Souvenirs de mer

5 juin 2007

La journée extraordinaire de Tembol en Yougoslavie en 1994 : 5/7

"La Guerre ne t’intéresse pas, mais elle s’intéresse à toi..." (suite)
- Elle s’intéresse aussi à l’ancien marin qui sait se mouiller même à terre.

(article "réparé" le 11 Août 2008 à 17h40)
- Autrefois ils avaient vue sur la mer & Tembol en Krajina 6, ramasser les morceaux...

La journée extraordinaire en Krajina et en 1994, l’après-midi de la peur :
- Toute ressemblance avec des événements, des lieux, des situations ou des personnes ayant existé ou existant, n’est qu’une pure, totale et fortuite coïncidence.
- D’autre part, ce qui est arrivé n’était pas "seulement" totalement involontaire, c’était absolument imprévu.

Tembol ne tarda pas à avoir la confirmation que sur les quatre "retardataires", deux avaient effectivement été abattus sur place en tentant de fuir et les deux autres s’étaient faits prendre. D’autre part il ne s’attendait absolument pas à risquer "d’avoir affaire" avec les auteurs de cet "événement" de quelque manière que ce soit...
- Il pensait aussi que la bienveillance envers eux était improbable, compte tenu de "ce qui s’était passé" ici. L’événement était de surcroît encore "chaud", c’était le moins qui pouvait être dit compte tenu de l’odeur abominable et des ruines fumantes.

Les environs de Knin en guerre

Pour se représenter concrètement le contexte, il suffit de se souvenir du film "le vieux fusil" avec Philippe Noiret ou d’une visite de l’ancien village à Oradour sur Glane. A ma connaissance, en France c’est arrivée "seulement" (si on ose écrire) à Oradour. A la suite de l’action des brillants successeurs de Tito et de la chute du communisme, la Yougoslavie dans son naufrage retrouva pleinement cette triste "tradition" de la seconde guerre mondiale en Europe Centrale.
- C’était l’une des nombreuses "spécialités" des Oustachis, les collaborateurs Croates nazis.

Toute l’action de Tito racontait-il à quiconque l’écoutait vraiment, était tournée vers un seul but : Plus jamais ça ! Lui, il a réussi mais pas les autres. La fameuse "Présidence Tournante" qu’il laissa en héritage a dû leur tourner la tête. Peut-être elle tournait trop vite...

Josip Broz, Maréchal Tito, premier Président de la RFY

L’émotion était telle que les membres de sa petite équipe en oublièrent qu’on leur avait confisqué leurs chaussures peu de temps auparavant. Cela dit lorsqu’il a fallu marcher, leurs pieds surent les ramener à cette préoccupation matérialiste. En racontant aux soldats leur mésaventure du matin, tout le monde retrouva curieusement quelques instants le sourire.
- Tembol était sidéré qu’une action malveillante de l’ennemi puisse aussi étrangement détendre l’atmosphère :

Zarko leur avait aussi dit à quelle idée inquiétante ils avaient échappé. Il n’était pas impossible d’arriver à Osiric dans une tenue à laquelle il ne manquerait pas que les chaussures... Heureusement, cette proposition originale d’un soldat ennemi ne fut pas retenue par leur chef. L’idée de revenir d’une mission de mesures radios "à poils" et d’arriver ainsi dans ce décors d’enfer, était une totale abstraction des horreurs de la guerre.

En guerre comme en mer, tout peut arriver. Même une grosse farce de très mauvais goût.
- Cela dit, se faire piquer ses pompes met naturellement n’importe qui très mal à l’aise, cet acte de guerre psychologique était donc globalement réussi. Après tout, pourquoi une opération de guerre se priverait-elle d’être amusante ? Heureusement (la chance revenait) il y avait le nécessaire dans l’un des camions de l’armée pour rechausser les victimes.

