Souvenirs de mer

26 octobre 2006

Rainbow Warrior - "Hill falépâ kon..."

Lundi soir le 23 Octobre 2006, je me suis trouvé "scotché" devant un TV :
- Un "téléfilm" dont le début devenait de plus en plus cocasse, pour finir de façon tout à fait pathétique, fut coupable de cette "retenue".

(corrigé le 29 Décembre 2007 et amplifié le 14 Février 2008 par :)
- Un Echelon derrière Greenpeace ?

Le nouveau Rainbow Warrior

J’ai gardé un souvenir vif de "l’affaire", d’autant plus que les marins français comme les autres francophones probablement, ont connu ensuite "quelques" difficultés lors de leurs escales en Nouvelle Zélande...
- Escales en Nouvelle Zélande 1
- Plusieurs années après, les navires français étaient encore observés avec soupçon. Ce fut notre cas à bord du Pierre LD, moins d’un an plus tard. Même les Belges furent emmerdés ! Des gens qui parlent le français ne pouvaient que paraitre suspects, même les Flamands. Surtout les Flamands ! Leur accent est-il authentique ? Et quelle langue bizarre parlent-ils entre eux, comme s’ils voulaient ne pas être compris ? Tout cela peut sembler naturellement suspect.
- Pourquoi en Belgique ?

Le Pierre LD de 1980, c’est arrivé à son bord.

Ca c’est sûr !! Le coup du Rainbow Warrior... "Hilorépâfalü..."
- Ce scénario de cinéma est surtout une caricature de ce qui s’est passé certes ! Mais ce roman d’action est très réussi. Pour commencer une logique implacable et sauvage est décrite, peu à peu accompagnée par le doute des deux personnages principaux qui devront agir "sur le terrain".

New Zeeland Flag

La situation de ces deux douteux "tourtereaux" suisses isolés dans un pays qui devient hostile, devient vite à la fois cocasse et pathétique. Peu à peu "ensablés" par des flics néozélandais très méchants et soupçonneux, leurs états d’âmes probables sont exhibés sans pudeur.

Le film montre un piège implacable et terrible se refermer sur ce faux couple de vrais terroristes, qui passent ainsi peu à peu dans le camps des victimes.
- Que faire, face à des policiers minutieux et tenaces, menés par des pistes de plus en plus claires vers une vérité qui dérangea tout le monde, alors que l’absence de toute "porte de sortie" devenait peu à peu évidente ? Il est certain que les deux "intéressés" ont dû vivre une expérience terrible, presque autant que ce qui est arrivé au photographe Portugais.

Le Rainbow Warrior renfloué pour l’enquête

Les flics d’Auckland furent probablement atterrés de devoir constater rapidement, que leurs plus horribles soupçons ("ça vient peut-être de Paris") se voyaient confortés.
- C’est sûr, tout cela faisait réellement très "mauvais genre"...
- Lorsque c’est arrivé, j’étais en alternance "en repos" chez moi à Dieppe, étant embarqué à bord du Car-Ferry Chartres. Ensuite ce fut le CF Léopard entre Le Havre et Southampton. Mon souvenir de cette information reste fort aujourd’hui.
- L’annonce de l’attentat fut concise, rapide et précise, mais faite sans "trop" de commentaire à propos de la question qui tue :
- "Mé-Kisséka-féssa ?"

Une guerre des médias

- Xavier Luccioni chez Payot
- Citation :
- "Eté 1985 : explosion du Rainbow Warrior. Ce fait divers va lever une violente tempête de commentaires. Il va ébranler un gouvernement, mette un président en difficulté, amener un ministre à la démission..."
- Au terme d’une longue enquête, Xavier Luccioni nous propose un récit passionnant, reconstitué au jour le jour. C’est un roman qui dépasse toutes les oeuvres de fiction qu’on aurait pu imaginer.
"
- Déjà un peu cynique à l’époque, je me souviens d’une sorte d’amusement incrédule qui pouvait se résumer par l’idée suivante :
- Qui a voulu mettre le gouvernement français dans cette situation ?

Situer Observer Réfléchir Agir

De notoriété publique évidente les relations entre Greenpeace et les autorités françaises, (surtout les militaires !) sont de longue date naturellement grinçantes ou orageuses quand ce n’est pas encore pire. A l’époque des fameux essais nucléaires dans le Pacifique, il ne se passait pas six mois sans incidents plus ou moins scabreux. En 1984, on ne les comptait déjà plus.
- Il était évident que de puissants soupçons en les circonstances du moment, allaient vite faire penser à... Paris où d’autre part, l’attentat fut condamné à la fois publiquement et mollement, avec une déclaration de pure principe dans la presse qui m’amuse encore maintenant que nous savons la suite....

Libération 1ère page le le 23 Sept. 1985

Je me souviens fort bien du témoignage pathétique des témoins des deux explosions devant les caméras, suivie par la réaction publique de Greenpeace qui "se la jouait victime indignée" avec d’autant plus de gravité, qu’il y eu mort d’homme.
- D’autre part, ce qui nous fut montré suggérait fort bien que le destin pouvait à l’occasion et avec l’aide du mauvais hasard, être encore plus terrible. Cette réunion publique à bord n’était pas prévue par "Paris", ce n’était pas la chance...

