Souvenirs de mer

25 mars 2007

Le Passage de la Ligne 1/2

UN SUJET ULTRA-CLASSIQUE...

- Mais on ne s’en lasse pas, de la cérémonie du passage de l’Equateur...

Texte publié dans le Marin le 1er et le 8 Décembre 1995 :
- Les illustrations ne sont hélas pas encore toutes disponibles, à suivre....

Le baptême de l’Equateur, j’ai le regret d’avoir oublié d’où vient cette belle photo !

Le Baptême de La Ligne

A la suite de quelques articles de l’hebdo "Le Marin" consacrés en 1995 à l’ancienne tradition maritime du baptême du passage de l’Equateur, je n’ai pas su résister à la tentation d’envoyer à mon tour quelques "pièces au dossier". Le mien fut en effet particulièrement réussi, c’est arrivé en 78.
- Je devrais dire le nôtre, car nous étions 7 néophytes. Ce fut si réussi que plus de 20 ans après je peux encore en ricaner bêtement tout seul en me souvenant de cet évènement. Ceux qui étaient à bord du St-Vincent durant l’Eté 1978 y pensent certainement à chaque fois qu’il est question de ce rite étrange autour d’eux.

Une observation doit à mon sens être formulée clairement. Cette étrange "cérémonie païenne" et maritime remonte à la nuit des temps, et fut trop souvent présentée comme étant organisée à chaque voyage. Il n’en est rien en fait.
- Déjà en 1978 à la fin de ce que j’appelle l’âge d’or de la Marine Marchande Française, cette "étude de moeurs" avait lieu seulement un voyage sur quatre ou sur cinq. Nous n’avions pas toujours le temps disponible et nécessaire pour cela, tout simplement parce que... Priorité au boulot, déjà !
- Bien que... Je ne serais pas surpris d’entendre confirmer preuves à l’appui si c’était possible, qu’il en a toujours été ainsi.

Il semble aussi que cela faisait peur à certains commandants de nos navires... L’Amiral Mérer dans son livre "Alindien" fait une courte allusion à la chose, en nous rappellant que cette tradition est commune aux deux mondes parallèles que sont la Royale et la Mar-Mar. En plus elle est multinationale.

L’amiral Laurent Mérer s’est fait écrivain. Lire "Alindien" aux éditions Le Télégramme.

Il faut reconnaître que les limites de l’excès ont été parfois dépassées et je soupçonne fort l’Amiral d’en avoir fait les frais. Pour mon propre passage, elles furent seulement approchées...
- En tant que Grand-Maîtres et Connaisseurs en dérision, Pierre Desproges et Coluche auraient apprécié s’ils étaient devenus marins. D’autre part il est nécessaire de savoir en rire pour se libérer du stress de la navigation.

Les excellentes équipes de la Cie de Navigation Denis Frères, qui gérait aussi les navires des Cies SNO et Internavis à cette époque, savaient organiser cette fête de façon efficace, burlesque et conforme à la longue tradition paiënne maritime au moins dans l’esprit, sinon dans les détails.
- Les néophytes que nous étions ont en effet eu à subir une "épreuve" inquiétante et impressionnante sur le moment.

Le M/S Aubrac, unique frère Français du Saint Vincent. Ils ne furent que deux.

Comme il se doit les organisateurs surent progressivement mettre en scène une cocasserie délirante, encore inégalée à ce stade de ma vie. Je travaille à terre depuis Janvier 1991 et je peux vous assurer qu’on ne sait pas en faire autant "à terre", surtout dans les Télécommunications !

- Cela n’était cependant concevable qu’avec une bonne ambiance maintenant difficile à retrouver à bord des navires de commerce avec les pratiques actuelles d’ultracompétitivité. D’autre part si nous pouvions le faire avec l’ancienne Cie de Navigation Denis Frères à la fin des années 70, ce n’était pas à tous les coups. Il devait en être de même pour les autres Cies Françaises car au total en onze ans de navigation, j’ai assisté à seulement trois baptêmes.

