plus de de république et de roi des Belges encore moins, même plus d’Océan et encore moins de Dieu Neptune...
- Vengeance ! Et Expiation...
- Le chef mécanicien consulté hurla de rire à son tour, en précisant que c’était bien fait pour lui. Il n’avait pas très bien digéré les événements de Malte et d’Alexandrie, qu’il m’avait raconté en détail trois jours plus tôt. Notre Chef Mécano avait même dit :
- "Il ne faut surtout pas se fâcher avec lui, jamais..."
- Diable ! Tabernacle...

Il ne me resta donc plus qu’une seule chose à faire :
- Attendre et faire face le moment venu. La seule chose qui me rassurait était le fait que Michel n’était jamais "passé dans le journal" en plus de 15 ans de navigation à la SNO. Il ne pouvait donc rien arriver de grave, mais "seulement" quelque chose de pénible sur le moment.
- Avec lui ce serait à coup sûr inattendu, encore une certitude qui met tout le monde à l’aise. Faire face ? Comment ? Et contre quoi quoi ? Surtout, il ne fallait pas "en faire trop", ce qui pouvait avoir des conséquences imprévisibles.
- Pour contrer l’incertitude, je me suis plongé dans la lecture de la notice technique d’un de mes appareils, un genre d’étude(s) commencée depuis le début du voyage et cette fois nécessaire directement pour préparer une commande de pièces détachées, navire neuf oblige...
- Soudain ! Michel est entré au local radio, il avait de plus en plus l’air sombre des mauvais jours, c’est le cas de le dire :
- "C’est bien toi, qui a fait le coup n’est-ce pas ?"

C’était bien pire que je ne l’imaginais à l’avance.
- "Alors !! Hein ?! C’est toi ? Avoue !!"
- C’était encore pire que je le redoutais. La colère commençait à m’envahir aussi, n’ayant pas trop l’intention de faire les frais de cette stupide gaffe sans gravité et encore moins de me laisser faire. Je me suis levé en ayant l’oeil sur mon extincteur à poudre, prêt à tout pour faire face à l’imprévisible.
- Avec Michel L. tout pouvait arriver, sauf passer dans le journal disait le Snd Mécano F. C’était une perspective rassurante, à sa façon... Surtout que quelque part, j’avais mes torts dans l’histoire. Préférant assumer mon crime :
- "Et bien oui Michel ! C’est moi... Mais je regrette absolument. Il fallait laisser ton nom sur ta part avec l’avis aux navigateurs "Goélands s’abstenir SVP !" Je n’y aurais pas touché !! Je suis vraiment Désolé, vraiment navré je suis Michel..."
- "Salaud ! J’en étais sûr !" Je suppose qu’il n’était alors pas encore certain de l’identité du coupable. Il ajouta :
- "Ca va te coûter cher !!" Puis faisant demi tour, il disparut dans la coursive pour descendre, je me demandais bien où, en sentant bien qu’il reviendrait malheureusement. Je n’étais pas fier...
- Quelques minutes plus tard, heureusement que personne n’est venu pour téléphoner ou autre, car il existait un risque sérieux de dégâts collatéraux. Il est donc réapparu quelques minutes plus tard en tenant quelque chose derrière son dos. Quoi donc ?? J’ai saisi immédiatement l’extincteur en menaçant :
- "Déconnes pas Michel !! Fais pas le con..."
- "Tiens !! Prends ça !! Et ça ! Puis ceci !!" fut sa réponse et il frappa...
- Peur et surprise ! Je n’ai eu que le temps d’esquiver comme en escrime, ayant quelques compétences en la matière. Les trois "boulets" ne sont pas passés loin de ma tête, puis sont allés se fracasser sur la console radio, sur la face avant de mes deux récepteurs d’ondes courtes. Un vrai désastre...
- "Et que ça te serve de leçon pour toujours !!"

Ce piaf là est moins dangereux que les goélands et les vautours
(au service des lobbies, qui nous ruinent depuis plus de 40 ans)

La tempête était terminée, il fit demi tour puis disparut en me laissant tétanisé sur place. Au lieu de riposter avec l’extincteur à poudre, je m’étais protégé par un réflexe vif sans trop savoir contre quoi, tellement c’était arrivé vite. Les trois boulets.... étaient des oeufs que j’ai donc trouvés explosés sur mon matériel. Il ne me resta plus qu’à nettoyer ce bazar et surtout d’empêcher que la documentation technique laissée ouverte à côté ne soit souillée. Cela m’a pris plus d’une heure...
- Une bonne leçon, effectivement.

