Souvenirs de mer

15 juillet 2007

Escales en Nouvelle Zélande 6/8 - Timaru & Christchurch

Auckland, Bluff (près de Invercargill), Timaru (Dunedin), Christchurch, Wellington (et Nelson), Napier et Tauranga.

- Escales en Nouvelle Zélande 1 & Escales en Nouvelle Zélande 2
- Escales en Nouvelle Zélande 3 & Escales en Nouvelle Zélande 4
- Escales en Nouvelle Zélande 5 & Escales en Nouvelle Zélande 6 (vous y êtes)
- Escales en Nouvelle Zélande 7 & Escales en Nouvelle Zélande 8


- Articles du NZ Herald : Le plus beau pays du Monde a dû subir une épreuve le 3 Septembre. Fort bien "tenues", l’Ile du Sud et sa jolie ville de Christchurch constatent surtout des graves dégâts matériels et subissent encore des répliques. Il y a semble-t-il peu de décès et peu de blessés graves. Mon soulagement tempère donc ma consternation. Je suis de tout coeur avec eux. (le 4 Septembre 2010)
- People urged to stay off cellphones in Christchurch
- I’m lucky to be alive & Témoignage "fr"

Le 20 Juillet 2007 à 12h15, cet article est enfin paré !
- Par une étrange coïncidence, le Serveur du présent site vient de subir un "black-out"...

Caroline Bay et Timaru

3/ A TIMARU et ses environs (Seconde partie) :
- Le site de Timaru est exceptionnel comme souvent en Nouvelle Zélande, par rapport à de nombreuses villes en Europe.

Celle-ci a une jolie plage située non loin du centre, Caroline Bay. Mais ce n’est pas sa particularité la plus originale. Sur une grande partie de la ville les rues ont un profil "ondulant", "undulating" nous dit Wikipedia car je ne connais pas le terme exact en français. Ce serait la conséquence des coulées de laves des anciennes éruptions du volcan voisin, le Mount Horrible il y a fort longtemps.
- D’autre part une partie de la ville est encore en bois, dans le plus pur style colonial ancien, à commencer par certains pubs bien sûr. Tout cela a su créer un environement urbain tout à fait sympathique à l’oeil.

Timaru fut habitée par des éleveurs de moutons Européens depuis au moins 1859, mais c’est aussi un mot Maori dont j’ai oublié la signification. A l’origine 120 Anglais débarquèrent du navire le "Strathallan" nous dit une plaque au foyer des marins Stella-Maris, à côté de l’entrée du port.

Timaru et Caroline Bay

Si le "Pierre" avait été un "moutonnier", on peut prévoir ce que nous aurions fait sur place car l’un d’eux était en escale avec nous. Il se disait en 1985 qu’il y aurait plus de 6 millions de moutons sur l’Ile du Sud. Le port de pêche à Timaru est très important, mais il est aussi très orienté vers l’exportation des produits de l’industrie agroalimentaire locale. A Timaru on importe tout ce qui leur permet de travailler bien, à commencer par les produits d’emballage en carton et des rouleaux de tôle d’aluminium. Tel fut ce que nous leur avons apporté en énorme quantité. En effet l’agroalimentaire est sous toutes ses formes l’activité principale en Nouvelle Zélande.
- On ne fait pas qu’y travailler car les jolies plages existent presque partout en Nouvelle Zélande, en baie de Canterbury par exemple.

Stafford street Timaru NZ

D’autre part à Timaru on se veut moderne, même en vivant dans des constructions très "style rétro". Mais on y sait regarder dans le rétroviseur pour garder le cap vers l’avenir. Il semble bien qu’à la même époque Clément Ader et les frères Wright avaient un lointain cousin, autre pionnier de l’Aviation. Avant eux Richard Pearse aurait fait voler un engin plus lourd que l’air et au moins aussi maniable. Cet intéressant personnage, agriculteur éleveur de moutons, inventeur astucieux et pionier de l’Aviation, est resté inconnu en France comme aux USA.

