Souvenirs de mer

26 juin 2006

La journée extraordinaire de Tembol en Yougoslavie en 1994 : 3/7

"La Guerre ne t’intéresse pas, mais elle s’intéresse parfois à toi..." (suite)
- Elle s’intéresse aussi à l’ancien marin qui sait se mouiller même à terre.

(article "réparé" le 11 Août 2008 à 17h25)
- Autrefois ils avaient vue sur la mer & Tembol en Krajina 4 (le matin de la peur) à suivre...

La journée extraordinaire en Krajina et en 1994, journée de la peur :
- Toute ressemblance avec des événements, des lieux, des situations ou des personnes ayant existé ou existant, n’est qu’une pure, totale et fortuite coïncidence.

Situons la Krajina

En descendant de leurs voitures blindées les Croates avaient l’air extrêmement menaçant. Mais soudain leur visage semblèrent se décrisper pendant qu’ils faisaient silencieusement le tour de leurs 9 prisonniers.
- A la grande surprise de Tembol, l’un d’eux commença à sourire. Ce comportement était si inattendu qu’il redouta d’avoir affaire à de dangereux sadiques. D’autre part, étaient-ce les fameux miliciens étrangers ou de vrais Croates ?

Le blason de la Croatie indépendante aujourd’hui. Depuis, le damier rouge et blanc me fout un peu "les jetons"...

Pour l’Occidental moyen, la vue de l’emblème Croate évoque surtout une grande équipe de Football, mais pas la guerre. Son souvenir (télévisé seulement) des guerres de Yougoslavie le plus marquant est souvent constitué par quelques images terribles d’un camp de concentration Serbe. Ceci ne fut pas réellement caché, mais il fut oublié que la majorité de ces malheureux "pensionnaires" furent libérés les uns après les autres par la suite.
- Ils ne se privèrent pas (on les comprend) de raconter leur inoubliable expérience. Au contraire, ce qui est arrivé à un certain nombre de Serbes capturés par les Croates n’est pas connu du tout. Ces derniers furent beaucoup plus discrets à propos d’un sujet, extrêmement délicat...

Le pavillon Croate

Il était évident (à voir leur tête) que l’ennemi aussi avait eu peur, malgré leur supériorité numérique et en armement. L’un d’eux sortit une valise Inmarsat et la posa sur le sol en dépliant son antenne avec le plus grand soin, puis la mit en service. Il passa ensuite le combiné de téléphone au chef qui décrivit probablement leur capture à une mystérieuse et redoutable hiérarchie, qu’on espérait pas trop proche sur le moment.

Le général Ante Gotovina organisa une mémorable chasse aux Serbes en 1995

L’attitude des uns et des autres évolua lentement mais sûrement d’une façon qui stupéfia Tembol. Il se demanda alors ce qui se passait avec une angoisse mêlée de curiosité :

La sensation de peur panique de l’escorte et de ses collègues semblaient avoir été remplacée par une légère inquiétude. Au début, alors qu’il était observé par deux Croates qui tournaient autour de lui, il pensa que ce serait bien fait pour sa gueule et qu’il ne fallait pas se mêler des affaires de ces couillons de Yougoslaves. En même temps, il ne regrettait pas réellement d’avoir fait ce travail à peine commencé mais devenu si passionnant, ni même d’avoir rencontré ces personnages attachants. Ses pensées devenaient plus que confuses, mais il en déduisit que c’était certainement dû à sa peur.

La situation devenait surréaliste car il constata que ses compagnons d’infortune commençaient à l’évidence à se détendre. Une conversation s’engagea alors avec l’ennemi. La journée folle de Tembol entra dans sa seconde phase dure lorsqu’il vit les soldats s’assoire sur les cailloux du bord de la route ou même sur le capot de la première Toyota, et poser leurs armes les uns après les autres. Il lui sembla comprendre avec son sixième sens leurs premiers mots :
- Vous faites pas les cons n’est-ce pas ? (tout en posant les armes)
- Au point où on est, ya pas de danger...
- Un soldat garda la sienne par précaution puis il s’installa sur le toit d’une voiture blindée.

