Souvenirs de mer

11 novembre 2005

Début d’incendie à bord

- Un repas de fin d’année mémorable à bord.

Chacun d’entre nous a eu son expérience maritime "à lui". (à elle aussi...) Certains ont surtout connu des accidents avec blessés, moi pas une seule fois. Par contre, j’ai vécu quelques débuts d’incendie pard trois fois très spectaculaires à bord, plusieurs fois en mer et même une fois à quai.

Heureusement, ce fut à chaque fois "loupé"... Qui s’en plaindra ?
- Nous le savons, l’incendie à bord est une mésaventure redoutable entre toutes, cela a toujours été et le sera longtemps. D’autre part si c’est vrai pour tous les types de navires à quai comme en mer, ç’est le pire en particulier pour les sous-marins. Un "bateau noir" est un lieu on ne peut plus "fermé" par définition. On y aime encore moins cette mésaventure. En plus, téléphoner aux pompiers est alors vraiment problèmatique...

A la côte... Qui a fait le coup ?

Tout peut arriver en la matière, en surprenant n’importe qui avec traitrise. L’incendie du canadien Chicoutimi en 2004 en fut l’exemple parfait qui nous a tous consternés. (www.corlobe.tk rubrique "Canada")
- Lorsque cette stupide entrée d’eau accidentelle est en effet survenue en naviguant en surface, je suppose (compte tenu de ce que j’ai pu savoir) que personne à bord ne s’attendait à cet instant précis, qu’elle leur mette le feu par suite des infiltrations dans un câblage à haute tension mal protégé...
- L’officier radio que je fus, annonça des naissances par radiogrammes (radiotélex ou morse) et quelques autres bonnes nouvelles, mais jamais de décès ni de mauvaise nouvelle.
- Tout au plus, je me souviens d’une conversation téléphonique au cours duquel fut annoncée une jolie somme de tuiles à caractère domestique, qui commençait
à devenir cocasse (malheureusement) tellement cela ressemblait à la chanson :
- "Tout va très bien, Madame la Marquise..."

J’ai aussi vécu quelques débuts d’incendie spectaculaires à bord, plusieurs fois en mer et une fois à quai. Voici l’un d’eux, survenu pendant la nuit du 30 au 31 décembre en mer, à cause de la préparation nécessairement sophistiquée du repas du 1er janvier...

Voici un MYSTERE DE LA MER :
- Notre jeune chef cuisinier a sans doute voulu en faire trop et trop bien. La cuisine est naturellement un excellent point de départ pour avoir le feu à bord et ce petit jeune était un "bon" cuisto. Le grand classique du genre est le feu de friture, redoutable entre tous, souvent accompagné de graves brûlures. Ce jeune cuisinier était extrêmement méticuleux mais très étourdi aussi. On n’a jamais que des qualités et il arrive parfois que celles-ci se traduisent dangereusement.
- Il n’a pas dû "recommencer" plus tard car la peur, il connaissait déjà (ayant "déjà donné). Il était en effet à bord du François Vieljeux le 14 février 1979, pour son premier embarquement, en tant que novice-cuisine.

A bord des navires câbliers, on mangeait presque aussi bien qu’à la Cie de Navigation Denis Frères.
(La fin d’année à bord chez France Telecom, avant la "mécanique Orange" !)

C’est donc en préparant à l’avance des éléments du repas du 1er janvier à midi qu’il aurait voulu faire un "fond de sauce", dont la préparation devait commencer 24 heures plus tôt... (cet élément expliqué après coup...)

Ainsi, la nuit du 30 décembre sur une plaque chauffante de l’office du carré des officiers, une cocotte minute fut laissée sans trop de surveillance et fut donc oubliée par le (encore plus jeune) novice cuisine et aide boulanger. En d’autres termes, elle fut "abandonnée" à son sort avec des os de poulet dans l’eau bouillante.
- Cet oubli stupide arriva à cause d’un appel radiotéléphonique venu de sa famille qui l’amena à courir au local radio, et cela fut suivi d’une invitation à prendre l’apéritif par surprise quelque part à bord...