Aéroport de Tivat (RFY Montenegro)

Tembol était soulagé et l’équipe des mesures radios le fut entièrement lorsque le commandant du détachement les invita à boire et manger. Une véritable cuisine de campagne fut installée à 400 m de la sortie du village pour échapper à l’odeur. La voiture radio de l’armée était stationnée à côté du petit groupe pour garder le contact avec les hélicoptères qui survolaient les environs à la recherche d’éventuels autres pillards en retard. On les entendait même parfois tirer quelques rafales. Mais pour eux, il était prévu d’appeler l’Aviation pour une fois disponible.

Tout le monde s’était assis en tailleur et en cercle pour boire de la bière en écoutant les commentaires des pilotes d’hélicoptères à la radio.
- "Alors Mr Tembol ? C’est intéressant le tourisme chez nous ?" Interrogea le commandant dans un français très approximatif.
- "Je me plaindrai aux autorités de Knin, ces cons m’ont volé mes chaussures et tout le matériel..." Eclat de rire sardonique et général.

Un coup d’oeil sur l’Armée de l’Air de la RFY (Yougoslavie)

S’en est suivi une conversation très animée en serbo-croate à la fin de laquelle tout le monde se tourna vers Tembol, qui bien sûr ne comprenait pas grand-chose, sauf qu’il s’agissait probablement de France. Ce qu’on lui expliqua le fit tomber des nues :
- Il ne s’agissait pas de la France mais de Français. Plus particulièrement de l’un des deux pillards Croates capturés. Le premier était effectivement Croate mais l’autre était un Français. Il refusait, ou peut-être ne pouvait pas répondre aux questions qu’on lui posait, en serbo-croate naturellement... Ses anges-gardiens se demandaient donc s’il les "menait en bateau".
- "Nous l’avons secoué mais il s’obstine..."

Tembol ne voulait pas encore comprendre en quoi cela le regardait. On lui lança soudain un passeport français qu’il saisit de justesse en renversant sa cannette de bière.
- "C’est ce connard...?" demanda-t-il timidement, complètement écoeuré de trouver un compatriote dans cette situation.
- "C’était dans ses poches et tu verras que la photo..." Il prit la seconde cannette qu’on lui mettait en main.

JZ, Chemins de fer Yougoslaves, ici une arrivée à Knin.

Ils étaient tous écoeurés et ne mangèrent rien. Mais ce qu’ils avaient trouvé au village ne les empêcha pas de boire, bien au contraire. Il feuilleta doucement le passeport page par page.
- "Hum, hum... Orléans. Il est né en 1967 à Orléans et il y habite aujourd’hui. Si c’est un vrai." Mais rien de visible ne laissait croire à un faux. Tout le monde commença à parler en même temps, tandis que Tembol craignait de trop bien piger ce qu’on voulait de lui. Le commandant s’adressa une seconde fois directement à lui avec difficulté mais avec une grande clareté :
- "Nous sommes pressés maintenant. Il faut qu’il nous dise tout ! Et il faut comparer avec l’autre, qui commence à nous réciter sagement sa leçon. Avec toi, il ne pourra plus faire le sourd et l’idiot."
- "Zarko peut peut-être..." Tembol tentait de se dérober. Mais il sentait que ce militaire bien que souriant, ne rigolait plus du tout. Cet homme avait l’air d’être un sacré roublard, rusé comme un bison. Physiquement, il rappelait tout à fait Lino Ventura, bien qu’il était chauve comme Kojak :
- Tout à fait le genre "à qui on ne la fait pas"...

Zarko lui dit alors que le chef était un ancien flic et que d’autre part ce serait facile car on lui préparait une liste de "bonnes questions". Effectivement Zarko faisait déjà sa "dictée" en notant scrupuleusement en français ce que lui disait le jeune homme aux lunettes rondes qui venait d’arriver. Il portait des taches de sang sur sa veste.
- "Putain ! Ca craint..." pensa Tembol qui soupçonnait que ce jeu de questions-réponses n’avait rien d’un jeu télévisé et que ce joueur-là, il avait déjà tout perdu.

On lui expliqua aussi qu’on attendait les hélicoptères de la police et des pompiers pour s’occuper des corps. Mais pour faire plus vite, on voulait tout savoir sur les pillards pour essayer de retrouver vers où ils allaient, et surtout ne pas les laisser s’échapper, pour une fois que l’armée fédérale avait sur place, tout ce qu’il fallait !!
- "Faut nous suivre, on y va !" Et tous de boire une quatrième ou une cinquième bière, selon le rythme de chacun.