Timaru est fier de Richard Pearse

Il faut donc chercher loin pour découvrir les photos de ses exploits, en prennant une bonne bière locale dans un pub de Timaru par exemple ! Il fut un soir fortement question d’aller au concert de Neil Young, de passage à Christchurch un peu avant nous. Nous y sommes allés avec le shipchandler, son épouse, un matelot, moi-même et deux sympathiques rencontres locales toujours partantes pour ce genre d’expédition. Ceci ne risque pas d’arriver en 2007, lors d’une escale de PC au terminal à conteneurs du Havre ou d’Anvers...
- A comparer l’ancienne et la nouvelle marine marchande, misère du manque de temps pour "souffler" et découvrir...

Neil Young, les années 70

Sur l’autoroute de Timaru à Christchurch via Ashburton en passant non loin de Rolleston, nous avons dû contempler un intéressant dessin agricole insolite. Pour ne pas en être les auteurs, Doug Bower et Dave Chorley avaient un alibi en Grande Bretagne. C’est plus que loin, mais surtout :
- En 1985 ils n’avaient pas encore avoué !

Une récente série TV me fait repenser aujourd’hui à cela, mais le thème du scénaro s’est considérablement éloigné de la réalité du phénomène, dont le caractère maléfique se limite à plier sur place une partie de la récolte, parfois avec la complicité du maître et exploitant normal du site.
- D’autre part je n’imagine pas du tout un général, de quelque armée que ce soit, se comporter comme celui-ci et aucun militaire Français n’a ce genre d’adversaire. Pourvu que ça dure...

Très original fut celui de Westkennett du 21 Juin 2001

Compte tenu de cette attraction insolite sur la route, nous sommes arrivés en retard au concert. Cela dit certains à bord sont allés le voir plus tard durant l’escale de Christchurch car nous en avons beaucoup parlé. A mon sens le déplacement en valait la peine car depuis je n’ai jamais revu un crop circle autrement qu’en photo, peut-être parce que cela n’arrive pas souvent en France.
- Nous l’avons peut-être trop évoqué sur le moment car le commandant qui n’avait jamais entendu parler de crop circle, s’est visiblement demandé ce qu’on avait fumé durant le concert, jusqu’à voir cette oeuvre agroglyphe à la télévision, heureusement !
- "C’est à fumer du blé ou toute la moquette du bateau un truc pareil..." commenta-t-il. Avant cette découverte, je me demandais ce que c’était comme tout le monde, mais sans trop me faire des films de science fiction dans la tête, même si c’était avant l’aveu des papys farceurs en 1991.

Ceci dit j’avoue ma stupeur totale qu’il se soit trouvé du monde pour penser aux extraterrestres pour les expliquer et que de surcroît, cela dure encore en 2007.
- Pourquoi donc le faire dans un style toujours renouvelé chaque année ?

Crop circle de "l’école classique" récente (il est Belge et c’est arrivé à Waterloo)

Le vrai mystère existe partout et pour toujours, par l’ensemble des méthodes employées pour les réaliser. Deux choses demeurent certaines :
- Il faut du matériel ! Peut-être un jour les dessinera-t-on vraiment du ciel, au laser ?
- Le grand magasin Ballantynes au centre ville de Timaru et le même à Christchurch, ont su rentabiliser la chose car les posters se sont fort bien vendus, pour ne parler que de ça. On y trouve aussi le whisky presque du même nom.