Il manquait encore un petit gag idiot pour terminer dans la bonne humeur. Après cette exécution, au moment de ramasser tout ce que j’ai dû utiliser pour nettoyer ma "boutique radio" le Cdt est passé. Il faisait toujours un petit passage en passerelle entre 18h30 et 19h00 bord. Cela impliquait naturellement un crochet par le local radio, cela doit aller sans le dire.
- Ce nettoyage m’ayant pris plus d’une heure, cette activité frénétique et insolite presque terminée l’a (évidemment) surpris. En homme expérimenté flairant le bizarre, il me questionna tant et si bien que j’ai fini par lui raconter tout :
- Cela le fit hurler de rire car il se souvenait de l’enquête de Michel. Il n’avait pas été seulement interrogé, mais il fut au moins aussi soupçonné que moi. En effet il avait été aperçu en train de rôder à
l’office lui aussi. Il ajouta :
- "S’il avait osé faire ça dans ma cabane, (il disait toujours ainsi) la cale humide Bressol ! La cale humide ! Mais on en reparlera entre quatre yeux."

Quelques jours plus tard, Michel et moi étions réconciliés, c’est dire que je sais aussi être un "bon cheval". Le soir même cependant j’étais encore sur les nerfs à cause de cette mésaventure stupide. Je fus déstabilisé, c’est peut-être le juste mot. Avec le recul du Temps, une question délicate se pose :
- Etait-ce de la folie ? Je ne le crois pas. Ce qui se passe dans le cadre du fonctionnement de nos sociétés modernes, n’est-ce pas beaucoup plus fou que certains comportements de Michel L.? Exemples :
- Yoyo financier international & L’Administration Bush ou les Cavaliers de l’Apocalypse.

D’autre part, Michel était Officier de Pont et il l’est peut-être encore. On lui a Confié Le Navire durant des milliers d’heures durant des années. A ma connaissance, aucun navire n’est passé dans le journal en l’ayant à son bord... Que faut-il dire de plus ? Si ! Il manquait à ce petit récit "la précision" suivante : Et bien moi, quand il était de quart en passerelle, je dormais fort bien la nuit et n’étais pas le seul ! Tout est dit n’est-ce pas ?

Surtout en mer ! En plus, il faut souvent pomper, ça va sans dire...

L’un de nous est venu pour téléphoner chez lui. Mon attention devait être défaillante, car j’ai fait une gaffe amusante et "délicate", mais heureusement sans gravité. (encore que... cela pouvait aussi mal se passer) Durant la file d’attente de Saint Lys Radio le dimanche soir, il y avait toujours du monde.
- Quelques mois plus tôt j’étais à bord du Saint Vincent et ce soir-là, celui-ci avait pris son tour un peu avant moi. Lorsque l’opératrice appela le Saint Vincent, j’ai répondu à sa place en disant être le St Vincent.... C’était une stupide erreur.
- D’autre part, l’installation radio du dit Saint Vincent était peu puissante et hautement médiocre.

St-Lys Radio /FFL : les mat d’antennes de réception

Sa position n’était pas trop favorable non plus, du point de vue de la propagation des ondes, tant et si bien que mon collègue se trouva dans l’impossibilité totale de se faire entendre et encore moins de protester.
- Par malchance, une coïncidence malheureuse s’en est mêlé. Il se trouve que le St Vincent était déjà en ligne, en communication téléphonique avec une épouse et que l’opératrice le baladait de fréquences en fréquences à cause d’un brouillage et de sa trop faible puissance d’émission. L’épouse attendait au bout du fil...
- Lorsque Saint Lys rappela le St-Vincent et que j’ai pris sa place, l’opératrice a dit :
- "St Vincent vous pouvez parler !"
- Mon "client" avait le combiné en main et ne se posa pas de question lorsque "son épouse" s’adressa à lui :
- "Ici Céline, je t’écoute maintenant..."
- L’autre ne se posa pas de question même si je
n’avais encore (fatalement) rien demandé, donc ne je pouvais pas obtenir la femme de mon collègue. C’est de la radio, pas de la télépathie. Cela se passa si vite que je n’ai pu réagir et sur le coup j’ai laissé faire, en me demandant comment donc il pouvait obtenir son épouse aussi vite. Il y a des jours...

Un petit tour dans les antennes, sans perdre la boule

Et le gars de discuter avec celle qu’il prenait pour son épouse, tandis qu’une autre Céline croyait dialoguer avec son mari à bord du Saint Vincent... Le temps de comprendre et surtout d’assumer le fait
qu’elles se nommaient toutes les deux Céline, ce qui m’a enfoncé joyeusement, il était trop tard. Je me demandais encore comment arrêter ce massacre et quand le faux couple allait s’apercevoir du gag. Cela ne pouvait pas durer très longtemps.
- "Il y a erreur..." ai-je dit sans qu’on m’écoute.
- "Tu as une drôle de voix ce soir...." Effectivement.
Pendant ce temps, mon collègue du St Vincent hurlait frénétiquement sur la fréquence, mais il ne pouvait se faire entendre que faiblement.