Tembol se voyait fort mal mener un interrogatoire, musclé de surcroît.
- "Je suis spécialiste en Radio moi, pas policier..." Les autres devinaient probablement sa pensée. Le commandant ajouta donc :
- "Pour te motiver, on va te montrer quelque chose..."

Un B727 de l’ancienne Cie Aérienne Nationale de la RFY

Ce qu’on lui montra, lui donna d’abord une envie irrésistible de monter dans le premier avion pour prendre la fuite. Pour conclure la visite de la maison du Bourgmestre et les explications de son guide, le commandant répéta d’une grosse voix sourde en Anglais :
- "Nous sommes pressés maintenant ! Soigne bien ton client "Doctor" ! Tu as du monde pour t’aider s’il faut... Il te suffira d’appeler la garde."

Ce qu’on lui montra ? Le triste sort du Bourgmestre et de sa famille, tous assassinés dans des conditions particulièrement dignes du théâtre le plus gore. Au milieu du jardin de sa maison se trouvaient encore les corps de son épouse et de ses deux filles. Il n’était nul besoin à Tembol d’être médecin légiste pour constater que toutes les trois avaient probablement été copieusement fouettées car elles étaient nues et leurs vêtements trouvés éparpillés dans toutes les directions.
- D’autre part comme pour compléter ce tableau, le médecin militaire qui faisait le guide précisa dans son anglais approximatif, qu’elles avaient subi un viol "collectif et multiple". A propos, que voulait-il dire par "multiple ?"

Tembol commençait à se sentir mal. Comment peut-on voir un truc pareil ? Comment peut-on faire ça ? Et la suite ? Pensa-t-il en se laissant conduire dans la maison. Le maire avait perdu la tête, mais ce n’était pas là une façon de parler. Elle se trouvait sur un plat, sur la table de la salle à manger.
- "Je crois en avoir vu assez..." fut son unique commentaire. Tout cela était beaucoup plus concret que l’album de photo vu au Foyer de la gare de Knin. Une inscription romantique faite au feutre marqueur noir souillait le mur du salon :
- "WE FUCK SERBIA..." (telle que)
- "Ils sont totalement givrés ces "Irlandais" pensa Tembol. Cette bande de miliciens était en effet ainsi surnommée car il était connu qu’il n’y avait pas loin s’en faut, que des Croates. Il se savait par ailleurs dans la région que des Irlandais et des Allemands "en étaient" mais aussi, au moins un Français...

Près de la gare de Knin

"C’est de pire en pire aujourd’hui" pensa Tembol, et il n’était que 15h00... Les pillards n’avaient pas su trouver tout le monde. Deux témoins restés cachés sur le toit d’une maison voisine avaient vu tout ce qui s’était passé dans le jardin du Bourgmestre. Ils avaient même dit reconnaître les deux prisonniers, à commencer par le Français qui avait commencé par tuer le chien en arrivant.
- Tembol tenta d’abord de respecter scrupuleusement les quelques consignes données, ce qui serait difficile car il commençait à se mettre en colère. Il avait ressenti l’information sur la mort du chien comme un véritablement couronnement de l’abject. Le chien en tant qu’animal était naturellement et totalement innocent, pourquoi s’en prendre même à lui ? Ce mec était authentiquement indéfendable...

Les consignes telles qu’elles étaient :
- Détendre l’atmosphère pour gagner une relative confiance, c’est-à-dire jouer "le rôle du gentil" par opposition aux "très méchants" qui gardaient ce prisonnier.
- Ne pas se présenter autrement qu’en se disant Français, surtout ne dire ni son nom ni son rôle ici.
- Laisser planer le doute le plus total sur qui l’interroge et essayer de le convaincre "entre français" de "parler". Tembol pensa qu’il n’avait rien d’autre en commun avec cet individu, que d’ailleurs il ne considérait pas comme un être humain. Ambiance...
- Poser toutes les questions dans l’ordre du papier et appeller la garde s’il n’obtenait pas une réponse rapide.
- D’autre part il lui fallait aussi faire comprendre au prisonnier que son cas était gravissime et sans aucune porte de sortie sauf peut-être, en répondant à toutes les questions. Tembol était aussi autorisé à lui prédire ouvertement une triste fin rapide et pénible en cas de mauvaise volonté. Cependant il lui faudrait le faire de préférence à la fin de l’entretien.