En fait Je suppose qu’on ne pratiqua jamais très souvent ce rite étrange, même il y a longtemps, à bord des navires de toutes nationalités. Sous pavillon Belge que j’ai un peu "pratiqué", j’ai eu d’excellents souvenirs de Mer. Cependant cette coutume n’était plus pour les Belges "au commerce" qu’un lointain souvenir. Ils furent d’ailleurs très surpris lorsque j’ai raconté que l’on faisait encore cela à bord de certains navires Français !
- Sous pavillon de Chypre à bord du Sea Intrepid les deux Officiers Allemands ont visiblement pensé que j’affabulais, tandis que les Philippins (généralement des catholiques très fervents) déclarèrent cette pratique comme "païenne" et répréhensible.

Je soupçonne cependant certains d’entre eux d’avoir pratiqué cette "cérémonie de sorcellerie" (je cite)...
- Mais je n’ai pu obtenir d’eux aucun aveu, seulement des sourires entendus... Qu’en penser ?

Clic !

Le Sea Intrepid à quai à Lexoes, près de Porto

En 1982 j’ai eu le privilège de rencontrer quelques anciens marins "Cap-Horniers" dont le Cdt Lemaire, Grand-mât (Belge) de l’Association Internationale, en visitant le 3 mâts Belem. Ces Grands Anciens qui naviguèrent à bord des 3 et 4 mâts en acier des compagnies d’Orbigny, Bordes, Prentoux et autres Laetz, m’ont tous déclaré la même chose :

- "On ne l’a pas si souvent fait car nous n’avions pas toujours le temps ni l’ambiance" Rien de nouveau sous le soleil ! Cependant je fus surpris de constater que les points communs entre leur époque et la nôtre sont nombreux à ce sujet.

L’état-major du 5 mâts France II en 1911, à comparer avec la photo de celui du Batillus en 1976, autre époque autre style...

D’autre part ce que m’a raconté l’un d’eux sur les sorties à terre de l’époque, me laissa songeur en fréquentant le Quai de la Fosse à Nantes, ville que j’ai habitée une seconde fois en 1994 et 95. Les membres du personnel d’une agence de travail temporaire devant laquelle je passais souvent, seraient bien surpris de savoir ce qui se passait dans leurs locaux avant 1914 !
- Ils ne me croiraient pas. Moi-même je n’ai cru le Cdt Menguy qu’après avoir vu ses photos...
- Une chose est sûre, nos arrière-grands-parents savaient s’amuser au moins autant que nous, probablement plus et mieux.

Le baptême du Batillus
Le 5 mâts France II, plus grand voilier du monde, ici lors de son "neuvage" à Bordeaux en 1911

Ce passionné de photographie nous a quitté depuis, il frappait surtout en trois occasions :
- Il "immortalisait" le gros temps, toujours spectaculaire dans la mâture des derniers très grands voiliers de commerce à 3 et 4 Mâts en acier, les baptêmes de navires ET les bamboches à terre.

A bord du 4 mâts école Richelieu

Les navires sont différents, on ne voit pas des conteneurs ni de manifold sur ses photos ! On le voit ici pour le cas du baptême des navires...

Le Richelieu boit un coup

Les photos sur le thème des bamboches sont encore plus rares, bien plus rares que les vues en couleurs des derniers cargos à voiles de l’époque. Ah ! Si nous pouvions les récupérer !
- Mais les publier serait difficile car ce style photographique ne fait pas partie du genre pratiqué jusqu’à présent par la presse maritime ou même par mon site, à bord duquel c’est connu on peut s’attendre à tout.

J’espère que la famille ne les a pas perdues ou détruites parce que censurées. En nos années 90 et 2000, on dirait qu’elles sont réellement "destroy"...

Le 5 mâts France II, ici sur la ligne du nickell de Nouvelle Calédonie après 1918

Ce grand-ancien a aussi "traité" le baptême de la Ligne. Les vues illustrant cet article ressemblent étrangement aux photos prises par Menguy en 1904.

Ces photos (à venir en Avril) furent prises par le second capitaine du St-Vincent à qui j’avais confié mon appareil... Heureusement.
- Mon certificat a malheureusement souffert du temps déjà, car l’original était constitué de très mauvaises photocopies d’un dessin faites avec une machine de 1978. On y voit entre autres choses le profil de notre navire, le St-Vincent.

