Souvenirs de mer

11 février 2006

Escales en Nouvelle Zélande 3/8 - Bluff

Faire les vivres et visiter Bluff "by night". (Et... Renseignement Naval)

Auckland, Bluff (près de Invercargill), Timaru (Dunedin), Christchurch, Wellington (et Nelson), Napier et Tauranga.

Corrigé le 10 Mai 2007

- Escales en Nouvelle Zélande 1 & Escales en Nouvelle Zélande 2
- Escales en Nouvelle Zélande 3 (vous y êtes)
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- Escales en Nouvelle Zélande 6 & Escales en Nouvelle Zélande 7
- Escales en Nouvelle Zélande 8


Samedi le 11 Février 2006 :

2/ Bluff - première partie :

Bluff (au détroit de Foveaux) est à la fois un port de pêche et le débouché naturelle sur la mer de Invercargill, grande ville NZ la plus au Sud, à partir de laquelle nous eûmes même le privilège de faire un tour en voiture vers Queenstown, une station de sport d’Hiver....

Le port de Bluff, accès à la mer d’Invercargill

A l’extrême Sud de l’Ile de Jade, officiellement appelée Ile du Sud, se situe une Ile rocheuse, sauvage et inhospitalière, l’Ile Stewart. Autour d’elle nous avons dû "tourner" trois fois pour chercher un bon mouillage. Il n’existait qu’une seule place à quai pour gros navire à Bluff à l’époque. Nous devions donc attendre notre tour cinq jours.

Le détroit de Foveaux est presque aussi venteux que le Cap Horn et n’est pas vraiment un endroit simple pour les navigateurs, surtout s’il leur faut "rester dans le coin"... Trouver une bonne place pour mouiller la pioche ne fut pas une affaire facile, car où que nous allions, l’ancre finissait toujours par chasser au bout de quelques heures. Ainsi nous avons dû changer de mouillage sept fois en cinq jours si je me souviens bien, pour finalement abandonner la partie (game over) car la météo devenait de plus mauvaise. Même en allant "se cacher" à l’Est sous le vent de l’Ile Stewart, le mouillage ne tenait pas. Le climat de cette région n’est pas sans rappeler celui de la Bretagne dans les mauvais jours. Cela nous changeait de l’atmosphère presque tropicale de Auckland, située par environ 37°Sud alors que Bluff se trouve "plus bas" que le 46ème parallèle. Certes en ce début décembre c’était le printemps, mais les forts vents dominants d’Ouest du détroit sont un excellent sujet traité dans les instructions nautiques, mais ils nous ont "soignés".

Les environs de Bluff et du détroit de Foveaux

Cette seconde escale commença de façon similaire à la première, c’est à dire par une manoeuvre de mise à quai matinale suivie par les tâches traditionnelles qui vont avec. J’en fus libéré entre dix et onze heures pour accueillir les shipchandlers avec notre jeune cuisinier hésitant car nos candidats-fournisseurs étaient déjà là, attendant dans leurs voitures et camionnettes stationnées au pied de la coupée, dès que le Pierre LD se fut présenté devant le quai. Ils n’attendaient qu’un signe du bord pour nous envahir.

Les deux matelots n’avaient pas encore achevé de gréer le filet que l’un d’eux essaya de s’introduire à bord malgré les protestations. Celui-là sera recalé pensais-je, car je n’aime pas le mode d’action "rentre dedans"... L’expérience commençait à venir mais je me méfiais encore de la responsabilité des choix délicats à venir avec nos fournisseurs.

En effet certains aspects de la situation risquaient encore de m’échapper et la connaissance de quelques critères utiles et peu évidents pour ne pas faire d’erreur me manquait encore. C’est aussi dire que dominer la délicate fonction de commissaire de bord n’est pas chose facile. Ironie du sort, c’est au moment où je commençais à me sentir à l’aise avec cette charge imposée pour le voyage, que j’ai débarqué pour ensuite ne plus l’exercer depuis. Ainsi va parfois la vie professionnelle. Ce n’est pas inné, cela s’apprend, mais pas vraiment à l’Ecole Nationale de la Marine Marchande. L’élève de l’ENMM de Nantes que j’étais n’avait prévu ça.

Une rue d’Invercargill

La première journée passée à Bluff fut consacrée presque entièrement à la grande commande de vivres et "appro" dont dépendrait la qualité de la vie à bord durant au moins les deux prochains mois. Acheter plus de 5 tonnes "à manger" pour 24 personnes est une chose sérieuse. Après nos mésaventures américaines quelques mois plus tôt, j’étais fort bien placé pour le savoir. Il faut "viser juste" pour la quantité et la qualité au sens le plus large.

Cela dit à Bluff nous avions un maître atout, le temps "de voir venir" avec le frais embarqué à Auckland dans l’urgence. L’escale durerait de huit à onze jours probablement, selon la météo... En effet il ne fallait pas qu’il pleuve, ce qui nous forcerait à fermer les panneaux de cale, palettes de papier obligent, et ainsi interrompre les opérations commerciales.
- En d’autres termes il "fallait" qu’il pleuve, mais personne ne l’avoua bien sûr...

