Souvenirs de mer

25 octobre 2005

Le Sea Intrepid (1/2)

Le moment est venu d’évoquer ici un de "mes" navires les plus pittoresques : le Sea Intrepid. Il est de ceux qui m’ont laissé certains de mes meilleurs souvenirs de mer. Pourtant, il était loin d’être le plus beau et le plus moderne.
- "Crew effects declaration" et Culture Maritime

- La semaine du 31 octobre, des photos seront incluses à ce message.
- En lien : "Au mouillage en baie de Vigo"

- jeudi 1 novembre 2001 12:38

- Le Sea Intrepid fut construit au Japon en 77 ou 78, ce membre d’une série de petits vraquiers fut commandés par une boîte Hollandaise. J’ai bien connu le Sea Intrepid en 89 sous pavillon Chypriote, il était en gérance par CSM, "Colombia Ship Management", une boîte allemande dont le siège était à Limassol). A l’époque il naviguait pour Marseille Fret. On dit "Marfret" à Marseille ou dans le milieu maritime en général.

- Il fut immatriculé à Grand Caïman durant les années 80 et pratiquait de fort louches activités sur les côtes du Nicaragua, telles que le ravitaillement des terroristes de la "Contra" téléguidés par la CIA, comme dans les films.

- Avec la fameuse "Contra", on était fort loin du terrorisme belge. Pour exemples :
- 20/10/2005 10:28
- Elio Di Rupo entarté à Gand par un inconnu (Belga)
- Un inconnu a "entarté" mercredi le ministre-président wallon et président du PS Elio Di Rupo. L’incident s’est produit au café Charlatan au Vlasmarkt à Gand, où M. Di Rupo avait été invité par les jeunes sp.a pour un débat avec la vice-Première ministre Freya Van den Bossche.
Juste avant de pénétrer dans le café, il a reçu une tarte à la crème en plein visage. Le lanceur de tarte, qui n’est pas le célèbre Entarteur Noël Godin, a été emmené par la police. (GFR)
- D’autre part, je pense aussi à cet homme qui s’est fait chopper en Août dernier lors d’un exposition à Bruxelles : Il filmait avec un caméscope numérique sous les jupes des jeunes femmes. A 59 ans, c’est un peu gamin...

- Sur la COA en en 1979 en rade de Lagos l’Internavis 2 fut attaqué par des pirates. (j’y reviendrai) Ils étaient cependant des pirates sans navire, car "pratiquant" en pirogues à moteur. Beaucoup plus fort, en 1989 j’ai navigué à bord d’un
- véritable ex-navire pirate : le Sea Intrepid !

- Clic !

Le Sea Intrepid à quai à Lexoes, près de Porto

De nombreux indices restaient à bord, de vieux papiers abandonnés par des navigateurs qu’on oserait à peine appeler "collègues", et seulement avec précaution. Une liste d’équipage trouvée avait un petit côté "Ile au Trésor" tout à fait romantique.

Le Sea Intrepid disposait aussi de quelques équipements insolites pour un simple navire de commerce :
- Un goniomètre UHF VHF ultra-rapide ! (et simple d’usage d’ailleurs)
- Sa station Radio était "musclée", elle avait une installation Radiotelex TOR et... un Satcom très sophistiqué que je n’ai pas connu car il fut débarqué et installé sur le Guyane, qui était fort démuni lorsque Marfret l’acheta. Il était rare de disposer à bord d’un navire de commerce de ces deux installations à la fois...
- Un énorme projecteur orientable était installé sur la passerelle supérieure, devant le mât radar. Cet engin était capable d’éclairer fort loin tous les environs comme en plein jour !
- Une vedette rapide, qui fut malheureusement vendue et débarquée peu avant mon embarquement car on n’en avait pas réellement besoin. C’est triste, car par la suite en rade de Vigo (j’y reviendrai) nous aurions aimé l’avoir.
- Des renforts étranges sur le premier pont du château à bâbord et tribord avait été ajoutés par la suite, alors qu’il n’était plus hollandais. Cela fut fort soupçonné d’être les supports d’armements démontables par "mes" deux allemands, en particulier par notre chef mécanicien. Cet ancien des U-Boote modernes de la Bundesmarine et du 3 mâts Gorch Fock était considéré comme crédible en la matière.

- Le Sea Intrepid n’est pas un beau navire bien que sa silhouette soit assez sympathique. Il est d’autre part très sobre du point de vue de ses aménagements, on est à son bord fort loin du "standard français". Mais il n’est pas inconfortable non plus. Il était surtout petit, très petit !
- Son côté intéressant était son "CV" ! Il fut sans doute la conséquence de ses intéressantes dimensions, et à son fort port en lourd compte tenu de ses dimensions.

