Souvenirs de mer

25 mars 2007

Le Certificat du Cdt au passage de la Ligne 2/2

UN SUJET MARITIME ULTRA-CLASSIQUE...
- Mais on ne se lasse pas facilement de la cérémonie du passage de l’Equateur... Mille fois évoquée.

A la suite de la parution de l’article consacré au Baptême de La Ligne dans "Le Marin" en 1995 grâce à mon ami Jean-Yves Brouard, j’ai reçu quelques "retours d’informations" par des collègues de l’époque.

- Les illustrations ne sont hélas pas encore toutes disponibles, à suivre....

Lors d’une communication radiotéléphonique peu après le fameux baptême, nous avons reparlé d’un incident pourtant savoureux, survenu juste avant la cérémonie mais oublié depuis.

Le certificat du commandant

Le matin de la cérémonie du Baptême de La Ligne une délégation composée des deux "gendarmes", du Maître de Cérémonie (le 2nd Mécanicien) et d’un Néophyte en état d’arrestation (moi-même) fit la tournée de tout le bord pour demander à tout le monde de montrer son certificat de baptême...
- Mais notre Commandant fut incapable de montrer le sien du premier coup.

Le CLC Haddock va s’inscrire sur le rôle d’équipage à mon bord

Voyant les regards et sourires sardoniques qui l’entouraient dans son bureau, il commença à faire une drôle de tête, lui qui participait toujours à la cérémonie en la savourant avec conviction. Cela donna lieu à une conversation surréaliste reconstituée ci-après autant que possible :
- "Je regrette vraiment, mais je ne le retrouve pas..."

Il ne pensa pas immédiatement s’être engagé sur une pente très savonneuse. Le second mécanicien demanda donc aux autres, si quelqu’un avait déjà vu le Certificat du Commandant. Personne ne l’avait vu, même une seule fois. S’incrustant dans le bureau du "tonton", le second mécanicien interrogea même par téléphone à tous les anciens de la SAGA présents à bord, jusqu’au fond de la Machine :
- "Avez vous assisté au baptême du Cdt D. quand il était élève ?" Tous affirmèrent ne pas se souvenir...
- "Vous ne pensez pas vraiment que...?" demanda-t-il soudain en nous regardant avec inquiétude.

Le regard du Second Mécanicien et organisateur de la cérémonie était inquiétant et ironique.
- "Nous pensons très sérieusement commandant, que passer la Ligne depuis de nombreuses années sans avoir été baptisé et cacher cela par la ruse, constitue un Sacrilège Majeur...

Puis il resta silencieux et menaçant.

Il prononça alors les mots suivants très lentement, suivis par un silence de mort :
- "D’autre part Du..., exercer la fonction de Commandant dans ces conditions tout à fait scandaleuses, cela mérite une sanction tout à fait exemplaire, ne serait-ce que pour éviter la récidive d’une telle horreur... à jamais."

Tout le monde souriait bêtement.
- "Déconne pas Le Faou !" lança le commandant en détresse. On n’utilisait pas souvent le nom de famille à bord.
- "Ce n’est pas une plaisanterie ! Nous voulons ton certificat ! Quand tu coinces quelqu’un dans ce cas, il y passe ! Il n’y a pas de raison que ton cas devienne une exception aux traditions sacrées de la Mer... Tu dois le comprendre, non ?"
- "Il faut être sérieux ! Tu sais très bien que j’ai été baptisé..."

Etait-on vraiment sérieux à ce moment ?
- "Je regrette (était-ce bien vrai ?) mais je n’en ai aucun souvenir, et les autres non plus..."
- "C’est un coup monté ! Laissez-moi chercher un peu..."
- "Tu disposes d’un quart d’heure Du..! Après, si je ne vois pas ton certificat je te dénoncerai à l’équipage. Il y a d’ailleurs ici-même, trois témoins qui risquent de le faire..."

Ah ! Les salauds...

La situation devenait dramatique. A ce moment l’un des gendarmes, matelot et ancien de la Saga, ajouta malicieusement :
- "Vous avez de la chance Commandant d’être un "SNO" aujourd’hui à bord du St-Vincent ! A bord d’un navire "Denis Frères", vous seriez déjà en état d’arrestation..."

En 1984 la Cie Denis Frères s’est fait construire l’Etienne Denis, un des 4 de ce modèle.

Alors il agita lentement ses chaînes. La tradition de mise en boîte ironique entre la SNO et la CNDF venait à cet instant de trouver une occasion en or pour s’exprimer. La victime retourna tout son bureau et ses bagages, puis retrouva le précieux papier en moins de 20 minutes !