La fin du Saint Vincent, ma vie de "Zef" va disparaître

A bord des "M/V SAINT-..." de la COA la tradition millénaire était encore préservée. Les Néophytes qui avaient commis l’odieux sacrilège d’avoir déjà passé la Ligne sans être baptisé lors de leur(s) précédent(s) voyage(s), avaient droit à une lourde aggravation de l’acte d’accusation lu par le Procureur lors du procès.
- Et ceux qui déjà baptisés, eurent l’extrême imprudence de naviguer sans leur certificat de baptême, ne pouvaient s’en tirer à bon compte qu’avec l’aide de témoins, qui ne résistaient pas tous à la tentation de déclarer ne pas les avoir vu subir l’épreuve... (2/2->art203])

Lors du procès l’acte d’accusation était toujours ironique et souvent cruel. J’en ai fait douloureusement les frais comme les autres. Rédigé à l’avance en fonction de la personnalité de l’accusé ou de tout éventuel évènement exploitable survenu depuis le début du voyage, il avait pour but de ridiculiser efficacement la victime.
- L’avocat commis d’office pour la défense, s’appliquait évidemment à enfoncer son client, qui devait inévitablement être condamné à plonger dans la piscine, puis à manger une part de gâteau confectionné par le chef mécanicien à la cuisine certes, mais avec ce qui venait "d’en bas"...

La tradition du Canulars pour les nouveaux embarquants était également respectée à bord des navires Denis Frères. Un bon canular est facile à exploiter lors du procès de chaque néophyte. D’autre part les novices et élèves étaient aisément manipulables. Toutes les réactions pouvaient être utilisées et l’imagination sans limite. Ainsi la ré-édition des vieux trucs "marchait" presque toujours.

Le transporteur de colis lourds M/S Internavis II en opérations commerciales
(construit à Rouen en 1978)

Classé avec les instructions nautiques, il existait à bord du St-Vincent et de l’Internavis 2 un guide du Passage de la Ligne, accompagné d’exemples d’actes d’accusation et de plaidoiries d’avocat, pour ceux qui auraient pu manquer d’inspiration. Je me demande ce que ce document est devenu.

Mes photographies et les petits documents qui vont avec, peuvent aisément se passer de commentaire. Seul manque ici le texte intégral des dialogues de chaque acte d’accusation et des plaidoiries de l’avocat. Il se trouve que je n’ai que de vagues souvenirs de ce qui a été dit et ne suis pas le seul...
- Les commentaires de l’infirmier lors de la "visite médicale" me manquent aussi, malheureusement. On se souvient surtout avoir tous été pliés de rire. Nous avions à bord de fortes personnalités pleines d’humour.

Ensuite, il fallait fêter ça. Après les formalités de "passage en nostre royaume", il fallait prendre l’apéritif et bien manger pour "faire passer" le gâteau du chef mécanicien, après un rincage délicat sous la douche.
- Le Chef se déclara honteux d’avoir commis une telle horreur à la cuisine avec ce qui normalement s’utilise "en bas". Pour faire passer le goût de "cette horreur" nous avons beaucoup trop bu et l’élève officier radio que j’étais est tombé en panne ce soir là, en même temps que les autres Néophytes.

L’Internavis 2 ici lors de son premier voyage, "en Seine" pour livrer une grue plus grosse que lui au Havre

Certains d’entre nous tentèrent sans succès de se soustraire au procès et auxépreuves en se cachant à bord avant l’heure de la convocation.

La situation devenant difficile on lança les gendarmes et leurs auxilliaires (31 hommes) à leur recherche. Mais ils ne réussirent à capturer les fugitifs cachés à bord du Saint Vincent qu’en usant d’une ruse sournoise :

- Avec l’interphone de diffusion générale et la complicité du commandant, il fut annoncé que celui-ci annulait la cérémonie pour des raisons de sécurité et par crainte des débordements.
- Les fuyards pouvaient donc sans crainte se montrer... Ca ne s’invente pas.

- Bien "navicalement" - Thierry BRESSOL - R/O

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Cartographie marine et mythologique par Pierre Escaillas
Le 13 décembre 2007, David : Le Passage de la Ligne 1/2

Récit de passage de la ligne dans la marine nationale :

http://garsdelamarine.midiblogs.com/archive/2007/12/11/dimanche-11-decembre-1994.html

Pour moi c’est un souvenir formidable.

David

Lien : La ligne Le Passage de la Ligne 1/2 14 décembre 2007, par Thierry Bressol

Excellent ! C’est en effet une tradition universelle, depuis l’aube des temps maritimes, civile et militaire !

Je note et ferai un lien direct à mon bord ce week-end.

Bien navicalement et bon Week-end !


http://marine-inconnue.blog.20minut...

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


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