Souvenirs de mer

19 février 2006

Escales en Nouvelle Zélande 5/8 - Bluff & Timaru

Auckland, Bluff (près de Invercargill), Timaru (Dunedin), Christchurch, Wellington (et Nelson), Napier et Tauranga.

Corrigé les 10 Mai et 12 Juillet 2007

- Escales en Nouvelle Zélande 1 & Escales en Nouvelle Zélande 2
- Escales en Nouvelle Zélande 3 & Escales en Nouvelle Zélande 4
- Escales en Nouvelle Zélande 5 (vous y êtes)
- Escales en Nouvelle Zélande 6 & Escales en Nouvelle Zélande 7
- Escales en Nouvelle Zélande 8


Dimanche le 19 Février 2006 :

BLUFF - Troisième partie :

Le Consortium vraquier Gearbulk dont faisait partie LDC à l’époque espérait bien sûr une escale de 8 jours si possible, c’est à dire sans intervention perturbatrice de la météo. A bord il était au contraire esperé plus ou moins secrètement que la pluie se mêle des opérations commerciales en obligeant parfois le bord à fermer les panneaux de cales...
- En fait cela dura 11 jours, au cours desquels un membre de l’équipage se retrouva avec une forte dette de téléphone (France Nouvelle Zélande...) dans un restaurant à Invercargill. Je tousse encore en repensant à ce superbe chiffre. C’est cela aussi, un problème de famille de marin embarqué... Un autre fut mis en garde à vue durant 3 jours chez la Police locale à la suite d’uine rixe stupide dans un bar-de-nuit.

Bien sûr le bord (moi-même par exemple, pour commencer) a dû intervenir pour soigner ces deux farces et quelques autres moins percutantes. Il a donc fallu payer puis planifier une retenue sur salaire chaque mois pour l’un, et effectuer un petit débarquement "administratif" de 3 jours pour absence "injustifiée" à bord pour l’autre, sans autre précision... A quoi servirait-il de dire qu’il était "au violon" ? En effet nous avons eu la délicatesse de ne pas donner de détail à la Cie (qui s’en moquerait, à priori). Notre commandant avait heureusement un côté bon vivant. D’autre part je l’ai soupçonné de bien connaître ce genre de situation.

REMARQUE : Constatant qu’en 11 jours avec 24 hommes il se passe toujours quelque chose, j’imagine qu’à bord des grands porte-avions de l’US-Navy ou de notre PA Charles De Gaulle, il existe un service spécialisé pour gérer les incidents à terre. Avec 4000 hommes à bord, tout à fait statistiquement... Il doit arriver quelque chose !

Alpes du Sud : Aéroport de Queenstown

Il nous est même arrivé de donner dans le culturel, par exemple aller au cinéma, à une exposition consacrée aux découvreurs de la Nouvelle Zélande (à commencer par l’Ile du Sud et le détroit de Foveaux) ou même au théâtre et assister plus tard à Christchurch, au concert de Neil Young qui était de passage au meilleurs moment pour nous. C’est dire aussi que nous avons eu de la chance.

Queenstown (Alpes du Sud)

Nous sommes même allés faire un rapide saut (deux jours) à Queenstown, jolie ville située dans les Alpes du Sud. Ce fut un petit voyage, extra-ordinaire. Quel week-end ! Ce fut peut-être le plus beau de ma vie.

Aux Alpes du Sud

D’autre part, notre shipchandler m’a aussi invité au moins quatre fois à visiter avec lui ses navires clients, dont un japonnais et deux de ces fameux chalutiers soviétiques. L’un d’eux fut évoqué dans le premier article de cette série. A cette occasion j’ai pu savoir que les navires japonais et français avaient en commun la réputation d’être les plus difficiles à satisfaire. C’était encore l’époque où tout le monde à bord était de même nationalité pour ces deux pavillons, les français et japonais étaient en effet les clients les plus "difficiles" ou exigeants pour acheter de quoi manger.
- "Ce sont aussi les plus intéressants à servir", ajouta mon guide et fournisseur encore préféré à ce jour.
- Ces visites aux collègues japonais et soviétiques ne pouvaient qu’être d’un haut niveau d’intérêt culturel, et financier pour lui c’est sûr !

