Souvenirs de mer

28 mars 2006

Pride of Baltimore

Avec le Porte-conteneurs RORO MANHATTAN et un peu plus tard le vraquier Dumont d’Urville durant les années 80, je suis finalement allé assez souvent à Baltimore, parfois aussi appelé "Balto".

(article corrigé et réparé le 9 Août 2008)

Baltimore vue du port

Cette intéressante ville * a un symbole maritime, le Clipper de Baltimore, plus précisément la goélette Pride of Baltimore.

Le Pride of Baltimore II sous voiles

Des USA je connais surtout la côte Est, pas du tout le Grand Ouest et encore moins la côte Ouest. J’ai cependant plus ou moins régulièrement des informations venant de Seattle et de Portland (Oregon) car je connais quelques personnes qui bossent aux usines Boeing.
- Lien aéronautique : Mauvais genre...
- Aventures Mécaniques extraordinaires

"Baltimore Harbour Place", ici non loin du poste à quai du Pride of Baltimore et du 3 mâts USS Constellation. L’Aquarium de Baltimore et au premier plan un gros poisson qui ne peut y être hébergé.

Je redécouvre parfois avec étonnement que j’ai de nombreuses relations fort distantes, mais existantes un peu partout au Monde, ça et là. D’autre part Baltimore est pleine de curiosités maritimes locales que seul l’Oncle Sam peut nous montrer.
- Qui dit qu’on mange mal aux USA ? & USA consternation

Baltimore Harbour Place au centre commercial, voici une bonne adresse pour prendre un pot ou pour les fruits de mer, Phillip’s bien connu aussi pour ses serveuses-sirenes en short, mais qu’on ne consomme pas, c’est pas le genre de la maison.

Par exemple près du centre ville, au-delà des quelques endroits à la fois très commerciaux et très agréables dans et autour de Harbour Place, là se situe le centre historique et culturel de la cité. En 1982 s’y trouvait un chantier ouvert au public tout à fait insolite, non loin des lieux d’amarrage de l’USS Constellation et du sous-marin USS Torsk.

Une autre curiosité visible à Baltimore, ici en cours de toilettage

Le Constellation est une authentique frégate du début du 19ème siècle accompagnée en effet dans le quartier par un sous-marin de la seconde guerre mondiale... Seuls les USA osent faire ce curieux mélange des genres.

Le Pride of Baltimore II sous voiles

En rôdant autour du chantier pour en voir plus, j’ai pu admirer des gens énergiques en train de travailler :
- Des Charpentiers de Marine tels que ceux qui reconstruisent aujourd’hui à Rochefort Sur Mer la frégate Hermione, celle qui emmena le marquis de Lafayette aux USA pour participer à la Révolution Américaine. Ces gros bras de Baltimore étaient en train de réaliser un superbe voilier, la réplique d’un "clipper de Baltimore", baptisée "Pride of Baltimore".
- Ce type de goélette à hunier n’est pas sans rappeler l’Etoile et la Belle Poule, mais dans le détail c’est un tout autre genre. C’était en son temps un petit navire de guerre redoutable, rapide et maniable, typique des USA en guerre contre l’Angleterre des années 1780/1820.

Le Pride of Baltimore à St-Nazaire devant la base sous-marine en fin mars 2006

J’évoque aujourd’hui ce voilier car j’ai su une bonne nouvelle, le Pride of Baltimore II est soigné de ses blessures et vient de quitter St-Nazaire durant la semaine du 20 Mars. Il avait en effet démâté quelque mois plus tôt dans le Golfe de Gascogne, ayant eu à l’occasion quelques blessés à bord.
- Ce genre de voilier est l’un des plus fins qui soit, il faut avoir vu ses formes de près lors de sa construction ou tout simplement l’avoir vu évoluer en mer. Un vrai spécialiste vous expliquera aussi que les formes des fameux clippers de charge du milieu et de la fin du 19ème siècle sont (entre autres) issues du "dessin" de ces "clippers de Baltimore".

Le clipper "Cutty Sark" au centre d’une place à Greenwich

Le Pride of Baltimore navigue beaucoup et loin car il vient régulièrement en Europe, où il attire toujours de nombreux admirateurs. C’est une oeuvre d’art à sa façon et certainement l’un des plus beaux "vieux gréments" du monde. Par contre c’est moins connu, ce type de voilier est fort "difficile à tenir" et à manoeuvre en particulier dans le gros temps.

Le Pride of Baltimore quitte St-Nazaire fin mars 2006

Ce dernier accident de mer dans le Golfe qui l’a retenu en Bretagne jusqu’à cette semaine n’était pas le premier et encore moins le plus grave.
- En effet le Pride of Baltimore d’aujourd’hui n’est malheureusement pas celui que j’ai vu construire. Hélas, celui-ci a disparu corps et bien en 1987 en Méditerranée durant un autre coup de tabac mémorable.
- On peut s’en douter, ce naufrage souleva une émotion considérable sur place à l’époque, d’autant plus qu’il y a eu morts d’hommes. Mais conformément au fameux poème de Kippling "Si" ou "IFF", la bonne ville de Baltimore s’est mise à rebâtir...
- C’est dire que j’ai eu des émotions lorsque j’ai su l’accident en Novembre, alors que j’avais d’autres chats à fouetter en plus. Les colères du Golfe de Gascogne ne sont pas plus délicates que celles de la Méditerranée. Ce qui par contre est très délicat est la manoeuvre de ce voilier, avec qui il faut se montrer prudent et précautionneux lorsque la "Mère Théo" se fâche en mer...