Tembol pensait que le commandant était un roublard et c’était plus que vrai :
- Dans une autre maison voisine non incendiée le prisonnier Croate était gardé attaché avec deux ceintures sur un lit dans une chambre. On le laissait à présent se reposer tranquile car il avait enfin "tout dit" ou presque. Il restait surtout à "contrôler" ses dires.

Tembol est un drôle d’oiseau...

Deux soldats qui disaient être acteurs de théâtre dans le civil commencèrent à exécuter une mission tout à fait originale :
- Le premier frappait régulièrement avec une violence extrême la table, les murs, le plancher et même un punching-ball spécialement installé, avec une batte de base-ball ou une barre de fer qui évoquait pour Tembol un chandelier de coupée.
- Le second restait assis à table cannette de bière en main, il poussait à chaque coup des hurlements tous plus terrifiants les uns que les autres. Bien sûr, à chaque début de fatigue de l’opérateur principal, il était prévu d’échanger les rôles lors d’une courte pause. En voyant cette scène, Tembol posa sa main droite sur son front en se couvrant les yeux et disant :
- "Mais c’est pas possible..."
- "Mais si, mais si ! This is "P.W.", the Psychological War..." Et le Docteur d’expliquer montrer cela à Tembol pour éviter le stress, strictement réservé à son client. Bien sûr, tout le détachement savait cela.

C’est quoi la guerre psychologique ?

Voici des procédés bien sympathiques... C’est sûr, on n’était pas chez les "bisounours".
- "Maintenant tu en sais autant que nous, et nous on veut en savoir autant que lui..." expliqua le commandant en confiant un ceinturon avec une sacoche et son pistolet Beretta à Tembol qui se retrouva équipé comme un cow-boy dans un film. Il ajouta pour finir :
- "Si pas de belle réponse, tu appelles la garde ! !" (et vas mon fils...)

C’est donc dans un état second que Tembol écouta les derniers conseils du chef, juste avant de rentrer dans la cage du fauve. Il essaya pour commencer de se donner bonne contenance en refermant la porte. Fauve ? Plus vraiment. Le "fauve" en question était assis entièrement nu, pieds et mains solidement liés sur une chaise avec des noeuds que l’ancien marin qu’était Tembol ne connaissait même pas. Tout cela pour dire que le dompteur pouvait se croire en sécurité.

Le prisonnier sursautait régulièrement aux cris pénibles venu de la maison voisine. Ils s’observèrent d’abord silencieusement sans se regarder dans les yeux, puis au moment de s’assoir le Marseillais l’interpella comme c’était prévu :
- "Voilà donc le Français qui ne parle pas la langue d’ici... Faut parler maintenant ! Confirme moi ton nom et ton adresse !"
- "..." Silence.
- "Passeport français sans me comprendre ? Entre Français on doit discuter pourtant..." pendant ce temps il s’installa avec tous ses papiers posés en ordre sur la table.
- "..." Silence.
- "D’abord pour parler avec moi, il faut être en tenue correcte mais la cravate n’est pas requise parce que c’est Croate, la cravate. Tu vas te rhabiller de suite ! Gaârdes !" Et deux pingouins d’entrer avec le tas des vêtements. Il le détachèrent comme c’était prévu, pour ne pas dire comploté. Il se rhabilla en silence sous la menace des armes puis fut assis sans ménagement sur la chaise en face de Tembol. Les Gardes les laissèrent seuls assis face à face.

Engagez vous ! Et soyez en dignes.

Sans doute un peu plus à l’aise il confirma son nom, sa date de naissance et son adresse à Orléans, puis il déclara être comptable de profession et ancien légionnaire. Mais il fut vite obligé d’avouer n’avoir été que candidat dont l’engagement fut refusé. Tembol commenta cela sobrement :
- "L’honneur de la Légion est sauf..."