C’était en plus l’un des deux OR avec qui j’avais embarqué comme élève officier radio, ce qui lui donnait un droit supplémentaire pour vouloir me botter le cul. Dans sa colère, il a certainement dû citer mon nom sur la fréquence, car St-Lys radio a subitement interrompu la communication en ordonnant :
- "Bressol de Saint-Lys, attendez votre tour !! Une communication en cours sur la fréquence ! Je vous reçois trop faiblement ! Passez 12 Mhz !" J’étais tétanisé, et mon collègue risquait de manger sa cravate s’il la portait ce soir-là...

Officier Radioactif de la marine marchande

Je demeure incapable de me souvenir comment j’ai (nous avons) pu remettre de l’ordre dans ce stupide quiproquo. Mais ce ne fut pas si facile. Mon client l’a bien pris, aussi bien que l’autre Céline. Il doit encore en rire. Se tromper d’épouse de la sorte, c’est fort de café...
- Une impression plus étrange encore, fut l’effet ressenti de m’entendre appelé comme un navire par mon nom de famille... Cela n’avait rien d’impossible car Bressol* est aussi un mot Occitan et Catalan au-delà d’être mon nom. Bressol* est aussi une localité entre Montauban et Toulouse mais il se trouve que c’était de surcroît aussi :
- Le nom d’un yacht à voile très bon client de Saint-Lys radio à l’époque, ce que j’ignorais ce soir-là, bien sûr. L’opératrice croyait que c’était le Bressol et je me faisais involontairement passer pour le Saint Vincent...
- La vie est bien compliquée. Quand on commence à se tromper... Il y a des jours, il ne faut pas se lever !
Pensais-je en fermant "ma boutique" le soir-même.

Bien "navicalement" Thierry BRESSOL OR1

Cette Cie Turque exploite le Nord Scan Mumbai depuis 2007
(l’ex Français Internavis II, construit à Rouen en 1978, est maintenant devenu Turc. Il a la vie dure !)

Quelques secrets de "l’Internavis 2" :
- Comme sur des roulettes !

Le cargo Français transporteur de colis lourds INTERNAVIS II :
- Construit en 1978 par Dubigeon-Normandie à Grand-Quevilly
- Prend le nom de JUMBO STELLATWO en 1982, STELLANOVA en 1985 et GAJAH BORNEO en 1995.
- Il portait encore ce nom en Décembre 2000
- Armateur : "Gajah Navigation Sendirian Berhad" malaisien
- Port d’ attache : Kuching / 5.280 tx.j.b. / 5.076 TPL
- "Register of Ships 1998-1999" et "Lloyd’s Shipping Index" Déc. 2000

- Note : "Bressol" est d’abord un mot qui signifie "Berceau" en Occitan et en Catalan. Il est aussi utilisé sur Internet (en adresse URL) pour... Désigner quelques sites espagnols de crêches pour garder les jeunes enfants.
- "www.bressol.com" par exemple


- L’art du canular à bord
- Doxford, les moteurs "Dahu"

On ne saurait évoquer la COA sans une photo de plage Ivoirienne

ABIDJAN et la "COA" ou la Côte Occidentale d’Afrique en général :
- Les deux "SD14" de la Cie Denis Frères
- Le Chaudron de l’enfer à Matadi
- Le Davos, navire Suisse
- Le Baptême de La Ligne 1/2
- Le certificat de Baptême du Cdt 2/2

- Le catastrophique incendie du Pacha Club à Abidjan
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 1 De la Normandie
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 2 en passant par l’HP
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 3 vers la Côte d’Ivoire !
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 4 Chercher la femme
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 5 par tous les moyens, même avec Franco !
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 6 (Incendie du Normandie)
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 7 Et la retrouver.

- Gare aux gorilles ! Farce à Abidjan
- Bamboche à Lomé et stupide méprise
- Navire américain rencontré sur la COA
- Internavis 2 et la folie
- Chantiers navals. C. Comme sur des roulettes !

- Les toubabs de Côte d’Ivoire
- Vivre à Abidjan, Côte d’Ivoire C’est pas moi, mais c’est à voir...

Ce qui suit peut aussi arriver à "Souvenirs de mer". Au cas où... Soyez patients !
(par Pierre Escaillas)
Black-out ! Ca n’arrive pas qu’au monde financier international. Mais à bord des navires, c’est "seulement" électrique et nous, on sait remettre le courant sans faire d’histoire !
(dessin de Pierre Escaillas modifié par pour illustrer le "black-out")

GROS TEMPS en MER et PHENOMENES DANGEREUX :
- Containers, Twistlock et mauvais temps
- Gros temps en mer
- Le Chartres blessé par le mauvais temps
- Début d’incendie à bord
- ANTILOCUST LONDON !
- Marine Inconnue, Marine Interdite Gros temps sur la vaste toile comme en Mer.
- Tempête en mer par Youtube

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
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"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/