Souvenirs de mer

10 août 2006

Canotage, engins de sauvetage etc...

L’incident décrit ci-après, est survenu lors de mon premier voyage d’élève officier. Il m’a marqué mais il a aussi su m’inciter à une réflexion sur la Sécurité, même si ce fut une anecdote plus cocasse que tragique.

(mise à jour en bas de page le 16 Janvier 2012 à 20h00)

Le commentaire suivant du chef mécanicien s’imposait cependant, et il me reste profondément en mémoire :
- "Ca fait désordre..." disait notre chef mécanicien... Qu’en dire d’autre ?

Il était bien connu à bord des navires, surtout de nos "grands anciens", que les canots de sauvetage et leurs bossoirs constituent l’un des équipements les plus dangereux à manipuler du bord. Pourtant, c’est supposé être fait pour notre Sécurité. Il faut donc savoir s’en servir correctement et ce n’est pas si facile...
- Mais d’autres équipements de bord également dits "de sécurité", sont parfois très... "Spéciaux". Ceci existe d’ailleurs aussi dans les autres domaines de l’activité humaine.

Embarcation de sauvetage traditionnelle, du genre de celle du Sea Intrepid ou du Saint Vincent

A bord du Saint Vincent lors du premier exercice d’embarcation hebdomadaire du dimanche du voyage, une brassière de sauvetage est tombée accidentellement à la mer. Elle sembla avoir coulé immédiatement dans le sillage... Pour en avoir le coeur net, une autre de nos nombreuses brassières fut donc jetée dans la piscine. Elle coula comme une pierre.

On en a donc jeté une autre, qui coula aussi sous nos grands yeux ronds ouverts, puis deux, puis dix dans la piscine et... Toutes disparurent IMMEDIATEMENT !! Stupeur.... Diable... Et Mille sabords !
(tous ouverts dans le gros temps....)
- Il faut positiver, on n’aurait pas souffert trop longtemps avec elles !
- Un superbe procès verbal soigné de "jet à la mer" fut donc rédigé, il comportait entre bien d’autres informations, quelques commentaires aigres sur cet équipement. Sept ou huit, peut-être dix brassières furent cependant conservées pour une éventuelle démonstration pouvant devenir nécessaire pour les "contestataires".

Non, ceci n’est pas une fusée du Hezbollah, ni une arme secrète de la Marine de Tsahal, c’est un canot de sauvetage "free-fall"... Il faut réellement avoir le feu au cul pour fuire le bord avec ce truc-là...

Lors de ce voyage en tant qu’élève officier, j’ai donc conçu un certain scepticisme personnel à propos des consignes de sécurité parfois inadaptées. Cet incident demeure en moi et remonte en surface à chaque fois que l’on fait en ma présence, la promotion obligatoire des "équipements homologués". Je veux en être "sûr" !!
- Ce n’est pas à moi qu’on va faire croire que la ceinture de sécurité évite les accidents de voiture et que les platanes sont dangereux au bord des routes ! Je n’ai encore jamais vu l’un d’eux me foncer dessus depuis 1979, date de mon permis de conduire... Il m’est seulement arrivé de tomber dans le fossé en 1983, après avoir débarqué du Chartres et n’avoir pas dormi durant 55 heures. Je ne suis pas certain que c’était la faute du fossé. D’ailleurs, heureusement qu’il était là...
- Une automobile ne devrait jamais heurter quoi que ce soit, car elle n’est pas vraiment conçue pour cela... C’est fait pour rouler !
- D’autre part, une autre petite remarque s’impose :
- Le Saint Vincent fut construit en 1970 en Allemagne de l’Est, où l’on concevait aussi d’excellents équipements de sécurité, canots couverts, brassières, etc...

Un canot couvert du PC Fort Sainte Marie de la CMA-CGM en essai réglementaire

Pourquoi donc a-t-on acheté ces "merdes" venues de France ? J’ai oublié le nom du fabriquant de ces brassières, mais il n’est pas utile de le citer ici. Ce serait injuste aujourd’hui d’autre part, car tout a changé depuis 1970.
- Mais n’était-il pas plus simple d’équiper ce navire neuf avec ce que le Chantier "Teuton Oriental" pouvait facilement livrer sur place ?