Le prisonnier sursautait à chaque cris déchirant venu de la maison voisine.
- "Questions !! Combien vous êtes et où vous allez exactement après vos mauvais coups, surtout aujourd’hui ? Quel est votre équipement ? Quel est le nombre de vos véhicules ? Je veux aussi les noms et les nationalités de TOUS tes copains ! Je note ! Vite !!"
- "..." Silence trop long.
- "Alors ?"
- "..." Silence.
- "Gaârdes !" Tembol fut fort surpris par ce qu’il venait de déclencher. Les deux gardes entrèrent silencieusement, saisirent le prisonnier puis le lancèrent face contre le mur, il s’effondra comme un château de carte. Le nez et le front en sang, il fut réinstallé à table. Le second garde posa une boîte de kleenex devant lui.
- "Soigne-toi !" Il s’essuya le visage ensanglanté. Mais il fallait peut-être mettre une seconde couche :
- "Tu entends ce qui va t’arriver si tu continues à me prendre pour un con ?"
- "..." Silence.

Le prisonnier sursauta une fois de plus à un cris plus long que les autres, venu de la maison voisine. Tembol se demanda si l’assassin devenu victime avait remarqué que les cris et les coups n’étaient pas très bien synchronisés. Mais avec l’ambiance c’était peu probable. Il faut reconnaître que la savante mise en scène du commandant comportait quelques arguments pas seulement virtuels mais frappants. Il faut toujours rester simple et crédible pensa-t-il.

Nicolas B. commença alors à "se mettre à table". Tembol commença donc à prendre des notes puis fit venir le commandant. Heureusement malgré son émotion, il s’était souvenu de ne pas appeler en criant : "Gaârdes !!"
- "Pas si vite ! Je note, je note !!" Il faisait scrupuleusement répéter tous les noms de lieux et des gens tandis que le commandant et Zarko lisaient tout ça par dessus son épaule. Zarko traduisait ce que le chef ne comprenait pas, tandis que celui-ci récitait toutes ses informations dans son talky-walky Motorola.

Le prisonnier sursauta une fois de plus à un cris encore plus déchirant qui fut accompagné d’un long bruit étrange d’effondrement. Les conjurés de la farce se demandèrent alors simultanément ce que les deux cornichons de service avaient bien pu casser. Mais ce soudain silence fut interrompu par le décolage des hélicoptères. Il ne faisait aucun doute que ça n’allait pas tarder à chauffer "dur-dur" dans les montagnes et au-delà...
- A cet instant les chasseurs passèrent en rase-motte au-dessus du village avec un bruit d’enfer.

Chasseur de l’Armée de l’Air Yougoslave (RFY)

Le temps des "questions secondaires" étant venu, on les laissa une fois de plus en tête à tête. C’était le moment de faire plus ample connaissance malheureusement. Tembol avait peur d’avoir l’esprit pollué par ce type assis en face de lui. Il pensa aussi que ce gars avait le contenu d’une poubelle dans le crâne puis se ravisa, car le contenu de ses propres poubelles est inoffensif et sans doute beaucoup plus propre. Que penser de tout ça ?
- Il posa des questions plus détaillées sur les "camarades" de NB, l’âge, la profession et les motivations de leur présence.

Ce qui l’intrigua le plus fut l’expression d’une chose dont il ne pensait plus à l’existence, l’anticommunisme. Ce groupe de "tordus" comportait sept différentes nationalités Européennes. "C’est l’Europe d’Aujourd’hui ça" commenta sobrement Tembol, qui dut menacer d’appeler les gardes une seconde fois, alors qu’il sentait de nouvelles hésitations à parler.

L’autre semblait cependant avoir peur d’une nouvelle correction, il recommença à répondre.
- "Vous êtes là pour lutter contre le communisme ?" demanda Tembol qui avait cru déduire cela de quelques brochures trouvées dans les affaires du prisonnier. Il ne comprenait pas, pas plus que les exactions :
- "C’est cela, oui..."
- "V’là aut’chose... Mais, comment lutter contre quelque chose qui n’existe plus ? Et... ce que vous avez fait chez le maire, tu appelles ça lutter contre le communisme ?"

