Souvenirs de mer

27 février 2009

A la recherche de Dominique F. à Abidjan en 1983 : 3/7

Que l’on se rassure ! "Souvenirs de Mer" n’est pas devenu un site de contestation de la psychiatrie contemporaine.
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 2 Suite :
- Après cet article "psy", allons à Abidjan à la recherche de mon amie Dominique...

(corrigé le 21 Avril 2006 et amplifié le 30 Sept. 2011)

L’Info récente sur la Crise, qui s’est calmée depuis la chute de Gbagbo :
- Mais ! C’est avec notre tristesse et la consternation que l’assassinat du Directeur du Novotel d’Abidjan et 3 de ses clients et employés, enlevés par "des soldats" louches, au "plus mauvais moment" des évènements, a été confirmé en Août. Ne les oublions pas, comme les autres.
- Les tirs se poursuivent à Abidjan (le 20 Avril 2011)
- L’arrestation de Gbagbo vue de Belgique (le 9 Avril 2011)
- Frappe d’hélicoptères à Abidjan (le 6 Avril 2011)
- Capturons Laurent Gbagbo ! (le 6 Avril 2011)
- Des Français, des Libanais, des Italiens et des Belges bien sûr Dans quel état est Abidjan, "la perle de l’Afrique de l’Ouest" ? Pour "en finir", la "Licorne armée" a dû s’en mêler. Et alors ? Que dirait-on si on continuait à laisser Gbagbo saccager le pays, (depuis 12 ans !) les jeunes gens s’entre-massacrer et s’en prendre même aux très nombreux étrangers ? Ouatara ne vaut pas mieux que Gbagbo, mais au moins lui, "on l’a à l’oeil" !
- Les épouses très importantes (le 5 Avril 2011)

Le Président Félix Houphouet Boigny disait : "La paix n’est pas une idée, ni un mot, ni un but, c’est un Comportement."
(il ne passait pas pour un philosophe, mais c’était peut-être à tort. Aujourd’hui tout le monde regrette son époque)

Pourquoi faire le Détective à Abidjan ?
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 2 Suite :
- Après cet article "psy", allons à Abidjan à la recherche de mon amie Dominique...

C’est arrivé semble-t-il une nuit de pleine lune. C’est ainsi que partant d’Evreux, cela s’est terminé à Abidjan. Dans la journée elle déclarait avoir souvent le blues et évoquait parfois l’influence de la pleine lune sur certains patients.
- Ce soir-là le j’ai appelée de chez moi à Dieppe, pour n’avoir aucune réponse alors qu’elle était supposée être de repos chez elle. J’ai donc tout simplement téléphoné à l’Hôpital Navarre, sachant que c’est un peu comme à bord, un petit imprévu est toujours possible et que le tour de garde peut donc être modifié....

C’était déjà étrange, car rien n’avait changé à "l’HP" ce jour-là et elle n’était pas non plus chez des amis communs à Evreux. J’ai vite commencé par me demander :
- "Où est-elle donc ?"
- "Soit !" Pensais-je en devinant que c’était pour elle un jour de blues "Le blues à bord". Elle était donc partie seule faire un tour et prendre un pot peut-être... En 1982 la radiotéléphonie mobile GSM ne permettait pas encore de retrouver naturellement quelqu’un. Mais sans aucun doute, elle n’aurait probablement pas pris le sien pour sortir.
- Trois jours plus tard, elle était toujours invisible et impossible à joindre par qui que ce soit, disparue ! Personne, pas même l’Hôpital Navarre, où ils étaient devenus furieux de sa disparition, n’avait de nouvelles. Cinq jours plus tard le propriétaire de son petit appartement s’inquiétait à son tours, surtout pour son loyer car la fin du mois était passée...

