Souvenirs de mer

17 juillet 2006

Qu’est-ce qu’un RORO ?

Cette page contient de l’Information à propos des navires "Roro" (ou rouliers) et leur côté parfois dangereux, si on ne les "conduit" pas avec le soin nécessaire...
- D’autres que moi se sont chargés dans la presse maritime en particulier, de rappeler les dangers spécifiques des navires rouliers. Mais voici mon point de vue :

Ce point de vue qui se veut simple et demeure souvent partagé par de nombreux navigateurs :
- RORO = "roll on / roll off"
- En bon français, cela signifie manutention par roulage, c’est à dire horizontalement, devrait-on dire.

L’intérêt premier (et commercial) de ceci est de pouvoir faire "travailler" le navire à quai ainsi beaucoup plus vite qu’avec la manutention "verticale", c’est à dire avec des grues ou des portiques à quai. L’usage de moyens radios puissants est de plus en plus nécessaires aux navires.

Au local radio, l’imprimante radiotelex "TOR" du M/S Roro MANHATTAN
(une cloison vitrée et une porte séparaient le local et donnait accès à la passerelle)

Il est aussi évident que plus les escales sont courtes, plus le navire pourra gagner de l’argent. On peut le regretter et je ne m’en prive pas, comme tous les autres. C’est un effet pervers du progrès technique.
- Tel est le métier de l’armateur aujourd’hui, de faire en sorte avec ses marins, d’en faire toujours plus... Et nous le faisons à bord de longue date.
- Cela a aussi pour conséquence(s) à bord des navires RoRo-Porte-conteneurs tels que le Manhattan, (ou le Saint Roch également parfois évoqué ici "à mon bord") qu’on a naturellement tendance à charger en priorité dans les parties hautes du navire, sur les ponts supérieurs...
- En effet faire "descendre" les charges roulantes dans le fond de la
coque, c’est plus long... Tout simplement.

M/S Roro MANHATTAN - la rampe arrière orientée 30° pour être tribord à quai

Les formes générales du navire roulier typique sont d’ailleurs conçues pour...
- Cela se voit fort bien dans la silhouette du St-Roch ou de l’ex-Roro
Manhattan.
- D’autre part, un "Roro" est naturellement peu stable. Le second capitaine (ou First Officer) doit donc "ouvrir l’oeil" avec méfiance et soin sur ses conditions de stabilité, beaucoup plus qu’à bord de tout autre type de navire.
- C’est d’autant plus vrai qu’il arrive plus souvent qu’on ne le sait, que le poids déclaré de nombreux conteneurs est faux !
- C’était d’ailleurs l’une des spécialités de la ligne Italie - USA côte Est. Je reste étonné qu’il n’y ait pas plus d’accidents de mer à cause de cela. Mais le sait-on toujours, lorsque "ça arrive" ?
- Il ne faut donc pas si j’ose dire, que le bord se laisse "mener en bateau !"

Le JOLLY ZAFFIRO de Naples, ex CGM Racine

La coque d’un navire roulier est en générale conçue telle que le pont principal (étanche et continu) est peu élevé au dessus du niveau de la flottaison. Toute la longueur (et la largeur) de la coque est accessible en volume sans contrainte de cloison(s), car il faut pouvoir y circuler vite et bien, tout simplement.
- Quiconque a déjà visité ou voyagé en car-ferry le sait et l’a vu. Les transbordeurs transmanche sont le type de "Roro" le plus connu par les "terriens".
- En cas d’entrée d’eau accidentelle, la catastrophe peut être rapide et imparable, compte tenu des grandes surfaces "disponibles" au mouvement de liquide. Cela se comprend simplement :
- Prenez une belle poële à frire (de grande taille de préférence), et mettez-y un peu d’eau, un ou deux millimètre de hauteur seulement par exemple. Et... Tenez la bien...!