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR1
- Notes "Techniques" et souvenirs parfois "cuisants" :
- Le Sea Intrepid (1/2)
- Le Sea Intrepid (2/2) au mouillage en baie de Vigo et la plage naturiste Ce fut une passionnante partie de canotage... Le Chef Mécanicien allemand du Sea Intrepid avait également une opinion sur le sujet.
- Visite annuelle de Sécurité à Dieppe et canotage

Deep Impact

Note 1 : Je me sens obligé de témoigner ici de mon expérience, à savoir qu’à chaque fois que j’ai assisté et participé "de mes mains" à la mise à l’eau d’une embarcation, ce fut toujours au moins un peu "acrobatique", même si nous avons toujours réussi sans casse.
- Accident mortel à bord du CMA-CGM Christophe Colomb (le 18 Avril 2011) Ce "petit" exemple récent est terrible.
- Un défaut technique a causé l’accident du CMA CGM Christophe Colomb (le 5 Août 2011)
- La catastrophe du Costa Concordia (le 16 janvier 2012)

A bord d’un canot de sauvetage du Costa Concordia
(échouage à la suite d’une erreur de navigation "semble-t-il". La coque du Concordia serait déchirée sur plus de 90 m. A suivre...)

Ce fut d’autre part la seule occasion en Naviguant, où j’ai réellement failli me blesser. C’est arrivé en chutant dans la chaloupe... Nous étions au mouillage en rade de Sassandra et le navire roulait, ce qui rend cette opération... Très délicate.
- Pour exemple, l’équipage Indien et Philippin du pétrolier Erika lors de son naufrage, sut en mettre une à l’eau "sans faute" dans des conditions extrêmes. Je les ai admirés, car ce n’était pas si facile !
- C’est cela, la maîtrise "pro", au moins autant que le fait que le Cdt Krun Mathur avait prévenu plusieurs fois par écrit "sa boîte", des graves "problèmes de coque" de son navire... C’est une autre histoire.

Le Cdt Karun Mathur, ici avec son avocat. Il a été déclaré en fuite, faute d’avoir l’argent pour revenir et sans doute, de confiance en la justice...

Note 2 :
- L’organisme anglais "UK MAIB" (Marine Accidents Investigation Bureau) a rédigé un rapport en 2001 consacré aux accidents lors de la mise à l’eau de canots de sauvetage, en particulier à propos de ceux qui sont survenus durant les essais réglementaires.
- Il fut présenté à l’Assemblé de l’IFSMA (association internationale des capitaines de navires marchands) à Lübeck. En voici ci-dessous un court commentaire :
- Y sont décrits les différents procédés de mise à l’eau et répertorie les accidents, souvent mortels, constatés. Il est constaté que les exercices de mise à l’eau provoquent plus de victimes que les accidents réels en mer....

Les canots du Costa Concordia

Note Thierry Bressol : "J’en étais sûr..."
- Par conséquent, ce rapport propose l’abandon de ces exercices, c’est à dire la mise à l’eau régulière des canots de sauvetage avec les hommes à bord "aux postes d’abandon".
- Comme la Convention Solas impose ce genre d’exercices, l’Angleterre a donc proposé à l’OMI de modifier les textes. Jusque-là, cette proposition fut rejetée. Mais récemment, la commission STW 36 a accepté cette proposition et rédigé une modification à apporter à la "Solas,III/19.3.3.4" qui doit être soumise à MSC 81 pour l’adoption :
- En bref, les canots "free-fall" ou à chute libre, seront lancés avec l’équipage nominal seulement à bord, et les autres canots seront mis à l’eau sans personne à bord.
- A propos des canots "free-fall" et des communiqués lus sur un site maritime que je cite souvent ici (one more time !), on ne trouve dans la dernière version de la Convention Solas aucune limite en hauteur pour l’installation de ces engins.

Tobogan d’évacuation pour car-ferriy ou paquebot

Par contre, il existe bien une limite pour les canots conventionnels qui est de 15 mètres.
- Celle-ci a d’ailleurs une importante conséquence, l’envoi programmé à la démolition d’un certain nombre de navires à passagers déjà anciens, dont l’architecture n’est absolument pas conforme à cette exigence relativement récente.

Note 3 : Je ne résiste donc pas à la tentation de citer ici du collègue Michel Bougard à propos des moyens modernes d’évacuation :
- L’emploi de canots de sauvetage « chute libre » à bord des plate-
formes en mer est surtout fonction de la hauteur du "plancher", le pont
principal de la plateforme autoélévatrice ou semi-submersible.
- Vu que la hauteur peut être très élevée, souvent plus de 40 m, que la
récupération après essai d’un canot de sauvetage « chute libre » qui
est déjà « délicate » pour des « marins » est surtout très « dangereuse » pour des « foreurs », l’emploi de ce type de canot de sauvetage « chute libre » doit être limité à bord de plates-formes en mer. (July 28, 2006)

C’est parti !