Circonstance aggravante : cette cocotte minute était défectueuse, elle avait même été qualifiée de dangereuse avant l’accident, ce qui n’empêchait pas qu’on l’utilise...("no comment" mais faut-il juger ?)
- Au beau milieu de la nuit, la dite cocotte a explosé en faisant un "Boum" retentissant et terrible qui réveilla tout le navire...
- Inquiétude à la passerelle, commandant debout en slip sur place en 3 minutes, R/O au local radio, etc...
- Mais... Aucune alarme incendie. Bizarre tout ça.
- Ronde partout à bord mais... RAS !

Mais d’où venait donc ce bruit ? M....
- Durant un double circuit à bord à la recherche de la cause de l’incident, les gars passèrent à l’office en ouvrant brièvement la porte, sans remarquer autre chose qu’une la cocotte-minute qui n’avait plus de couvercle.
- Il aurait dû regarder de plus près ce qui se passait dans ce "Bronx" : Le dit couvercle était en effet enfoncé et encastré dans le faux plafond !!!
- Après un certain temps de vaine agitation à bord, tout le monde (sauf la passerelle) s’est recouché, de mauvaise humeur et mal rassuré. Mais bon, il n’y avait rien, même en visitant toutes les cabines des gars. Alors... A suivre !
- Beau temps, belle mer et bon vent....

La plaque chauffante continua à chauffer le reste de l’eau et surtout, les os de poulet qui furent donc peu à peu carbonisés. Cela dégagea peu à peu une fumée dense et mystérieuse, et une odeur atroce...
- Peu avant la relève de 4 heures bord, l’alarme de fumée sonna.
- Cette fois : Tout le monde aux postes d’incendie !!! Fumée dense etc... Hélas, pas de feu. Introuvable !
L’inquiétude et la colère suintait. Il n’y a pas de fumée sans feu dit-on. Est-ce bien sûr ?

Nous avons (j’ai) malheureusement "alerté tout le quartier" par un vibrant et mémorable "XXX XXX XXX" sur 500 Khz et 2182 Khz précédés par l’alarme 500 Khz, les fameux 12 traits successifs de 4 secondes. Lorsqu’on envoyait cela, "ça ne rigolait plus".

- C’était le "grand jeu" à bord :
- Embarcations débâchées et débordées, fenzy, extincteur à roulette dans les coursives, etc.
- Finalement, on a trouvé, vu et tout su comprendre...
- Ouf !!! Ce n’était que ça ?!
- "Faudra m’expliquer tout ça en détail demain matin chez moi, à 11 heures...". Telles fut la dernière parole du commandant avant de se retirer au local radio puis d’aller se coucher.
- Le plus emmerdant de l’affaire... fut en effet pour le commandant et moi :
- Ayant demandé Assistance, il a fallu faire un nouveau message XXX pour arrêter le Ramdam déclenché sur les ondes...
- En effet au sommet de l’inquiétude alors que la fumée sans feu et cette odeur abominable régnaient partout à bord sauf dans la Machine, le pire (évacuation) étant imaginé, le Cdt m’avait fait envoyer l’alarme 500, avec tout ce que cela signifie...
- Faire ensuite un beau msg XXX pour expliquer vite et bien que tout est réglé et que c’était un ennui de cuisine, sans passer pour des c.... Pas si facile !
- Heureusement, on n’a pas interrompu un navire câblier au travail ! C’est arrivé. Il ne faut pas se moquer d’eux, encore moins que des autres ! Nous étions tous les deux fort embarrassés au local radio, en train de discuter du texte : Qu’écrire ?
- "INCENDIE MAITRISE TOUT VA BIEN - FIN DE DETRESSE MERCI"
- Heureusement, on a fort bien mangé le surlendemain 1er janvier. C’est oublié !
- Ca va sans dire, ce n’est pas arrivé à bord d’un navire de la "d’Orbigny", la plus ancienne Compagnie de Navigation Française (dont je reparlerai ici), qui est aussi celle grâce à qui l’expression maritime "gargouillou" a survécu. Les grandes traditions maritimes se perdent rarement totalement, surtout en matière de cuisine.

Bien "navicalement" Thierry BRESSOL - OR1

Symbole de l’accueil du site

- Plan du site & Plan de "Marine Inconnue"