Souvenirs de mer

14 janvier 2006

Le Lest du Diable 2/2

Les femmes à bord : suite !
- Les gars d’un navire Polonais rencontré sur la COA au début des années 80 étaient visiblement contents et fiers de nous présenter leur Cdt, qui en était une... Je les ai visités à Pointe Noire, ce qui m’incite et m’autorise à en parler.
- Je ne saurais d’autre part, résister à la tentation de diffuser ici quelques autres anecdotes significatives, concernant ce que j’appelle aussi parfois :

Marine Inconnue, c.à.d. la Marine Marchande
- Les femmes à bord (corrigé le 15/1/2006)
- Sent : Tuesday, March 29, 2005 5:27 PM

Les fonctionnaires de l’Oncle Sam sont parfois pénibles. Cela dit, je fus surpris par cette anecdote...
- Citation :
- "... L’immigration ça ne rigole jamais chez eux. Une fois je suis arrivé à New Orleans, ma femme était à bord, elle avait embarqué à New York. L’officier d’immigration voulait me coller 1.000 dollars d’amende parce qu’il était contraire au John’s act de transporter des passagers d’un port américain à l’autre sous pavillon étranger. Je n’arrivais pas à croire qu’il était sérieux, mais il a fallu que j’aille avec ma femme au bureau de l’immigration, poireauter trois heures pour plaider mon cas et m’en tirer avec (ouf !) un avertissement...."

Etait-elle "inscrite" comme passagère à bord ? C’était souvent une imprudence. A chaque fois que j’ai vu une ou plusieurs épouses à bord, une opération que j’appelerai ici "bureaucratie-fiction" :
- Elles étaient mises d’office sur la Liste d’équipage format OMI (ou IMO !) dans la fonction de stewardess, ou éventuellement une autre fonction-fiction, le principal étant d’éviter d’écrire "le mot qui tue" : "passagère", trop souvent porteur d’un tas de questions pouvant nous compliquer la vie.

En faisant comme cela sous pavillon "fr" comme sous pavillon belge, je n’ai jamais eu d’ennui même chez l’oncle Sam, dont nous savons ici l’extrême délicatesse de l’administration, même avec les dames.
- Ainsi fut embarquée mon ex-future épouse à bord du Quinquela Martin (ex Van Dyck). Je dois d’ailleurs rendre hommage à la CMB qui encourageait cette
pratique même pour les "non-encore-épouses", car c’est un "facteur d’ordre à bord", disait le Cdt Lambrecht...
- LA CMB exigeait cependant un "petit papier" un peu emm... à obtenir, car il a fallu aller sur place à la vitesse "grand-V" :
- le certificat de concubinage obtenu à l’Hôtel de Ville de Dieppe, une péripétie délicate car réalisée dans l’urgence. Mais le captain Jean-Maurice Etienne était fort pointilleux sur les "papiers".
- Il demandait aussi chaque matin, "Rien dans l’Ether Marco ?" A propos, je me demande ce qu’il est devenu. Pourvu qu’il me lise, c’est arrivé souvent.

Cela dit, tout s’est fort bien passé avec cette stewardess et "facteur d’ordre".


CITATIONS :

Epouse/passagère :
- ... C’était souvent un problème que choisir comme déclaration, stewardess, passenger... J’avais finalement tranché et mettais "family" ou "wife" tout simplement. Cette fois là je suis tombé sur le super connard rarissime, qui a appliqué la loi à la lettre...
- L’agent m’a dit que si j’avais mis stewardess ou autre, il aurait demandé à voir le contrat, le seamanbook, la fiche de paie et que sais-je encore... Du coup j’étais pris en flagrant délit de mensonge.
- En fait au bureau à terre j’ai poireauté comme tout le monde, mais l’avertissement a été tout à fait symbolique, l’air de dire qu’on ne pouvait pas faire moins pour ne pas désavouer un officier d’immigration..."
- Hervé Cozanet  wanadoo.fr>
- mardi 29 mars 2005 22:41


Je suis étonné commandant par votre pratique ! Je confirme le message de Thierry Bressol. En effet, à bord des navires belges et luxembourgeois, les épouses et compagnes des officiers sont inscrites sur la liste des équipages. De plus, elles sont pourvues d’un contrat d’engagement "pro format". Après un premier voyage, d’un carnet de marin, compte tenu des cas possible d’une inspection poussée des autorités d’immigration.
- De plus elles sont aussi astreintes aux mêmes visites médicales, notamment afin de contrôler les cas de possible grossesse avancée. La pratique du carnet de marin était systématique à bord des navires sous pavillon belge, car c’est le seul document reconnu de marin, même pour les marins étrangers.