- Je me permettrai de citer ici Mr Philippe GIMBRET <gimbret.philippe wanadoo.fr> que je salue au passage :
- mercredi 7 novembre 2001 15:33

Suite à la la demande d’infos de Thierry Bressol sur le SEA INTREPID, je vous communique ce que j’ai pu trouver à ce jour en m’aidant de "Register of Ships" et de "Marine News". J’ai également indiqué les différences dans les caractéristiques :

Ce navire a été construit en tant que cargo par les chantiers "Miho Zosensho K.K." à Shimizu (Japon) sous le numéro de coque 1.082 et achevé en Avril 1978 sous le nom de SPIEGELGRACHT porté de 1978 à 1984.
- L.R. 7.715.991 / indicatif : P.H.Q.L.
- Armateur : " C. V. Scheepv. Onderneming Spiegelgracht"
- affréteur : "Spliethoff’ s Bevrachtingskantoor B. V. " d’Amsterdam
- Pav. néerlandais / port d’ attache : Amsterdam
- classé au " Lloyd’s Register " cl. 100 A1.
- 3.482 tx. j.b. / 2.295 tx. j.n.
- 5.629 t.p.l.
- 80,24 m. L.h.t. - 74,88 m. L.p.p.
- 16,11 m. large
- 5,971 m. de tirant d’ eau / 10,49 m. de creux.
- Capacité 7.296 m3 grains / 7.141 m3 balles
- Capacité conteneurs : 137 E.V.P. (112 / 20 FT en cales et 25 / 20 FT en pontée)
- Une seule cale et deux grues de 9,75 t.
- Moteur " Hanshin " de 3.000 b.h.p. / 2.238 kW actionnant une hélice.
- Vitesse 13,5 nds

- SEA TRADER de 1984 à 1988
- Indicatif : V.P.O.W. / N° Off. : 708.148
- Armateur : " Transmar Trading & Transport Ltd."
- Affréteur " Pacific-Gulf Marine Inc. "
- Pav. des îles Cayman / port d’ attache : Georgetown
- classé au " Lloyd’s Register 100 A1.
- 1.598 / 3.482 tx. j.b.
- 1.079 / 2.281 tx. j.n.
- 3.496 / ----- t.p.l.

- SEA INTREPID de 1988 à 1991
- Armateur " Intrepid Shipping Co. Ltd."
- Pav. chypriote.
- Exploité au tramping par Marfret de Marseille sur le Brésil et les Caraïbes entre autres...

- AL WAKRAH depuis 1991.
- Indicatif : A.7.J.L. / N° Off. : 112/91
- Armateur "Qatar National Navigation & Transport Co. Ltd." de Doha
- Pav. du Qatar / port d’ attache : Doha
- classé au " Lloyd’ s Register " cl. 100 A1
- 3.423 tx.j.b.
- 2.043 tx.j.n.
- 6.208 t.p.l.
- Capacité : 7.316 m3 grains / 7.159 m3 balles
- Capac. cont. : 165 E.V.P. : 136 / 20 FT et 29 / 20 FT.
- 2 grues de 15 t.
- Moteur " Hanshin " type 6LUS40 de 3.000 b.h.p. / 2.207 kW pour 12,75 n.

- En Décembre 2000 il portait encore ce nom et ne l’ayant pas vu depuis dans "Marine News" je suppose qu’il navigue toujours sous cette identité.
- Bonne réception et meilleures salutations.
- Fin de citation

Mr Jean Claude Cornier <jc.cornier free.fr> m’a un jour signalé que l’ex-Sea Intrepid devenu Al Wakkrah était toujours actif sous ce nom en octobre 2001.
- Vous pouvez consulter le site de son armateur actuel
(Qatar National Navigation and Transport) qui lui consacre une page :
- http://www.qatar.net.qa/qnntc/

- Un souvenir personnel du local radio reste ses indicatifs restés affichés (VPOW et PHQL en effet) avec des plaques en bois.

- Je ne suis pas un bon "supporter" des pavillons de complaisance. Ecrire ce qui suit me fait donc manger mon chapeau. Cela dit ce bateau très sympatique me laissa de bons souvenirs. Entre autres, voici quelques uns :

- Belem, remonter le fleuve Para fut un périple "hors du commun" en Amazonie pour quitter ensuite le Brésil par l’embouchure de l’Amazone... Pour arriver au Portugal.