Pour terminer avec Timaru je citerai l’office du tourisme avec plaisir, tel que et en "direct live" :
- "Timaru has a number of high quality cafes, wine bars and restaurants, mostly located in the Bay Area and around Stafford Street." (that’s true, you can trust them)
- Il n’y a pas "que" le paysage, déjà somptueux en lui-même. Il faut être au moins Néo-Zélandais pour créer un pareil blason :

Blason de Timaru

Un autre endroit mérite d’être évoqué, Ashburton encore sur la côte Est de l’Île de Jade, sur la route du crop circle à 86 km au sud de Christchurch. Cette ville est à l’inverse des autres en Nouvelle Zélande, elle est surnommée "Ashvegas", allusion ironique à Las Vegas à cause du conservatisme trop calme de ses résidents et surtout du manque d’animation nocturne en ville, dixit mon shipchandler. A cela vient s’ajouter le fait que la cité représente également un îlot lumineux au sein
des plaines, à l’image de Las Vegas au milieu du désert. Mais c’est aussi le troisième centre régional en importance économique derrière Christchurch et Timaru.

Plage de l’Ile de Jade, entre Christchurch et Ashburton

Ashburton est aussi connue des Maori sous le nom de Hakatere.
- Avant de quitter cette ville, on peut y voir une usine de cerf-volants et une autre de bus, pourquoi pas en Nouvelle Zélande ?

L’un de mes subordonnés "m’a fait " un coup original durant la traversée de Timaru à Christchurch. Il n’est donc nul besoin d’effectuer une longue traversée pour avoir des surprises en mer !

La carte du plus beau pays du monde

4/ Christchurch - Pegasus Bay au nord de la presqu’île de Banks :

Christchurch (NZ)

De Timaru à Christchurch en voiture c’est vite fait, on l’aura remarqué. Avec le Pierre LD aussi c’est une formalité. Il prend son temps, mais il transporte plus et mieux qu’un pick-up. La traversée fut effectuée de nuit, ce qui pouvait représenter quelques avantages... Le Commissaire de bord que j’étais alors en plus de ma fonction normale d’officier radio-électronicien, a "cru savoir" ou déduire plus tard, qu’un de mes subordonnés du "rata-club of Pierre LD" avait "découché".

Ce sauvage préféra passer la nuit à terre avec l’une de ces pêcheresses, pour retrouver le bord au petit matin "l’air de rien", comme s’il était descendu à terre pour relever les tirants d’eau avant et arrière, l’une des nombreuses fonctions d’un (je ne dirai rien même s’il y a prescription en 2007), chacun le sait...

- Lorsqu’on réfléchit un petit peu comment fonctionne un consortium maritime comme Gearbulk qui "joue" du tramping, on peut mesurer le risque qu’il a pris. Il n’y avait absolument rien d’impossible à ce que le Pierre soit détourné subitement durant la nuit. D’autre part il ne le savait pas, il en fut même question. Une chance de cocu...

Une rue de Christchurch

La tentation de la chair peut mener à certains embarras pénibles. Que faire en ne trouvant pas le navire à Christchurch le lendemain, pour s’entendre dire peu après qu’il est attendu directement à Wellington ? D’un seul point de vue logistique, la copine l’aurait à priori "fait suivre", c’est dire qu’elle aurait probablement "remorqué" l’intéressé mais...
- La patience n’était pas la première qualité maritime mise en oeuvre à bord du Pierre LD durant cette période. Je n’ose donc imaginer l’accueil qu’il risquait, ceci dit sans préjuger de l’éventualité d’un accident maritime toujours possible. "Manquer ça", serait tout bon (Titanic) ou très mauvais...
- Notre commandant était tout à fait capable de crucifier lui-même l’intéressé dans l’hypothèse la plus dramatique qu’il soit retrouvé.

Une rue de Christchurch

Christchurch ou Otautahi en langue Maori, est la capitale de la région de Canterbury et la plus grande ville de l’Ile de Jade. D’autre part cette bonne ville dispose d’un des trois grands aéroports internationaux de Nouvelle Zélande. Vous pouvez donc y venir directement.Son nom anglais n’est pas très original, il rappelle tout simplement la cathédrale (Anglicane bien sûr) et à l’origine, l’université d’Oxford.
- http://en.wikipedia.org/wiki/Christchurch sera mieux bavard que moi sur le sujet, il évoque aussi son nom Maori qui est une abréviation :
- "Te Whenua o Te Potiki-Tautahi" (c’est très simple pour nous) et fait référence à l’époque Maori. Voyez vous-mêmes, c’est une bonne adresse.