Contrairement au pavillon belge, à bord des navires sous pavillon luxembourgeois, tous les marins, y compris les épouses et les compagnes doivent être aussi porteurs et p ! orteuses d’un passeport en cours de validité en plus d’un carnet de marin luxembourgeois.
- Sauf certaines exemptions en Louisiane, aucun problèmes majeurs avec l’immigration des Etats-Unis. De plus cette pratique est tout profit lors de la traversée des canaux de suez et de panama par absence de passagers à bord. Il faut remarquer que les officiers les plus retors du service de l’Immigration se trouvaient à la Nouvelle Orléans.
- C’était souvent ceux écartés du service des autres ports. J’ai même bien connu des cas flagrant de racisme dans ce district du fleuve Mississippi.

Notamment, un jour, le refus d’accorder l’autorisation d’aller à terre pour une stewardess noire d’origine sud-africaine mais porteuse d’un passeport britannique sans raison apparente car cette personne n’avait jamais mis les pieds aux Etats-Unis auparavant. C’est la seule fois où l’officier d’immigration fut remis à sa place vertement lors d’un second séjour, par un dépos de plainte de plusieurs membres de l’équipage contre celui-ci auprès de son supérieur et par les autorités consulaires britanniques.
- Le service de l’immigration le plus agréable fut celui des très jolies inspectrices de Miami, bref tout le contraire du cas précédent...
- L’inspecteur le plus désespéré que j’ai connu, fût celui de Duluth-Superior (Minesota-Wisconsin) le jour d’ouverture au trafic maritime sur les Grands Lacs aux navires soviétiques !
- C’était l’image parfaite de la désolation du monde...
- Amicalement
- Bougard.michel coditel.net - Michel BOUGARD
- mercredi 30 mars 2005 11:46


Effectivement, ma compagne embarqué en 1987 à bord du Quinquela Matrtin est passée au Commissariat maritime d’Anvers, à la visite médicale des "embarquants" (je n’y pensais plus). Après tout, si cela était un peu "lourd", c’était une précaution intelligente. Il faut reconnaître que j’ai toujours vu les épouses embarquer en tant que"stewardess" sous pavillon "fr" comme sous "be"), mais c’est encore la CMB qui organisait la chose le plus "scientifiquement", si c’est le bon terme pour le dire.

En effet tout cela pouvait résister aux "casse-pieds" administratifs éventuels... Mais les cas "de nationalité bizarre" de la dite stewardess étaient
sans doute à éviter chez l’Oncle Sam. Je me souviens d’un gars s’appelant Jean Dutour (comme l’écrivain) qui était d’origine Burkina Fasso. Tout était "clair". Mais effectivement, il était possible de douter. C’est pas de chance.
Mais en bon habitué des petits soucis du genre, il savait qui contacter d’urgence pour prouver son
identité.... Un débrouillard !
- Un autre collègue nommé Miloud Azzedine, blond aux yeux bleus, fut également ennuyé. Quand on est Kabyle d’origine, on peut se faire aisément passer pour être Européen et son nom peut alors paraître bizarre à des gens soupçonneux. Mais si on a un passeport "fr", toute contestation devrait être irrecevable, surtout avec ce qui est leur arrivé en 1962. (il était fils de harki, c’est là une autre histoire)
- Le Cdt Cozanet n’a pas eu de chance, et surtout il a fait une mauvaise manoeuvre, sans doute due au fait que les épouses embarquaient très rarement à bord des navires qu’il "fréquenta" durant sa carrière. Donc, lorsque le cas s’est présenté(e) il ignorait naurellement ce qu’il fallait faire, et surtout ne pas faire...

Je dois aussi ajouter que mon amie fut obligée de demander un visa à l’ambassade des USA Place de la Concorde. Cette précaution était toujours prise pour le cas fort improbable certes, d’un passage imprévu chez l’Oncle Sam, mais toujours possibles ! J’en avais un aussi, comme les autres !