Encore plus grave, huit jours plus tard toujours rien. Toute sa famille la cherchait en se tournant vers moi. Pourquoi pas ? Mais moi, je me tournais vers eux... Tous et toutes étaient consternés, à commencer par ses collègues de l’Hôpital Navarre. Ils étaient partagés entre la colère et l’extrême inquiétude et.... La police prévenue, commençait à s’interroger.
- Qu’était-il donc arrivé à Dominique ? C’est avec l’une de ses collègues, une amie proche, que j’ai commencé à faire le point, pour ne pas dire à enquêter... Nous sommes donc allés ensemble chez elle, où il fut vite évident que si presque tout était abandonné, elle avait fait ses bagages sans pourtant emporter le moindre vêtement chaud...
- En Janvier en Normandie... Bizarre, Bizarre... Tout cela n’était pas ordinaire.
- Son (notre) amie était venue avec moi récupérer ses livres, de la documentation d’étude médicale psychiatrique et divers objets lui appartenant, tout comme moi. En constatant cette étrangeté, nous avons pensé tous les deux la même chose en même temps et j’en ai même plaisanté :
- "Merde ! Elle est partie au Congo Brazzaville, à Tombouctou ou à Abidjan ? On ne part pas si peu habillée comme ça en Normandie, par cette saison..."

Mais on en avait froid dans le dos... Qu’était-il arrivé ?

Côte d’Ivoire encartée

La copine resta pensive un instant puis elle s’exclama :
- "Mais bien sûr ! Abidjan ! Et si elle était partie chez sa seconde soeur qui est toujours là-bas ?" Personne n’en saurait rien, car celle-ci est fâchée avec le reste de la famille. D’autre part j’ignorais même son existence...
- Même après une première série de vérifications téléphoniques rien ne s’éclairait. La famille en Normandie ne savait rien, mais on dressa l’oreille en m’écoutant. Pourquoi pas ? Avec cette longue brouille familiale, il y avait de quoi faire un livre. Trouver son numéro de téléphone par le bottin d’Abidjan consulté via la gentillesse de l’Ambassade de Côte d’Ivoire à Paris fut finalement facile, mais... No reply ! Cette enquête téléphonique menée à partir de chez moi à Dieppe commençait à coûter cher, c’est un peu loin Abidjan...

Un tour loin "à terre", le parc Abokouamekro

Mais j’avais son adresse et cerise sur le gâteau, je connaissais le quartier, près du Boulevard de Marseille. Encore mieux, une bonne copine italienne se trouvait habiter aussi les environs, à moins de 200 m semblait-il.
- En trois jours, la description physique faite de Dominique sut permettre à mon amie Cynthia de confirmer la présence récente mais irrégulière d’une Française "de ce signalement" dans le quartier. Tiens donc ! Neuf jours plus tard ; la photo envoyée là-bas déclencha de la part de l’amie italienne un appel immédiat sur mon répondeur :
- Celle que tu cherches est à Abdijan !

Treichville, un quartier "typique" de la bonne ville d’Abidjan

J’ai alors pris sur moi d’informer "Navarre" en même temps que la famille et notre amie commune à Evreux. C’était bien la moindre des choses que l’HP sache ce qu’il était advenue de leur infirmière. De fait, elle avait absolument tout abandonné sans aucun préavis, ce qui s’appelle aussi "péter les plombs". Notre copine me fit le commentaire suivant :
- "C’est pas marin, mais flic que tu devrais être ! A Evreux ils la cherchent toujours et commencent à fouiner partout. A propos ! Les gendarmes te cherchent aussi. Ils t’ont téléphoné ?" Diââble...

Soudain j’ai commencé à avoir la gorge sèche et l’estomac noué. Pour eux c’était une disparition de jeune femme. Tout de même c’est sérieux.
- "Ils ont mis le temps" pensais-je. Mais, de là à penser qu’ils pensent aussi que...
- Toutefois une semaine plus tard, alors que je me préparais à embarquer vers la Côte d’Afrique comme d’habitude, je n’avais toujours rien vu ni rien entendu venir de leur part. Je pensais qu’ils "savaient" la même chose que moi et qu’il n’y avait pas de problème.
- Aussi vrai que je ne me cachais pas (pourquoi donc ?) et que j’allais bientôt partir fort loin, la Gendarmerie d’Evreux me cherchait partout ! Pourtant, j’étais dans le bottin du téléphone à l’époque. No comprendo... Pourquoi n’ont-ils pas téléphoné ?