Alpes du Sud aux environs de Queenstown

Nous devions être livré en fin d’après-midi le surlendemain de cette mémorable soirée, ce qui me donna le temps de redevenir pour un temps l’officier radio. Je m’étais promis de nettoyer mes isolateurs d’antenne d’émission et de jeter un coup d’oeil approfondi sur toutes les autres. D’autre part comme d’habitude à bord des navires français, même construit en Pologne comme le Pierre LD, il y avait régulièrement des plaintes à propos des prises d’antenne collective de radiodiffusion dans les cabines.
- Pour ce dernier sujet il existait là, à la fois de quoi ne pas s’ennuyer et s’emm... Les mauvaises manipulations des uns et des autres avaient en général pour conséquences, que plusieurs prises étaient en permanence "bricolées" et de ce fait trop souvent hors-service. Cela créait bien sûr des perturbations sur le réseau câblé "d’antenne distribuée", qui entraînaient naturellement d’autres affaiblissements et d’autres manipulations douteuses et... Touti-quanti....
- Tout cela impliquait donc des visites de cabines avec mes outils pour réparer, ou tenter de le faire en se disant qu’à tous les coups l’occupant des lieux (quelle que fut sa bonne foi) recommencerait tôt ou tard. En général les marins français n’avaient pas un poste personnel équipé d’une prise à connecteur d’antenne, ce qui aurait été plus sain techniquemnt. Rares étaient les français à naviguer avec un bon poste de surcroît, d’où leur mécontentement systématique sur le sujet.
- Il fallait peut-être nous écouter, nous les R/O...

Alpes du Sud aux environs de Queenstown

Notre installation d’antenne collective n’était pas conforme aux bonnes règles de l’art du câblage coaxial, comme d’habitude. C’était un fait trop classique à bord des navires construits pour les français. Les services techniques des compagnies considéraient ce sujet comme fort secondaire et on ne le surveillait donc pas au chantier...
- "Comme sur des roulettes"
Il me semble que c’était un tort, compte tenu de l’incroyable temps perdu à la longue avec ces sottises.

Queenstown (Alpes du Sud)

Le jour suivant fut consacré principalement et en priorité (le port de Bluff s’y prétait bien car il avait "vue sur la mer") à un réglage fin de réception sur notre radar 3 cm. Les officiers pont s’en étaient plaints à juste titre, trouvant ses performances de sensibilité trop médiocres. Il fallait "voir", j’ai vu.
- Sans être une opération complexe, j’ai dû prendre mon temps. Il s’agissait seulement d’ajuster un petit réglage qui varie naturellement et souvent avec le temps. Il m’a fallu apprendre à bien connaître cet animal de construction italienne inconnue de moi jusqu’alors, car les équipements italiens n’étaient pas très fréquents sous pavillon français.

Cela n’enlevait rien à leur certaine qualité, mais j’y ai passé la matinée entière, en étant interrompu seulement pour rédiger les menus de la semaine avec le cuisinier.

Alpes du Sud aux environs de Queenstown

Dans l’après-midi je suis allé visiter à pieds les environs de Bluff conformément à mes habitudes, pour revenir à bord juste à temps heureusement, au moment précis de l’arrivée de notre Grande Livraison. C’était fort bien car je m’attendais à les voir en retard et ils furent en avance. C’est toujours ainsi...
- Comme je le supposais, tout se passa fort bien et dans la bonne humeur comme à Auckland, en mobilisant cette fois la moitié du bord, car il y avait environ 6 tonnes à monter et ranger "sous le château" dans les cambuses, frigos et magasins. L’atmosphère glaciale du Pierre LD s’était réchauffée et il n’y eut pas la moindre fausse note. D’autre part absolument tout ce qui nous fut livré apporta la satisfaction générale à bord.

Les environs de Queenstownn

Les soirées suivantes se déroulèrent au domicile du shipchandler avec lequel il faut bien le dire, j’ai dû constater avoir de bons et solides atomes crochus comme avec sa première assistante, qui se trouvait aussi être sa soeur. Chez lui les repas étaient aussi animés qu’à la taverne et chez le capitaine de pêche. Qui dira que les anglo-saxons ne savent pas manger ? Pas en Nouvelle Zélande en tous cas.
- C’est après avoir accompagné presque toute les fins d’après-midi suivantes mon hôte et fournisseur à bord de ses navires-clients, que j’ai appris des tas de choses surprenantes sur les autres mondes maritimes que le mien.
- Le 7ème jour nous revenions d’un chalutier soviétique, celui de la soirée évoquée ici il y a quelques semaines, (Auckland) avec mon homologue Estonien pour prendre un "dernier verre" chez notre guide.