Le port de Lyttleton, non loin de Christchurch

Comme souvent en Nouvelle Zélande le site de la ville est l’exception, beau comme l’Ile de Jade et ses paysages grandioses de la côte Est. Dans ces villes, même les endroits les plus pauvres et parfois mal tenus sont pleins de charme.
- D’autre part Christchurch est l’une des deux villes où j’ai pu rencontrer et discuter un peu avec des Maori. Les habitants d’origine de la Nouvelle Zélande ne sont pas très nombreux mais ils restent bien présents. Leur sort social n’est pas toujours très enviable, mais ils se sont beaucoup mieux "arrangés" de la présence des Européens que leurs cousins d’Australie qui ont tous failli disparaître tellement ils furent mal traités...

Les Maori semblent un peu s’étonner qu’un marin s’intéresse à eux. Mais qui ne le fait pas "en passant", oubliera quelque chose.

L’histoire locale est d’ailleurs tout à fait passionnante. La Fête Nationale est d’ailleurs un rappel à la conclusion des guerres par lesquelles les Maori prouvèrent leur capacité à ne pas se laisser "effacer" par les nouveaux arrivants.
- Leur présence et toute la considération qui leur est aujourd’hui enfin accordée ne furent pas volées mais gagnées.

Christchurch, bien nommée en effet (lieu à voir, ça aussi...)

La bonne ville Christchurch a presque les pieds dans l’eau et plusieurs rivières la traversent ou la bordent pour se jeter dans l’Océan Pacifique. Elle est totalement cernée par la verdure ou par le relief ça et là impressionnant de la pénninsule de Bank. On y trouve de nombreux espaces verts et la cathédrale (Anglicane bien sûr) aussi vaut un détour et le coup d’oeil.
- Naïf, on peut aisément croire que Christchurch a seulement été construite pour s’y promener ! Si je gagnais le gros lot à Euromillion, il est probable que c’est là que j’achèterais un appartement avec terrasse pour y passer plus de la moitié de l’année.

Il peut être dit de Christchurch le même genre de chose que pour Timaru, on ne saurait raisonnablement s’y ennuyer. Parmi les endroits insolites, j’ai le souvenir d’un genre d’amphithéâtre (Hack Circle, j’ai retrouvé son nom) et même, un peu comme à Londres, un "speakers’ corner". Encore un lieu où une pratique trop approximative (ou peu suffisante) de la langue de Churchill peut amener des frustrations car il s’y dit des tas de choses souvent "à entendre au moins une fois dans sa vie".

Ceci dit d’une façon général, la pratique (ou l’accent) de l’anglais des Néo-Zélandais(e)s est beaucoup plus facile à "entendre" que certains "parlés" étranges des Etat-Unis ou d’Australie, où il m’est souvent arrivé de ne rien piger du tout d’une phrase entière !
- Quoi qu’il arrive et où que ce soit, bien se comprendre est toujours une question de temps, d’écoute et d’habitude !

Cavendish New Zealand

Christchurch n’est pas une ville isolée et l’activité de son port est très comparable à ce que fait Timaru, mais en beaucoup plus important :
- Les incontournables moutons et tout ce que peut produire l’ensemble du secteur agroalimentaire, sans oublier bien sûr les industries lourdes locales. En d’autres termes, le Pierre LD est venu pour les mêmes raisons qu’à Timaru.

