Souvenirs de mer

21 juillet 2005

L’âme du Prairial, celle du Batillus et des autres...

Cette semaine en Février 2005, une bien triste nouvelle a été annoncée, la disparition prochaine de l’ex-Prairial (devenu "Hellas Fos" puis "Sea Giant") dans l’enfer d’un chantier naval de démolition au Pakistan.

Faut-il le rappeler ? La Navigation ou être Marin n’est pas seulement un Métier, c’est une Culture.
- "Il y a trois sortes d’êtres Humains : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la Mer" (Anacharsis)

(le 19 Février 2006 et réparé le 25 Août 2008) :
- Cette information atteindra la sensibilité de quiconque a navigué à son bord car un navire devient comme un personnage avec le temps. Le Prairial pour moi n’était qu’un super-tanker parmi tous les autres, n’ayant pas navigué à son bord. Il fut cependant remarqué parce qu’il était célèbre.
- Le Prairial ne fut pas pour rien l’un des plus grands navires de tous les temps. Il fut même le plus gros de tous les temps à quelques détails près, quatrième de la série des Batillus, Bellamya et Pierre Guillaumat.
- Je n’ai pas connu le Prairial autrement qu’en l’apercevant une fois en mer. Mais il n’y a pas si longtemps, il était en escale à Antifer sous son autre nom (Hellas Fos) et passa dans le journal par sa seule renommée.

Le début de la fin du Prairial (1980-2005), il fut plus le grand navire du monde

La fin d’un navire à la casse ou par accident maritime ne laisse pas un marin totalement indifférent. C’est bien sûr principalement le cas pour quiconque a navigué à son bord, ne serait-ce que durant un seul embarquement. C’est en fait surtout pour ceux-là que l’événement compte.
- C’est un peu comme lorsqu’une vieille connaissance décède en fait. La "casse" est alors un peu un deuil. Je crois que derrière le gros tas de tôles d’aciers, de bois, de tuyaux et d’électronique qu’est d’abord un navire, se cache notre âme et celles de tous les autres navigateurs qui ont travaillé et vécu à son bord. Même celles de ses anciens passagers s’en mêlent.

L’ex Prairial (1980-2005) majestueux, à l’époque "Hellas Fos"

L’âme du navire, c’est la nôtre recomposée avec tous les souvenirs associés. A son bord on fait plus que travailler, on y vit !
- D’autre part une fois au large, on ne peut plus se passer du navire, il (ou elle, car les anglo-saxons le voient ainsi) EST notre survie en traversant l’Océan, ce milieu naturel ultra-hostile pour les fragiles bipèdes mammifères omnivores très fragiles que nous sommes. S’il n’y a plus de bateau, (naufrage ou chute à la baille par exemples) en mer on risque de mourir.
- Un psychanalyste fit un jour une étude surréaliste qui n’est pas seulement étonnante, sur tout ce que cela peut impliquer pour nos pensées intimes et plus ou moins conscientes. Au plus profond de soi, le Marin prend son navire pour sa mère.

Antifer

Mais une chose est sûre, un navire à bord duquel on a vécu laisse toujours un trace profonde dans notre mémoire. Il se personnalise alors comme un vrai "collègue" vivant pour le meilleur et pour le pire. Cela vaut pour un Porte-conteneurs comme pour un SNLE ou un "Optimist", ou encore pour le plus modeste des navires de service portuaire, de l’Ex-France à l’Internavis 1 ou le "nr2", en passant par le Saint Luc ou le Quinquela Martin. Le Prairial est comme les autres, un tas de tôles associé à nos souvenirs.

Le 5 mâts France II, plus grand voilier du monde, ici lors de son "neuvage" à Bordeaux en 1911

Un souvenir s’impose donc, je rappelle ici ce triste témoignage lu dans "les supertankers français" de Jérôme Billard et Jean-Yves Brouard.

Le Batillus en construction St-Nazaire 1975

Lors de la remise du Batillus à son chantier de démolition à la fin de 1985, l’un des officiers mécaniciens qui participa étroitement à la construction et au neuvage du navire en 1976, raconta comment et pourquoi il démonta et emporta un gros relais dans le tableau électrique principal pour couper le courant définitivement et sans appel, juste avant de quitter le bord une dernière fois.

Le Batillus ici nouveau né. Il a très soif : à couple un "9 000 tonnes" pour "faire le plein"

A le lire je crois que le Chef mécanicien du Batillus a certainement eu l’impression de pratiquer l’euthanasie. Dur-dur...

Le baptême du Batillus

A comparer les deux photos de groupe, le style a un peu évolué. Mais les records de taille sont comparables.

L’état-major du 5 mâts France II en 1911, à comparer avec la photo de celui du Batillus en 1976, autre époque autre style...

C’est aussi pour cela que la Navigation ou être Marin ce n’est pas seulement un métier, c’est avant tout une culture.

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR 1
- En regrettant de n’avoir pas fait de photo à l’époque. Autant pour moi.

L’Esso Normandie au Pas de Calais en 1981

Les SUPERTANKERS
- Une "Brochette" d’officiers au pétrole
- Embarquer à bord de l’Esso Normandie 1
- Une journée de l’Esso Normandie 2
- La messe à bord de l’Esso Normandie 3
- Panne Radar à bord de l’Esso Normandie 4
- Problème Radio du supertanker Barcelona
- Les taches Solaires
- Le 10 Mai 1981 à bord de l’Esso Normandie 5
- La boîte aux lettres du bord
- ANTILOCUST LONDON !
- Les mensurations de l’Esso Normandie
- Supertankers et grands voiliers
- L’âme du Prairial et celle du Batillus

Les "Grands B" de Shell, puis le Pierre Guillaumat et le Prairial sont évoqués ci-après :
- Les "Grands B" de Shell
- Le plus grand navire jamais construit

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
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