Ce type est d’une autre planète, il n’est pas humain. Cela dépassait l’entendement et toute logique même si par ailleurs, il est bien connu que certaines organisations mafieuses de toutes natures ont longtemps et souvent utilisé l’anticommunisme dans certains pays comme un moyen de promotion pour maquiller des activités crapuleuses. Ils réussirent même à se faire "subventionner" par des organismes naïfs, ce qui ne s’invente pas. En 1994 Tembol pensait que ce n’était plus d’actualité. Erreur sans doute, même s’il n’existe plus du Communisme qu’un mot vide depuis 1991.

Voici ce qu’il reste de plus concret du Communisme aujourd’hui

Dès la première seconde il avait senti une profonde antipathie réciproque avec ce type, ce qui ne pouvait pas l’étonner. Cette façon fantaisiste d’expliquer sa présence en Yougoslavie n’était pas loin de faire péter les plombs dans la tête de Tembol, qui hésita entre laisser éclater sa colère, ou continuer à l’écouter pour essayer de comprendre. Pour ne plus s’énerver, il décida de retourner plus strictement au questionnaire. Tout y passa :
- Les noms et fonctions dans sa hiérarchie, le lieu de résidence en Croatie, les contacts en France, etc. Ce dernier point semble-t-il très délicat, nécessita une seconde fois l’appel de la garde qu’il fallut retenir au dernier moment, juste pour éviter une seconde projection murale. (Tembol se demandait s’il n’abusait pas de la situation)

De fait personne sur place n’en savait strictement rien, mais cela n’empêcha pas le Marseillais de déclarer :
- "On va en effet aussi s’occuper de ces gens-là... C’est leurs numéros de téléphone ça ?" demanda-t-il en étudiant un agenda porteur de nombreuses notes peu compréhensibles. Il fallait les interpréter, donc se les faire expliquer. Le silence régnait autour d’eux depuis le passage de l’Aviation. Bizarrement les deux gardes semblaient s’être éloignés, car on n’entendait plus leurs bavardages. Sans les cris et les coups dans la maison voisine, il était devenu plus facile de s’entendre avec moins de stress.

Modèle 92 SB-C "compact" de Beretta (faut "étudier" avant...)

Il réfléchissait trop en notant avec soin toutes les réponses du gars. Plus grave, il avait tendance à oublier totalement qu’il était seul en présence d’un très dangereux serpent à sonnette.

Le gars avait peu à peu changé d’attitude et leur conversation pouvait donner l’impression d’être banale. La méfiance de Tembol s’était affaissée, faute d’expérience de ce genre de situation. Soudain le gars lui fit un clin d’oeil et lança :
- "Entre Français, on devrait pouvoir s’entendre..." C’est arrivé alors qu’un autre point très délicat du questionnaire était abordé : la paie ! Combien touchaient-ils pour commettre ces exactions ? Ils étaient probablement payés car sur la table se trouvaient ses deux cartes bancaires, l’une était banalement du Crédit Lyonnais mais l’autre était Suisse. C’était très intéressant. A la réflexion, l’une des questions à poser n’était pas si insolite que ça :
- "Quels sont les deux codes secrets, pour tirer de l’argent avec tes deux cartes bancaires ?" Tembol pensa bien sûr qu’on viderait certainement les comptes du prisonnier pour payer la casse, au moins ce qui était indemnisable.
- Ce gars avait réellement tout perdu en se faisant chopper, mais il n’avait rien compris au film...

Un film d’Emir Kusturica, qui m’a rappelé quelque chose

C’est Tembol qui n’avait rien compris au film. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque son client répéta qu’on pouvait "s’entendre" pour dire doucement qu’il aurait plus que sa part du magot s’il l’aidait à fuire et que c’était le moment idéal, car les deux gardes s’étaient éloignés :
- "On ne les entend plus..." précisa-t-il.