Robert Falcon Scott, marin "polaire" et collègue de l’illustre Shackelton

Il reste aussi sur place quelques souvenirs de l’époque épique des grandes expéditions polaires. Il est assez peu connu du grand public en Europe qu’encore aujourd’hui, une bonne partie du ravitaillement du continent Antartique est organisé à partir de Christchurch.
- Mais ce qui la différencie des autres villes du Sud est l’Université, je suppose même que c’est aussi important qu’à Auckland. D’autre part, ici est aussi un centre de la dite "nouvelle économie" et d’une façon générale, de tout ce qui se travaille en bureau dans le pays.

Christchurch nous montre aussi un côté vieille ville comme c’est fréquent en Europe. C’est en effet de là qu’on a construit les premières infrastructures lourdes de transports sur l’Ile du Sud dès les années 1860, et d’où sont parties les premières routes et voies de chemin de fer. Par exemple le tunnel ferroviaire entre le centre ville et le port date de 1863, j’y ai vu une plaque.

Square de la Cathédrale Anglicane de Christchurch

L’Office du Tourisme déclare joyeusement la même chose qu’à Timaru, et ce n’est pas ici que cette activité est laissée de côté. C’est même de longue date une destination très appréciée des Japonais, pour ne parler que d’eux. C’est d’autre part beaucoup moins loin pour eux que l’Europe et cela y ressemble un peu.

Hélas, hélas... Il nous a fallu appareiller...


5/ La traversée de Christchurch à Wellington :

Le détroit de Cook tel que je l’ai vu (merci à Wikipedia)

Il nous est arrivé une mauvaise farce à la fois banale, insolite et dangereuse :
- "Ca faisait longtemps... C’est pas le moment ! commenta sur le coup, le Chef de l’Expédition Maritime. Le détroit de Cook n’est pas vraiment un endroit où il faut "se faire remarquer" en passant. Comme dans les eaux Européennes sur le "Dover Strait", "ya du monde" et le trafic maritime entre les deux Grandes Iles "Fumante" et "de Jade" est effectivement tout à fait comparable :
- Il est dense et "dans tous les sens imaginables !" D’autre part la "Mère Théo" peut s’y montrer facécieuse pour ne pas dire brumeuse, comme les courants y sont puissants et les vents souvent très forts.

Mais le Détroit est aussi surveillé avec soin car les Néo-Zélandais en ont l’Esprit et les Moyens.

Flotte Néo-Zélandaise en exercice

Qui allait ce soir-là se faire remarquer ? Un Français. C’était parfaitement dans "l’air du temps" si j’ose dire car à l’époque, (Rainbow Warrior oblige) tout ce qui était français ou seulement francophone attirait l’attention "soutenue" des autorités locales.

Peu avant minuit comme d’habitude après la veille Radio, je suis allé faire un tour à la passerelle pour prendre l’air du large et discuter un moment sur l’aileron avec un ou deux bons collègues. Je n’ai vu personne ni à la table à cartes, ni sur l’un des radars. En entrant j’ai naturellement jeté un coup d’oeil sur la carte, pour constater que le Pierre LD n’allait pas tarder à passer le "way-point" prévu et ainsi s’engager dans le détroit de Cook, page à laquelle le beau livre des "instructions nautiques" de Nouvelle Zélande était maintenu ouvert par une règle Cras.

Officier de quart sur l’aileron de passerelle, vu par Pierre Escaillas

Le commandant ne va pas tarder, pensai-je. La traditionnelle consigne laissée sur le petit cahier de passerelle demande normalement qu’on l’appelle juste après le premier Way-point. Mais souvent il venait avant l’heure prévue "pour ne pas louper le début" disait-il. Cet homme avait tendance à s’ennuyer seul, mais ce ne serait pas le cas ce soir.