C’est un bon moyen de comprendre ce qui est arrivé à un ferry anglais en quittant Zeebrugge en 1987... (le "Herald of Free Enterprise")
- On appelle ça, l’effet de carène liquide, il se démontre plus vite que cela se calcule... Tout cela nous confirme qu’il ne faut pas "en faire trop", avec un navire roulier. C’est donc très, très vulnérable un navire roulier.

Le navire PC roulier "Republica di Genova"

L’un des vieux Marins Allemands qui furent passagers à mon bord, des anciens des U-Boote nous dirent un jour que si à l’époque, ils avaient eu "à temps" disponible le nouveau modèle de sous-marin "type XXI", les "événements" se seraient terminés autrement. Heureusement, ils n’ont eu le temps d’en construire que quelques uns.
- L’un des deux nous précisa de surcroît, que si les navires de commerce de l’époque avaient été des rouliers...
- Heureusement, le torpillage est devenu un sport pratiqué surtout entre cadres dans les entreprises maintenant, ou bien un "exercice naval" entre des marines militaires amies qui doivent entretenir un savoir-faire, que tout le monde espère, ne surtout pas devoir un jour utiliser.
- On imagine avec froid dans le dos, une torpille moderne tirée vers un
car-ferry... Ouf !! Actuellement, elles sont conçues pour ne surtout pas s’en servir.

Il m’a aussi semblé utile d’ajouter ce qui va suivre sur le sujet pour les "non-spécialistes", car ils ne peuvent pas imaginer seuls ce genre de chose :
- Même à quai, durant les "opérations commerciales" il faut se méfier, à bord d’un navire roulier ! La surveillance du déroulement de la manutention et le ballastage, nécessitent une surveillance "soignée" et constante durant les opérations commerciales. En effet, c’est justement pour "faire plus vite" qu’on manutentionne le plus possible "à l’horizontal".

La "Republica di Genova" fut renversée à Anvers

Il ne faut pas oublier que pour "travailler" encore plus, et plus vite. Si le navire est grand et large, tels que sont le Manhattan ou le Saint Roch par exemples, la largeur de la rampe (et de la porte de cul) est telle qu’il est possible de charger et décharger SIMULTANEMENT.

Ceci implique donc qu’on charge à tribord, pendant qu’à bâbord on décharge.
- En d’autres termes, le navire peut être assez rapidement (je vous le garantis) :
- De plus en plus lourd d’un bord, et...
- De plus en plus léger de l’autre...

La "Republica di Genova" fut renversée à Anvers

Avec "tout ce que l’on peut supposer" si rien n’est fait pour corriger cet état de fait en ballastant par exemple. Cela peut bien sûr être très automatisé et c’est de plus en plus souvent le cas. Cela dit, même cet automatisme, qui eut être géré avec un PC ordinaire et un logiciel conçu pour, doit impérativement être surveillé par l’officier de service durant la manutention. Sinon...
- Il risque fort de... Tôt ou tard "passer dans le journal" local. C’est arrivé au PC Republica di Genova par exemple...

M/V Seaboard Intrepid
l’ex Roro Manhattan en 2002

Mes correspondants ci-après cités, nous précisent que c’est un sujet qui peut être développé, très longuement :
- De Thierry Audes / mariner_83fr@yahoo.fr
- Dimanche le 16 mai 2004 à 20h47
- Récit Mr Bressol /Atlantique Nord :

Le récit de Mr Bressol est particulièrement intéressant sur
différents aspects techniques et humains. Il est sûr que des traversées d’ Atlantique nord laissent dans les mémoires de beaucoup d’entre nous des souvenirs de périodes fatigantes.
- Les navires souffrent eux aussi également beaucoup. Embarqué comme officier mécanicien lors d’une traversée de ce type et j’ai pu "ressentir " réellement les contraintes mécaniques supportées par
nombre d’équipements.
- Tous ces chocs , vibrations , variations d’allures brutales, variations de niveaux , mettent à mal bon nombre d’équipements. Tous les Commandants avec lesquels j’ ai navigué ont toujours, soit par leur expérience ou soit grâce à une parfaite entente avec le Chef, su prendre des décisions efficaces pour épargner le navire, mais aussi les équipements Machine :
- Chose normale me direz-vous !