Tembol était sidéré par un tel culot, pas même sûr d’avoir bien compris ce qu’il venait d’entendre. Scié, il posa ses coudes sur la table et sa tête reposa un instant sur ses mains. En plus ce salaud a sûrement remarqué que la porte n’est pas verrouillée je crois, pensa-t-il.
Cette fois il se mit réellement en colère, trace possible de la mise en alerte son sixième sens :
- "Tu te fous de moi ? Solidarité entre Français toi et moi ici ? Non mais ça va pas la tête ? Tu crois vraiment qu’on va te laisser partir ?" Il en avala sa salive de travers en manquant s’étouffer.

Il pensa un instant que si par hasard il y avait un microphone sous la table, son écoute serait certainement à rediffuser en boucle. Machinalement il glissa dessous sa main droite, et c’était une excellente idée car elle frôla le pistolet Beretta. Il réalisa aussi être resté (trop ?) longtemps seul sans aucune protection contre le prisonnier.
- Etait-ce bien prudent ?

Certainement le sixième sens par un étrange réflexe lui faisait carresser l’objet sous la table, pour la saisir et l’armer. Il aboya :
- "Tu nous donnes les codes de tes cartes avant d’aller à Knin ou Beograd ! C’est tout !!

Les JZ, Chemins de fer Yougoslaves, ici à Beograd/Belgrade.

Une petite lueur d’incertitude et d’ironie sembla visible un instant dans les yeux de l’adversaire. Visiblement il n’avait pas cru sérieusement que Tembol aurait envie de l’aider. Il y avait autre chose. Quelques secondes plus tard sa question intime est devenue beaucoup plus claire, c’était très simple :

Très doucement le prisonnier s’était peu à peu à peine levé de sa chaise en contournant imperceptiblement la table, sans que cela soit immédiatement visible, un peu comme un serpent. Soudain Tembol sentit une main plaquer son bras gauche sur la table, il ne pouvait presque plus bouger car l’autre était déjà au-dessus lui.
- "Recule !!" S’écria-t-il en glissant de sa chaise qui commençait à basculer en arrière. L’autre allait frapper.

Ce piaf là est moins dangereux que les goélands et les vautours
(au service des lobbies, qui nous ruinent depuis plus de 40 ans)

S’accrocher à l’arme pour ne pas tomber était une idée ridicule et un réflexe désordonné car c’est lui qui recula. Naturellement il glissait en arrière et l’arme fut vite sous le nez du prisonnier. Réflexe idiot, peur subite ou colère ? Trop tard :
- PANG !!

Bizarrement, la première idée de Tembol fut de s’excuser pour sa maladresse, puis il réalisa le désastre :
- Il n’y aurait pas de Tribunal à Knin pour "Son" prisonnier... A suivre.

Marine et Communisme

Bien "navicalement" - Thierry BRESSOL - OR 1
- Tembol en Krajina 6 (ramasser les morceaux) à suivre...

Merci aux sites :
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans (1)
- Le Courrier francophone des Balkans (2)
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans (Kosovo)

- World guns
- Quentin Tarantino
- Emir Kusturica
- Les Tontons flingueurs 1
- Les Tontons flingueurs 2
- Audiard et les Tontons flingueurs

- Carte et ambassade de Croatie
- Site web de Knin aujourd’hui
- Vues de Knin
- Flotte du Montenegro

Emir Kusturica, musicien et cinéaste Yougoslave

Où l’on constate aussi sur place que naturellement, on étudie cette situation maritime... Très particulière.
- Autrefois avec vue sur la mer
- Info maritime
- Courrier des Balkans

- Courrier des Balkans
- Tembol en Krajina 1 (le contexte)
- Tembol en Krajina 2 (surréalisme)
- Tembol en Krajina 3 (la journée de la peur)
- Tembol en Krajina 4 (le matin de la peur)
- Tembol en Krajina 5 (l’après-midi de la peur) c’est ici !
- Tembol en Krajina 6 (ramasser les morceaux)
- Tembol en Krajina 7 (la soirée de la peur)

JZ : Jugoslovanske Zeleznice (Chemins de Fer Fédéraux Yougoslaves)

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/