Les environs de Knin en guerre

Visiblement, ils n’avaient pas affaire à des miliciens étrangers mais à de vrais Croates, mais cet état de chose pouvait être perçu comme tout bon, ou tout mauvais.

La discussion devenait animée et certains Croates souriaient, semblant se moquer gentiment des prisonniers, il y eut même quelques éclats de rire. Tembol ne comprenait plus rien si bien qu’au plus profond de son esprit troublé il plaisanta seul :
- Ils sont cons ces Yougos ! On s’est fait chopper, il est 11h00 le matin et j’ai l’impression qu’ils vont pourtant nous payer l’apéro. Peut-être qu’à midi cela va nous arriver, qu’on fera un barbecue et ensuite, ils nous fusilleront tous les neuf après le dessert, le café et avec un petit cognac par-dessus pour se préparer au grand voyage...

Soudain la peur est revenue lorsque le chef des Croates montra du doigt le prisonnier silencieux, en prononçant une phrase si explicite que même sans savoir la langue, c’était tout à fait évident :
- Et lui ? Qui c’est ce gars ? Qui c’est celui-là qui dit rien ? (et pour cause)

Tembol était sans voix bien sûr... Zarko est donc intervenu pour éclairer la lanterne du Croate.

Les Croates semblèrent se concerter, leur chef posant probablement de nombreuses questions au sujet de l’étranger, auxquelles il valait mieux répondre sérieusement et sans trop discuter. Tembol frissonna lorsqu’il eut l’impression d’une interrogation tout à fait fondamentale :
- "Et alors, on le garde ?" Bonne question, mais cette perspective l’intéressait fort peu...

Après quelques "palabres" le chef fit une courte et solennelle allocution qui fut écoutée avec la plus grande gravité par les prisonniers et s’acheva par un long soupir de soulagement collectif.

En un rien de temps les deux véhicules Serbes furent entièrement vidés de tout leur contenu, que les Croates eurent tôt fait d’embarquer dans les leurs. Après quelques courtes phrases échangées entre ennemis il y eut un long temps mort silencieux.
- Tembol fit comme les autres, c’est à dire qu’il vida ses poches puis abandonna sur place ses chaussures, ultime humiliation. Alors, sur un signe bref du chef, les prisonniers remontèrent silencieusement dans leur Toyota.

Les notables croates sont chez eux à Knin maintenant

Zarko s’adressa à Tembol qui s’était automatiquement et nerveusement remis au volant :
- Et alors !? Qu’attends-tu pour démarrer et faire demi-tour ? Qu’ils changent d’avis ?

Leur escorte était en train de le faire aussi vite que possible et personne n’avait envie de trop traîner sur place, on ne savait pas encore trop quoi penser. Tembol put seulement apercevoir un instant dans son rétroviseur les soldats qui semblaient être tous pliés de rire, leur chef fit même un bras d’honneur au moment du départ. Jamais il ne s’était cru capable de rouler aussi vite avec ce 4x4 sur une route de montagne...
- Dix ou douze minutes plus tard durant lesquelles ils restèrent tous les quatre silencieux, alors que l’émotion commençait à retomber, Tembol fit ce petit commentaire d’un ton grinçant :
- Les travaux d’aujourd’hui sont annulés... (ça c’est sûr pensa Tembol)

Près de la gare de Knin

Il avança la main vers l’émetteur/récepteur pour saisir le microphone et appeler l’escorte, mais celui-ci avait également disparu. Les Croates avaient tout pris sauf leurs voitures.
- On a eu de la chance ! annonça Zarko, l’un d’eux a même proposé pour rigoler de garder toutes nos fringues pour nous obliger à revenir à Knin à poils... Ils en sont capables, c’est même déjà arrivé.
- Que s’est-il passé ? pourquoi ils nous laissent partir ? Bredouilla Tembol.
- Tu préférais rester avec eux camarade ? Ils pensaient à te garder d’ailleurs...
- C’est rassurant ça... Tembol sentit encore son estomac se nouer.
- Pour l’instant, continue à rouler car j’ai peur qu’ils changent d’avis. Et fais gaffe !
- Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? (en plus sans les chaussures...)
- Ben.... Ya plus qu’à aller déjeuner à Osiric comme c’était prévu. Là-bas, nous aurons aussi de l’essence pour rentrer, s’ils n’y sont pas passés avant nous...