C’est dire que la CMB prenait des précautions ! Je soupçonne même que sa méfiance envers les USA provenait d’une ancienne histoire stupide qui a dû emmerder tout le monde bien longtemps avant les années 80...
- Je ne sais pas ce qui leur est arrivé mais le caractère méthodique et méticuleux de la CMB reposait toujours sur du "concret" !

D’autre part il était imprudent d’embarquer certaines femmes rencontrées en escale telle que Carmen, c’est sûr. C’était embarquer soi-même en galère...
- D’autre part ces nombreuses anecdotes (on pourrait en faire 12 livres !) prouvent comment on considère les marins du commerce dans la majorité des pays :
nous sommes parfois des citoyens de troisième classe. C’était souvent difficile à supporter.

Et je n’ose pas trop évoquer ici les phénomènes de racisme dans toutes les "directions" qui trouvent là un superbe terrain d’exercice, pour rester poli.
- C’est moins feutré que le "il faut innover plus que les chinois", (fort à la mode de nos jours) mais à la portée du plus profond crétin qui se voit investi d’une autorité, effectivement.

- jeudi 31 mars 2005 17:59
- Epouses à bord (CMB CGM et SHELL)

Je dois dire aussi qu’il était extrêmement important qu’elles sachent s’occuper à bord,
pour rester le "facteur d’ordre" cité par le Cdt Lambrecht !
- Mon amie embarqua avec des kg de papiers car étant étudiante, elle préparait ses examens (maîtrise). Je dois dire qu’un navire de commerce se prête admirablement et efficacement (car il y a eu réussite) au travaux intellectuels des "passagères".

Il y a cependant eu un peu de panique durant le voyage, car la rotation du navire en Amérique du Sud dura plus longtemps que prévu... Mille sabords ! Mais à tout problème sa solution, elle fut débarquée à Buenos Aires, c’est évoqué ici dans mes autres articles.

Pour évoquer des choses plus sérieuses, j’ai ouï dire par un bon copain officier radio chez Shell, que l’épouse d’un des commandants du Batillus et du Bellamya faisait de longs et utiles embarquements :

C’est elle qui traduisait en Français de nombreux livres chinois. Elle n’était pas seule à travailler ainsi à bord. Le calme olympique d’un très grand tanker se prêtait fort bien à ses travaux. Nous lisons donc encore, les travaux du Batillus sans le savoir. C’est cela aussi, l’âme du navire.

- Epouses et Pénélope

Ce qui reste sûr, c’est que Pénélope n’est plus un modèle d’épouse aujourd’hui. Cela va fort bien (si j’ose dire) avec l’état du statut du marin "shipping international" que sont devenues nos marines marchandes.
- Trahi par les patrons parfois indignes de ce nom, le marin risque aussi peut-être de l’être par son épouse.
- Il a même été dit que c’est tout naturel...! (scientifiquement ? Peut-être) Il fut en effet écrit par des spécialistes ou supposés tels (sexologues et experts en relation conjugale) que de façon inconsciente parce qu’instinctivement, une femme choisit en général son compagnon en fonction de la capacité supposée ou prévisible de celui-ci, à assurer la protection des enfants à venir, un peu à la façon des animaux, ce que nous sommes
aussi après tout...
- Cela se vérifie plus ou moins par l’expérience d’ailleurs. Mais Humains, nous ne sommes pas uniquement une race animale parmi les autres :
- Nous, les bipèdes mammifères omnivores, avons le choix réel et complet, pour peu que l’on prenne le temps et la volonté d’y penser, nous pouvons faire autrement.
- Cela dit, lorsque j’étais riche, entre 1979 et 1993, il y en avait plus à s’intéresser à moi. Mais pour ce qui est de la qualité... C’est l’inverse maintenant et il n’est nulle raison de s’en plaindre.

Ceci pour dire que cela fait une raison de plus pour moi, pour qu’à chaque occasion, je me fais fort d’avertir les plus jeunes qui seraient tentés par la carrière maritime :

Et en plus, tu seras peut-être cocu mon fils !
- Multi-cocu peut-être aussi, plus sûrement que l’officier cornichon du Zeebrugge !
- Lui au moins, c’était de sa faute principalement...

Elisabeth Jacobsen et le petit foc, une matelote légère à bord du 4 mâts Parma dans les années 1920.