J’avoue regretter un peu ce qui aurait pu se produire. Il me semble qu’on peut se demander à quelles exactions terribles s’est trouvé un instant exposé le maître du bord.
- En me souvenant de son visage défait, je pense que certains à bord n’allaient pas laisser passer cette occasion historique de rire joyeusement, car il n’est pas du tout certain qu’un échappatoire était encore possible sans casser l’ambiance du bord, si notre Commandant n’avait pas retrouvé son certificat.

Le fou-rire devenu communicatif du Second Mécanicien en quittant le bureau du vieux était très révélateur.
- "Il s’en est tiré de peu." Expliqua-t-il plus tard. Dix huit ans plus tard on en riait encore !

A bord du St-Michel en 1979 un Néophyte se serait fait prendre avec un faux certificat, tentant de la sorte de se soustraire à ses obligations...
- Ils n’ont pas du le louper celui-là !

Bien navicalement - Thierry BRESSOL - OR1

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Avant de venir discuter avec nous (et en griller une s’il est fumeur) "le Tonton" jette un coup d’oeil sur la carte...

A propos, et lui ? A-t-il son certificat de baptême ?

Note 1 : Le premier rôle de cette cérémonie du Baptême de la Ligne était à mon sens de créer un contraste très fort entre une première impression d’extrême inquiétude et le soulagement après cette "formalité" pourtant présentée à l’avance comme très dure.
- Je ne sais pas si une très ancienne religion s’est appuyée sur les nécessités de la Navigation pour survivre avec ce rite ancien, ou si au contraire la Tradition est issue d’une religion ancienne. Ce fut peut-être conçu dans la nuit des temps de l’Histoire Maritime pour obtenir chez l’intéressé une assurance définitive face des Evénements de Mer à venir dans sa vie, puis à l’encourager à ne jamais se prendre trop au sérieux.
- Mais il fallait d’abord faire rire tout le monde surtout la "victime". C’est belle arme de défense.

Force grâce et majesté, le Rose sous Voiles !

Note 2 : Je me souviens aussi d’une conversation radio entre navires quelques jours après ce baptême. Sur la Côte Ouest d’Afrique à l’époque il existait des "rendez-vous radios" à heures fixes une ou deux fois par jour entre les bateaux d’une même compagnie sur une fréquence d’ondes moyennes. C’était 2321,00 Khz pour ne rien cacher.
- On appellait cela "veille compagnie". Il existait ainsi le rendez-vous Delmas Vieljeux, le rendez-vous Chargeurs Réunis etc. et bien sûr une heure pour les navires Denis-Frères, Internavis et SNO. Cette fréquence ne portant pas très loin autour du navire au plus loin quelques 100 nm de jour. On ne "rencontrait" donc pas toujours les collègues sur les ondes.

Parfois par curiosité ou pour obtenir des tuyaux, nous écoutions aussi la "veille compagnie" des autres en intervenant plus rarement car on ne se connaissait pas toujours. Cette veille radio était loccasion d’échanges d’informations pratiques banales sur les navires ou les escales, plus généralement entre officiers radios. Souvent on organisait un rendez-vous entre chefs mécaniciens ou entre commandants pour discuter de sujets techniques ou commerciaux variés.
- Cela donnait parfois lieu à une sorte de téléconférence, il y avait alors du monde au local radio pour écouter tous les potins. C’était selon les jours.

Un émetteur d’ondes courtes, ici celui de l’Esso Deutschland. L’Esso Normandie lui, avait un Nera MS19

Note 3 : Ainsi quelques jours après cette "cérémonie de sorcellerie", nous avons "rencontré" le St-François (DF) et une multiconférence traditionnelle s’est établie entre les deux navires. Cinq à dix personnes se trouvaient dans le local radio de chaque navire et chacun discuta une demie heure avec son "alter ego" de l’autre bord. Parmi les potins du Saint Vincent, notre Commandant évoqua bien sûr avec son confrère le Passage de La Ligne :
- "On a fait ça Dimanche, et ça s’est très bien passé !"
- "Nous n’avons pas eu le temps cette fois et j’avoue que j’ai parfois peur de débordement(s)..." expliqua l’autre.
- "Non ! Nous n’avons pas eu de fausse note cette fois. Il faut savoir tenir son monde. J’ai cependant eu peur le matin même, d’avoir donné prise à un débordement tout à fait imprévu..."

Le Fair Spirit, un SD14 pris au hasard. Admirez la finesse des lignes

Notre "tonton" raconta alors comment il s’était vu menacé. J’entends encore les hurlements de rire à bord du Saint François.
- Tout le monde à bord du St-François vérifia la présence de son certificat en bon ordre, de cela je suis certain...

Bien "navicalement" - Thierry BRESSOL - R/O

Le Cdt Johanes Diebitsch. Mes témoins "ex" des U-Boote et passagers à bord du "Sans Souci" l’ont connu. En 1936 il disait aux élèves, "Soyez toujours vigilants, car en mer tout peut arriver"...

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/