Heureusement que je suis passé à la gendarmerie ! Je fus sermonné et c’est tout juste si je ne risquais pas la garde à vue lors de ce passage à l’improviste pour m’assurer de leur bonne information, à la suite d’un autre avertissement ne venant pas directement d’eux.
- Avec le recul du temps, je me dis qu’il était heureux que j’aie su la retrouver car de leur bord, "le ton montait"...
- Je ne me suis pas privé de leur dire immédiatement où elle était et que je pensais qu’ils devraient le savoir. Je n’ai toujours pas compris comment ils ont fait pour ignorer tout cela. Un autre détail amusant m’est resté en mémoire :
- La Gendarmerie d’Evreux n’étant pas censée devoir téléphoner jusqu’en Côte d’Ivoire, ils eurent donc quelques difficultés techniques pour vérifier ce que je leur disais. Heureusement que les parents et les Gendarmes de Paris surent y remettre bon ordre...
- En quittant la Gendarmerie Normande je me suis dit :
- "Dominique, tu commences à me plaire..." En effet il semblait bien que le risque de me faire chopper par les gendarmes à mon arrivée en gare du Havre n’était pas nul... Ca fait peur tout de même.

Quelque part en Côte d’Ivoire

pour moi Abidjan était moins loin que pour les Gendarmes de Normandie car je devais rejoindre d’ici peu le Saint François au Havre. Elle ne m’échapperait pas pensais-je. Mais comment la retrouver dans cette grande ville si elle s’y cache ? Quel accueil aurais-je chez sa soeur ?
- Par mes fonctions, j’étais assez bien placé pour savoir qu’il y a toujours à bord quelqu’un qui "a des états d’âmes" (Secret des Radiocommunications) et c’était mon tour. Mais c’est la dignité des marins que de vivre cela sans ouvertement se plaindre, même s’il est prudent de ne pas trop se replier sur soi. L’officier radio-électronicien jouait parfois un rôle de confident ou même de confesseur, mais plus rarement heureusement.
- J’ai cependant commis l’imprudence d’évoquer mon souci à bord. Devoir "ratisser" tout Abidjan pour chercher une femme, fut une idée qui amusa beaucoup la table du Carré, du commandant aux jeunes élèves et pilotins, sans parler du Maître d’Hôtel Sénégalais. Il s’en trouva cependant un pour parier avec moi que la retrouver n’était pas impossible. Chaque soir je me disais avant de m’endormir :
- "Il reste... N jours avant Abidjan, j’aviserai sur place..."

Puisque je disposais de fait d’une sorte de réseau sur place, il me sembla astucieux de demander à ma copine italienne s’il ne lui était pas possible de savoir par un moyen ou un autre, où travaillait Dominique. C’est ainsi que mon "système d’information" put savoir quelques jours avant notre arrivée qu’elle était serveuse dans un restaurant Libanais de la ville...

Abidjan, le quartier Cocody

A l’époque il était du "dernier chic" à Abidjan, d’avoir au moins une serveuse blanche, qui soit autant que possible Européenne. Pourquoi pas ? Je me suis donc dit que le parieur "de mon bord" avait peut-être de la chance et moi aussi. Mais j’ai gardé le silence sur ce scoop sauf pour lui bien sûr. En entendant cela un soir sur l’aileron de passerelle, il en souriait béatement.
- A bord des navires en gérance par la Compagnie de Navigation Denis Frères, l’un de nos excellents officiers radio-électroniciens avait une utile habitude, qui consistait à centraliser des informations générales d’ordre pratique concernant toutes les villes et ports fréquentés par le navire. Celles-ci étaient toujours mises à la disposition de tous et consultables au local radio.
- Tout ou presque y était, le prix normal du taxi, les numéros de lignes de bus, les habitudes locales insolites, les bonnes adresses de restaurants et autres bons conseils "pour sortir à terre".
- Pour avoir fait une bonne partie de mon temps d’élève avec lui, je fus "bien élevé". C’est dire que j’ai repris à mon compte cette pratique qui finalement demandait peu d’effort. J’avais pour cela toujours "dix points de plus" à bord. La popularité est utile.
- On peut se douter que ma recherche du moment eut cette année-là pour première conséquence, l’amélioration notable de la précision du "Guide Radio" à bord du St-François, plus précisément en matière de restaurants Libanais à Abidjan... Tous y figuraient "après moi", au point qu’on pouvait même se demander si je ne m’étais pas un peu pris pour le guide Michelin. J’y ai surtout mis des commentaires en général élogieux, sauf pour l’un d’eux que j’ai descendu en flammes.