La disposition des sièges du canot de sauvetage « chute libre »
décrite par le Cdt Cozanet est surtout critiquable car l’ensemble
des sièges « baquets » doivent faire face à la mer malgré la pente
de l’installation afin de limiter les accidents lors d’une évacuation par l’oubli de fermeture des harnais de sécurité et de l’accélération brutale de la chute (facteur G).
- « En bref, les canots "free-fall" seront lancés à l’essai avec l’équipage nominal seulement à bord, et les autres canots seront mis à l’eau sans
personne à bord. (je raccourcis) » Je ne comprends pas l’utilité de cette proposition à bord d’un cargo car le canot de sauvetage dit « chute libre » est unique !

Pour un usage dans la normalité, la petite annexe classique s’impose...

"Une proposition utile serait l’essai de canots de sauvetage « chute
libre » sans personne à bord, mais avec le moteur et les autres installations à bord en fonctionnement avec une charge utile égale à
la capacité du canot, par exemple au moyen de sacs de sable, et une
ligne de récupération approuvée."
- BOUGARD Michel

Merci au site du Cdt Cozanet
- Voici 2 vues d’un prédécesseur lointain mais sans chute libre, l’URAED de Ole Brude son concepteur en 1905.

Le précurseur moderne de 1905, le "Uraed" du norgégien Ole Brude

Il n’avait pas peur et fit à l’époque une démonstration éclatante, même si c’était dangereux...

Précurseur moderne des canots couverts d’aujourd’hui : "Uraed" du norgégien Ole Brude

En janvier 1905 dans une tempête de neige, il fut jeté à la côte près de Gloucester aux USA. Mais son pari fut gagné ! Remis à flot par un remorqueur, l’URAED rallia Gloucester puis Boston où un triomphe lui fut réservé. Ci-dessous voici un autre style de canotage moins spectaculaire, mais au moins aussi insolite :

A Port-Revel, on peut faire sans danger des tas de manoeuvres acrobatiques...


- La manoeuvre des navires Le Centre d’entrainement à la manoeuvre des navires de Port-Revel. Là aussi, où l’on voit que le but logique de chacun(e) reste de... Ne surtout pas se retrouver en situation d’avoir besoin de se servir des équipements de sécurité. Un navire a ceci de commun avec une voiture, il n’est pas conçu pour heurter ce qui se trouve sur son passage.

A Port-Revel, une partie de canotage insolite et sans danger (bien que...)

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR1

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- Plan du Site & Plan de "Marine Inconnue"

Le 11 août 2006 : Canotage, engins de sauvetage etc...

Mes chers amis, ayant suivi pendant mes congés à ralonge exeptionnellement une formation de pilote professionnel dans un institut aéronautique français, donc à l’issue de ma formation je suis donc revenu naviguer comme officier radio-éléctronicien sur un pétrolier français il y a longtemps ....
Donc lors de cet embarquement et tout imprégné de toutes les régles de sécurité des passagers aéronautiques, je me suis demandé pourquoi la marine n’était pas allée aussi loin dans la réglementation et les équipement que l’aéronautique.
A mes intérrogations le CDT du pétrolier me répondit que la politique maritime de toutes les époques civile et militaire avait été :
Ne rien faire pour favoriser l’évacuation de l’équipage d’un navire car ils seraient trop enclins à l’évacuer pour des broutilles et à ne pas le défendre pour le maintenir à flot.
J’ai vérifié ces dires et cela m’a été confirmé partout.
OM

Canotage, engins de sauvetage etc... 11 août 2006, par Thierry Bressol

J’avoue n’avoir jamais entendu dire cela nulle part ! Ce qui ne signifie pas que ce n’est pas pensé, au moins quelque part !

Une vérité élémentaire demeure souvent vérifiée, à savoir qu’il est généralement moins dangereux de rester à bord que d’évacuer, surtout par mer forte !

Mais chaque fortune de mer est... à juger au cas par cas...

Bien navicalement


Canotage, engins de sauvetage etc... 11 août 2006, par Thierry Bressol R/O

Autant pour moi, une partie du texte a disparu hier soir, accidentellement... C’est corrigé.

- Bien navicalmement


Canotage, engins de sauvetage etc... 11 août 2006

l’article me parait correct pour moi c’est cohérent ce soir et les images sont supers comme d’habitude.
OM


A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


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