Le Cdt Randier, ici presque en retraite...

Jean Randier ne disait pas autre chose en parlant des grands voiliers dont il fut un grand spécialiste. J’ai en effet eu l’honneur et le privilège de le rencontrer plusieurs fois, c’est arrivé en participant à quelques travaux (à la machine, ça ne s’invente pas) à bord du trois mâts Belem alors encore placé "en convalescence" à Paris près de la Tour Eiffel. Je fus fort flatté de l’avoir bien connu, car le Cdt Randier était aussi un personnage extrêmement truculent, à un point que ses nombreux lecteurs n’imaginent pas assez.
- Il me précisa une fois ce qui suit, en expliquant pourquoi il est devenu "fana" des très grands voiliers :
- "Avec les Grands voiliers il ne faut surtout pas, il ne faut plus forcer..."

Avenue du 25 de Mai à Buenos-Aires. Depuis que j’y suis allé, les Champs Elysées me semblent ridicules.

Alors qu’au début des années cinquante le jeune élève lieutenant au Long Cours Jean Randier était à bord d’un cargo de la Cie d’Orbigny (encore elle !) saisi pour dettes et "pour un temps" à Buenos Aires, "Boca Radio", le superbe quatre mâts Passat était présent et... Il cherchait du monde.
- Randier se laissa entraîner et fut donc saisi à sa façon par se genre de voiliers. Depuis il ne s’est jamais totalement séparé de ce type de navire on l’aura remarqué.

Le Passat reste aujourd’hui à Travemünde près de Lübeck. Ses gardiens furent longtemps des anciens sous-mariniers.

C’était peu avant la transformation des deux célèbre "flying P" en navires-école par les armateurs Allemands. Il n’y avait donc pas encore de moteur de propulsion à bord (donc pas de régulateurs Woodward), entre autres détails intéressants. D’autre part, ils naviguaient tous les deux "à l’économie" et à la limite du "casse-coup".

En opération commerciale à Falmouth en 1954. Là, on ne frime pas comme à Rouen le 14 juillet !

Par exemple, ils étaient parfois moins de trente à bord pour ses 4000 m² de voilure. Il fallait le faire, c’était encore "comme à l’époque" et le code du travail martitime y était quelque peu massacré dans sa lettre comme parfois dans son esprit. Mais l’honneur rare d’être à bord leur avait fait mettre de côté toutes ces considérations.
- Quand le Cdt Randier nous racontait ça à la table d’un bistrot de Paris, je l’écoutais religieusement. C’était quelques mois après le Roro Manhattan et je me souvenais encore de tout. J’ai posé la question qui tue :
- "Lors d’un coups de vent soudain, tel un coup de Pampero par exemple ? Quelle était l’ambiance à bord ?" Car je m’en doutais un peu.
- "On s’est vraiment fait peur plusieurs fois, très peur même ! Mais croyez moi, les vieux commandants Allemands n’avaient plus le tempérament à trop torcher de la toile, je vous jure qu’on ne forçait pas !!"

Force, Grâce et Majesté, la Voile ! Le vraquier Pamir de retour d’Argentine au début des années 50.

Par la suite en navire-école il y avait beaucoup plus d’équipements "civilisés" à bord et ils y allaient "calmos". Cela n’empêcha pas un désastre.
- Le Pamir 21 Septembre 1957
- Eric Newby et Alan Villiers
- Tout ça pour dire qu’il faut ouvrir l’oeil et le bon en mer.

Bien "navicalement" Thierry BRESSOL R/O
- Navire américain rencontré sur la COA
- Visages multiples des USA - Consternation
- Vins à bord

Merci aux sites :
- http://www.ci.baltimore.md.us/
- http://www.baltimore.org/
- http://laeren.zoggins.net/pers/gall...
- http://www.intandem.com/NewPrideSit...
- http://www.ulmo.net/bateaux/pride-o...
- http://www.pbase.com/lindah/harborplace

- http://www.ussconstitution.navy.mil/
- http://www.ussconstitution.navy.mil...
- http://www.baltomaritimemuseum.org/...
- http://www.baltomaritimemuseum.org/...

- * Toutes les villes sont intéressantes en fait. Cela nous intéresse ou non, mais c’est comme la chaîne de TV ARTE, c’est toujours intéressant.
- Les Très Grands Voiliers (voir aussi "mise en Seine") sont venus en Juillet 2008 à Rouen, ils reviendront en 2013.

Le USS Torsk se rend régulièrement lui ausi à sa séance de cale sèche

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/