Reconstruction aujourd’hui en Krajina, le retour des réfugiés s’organise peu à peu

Il était midi passé, Zarko pensait sans doute que "rentrer à la maison pour réfléchir en paix à tout ça" était ce qu’il restait de mieux à faire, pendant que Tembol se disait que même dans les plus mauvais moments vécus en mer, tout ça ne pouvait pas arriver !

Comme ceux de leur escorte qu’il avait du mal à suivre tellement le gars devant roulait vite, il se disait chez les "radios" que boire un bon coup à Osiric serait bien mérité.
- Pourquoi les avait-on relâchés ?

Cette réflexion fut soudain interrompue. Peu avant d’arriver à Osiric le Toyota de l’escorte freina si brutalement que Tembol manqua fort peu de rentrer dedans.
- Ouf ! C’est sûr ! On roulait trop vite tous les deux... pensa-t-il. Pour la seconde fois donc, ils échappèrent au désastre.
- Pourquoi s’arrêter ? Encore des soldats... Scheisse !
- La peur revenait donc en force car cette fois, ils étaient beaucoup plus nombreux et ceux-ci étaient visiblement "sur les nerfs".
- Ouf ! C’était "les nôtres".

Pavillon de la Yougoslavie

Bon, ça va pour cette fois !! Mais Tembol se demanda un instant, s’ils n’allaient pas se retrouver au beau milieu d’un vrai champ de bataille au canon et à l’hélicoptère de combat, car il en voyait un. Cela représentait une perspective qui l’intéressait fort peu. Les deux armées étaient trop proches l’une de l’autre à son goût...
- C’est la journée de la peur, commenta sobrement Zarko.
- Je m’en souviendrai longtemps, ça c’est sûr...

C’était en effet la journée de la peur. Mais il n’était que midi et demie et les soldats étaient très énervés pour quelques fortes raisons que Tembol n’allait pas tarder à découvrir en arrivant à Osiric...

Bien "navicalement" - Thierry BRESSOL - OR 1
- Tembol en Krajina 4 (le matin de la peur) à suivre...

Merci aux sites :
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans (1)
- Le Courrier francophone des Balkans (2)
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans (Kosovo)

- World guns
- Quentin Tarantino
- Emir Kusturica
- Les Tontons flingueurs 1
- Les Tontons flingueurs 2
- Audiard et les Tontons flingueurs

- Carte et ambassade de Croatie
- Site web de Knin aujourd’hui
- Vues de Knin
- Flotte du Montenegro

Un film d’Emir Kusturica, qui m’a rappelé quelque chose

Où l’on constate aussi sur place que naturellement, on étudie cette situation maritime... Très particulière.
- Autrefois avec vue sur la mer
- Info maritime
- Courrier des Balkans

- Tembol en Krajina 1 (le contexte)
- Tembol en Krajina 2 (surréalisme)
- Tembol en Krajina 3 (la journée de la peur) c’est ici !
- Tembol en Krajina 4 (le matin de la peur)
- Tembol en Krajina 5 (l’après-midi de la peur)
- Tembol en Krajina 6 (ramasser les morceaux)
- Tembol en Krajina 7 (la soirée de la peur)

Emir Kusturica, musicien et cinéaste Yougoslave

JZ : Jugoslovanske Zeleznice (Chemins de Fer Fédéraux Yougoslaves)

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/