Alpes du Sud (NZ)

Comme d’habitude il y avait de l’ambiance, j’ai eu une surprise mémorable à l’occasion "dans la série on en apprend tous les jours..." Il est bien connu qu’en ayant bu un peu trop, même un petit peu trop, il peut arriver que l’on parle aussi un peu trop, un peu plus qu’on le devrait...
- Je comptais d’ailleurs sur mon excellent et sympathique confrère soviétique pour cela, mais ce fut mon shipchandler préféré qui "tomba" à mon bel amusement et surtout à mon grand étonnement.
- Mais avec le recul du temps, faut-il vraiment s’étonner de ce qui suit ? En évoquant (Auckland) mes doutes sur les supposées activités d’espionnage des pêcheurs soviétiques (qui faisaient tant rire les intéressés), je ne pouvais pas résister à la tentation de revenir sur la chose car c’est intéressant, très au-delà du fait bien connu aussi que "c’est arrivé".
- Il était prévisible que tous ces fameux chalutiers soviétiques soient plus ou moins surveillés de près. J’ai pu ce soir-là avoir la confirmation qu’ils étaient effectivement l’objet "d’indiscrétions" et de "voyeurisme", pour ne pas dire d’une surveillance parfaitement disproportionnée avec la réalité de leur simple activité. Je m’explique :

Queenstown (Alpes du Sud)

J’avais pu voir chez lui, qu’avant de devenir shipchandler, mon hôte fut aussi officier de la NZ Royal Navy. Et pourquoi pas ? Les anciens marins peuvent être partout, même les ex-militaires. Il m’est aussi arrivé de savoir en le connaissant mieux, qu’il était réserviste et faisait regulièrement des périodes. Là aussi, pourquoi pas ? Il n’y a rien d’original.
- Cet intéressant sujet fut donc évoqué avec notre invité estonien et nos situations respectives furent comparées autant que faire se peut. Pourquoi pas ? C’était intéressant. Certaines choses furent abordées au quatrième whisky sans doute de façon peu raisonnable mais fort instructive et j’ai posé la question qui tue :
- "Nous avons bien ri à bord du chalutier usine des soupçons d’espionnage qui... Que pense-t-on de cela dans la NZ Royal Navy ?" Bonne question n’est-ce pas ?
- C’est ainsi que le cinquième petit whisky aidant, j’ai obtenu une information qui ne m’a pas trop surpris, suivie d’une autre bien plus croustillante et totalement inattendue :

Chalutier Sovietique (et Ukrainien) Retchheniak 1

Mon hôte nous fit hurler de rire, surtout notre ami Estonien qui faillit recracher brutalement le contenu de son verre en s’étouffant de stupeur, en avouant carrément être de ceux qui "vérifiaient" (il usa du terme "check") les navires de pêche et de commerce de l’Est... Il déclara (rassurant ainsi son invité) que la mission de sa petite équipe peu nombreuse au demeurant était surtout de confirmer l’innocence des pêcheurs, ce qui fut toujours le cas ! Ouf !!
- Ils ne trouvèrent pas d’autres activités soviétiques douteuses, que quelques petits trafics de navigateurs. Mais !

Il arriva aussi à ces "veilleurs voyeurs" occultes, de constater par hasard (la première fois ce fut une surprise) plusieurs fois, ce qui fut d’abord appelé une proportion quelque peu anormale statistiquement, d’anciens militaires français en voyage d’affaires ou de militaires en activité mais supposés être en vacances. Pourquoi pas ? Il s’agissait peut-être bien réellement de voyages d’affaires à caractère professionnel, mais de quelles affaires ? L’objet de l’affaire était-il toujours déclaré avec franchise ?
- "La Nouvelle Zélande mérite le plus haut intérêt des touristes, même celui des militaires", ai-je plaisanté après avoir manqué de laisser tomber mon verre de rire.
- Notre hôte raconta même que l’un d’eux se fit un jour chopper (un ou deux ans avant l’affaire Greanpeace) en flagrant délit d’indiscrétion avancée (en français dans le texte), ce qui devait fatalement un jour arriver. Il n’y eut "pas d’histoire" et l’intéressé fut mis dans l’avion suivant... Je suppose (il ne faut jamais se faire prendre) que le pauvre s’est fait remonter les bretelles à Paris.

Le Pierre LD de 1980, c’est arrivé à son bord.