Un Commandant prit même en compte un jour les caractéristiques (la période et l’amplitude) d’une houle terrible, afin de les comparer aux caractéristiques de giration du navire.
- Ainsi un changement de cap obligatoire parfaitement chronométré permit de limiter les conséquences dévastatrices de cette houle, surtout quand le navire se retrouve trop longtemps par le travers de cette houle.
- Bref, ce sont des moments dont personne ne raffole !
- Amitiés à tous - Thierry Audes

M/V Seaboard Express
(ex Roro Genova)

Un autre navigateur de mes amis nous précise ceci à propos du phénomène nommé "roulis paramétrique" :
- "Cela me rappelle une vidéo que nous avons vu en cours de l’institut de construction navale de Hambourg. Il s’agissait là du roulis paramétrique. Dès que les facteurs collaient, le navire, quelqu’il soit, quelque soit la vitesse et son GM se retournait comme une crêpe. Cela est typique de l’Atlantique Nord et du Pacifique !
- C’est à vous foutre les chticounettes... (ben oui, ça c’est sûr...)

Mon expérience de quelques traversées de l’Atlantique nord l’hiver ne m’a pas (encore) laissé de très grosses impressions dans la tempête mais de l’étonnement et de l’admiration devant la force de l’océan.
- Le seul truc pas marrant du tout que j’avais à faire quand j’étais de quart (ça tombait comme par hasard toujours sur le coup des 4hOO du mat’) était en pleine nuit, c’était :
- De devoir aller à l’avant pour ouvrir le Ventriser à cause de la pression dans les citernes qui montait sans cesse au cours des heures due à l’état déchaîné de la mer.
- Rien à voir avec le Vendée Globe, d’accord, mais impressionnant quand même à cause de la taille des vagues et des embruns et surtout le son furieux du vent et les heurts sourds des vagues sur l’étrave qui faisaient vibrer le navire de tout son corps..."
- Bonne nuit - Jean-Gabriel Tridon Motte

M/V Anthenor
(Marseillais mais construit à La Pallice en 78)

Notes à propos des deux "Roro" franco-italiens :
- De Jean Claude CORNIER <jc.cornier@free.fr>

M/S Roro MANHATTAN
Photo Chantier de France Dunkerque 1981

Les Ro-Ro Manhattan & Ro-Ro Genova :
- Le "Ro-Ro Manhattan" et le Ro-Ro Genova" sont toujours en service commercial au sein de l’armement américain Seaboard Marine en 2002.
- Le Ro-Ro Manhattan ("ro-ro" faisait en effet partie de son nom) est passé en 1987 chez Unicorn puis en 1993 chez Seaboard. Il s’appelle actuellement SEABOARD EXPRESS.
- L’autre, le "Ro-Ro Genova" a suivi le même chemin et navigue comme SEABOARD INTREPID.
- Vous les trouverez en photo sur la première page du site de leur Compagnie Américaine :
- Sea Board
- Salutations - Jean Claude Cornier

M/V Seaboard Victory
(Seabord Marine Corporation Fleet)

Cette dernière information s’imposait, car cela prouve que si on s’en sert correctement, c’est à dire sans faire l’acrobate, et bien....
- Ce n’est pas si dangereux que ça un "RORO" !!

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR1
- Photo spectaculaire, le 4 Février 1982
- Embarquer à bord du Manhattan (1)
- Le matin du 4 février à bord (2)
- Le 4 février 1982 à 17h00 lt (3)
- Le 4 février 1982 après 17h00 lt (4)
- Aventures Mécaniques Extraordinaires
- Navire RORO ou Roulier
- Chauffeur de taxi et navire roulier

- Containers, Twistlock et mauvais temps
- Ne les oublions pas & Restauration à bord
- Pride of Baltimore
- L’Ingénieur Rudolf Diesel

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/