- Le 18/02/2002 21:29:15
- Navires de l’Est
- Une polonaise à bord :

Pour conclure à présent l’évocation de ce sujet, je me rappelle une intéressante rencontre faite à Pointe
Noire au début des années 80. Je n’ai pas eu la chance de fréquenter la Pologne, mais les échanges plus ou moins culturels qui ont parfois lieu entre les navires en escales peuvent être l’occasion d’approcher de façon riche un pays inconnu.

Ce jour-là, je fus tout simplement invité par mon collègue OR rencontré par hasard en ville. C’était un dimanche en fin d’après-midi. Ce cargo classique polonais étonna "l’occidental moyen" que je suis !

Il était déjà bien connu que la Pologne est un pays catholique et que les gens y sont très pratiquants. D’autre part, nous savons que le nouveau Pape (à l’époque) a plus d’une fois su obliger les dirigeants communistes à manger leur chapeau !
- Je ne pouvais pas penser qu’à bord d’un navire immatriculé chez un pays du bloc de l’Est un aumônier disait la messe deux fois chaque dimanche, le matin et l’après-midi pour que tout le monde puisse y assister...
- Je suis arrivé à bord lors de la fin du second office qui se déroulait au carré, et je n’en crus pas mes yeux, cela ne se fait pas à bord d’un navire français, sauf exception ! Comme ce prêtre missionnaire et passager du Saint François qui nous organisa cela au carré. Il voyageait toujours avec le matériel nécessaire, parfaitement conçu portatif contenu dans un attaché-case. J’ai remarqué que le prêtre polonais disposait du même "équipement" !
- En effet pour dire la messe, il n’est nullement besoin d’une église. Dieu est partout, par définition au moins.
- La seconde surprise réservée par ce navire en était le commandant... La commandante devrais-je dire ! Mon collègue OR ne résista évidemment pas au plaisir de contempler une Nième fois la surprise du visiteur, qui découvre que le commandant est Une commandante.
- Comme tout le monde en rencontrant cette belle femme brune d’environ 40 ans assise au bureau du Cdt, j’ai pensé qu’il s’agissait de l’épouse du maître du bord... Elle me précisa dans un français impeccable, qu’elle était célibataire et capitaine au long cours !

Il m’a semblé qu’elle ne se lassait pas encore du plaisir de surprendre les visiteurs, quelle que soit leur fonction, car c’était seulement son troisième voyage dans la fonction.
- Et oui ! On sait bien que cela se fait (il n’y a pas de raison contre), mais on n’en rencontre pas très souvent.

Ayant relativement souvent fréquenté les navires de l’Est, j’y ai cependant constaté que les gars étaient en général favorables au régime, avec un certain scepticisme plus ou moins avoué selon les gens.
- A bord de ce navire polonais dont j’ai oublié le nom, il n’y avait que deux communistes : la Commandante Danuta Wallas (je me souviens enfin de son nom) et le représentant très officiel du parti à bord, qui se trouvait être mon excellent confrère l’officier radio. Celui-ci m’expliqua de surcroît et cependant, qu’il était personnellement extrêmement sceptique à propos du régime, même en faisant partie de la minorité athée et inscrite au Parti à bord.

Bien navicalement - Thierry Bressol R/O
- Merci au site Mer & marine :
- Femme importante à bord

- Navire civilisé, ou Embarquer Belge
- Pourquoi en Belgique ?
- Le lest du Diable 1
- Le lest du Diable 2

Le 18 mai 2006, madamedekeravel : Le Lest du Diable 2/2

Bonjour !
J’ai écrit une page sur le Bellamya dans mon blog et j’ai cité le vôtre.
Venez m’y rendre visite :
http://laminute.canalblog.com/archives/2006/05/18/1896224.html

Lien : http://www.laminute.canalblog.com Le Lest du Diable 2/2 8 juillet 2006

C’est avec retard, un stupide oubli le soir quand j’ai vu cet utile commentaire, que je vous remercie absolument pour ce complément d’information ! Vous voudrez bien m’excuser pour ce retard. Met vriendelijke groeten / Bien amicalement & navicalement
- Thierry Bressol OR1
- http://souvenirs-de-mer.blogdns.net/
- http://laminute.canalblog.com/archives/2006/05/18/1896224.html
- C’est effectivement très intéressant.


A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/