Dehors, j’ai trouvé les deux hommes de quart sur l’aileron de tribord. Curieusement ils observaient quelque chose dans le sillage vers l’arrière, jumelles en mains. Pourquoi pas ? Cependant je me suis dit :
- "En général c’est vers l’avant que "ça se passe", qué passa ?..." Il n’y avait aucun feu de navire derrière nous. A cet instant j’ai senti une présence silencieuse derrière moi, le pacha. Il commença à grogner puis fit la même remarque que moi à l’officier :
- "C’est devant que ça se passe messieurs !" Le pauvre second capitaine eut un instant l’air consterné d’un enfant surpris par sa mère en train de piller le chocolat.
- "Commandant, mon timonier a vu un périscope ! Ici je crois." Il montra une direction et le timonier passa sa paire de jumelles au maître du bord qui avait l’air de douter. Le second n’avait pas encore vu l’objet mystérieux et le commandant le voyait encore moins.

D’autre part il était plus de 23h30 et la visibilité était médiocre. Reconnaître un court objet vertical dans le sillage agité du navire me semblait difficile. Etait-ce bien cela d’autre part ? Notre commandant devait penser la même chose que moi :
- "Je ne vois rien et de toutes façons si jamais y en a un, il est derrière nous et ne va pas nous torpiller ! Ca ne se fait plus depuis 1945 si je ne m’abuse." Il sembla aussi penser :
- Il ne manquerait plus que ça ! (effectivement, ça c’est sûr)

Au périscope à bord d’un "bateau noir" de Sa Majesté

Cependant en 1982 les Argentins ont douloureusement vécu une spectaculaire exception à la règle. Je fus amusé de constater que tous, nous n’observions rien d’autre que le sillage depuis 10 minutes. Les sous-marins fascinent toujours, d’autant plus qu’en général à bord d’un cargo, personne ne sait exactement ce qu’est aujourd’hui un "bateau noir"...

Finalement les deux hommes de veille sont retournés promptement à leur poste dès qu’il fut évident qu’il n’y avait rien à voir. Alors, après avoir étudié la carte le commandant s’installa sur la chaise de pilote près du radar 10 cm, de façon à avoir un oeil dessus et l’autre devant. Le Maître timonier se tenait sur l’aileron de tribord tandis que le second reprit régulièrement son "circuit de travail" habituel :
- La table à cartes, le radar 3 cm et le 10 cm, le gyropilote, les consoles "machines", puis l’aileron bâbord ou tribord en alternance.

Quart de nuit en passerelle, il faut être au moins deux !

En attendant mon pote le Maître Electricien, j’ai emprunté une paire de jumelles pour observer le sillage à mon tour :
- Rien d’abord, soudain un truc bizarre sembla vertical un bref instant, puis plus rien. Avais-je bien vu ? Boof..

Peu à peu la routine a repris ses droits. Deux matelots et l’Electricien sont arrivés pour fumer quelques cigarettes en plein vent sur l’aileron de passerelle avec moi. Nous avons naturellement évoqué l’ambiance du bord qui s’améliorait un peu depuis le début de notre tour de la Nouvelle Zélande, malgré une légère surchauffe des relations de travail "à la machine".
- Les pièces de rechange du tableau électrique encore non reçues et le remplacement "express" du malheureux jeune électricien précédent (qui servit effectivement de "fusible" à son corps défendant) n’avaient pas arrangé le climat "d’en bas", chaudement entretenu par le triste personnage qu’était notre chef mécanicien. Les marins sont heureusement patients...

Ensuite, la nuit tombée la Croix du Sud sera peut-être visible

Les marins sont très sensibles au bruit de la machine, surtout les mécaniciens bien sûr. Il constitue si bien notre environnement normal que cela s’arrête soudain en pleine nuit par exemple, quiconque à bord se trouve en plein sommeil à cet instant sera à coup sûr réveillé en sursaut par le silence :
- "Il y a trois sorte d’hommes, le vivants, les morts et ceux qui travaillent sur les mers."
- Ce serait de Pierre Loti ou de Platon le Grec, pas Charles Platon l’amiral qui fut victime d’une insolation à Djibouti au début des années quarante...

