Souvenirs de mer

14 janvier 2006

Le marin roumain de l’Otello

- Il n’est pas mort, il est disparu. C’est bien ça le drame !
- Ce message est de Michel Bougard, R/O, et concerne la disparition le 1er janvier 2006 d’un marin roumain du navire de la CMA-CGM « Otello ».
- PS et correction le 15 janvier 2006

- Note Thierry Bressol R/O :

- CITATION :
"...Concernant la disparition du marin roumain, celui ci n’a probablement pas résisté psychologiquement à un départ de veille de Nouvel An (de Zeebrugge) ou peut être d’avoir dû peindre « Port aux F... » sans cédille ?..."

- Le plus simple bon sens nous dira qu’il est normal, prévisible et potentiellement dangereux d’avoir le blues à bord au moment d’embarquer lors des fêtes de fin d’années, tout en laissant de graves problèmes chez soi... Qui sait "ce qui se passait" pour ce malheureux collègue ?
- Cela étant dit hors de tout jugement de principe sur le fait de vouloir passer par dessus-bord volontairement...
- "c" ou "ç"... effectivement, vaste débat. Mais avec le RIF, la question ne va plus se poser très longtemps...

Le CMA-CGM OTELLO

- CITATION :

- Il n’est pas mort, il est disparu. C’est bien ça le drame ! Le sort de la famille d’un marin disparu dépend d’abord de l’application des dispositions légales générales en matière de disparition dans son pays d’origine ou de résidence, dans ce cas la Roumanie.

- Sauf rares exceptions, il n’existe pas de législation spécifique lorsque une disparition « individuelle » a lieu en mer, en particulier à bord d’un navire étranger.

- Le sort des « ayants droits » des marins disparus en mer lorsque cette disparition a lieu à bord d’un navire d’un Etat autre que celui d’origine ou de résidence est un sujet de nombreuses et longues discussions en matière de couverture du risque assuré par les armateurs, mais surtout par les « P&I ».
- Si la législation française parle de 10 ans, il s’agit dans ce cas de mesures provisoires concernant les biens du disparu, notamment de certaines indemnités d’assurance.

- Car pour une disparition « individuelle » dans des pays de droit romain, comme en France ou en Belgique, les mesures définitives concernant les biens du disparu, notamment les indemnités d’assurance, peuvent prendre facilement jusqu’à la limite de 30 ans suivant le Code Civil et les autres dispositions légales ou contractuelles.

- Par exemple, les indemnités prévues par la loi RIF pour les marins « hors de France » sont applicables pour les « décès » déclarés et non pour les « disparitions », même de longue durée.
- Et encore, dans le cas présent, quelle est la législation applicable dans les TAAF en matière de disparition en mer d’un marin étranger, compte tenu du quasi désert législatif et règlementaire de ce pavillon !
- Je parle aussi d’expérience personnelle car en début de carrière j’ai eu à bord le décès d’un jeune officier de pont tombés en mer dans le Golfe de Gascogne par très grosse mer.

- Le fait que celui-ci, qui était un très bon nageur, est mort en mer par hypothermie observée par l’officier de quart et le capitaine, a permis à ceux-ci de dresser valablement un acte de décès avec inventaire des biens laissé à bord. J’ai encore le souvenir de cet inventaire !

- Toutefois ce cas de déclaration de décès en mer reste très rare.

- En pensée avec la famille de ce disparu en mer
- BOUGARD Michel, Officier radio préretraité.

CMA-CGM OTELLO, le nom est plus romantique que le navire... N’est-ce pas ?

- Notes Thierry Bressol R/O :

- J’ai trop souvent entendu parler de ce genre d’événement à bord lorsque je naviguais. Quelques camarades que j’ai connus ont ainsi disparu et moi-même, je fus tenté de le faire. (en prévoyant de prendre une traversée transmanche de nuit pour n’être pas vu, et à Zeebrugge ! Et non à Calais...?)

- C’était un sujet tabou. "On" refuse de communiquer tout chiffre à ce propos et je suis certain qu’on n’a jamais vraiment essayé même de seulement de compter cela...
- Il me semble cependant que statistiquement, il est anormal que durant mes 12 ans de navigation, j’ai pu "assister" autant de fois (3) à ce genre d’événement à bord, et beaucoup plus souvent entendu parler de ces drames personnels dans le "groupe" des Compagnies que j’ai fréquentées.

- Je me suis en effet toujours demandé si cela arrivait plus souvent sous pavillon français (et entre français) que sous les autres, en m’étant construit une petite conviction basée sur le fait que c’est arrivé beaucoup plus rarement (à ma connaissance) aux navigateurs non français que j’ai connus...
- Qui peut vérifier ça ? Est-ce réellement seulement une sensation négative des choses ? On me l’a dit parfois. No sé !

- Cela dit, deux petites remarques s’imposent :

- 1) Des hommes se tuent en mer ou bien ils y travaillent et vivent dans des conditions sociales "difficiles" qui sont une honte honte pour la France et l’Europe, pendant que d’autres discutent à propos du "ç" ou du simple "c" à peindre sur le cul des pyroscaphes immatriculés à Port aux Français... Mon Dieu, mon Dieu... No comment. Que ceux qui ne sont pas contents, soient jetés par dessus bord, d’une liste de diffusion e-mail par exemple ! (cela vient d’arriver à Michel....)

- 2) Il me semble, pour autant que cela soit su, que ce genre d’événement est beaucoup plus rare chez les marins militaires. L’esprit de corps aujourd’hui disparu dans le civil les protège sans doute, surtout à bord des sous-marins, car l’équipage d’un "bateau noir" est en effet naturellement "un et indivisible", autant que faire se peut ! D’autre part, là : on ne saute pas facilement par dessus-bord.

- En pensée avec la famille de ce disparu en mer, moi aussi.

- Bien navicalement - Thierry Bressol R/O
- Merci au site de la CMA-CGM pour les deux photos.

- PS : "c" ou "ç" au cul ? Aucune hésitation ! "ç" !
- Personne ne s’étonne de voir le nom d’un navire russe peint à l’arrière, sans toujours être capable de le lire. Notre "ç" est spécifique aux francophones, pour le meilleurs et pour le pire.