Nous en avons bien ri, d’autant mieux que j’ai soudain pensé à l’un d’entre nous, à bord du Pierre LD. Notre second capitaine était un maniaque de la photographie de marine, il "visait" en particulier les navires de l’Est où qu’il soient et quels qu’ils soient, mais aussi toutes les installations militaires "qui passaient" à sa portée durant ses voyages.
- C’est alors que mon shipchandler évoqua (lisait-il dans mes pensées ?) notre second, pour m’inviter à le prévenir car notre schedule prévoyait le passage du Pierre LD non loin "d’installations sensibles" de la NZ Navy et qu’il n’était pas réellement autorisé de tout y photographier... Là, j’ai vraiment renversé mon verre en riant. Dans son cas, avec ses origines écossaises, aurait-il le bénéfice des circonstances atténuantes ? Il risquait surtout la garde à vue de toutes façons. C’est rassurant, surtout cela m’aurait beaucoup amusé !

Certaines escales sont réellement instructives...


Port de Timaru

3/ Timaru - Canterbury Bay (hélas, l’escale à Dunedin fut annulée) (Première partie) :

La Traversée de Bluff à Timaru fut très courte car, c’est "à côté". Mais un incident radio a su amuser tout le monde à bord, à commencer par les deux intéressés :

A peine nous avions apparellé qu’une des station radio VHF m’appela pour un appel téléphonique demandée par la terre, c’est à dire par une Néo-zélandaise qui souhaitait suivre le navire pour retrouver l’un de nous à Timaru. Elle demandait le Chief Mate, notre second capitaine en d’autres termes...
- Celui-ci s’était montré extrêmement sérieux depuis l’arrivée à Auckland, et tout le monde à bord (et à terre) se demanderait avec intérêt quand il céderait aux tentations des sirènes de Nouvelle Zélande. Ce suspens était au moins aussi insoutenable que celui du devenir prochain du paquebot Norway. (Ex-France)
- Je me suis dit sur le moment qu’en fait, l’intéressé était si puritain qu’il avait réussi à cacher sa récente capitulation.

Très amusant. Enfin, cela ne me regarde pas, pensais-je en téléphonant à la passerelle pour le faire venir au local radio... la discrétion est toujours de règle au local Radio.

Une rue de Timaru

Je l’ai laisé seul en ligne, puis j’ai vu qu’il était devenu rouge vif en sortant. Je l’ai senti fort troublé par cette récente conversation. Il semblait vouloir me poser une question embarrassante :
- "Quelque chose ne va pas ?"
- "Si, au contraire ! Mais c’est pas pour moi, je lui ai demandé le prénom de celui qu’elle demandait et..."
- Ah ! M’étais-je donc trompé ? Stupeur. Elle disait très clairement "First Mate" pourtant... Non, l’erreur n’était pas de moi. Lisant la liste d’équipage, nous avons retrouvé le "demandé" par son prénom. Il s’était fait passer pour notre second capitaine le sauvage. Il y a certainement eu une explication amusante dans le bureau du Second peu après...

Ce First Mate-là, ne photographiait pas les navires ni les installations militaires, il préférait photographier les néozélandaises toutes nues. Cela dit je ne dirai ici, ni quand ni si notre second capitaine a "capitulé".
- On ne sait jamais qui lit, en plus il y a souvent du monde à mon bord...

Rendez-vous en ville à Timaru, puis à Christchurch, Wellington (et Nelson), Napier et Tauranga.
- A suivre...!

Bien "navicalement" Thierry BRESSOL R/O

- Escales en Nouvelle Zélande 6 & Escales en Nouvelle Zélande 7 le 21 Juillet 2007.

Le Charles LD, sister-ship du Pierre. Sur les trois photos, voir les grands portiques.

- L’ambiance à bord & Le blues à bord
- Pourquoi suis-je en Belgique ? C’est aussi arrivé à bord du Pierre LD et je dois ajouter ici, qu’avant de rencontrer cette visiteuse à Newcasttle et qu’elle ne me parle, j’ai un instant pensé qu’elle était Australienne et allait se comporter comme cela arrive en Nouvelle Zélande... Pas du tout !

Merci aux sites :

- http://www.cityofauckland.co.nz/
- http://www.cityofinvercargill.co.nz/
- http://www.cityoftimaru.co.nz/
- http://www.cityofchristchurch.co.nz/
- http://www.cityofwellington.co.nz/
- http://www.cityofnapier.co.nz/
- http://www.cityoftauranga.co.nz/
- http://www.mountmaunganui.co.nz/
- http://www.cityofnelson.co.nz/

- http://www.tourdumonde.be/nouvellezelande/
- http://www.photoway.com/fr/dest/NZEL96_index.html
- http://www.bigfoto.com/ pacific/new-zealand/
- http://www.ginini.com/nz/maps/
- http://www.webtrotters.com/voyage/nouvelle_zelande/index.php
- http://www.voiliersnantais.free.fr/

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/