Abidjan, quartier très populaire du Banco, non loin du "parc à bois" où les billes de bois sont embarquées

Comme il existait à la Compagnie une forte tradition de canular et que le Grand Maître du genre se trouvait à bord, il tenta bien sûr de "me faire marcher". Ce fut sans grand succès tellement j’étais méfiant. Mais il m’attendait au tournant :
- Retrouver Dominique était une chose, la faire venir à bord en serait une autre. D’autre part le troisième défi, reprendre une relation ainsi interrompue, c’était tout sauf évident. Mais je tenais au moins à la montrer pour moucher certains rieurs.
- Tel est le genre d’obsession pouvant habiter l’esprit d’un navigateur en mer alors qu’il médite sur l’aileron de passerelle tribord de son navire durant le quart de nuit, après avoir assisté au coucher du Soleil sur l’une des Iles Canaries et qu’il contemple des heures durant le ciel étoilé. Les ailerons de passerelle sont naturellement un excellent lieu pour toutes les confidences à bord, météo et disponibilité de chacun permettant.

Abidjan, quartier du Banco, non loin du "parc à bois" où les billes de bois sont embarquées

Durant les dernières soirées en mer, je me suis souvent demandé ce qu’il se passerait lorsque le navire serait enfin à quai ou sur coffres au parc à bois du Banco, jusqu’à l’instant où le Saint François se positionna devant le Vridi, le pilote Ivoirien ou Français à bord...

Abidjan, quartier très populaire du Banco, non loin du "parc à bois" où les billes de bois sont embarquées

Seule la triste et habituelle vision de l’épave disloquée du navire Italien qui s’était échoué du côté Ouest quelques années plus tôt, détourna le cours de mes pensées. Le cul du malheureux cargo resta seul visible plusieurs années et l’était encore au début de 1983, pathétique et dernier vestige, avertissement pointé vers le ciel. Voilà ce qu’il pouvait vous en coûter, de vouloir se passer du pilote de Vridi pour rentrer seul dans la lagune d’Abidjan...

Abidjan, le quartier du Plateau

La première journée à quai fut bien sûr consacrée au travail à bord, mais j’avais globalement de la chance :
- Le commandant du moment à bord du Saint François était un personnage haut en couleurs et d’origine Danoise, les "anciens" le reconnaîtront, mais pas "seulement" :
- Il était aussi pour moi une sorte de complice bienveillant. C’est donc à bord de la voiture de location de l’agence du navire que commença en début de soirée la première partie de l’Opération Recherche...

Rouler à Abidjan, un sport d’élite parfois. Est-ce vraiment plus casse-gueule qu’en France ?

Rendez-vous à Abidjan ce week-end !
- A suivre, la recherche de Dominique F. à Abidjan 4 (chercher la femme)

Bien Navicalement - Thierry R. BRESSOL OR 1
- Le catastrophique incendie du Pacha Club à Abidjan
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 1 De la Normandie
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 2 en passant par l’HP
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 3 vers la Côte d’Ivoire !
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 4 Chercher la femme
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 5 par tous les moyens, même avec Franco !
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 6 (Incendie du Normandie)
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 7 Et la retrouver.

Merci aussi aux sites "www" géographiques et "pro" de la vaste toile :
- Ville d’Evreux
- Evreux par Wikipedia
- Le Havre hier et aujourd’hui dans tous ses états
- A propos du Havre et du Normandie
- Vues du Havre

Merci aux sites du "pays-psy" :
- Hôpital Psychiatrique Navarre
- http://www.auteurs-vivants.com/page...
- Cellule d’Isolement en psychiatrie (site "psy" Belge est d’un haut intérêt instructif)

ABIDJAN et la "COA", la Côte Occidentale d’Afrique en général

- Abidjan Humour (excellent !!)
- Abidjan insolite
- Cocody
- Côte d’Ivoire Culture
- Abidjan
- Félix Houphouet-Boigny
- Les toubabs de CI
- Gorilles de chez Pierre

L’Internavis 2 ici lors de son premier voyage, "en Seine" pour livrer une grue plus grosse que lui au Havre

- Internavis 2 et la folie
- Chantiers navals : Comme sur des roulettes !
- Les deux "SD14" de la Cie Denis Frères
- Le Chaudron de l’enfer à Matadi
- Le Davos, navire Suisse
- Le Baptême de La Ligne 1/2
- Le certificat de Baptême du Cdt 2/2

- Gare aux gorilles ! Farce à Abidjan
- Bamboche à Lomé et stupide méprise
- Navire américain rencontré sur la COA
- Maersk Line ou la COA aujourdhui

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/