- Ce fut un voyage aussi intéressant que celui du Pierre LD, mais aussi une toute autre ambiance ! J’ai apprécié particulièrement nos camarades et collègues Philippins et fort bien réussi à m’entendre correctement avec les deux Allemands. Il est connu que c’était plus difficile.

- Le Sea Intrepid fut (certes) un navire de gangsters en tant que Sea Trader, mais un navire n’est pas responsable de tout ce qu’on fait avec. Sa petite taille et sa grande capacité étonnait, il faut relire avec soin les chiffres du msg de Philippe Gimbret, ils surprenaient toujours les pilotes de port lorsqu’ils lisaient le descriptif sur la table à cartes en embarquant.

- Notre jeune commandant Trubenbach leur disait :
- "Petit navire, mais il y a un grand dedans..."

- Je fus fort surpris de le retrouver Arabe. Pourquoi pas ?
En tout cas, il est construit simple et costaud, nous pourrons donc le "suivre" encore un moment !

- "Crew effects declaration" et Culture Maritime :
J’ai tendance à dire que la marine marchande n’était pas seulement un métier, c’était une culture, des cultures mêmes.

- Je ne peux résister à la tentation de raconter ce qui suit :

- C’est à son bord en 1989 que je fus pour la première fois confronté à ces gens que j’ai su aprécier, les matelots et officiers Philippins de la Sté Career de Manille, filliale de CSM, "Columbia Ship Management" la "maison mère".
- Les Philippins ont un univers social loin de celui des Européens et ne sont pas seuls dans ce cas. C’est d’ailleurs parfois LE problème. Les esclavagistes des temps modernes savent fort bien se servir de cet état de fait et des cultures locales. Les Philippins sont comme les Bretons et les autres, ils ont une Culture "à eux", qui n’est pas très connue de l’Européen que j’étais à cette époque.

- Off.Radio et Lieutenant, j’ai donc eu la charge de la "crew effect declaration" dès la première escale. Les Philippins sont des "gentils", à savoir qu’ils exécutent "asap" tout ce qu’on leur demande et sans discuter. Le Bosco Philippin me demanda de poser ma plaquette sur la table du carré de l’équipage et de repasser plus tard...
- A ma grande surprise (venant d’Europe et de France) en moins de deux heures tous les "pingouins" du bord avaient fait leur déclaration de Douane... Bizarre n’est-ce pas ? (On est loin des français...) Quelle bonne surprise !

- Encore plus étrange, certains de "mes" Philippins déclarèrent un crucifix, un autel, une statue de la Vierge et ainsi de suite, des "articles par trop catholiques". C’était assez pour que cela me paraisse fort étrange.
J’ai même pensé :
- "Tout ça n’est pas très catholique, on se fout de moi..."
- Si la "bande de têtes de bois de Bretons" de l’Esso Normandie "m’avait" fait une pareille déclaration de Douane, j’aurais pensé qu’on se payait ma tête ! Et cela aurait été vrai, pourquoi pas des accessoires pour une messe noire satanique ?

- Cela ne cadrait pas avec l’attitude bienveillante du Bosco Philippin que j’ai interrogé (lui-même catholique fervent, avait un grand crucifix chez lui...)

- Seule, la vue du contenu réel des cabines et les explications des intéressés ont fait comprendre la vérité à l’incrédule que j’étais. C’est ainsi que j’ai découvert une partie de la Culture des Philippins.
- Ils sont des catholiques très fervents sur le principe, et plus encore sur la pratique. O combien !
En France, "fille aînée de l’Eglise" on le sait mais qui ne l’est plus de longue date, et ayant reçu une éducation catholique, tout sceptique que je suis, j’ai dû piger et accepter cet insolite état de fait.

- Un de ces jours, il me faudra évoquer ici un navire Iranien visité en 1981 à Buenos Aires, il était une autre curiosité culturelle.

- Naviguer c’est découvrir les forces de la Nature, mais aussi les autres cultures.

- Prochainement j’évoquerai notre séjour mémorable au mouillage en face de la plage Ensenada de Bara dans la baie de Vigo.

- Bien "navicalement" Thierry BRESSOL R/O
- Merci au site http://www.qatar.net.qa/qnntc/

- "Le Sea Intrepid (1/2)"
- "Le Sea Intrepid (2/2) au mouillage en baie de Vigo et la plage naturiste"
- (Une passionnante partie de canotage)

- Manoeuvre et Canotage

- La manoeuvre des navires
- Visite annuelle de sécurité à Dieppe et canotage
- Canotage, engins de sauvetage etc...

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/