Lorsque nous les avons reçus l’un après l’autre dans mon bureau, les shipchandlers se montrèrent patients et rivalisèrent d’astuce(s) pour tenter de nous séduire car notre navire représentait un beau coup pour le vainqueur. Ce n’était pas si facile. L’un d’eux était même venu avec son épouse et assistante qui (l’air de rien) me faisait de l’oeil, ce qui ne s’invente pas. Le jeune cuisinier me raconta (comme le maître d’hôtel) ensuite avoir aussi été manipulé de la sorte. Tous les coups semblaient permis.

La décision serait collégiale plus qu’arbitraire, ce qui rendait le suspens insoutenable. Il me fut avoué plus tard que chaque navire est un cas particulier, d’autre part le commandant "tranche" en dernière ligne droite en finissant par "s’en mêler" à sa façon, c’est à dire au minimum tout approuver officiellement sans un commentaire.

Les éléments en main, en "réunion quadripartite" au local radio, le Maître d’hôtel, le Boulanger, le Cuisinier et moi-même, bière néo-zélandaise en main, nous nous sommes donnés le reste de la journée pour décider sur absolument tout. Nous avons finalisé nos choix en étudiant point par point les cahiers de menus, les inventaires de bord et les brochures catalogues des candidats-fournisseurs, à qui nous avions promis une réponse en fin d’après-midi.

Lors de cette passionnante séance, j’ai énnoncé et posé tous les besoins les uns sous les autres sur l’écran du traitement de texte-télex du Satcom en modifiant mon message au gré des souhaits exprimés au fur et à mesure.

Lorsque tous les sujets furent traités j’ai tiré une copie papier qui fut d’abord relue collectivement et corrigée, puis portée chez le commandant.

Celui-ci bien sûr y porta ses modifications personnelles ainsi que deux frustrantes, mais heureusement peu importantes furent ces suppressions. Cela nous rappela hélas, le climat grinçant du Pierre LD.

Enfin, il nous fallait faire avec. D’autre part ces finalement modestes suppressions qu’il imposa prouvaient aussi que l’ambiance du bord manifestait un certain réchauffement.
- Qui donc allait oser s’en plaindre ?

Le Pierre LD de 1980, c’est arrivé à son bord.

Pour finir, je me suis "enfermé" au local radio pour réfléchir un peu à la situation d’abord, puis j’ai étudié ma collection de guides et plans présentant Bluff et Invercargill laissés par nos visiteurs. Après cette pause bien méritée j’ai "posté" mon long message après une mise en page soignée et définitive, pour être facile à lire et utiliser. L’answer-back de la ligne Télex du schipchandler vue, appuyer sur la touche "send" et observer le texte défiler fut un plaisir.

Avec Inmarsat ce fut vite envoyé. Quelques instants plus tard alors que je commençais à me préparer pour aller faire un tour à terre, le téléphone du Satcom sonna triomphalement. C’était le candidat vainqueur qui me félicita pour mon excellentissime choix, il m’invita donc au restaurant le soir-même. Il ajouta :
- "J’emmène mon épouse et mes deux assistantes ! Nous vous servirons de guides en ville et si votre Chef Cuisinier veut bien se joindre à nous..."

L’intéressé ne se fit pas longtemps prier.
- Qui résisterait ?

Bluff : curiosité locale, on n’est pas perdu ici c’est sûr

Moins de quarante minutes plus tard, le 4x4 de la Sté Murray Crips stationnait au bas de l’échelle de coupée.
- Rendez-vous au restaurant puis dans une brasserie-taverne...

A suivre !

Bien "navicalement" Thierry BRESSOL R/O
- Escales en Nouvelle Zélande 4

Le Charles LD, sister-ship du Pierre. Sur les trois photos, voir les grands portiques.

- L’ambiance à bord & Le blues à bord
- Pourquoi suis-je en Belgique ? C’est aussi arrivé à bord du Pierre LD et je dois ajouter ici, qu’avant de rencontrer cette visiteuse à Newcasttle et qu’elle ne me parle, j’ai un instant pensé qu’elle était Australienne et allait se comporter comme cela arrive en Nouvelle Zélande... Pas du tout !

Merci aux sites :

- http://www.cityofauckland.co.nz/
- http://www.cityofinvercargill.co.nz/
- http://www.cityoftimaru.co.nz/
- http://www.cityofchristchurch.co.nz/
- http://www.cityofwellington.co.nz/
- http://www.cityofnapier.co.nz/
- http://www.cityoftauranga.co.nz/
- http://www.mountmaunganui.co.nz/
- http://www.cityofnelson.co.nz/

- http://www.tourdumonde.be/nouvellezelande/
- http://www.photoway.com/fr/dest/NZEL96_index.html
- http://www.bigfoto.com/ pacific/new-zealand/
- http://www.ginini.com/nz/maps/
- http://www.webtrotters.com/voyage/nouvelle_zelande/index.php
- http://www.voiliersnantais.free.fr/
- http://www.marine-marchande.net/

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


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