Les "petits" groupes électrogènes dits de servitude

Tout navire en mer comme à quai, DOIT ronronner régulièrement comme un chat. La plus infime variation du rythme des Groupes comme du Moteur Principal, inquiète toujours le marin moyen, qu’il soit mécanicien ou non. Depuis plusieurs minutes l’Electricien dressait parfois l’oreille en fronçant les sourcils. J’avais moi-même l’impression que quelque chose ne tournait plus "tout rond en bas", à 10 étages sous nos pieds dans le compartiment des groupes électrogènes. Le MP (moteur principal) gardait son rythme, mais sans couvrir de sa voix grave l’irrégularité de ses auxilliaires.
- "T’as entendu ?" demandais-je, alors que je soupçonnais l’arrêt d’un groupe électrogène et le démarrage automatique mais foireux d’un autre.
- "Si tu l’as entendu, c’est sûr ya quek’chose, me répondit-il en concluant par le mot de Cambronne. On entendait des bruits de plus en plus étranges venus "d’en bas", tandis qu’à l’intérieur de la passerelle commençaient à rententir une joyeuse fanfare de sirènes et sonneries d’alarmes, certainement accompagnée par un "sons et lumières" frénétique au PC-Machines.

"un peu plus bas", le PC-Machine

Note technique : Le Pierre LD (cinquième du nom et construit à Gdansk en Pologne en 1980) était automatisé, c’est à dire qu’aucun quart à la Machine n’y est normalement organisé "en dehors des heures ouvrables" :
- La nuit il n’y a (normalement) personne "en bas", en mer comme à quai.

Navire vu en mer la nuit par Pierre Escaillas

Clang !!

Mille millions de mille sabords ! Disjoncteurs maudites boîtes à cafards... d’après http://lalicorne.canalblog.com/

(que le webcaptain Pierre Escaillas me pardonne cet odieux sabotage)

Il était évident que l’officier mécanicien de service d’intervention ne serait pas seul à être dérangé dans la soirée. Le Moteur Principal ne tarda pas à devenir silencieux, par conséquent le Pierre LD commença à dériver tel un voilier démâté, au beau milieu d’un certain nombre de ferries et navires de charge de toutes les tailles.
- Dans ces cas-là le silence de la pleine mer est toujours assourdissant. D’autre part on l’aura remarqué, "ça" arrive souvent à des moments "choisis". Et "dans ce coin-là" par coup de vent avec rafales de 45 nds...

A suivre...

Bien "navicalement" - Thierry BRESSOL - OR 1
- Escales en Nouvelle Zélande 7 le 28 Juillet 2007.

Le François LD, autre sister-ship du Pierre LD.

- L’ambiance à bord & Le blues à bord
- Pourquoi suis-je en Belgique ? C’est aussi arrivé à bord du Pierre LD et je dois ajouter ici, qu’avant de rencontrer cette visiteuse à Newcasttle et qu’elle ne me parle, j’ai un instant pensé qu’elle était Australienne et allait se comporter comme cela arrive en Nouvelle Zélande... Pas du tout !

Merci aux sites :

- http://www.cityofauckland.co.nz/
- http://www.cityofinvercargill.co.nz/
- http://www.cityoftimaru.co.nz/
- http://www.cityofchristchurch.co.nz/
- http://www.cityofwellington.co.nz/
- http://www.cityofnapier.co.nz/
- http://www.cityoftauranga.co.nz/
- http://www.mountmaunganui.co.nz/
- http://www.cityofnelson.co.nz/
- http://www.navy.mil.nz/

- http://www.tourdumonde.be/nouvellezelande/
- http://www.photoway.com/fr/dest/NZEL96_index.html
- http://www.bigfoto.com/ pacific/new-zealand/
- http://www.ginini.com/nz/maps/
- http://www.webtrotters.com/voyage/nouvelle_zelande/index.php
- http://www.voiliersnantais.free.fr/
- http://www.marine-marchande.net/

Et bien sûr... Merci Wikipedia !

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/