Cela dit sur le moment, pas une seule seconde j’ai osé penser qu’il s’était trouvé "à Paris" des pingouins assez cornichons pour monter une pareille opération, encore plus "inappropriée" que certaines relations de travail du Président Clinton !!
- Pourtant, toute personne objective dans son observation de l’actualité sait fort bien qu’il arrive plus souvent qu’à son tour à Greenpeace de se montrer de très mauvaise foi à chaque occasion qui peut se présenter.
- Greenpeace n’est pas toute seule en ce cas. Mais avec eux, cela ne s’est pas réellement amélioré depuis 1984 ! Il ne faut donc surtout pas leur donner tout "ce qu’il faut" pour se faire taper dessus !

David Mc Taggart, fondateur de Greenpeace, et son ancien président

Greenpeace a longtemps été accusée d’être manipulée par l’URSS, mais cela "ne tient pas" Camarades ! Nul ne doit ignorer qu’ils ont souvent exactement comme avec les essais Français du Pacifique, (un océan pas toujours bien nommé) été "déranger" les militaires Soviétiques dans "les eaux militaires" des environs de Mourmansk :
- Cela s’est bien sûr, encore plus mal passé qu’avec l’Amiral Français du Pacifique... Les Soviétiques se sont montrés beaucoup plus méchants, car un petit navire de Greenpeace ne fut pas même rendu à son propriétaire ensuite. D’autre part, ce qui arriva aux militants qui furent aux prises avec les "chiens de garde" de la zone militaire Russe ne fut pas triste... Qu’est-ce qu’ils ont pris les gars !
- "C’était déjà pas marrant avec les Français..." J’ai un jour entendu dire cela avec mes propres oreilles...

David Mc Taggart, Gd Combattant de l’Arc-en-ciel, à bord du premier Rainbow Warrior

Deux autres aspects de l’aventure méritent quelques rappels. Je crois avoir un petit scoop, car je ne me souviens pas d’avoir vu cette information dans la presse. Ce sera donc dit ici un peu plus loin dans ce texte.

Essai nucléaire à Mururoa. Très beau, mais c’est fait pour ne surtout jamais s’en servir...

Les justifications bonnes ou mauvaises des essais nucléaires français du Pacifique, ne sont pas le sujet de cet article. Nous savons que l’obsession des dirigeants militaires était la suivante :
- Profondément marqués par le désastre de mai6Juin 1940, le mot d’ordre de tous était : Plus jamais ça !! Et à n’importe quel prix.

Par suite, durant ces essais la Royale avait la charge, vite devenue un problème, "de tenir" la zone concernée, souvent visitée de façon intempestive et "inappropriée"... (j’ai adoré ce mot de Bill Clinton)
- En 1984 les multiples incursions de Greenpeace commençaient sérieusement à "jouer avec les pieds" des responsables, dit-on à Charleroi, fort loin de Mururoa...

Vue aérienne de l’Atoll Mururoa

Jamais je n’ai pensé que la meilleure façon de traiter le problème était de détruire le Rainbow Warrior. Mais, je ne pensais absolument pas qu’en "haut lieu", il se pensait le contraire !
- Par exemple, il se trouve que le statut et les ressources financières de Greenpeace ne sont pas très transparentes, et que l’organisation subit régulièrement des conflits internes qui débouchent parfois sur une scission. "Robin des Bois" en est un bel exemple. Les "anciens" de Greenpeace sont donc assez nombreux pour pouvoir servir de source d’information par exemple...
- Il me semble qu’un des rôles des "services spécialisés" est de réunir des informations intéressantes sur l’éventuel adversaire. On pouvait par exemple trouver le point faible, pour ensuite les utiliser et lancer une petite campagne sophistiquée pour décrédibiliser les intéressés, c’est à dire frapper sous la ceinture, plutôt que sous la flottaison.
- Cela aurait été certainement moins "casse-figure" que cette expédition surréaliste.

Lorsqu’il est devenu évident pour le monde entier que le "coup" venait de France et pas de "n’importe où à Paris", j’avoue que "ça m’a scié" !!
- Le piteux aveux de Laurent Fabius et la démission du ministre ont permis à la France d’atteindre un sommet de ridicule qui reste encore inégalé depuis 1985. Seul Nicolas Sarkozy pourra peut-être le dépasser.

Le Rainbow Warrior coulé à quai

Charles Hernu qui fut pourtant un grand spécialiste du ridicule, ne nous faisait plus rire, sauf pour l’humour noir.

Ce qui reste à retenir :
- Lorsqu’on décide de mettre en oeuvre ce genre d’opération, il me semble que Tout doit être fait pour ne surtout pas se faire chopper la main dans le sac !!
- Il existe des "agences privées spécialisées" de barbouzes, pour faire réaliser ce genre de farce. Si c’est chaud le partisan du secteur public que je suis qui le dit...
- Envoyer des militaires "pro" pour ce style de coup tordu, c’est un peu utiliser l’Armée comme un groupe "d’hommes de main". Bonjour la considération due à des gens, qui sont généralement plus sérieux...

Beaucoup plus grave me parait le sort réservé aux "faux époux Turange". Ils furent de fait abandonnés sur place, sans que visiblement rien n’ait été prévu à l’avance pour les exfiltrer en urgence en cas de "fausse manoeuvre" ou d’imprévu. Pour une mission aussi casse-figure, c’était il me semble, bien la moindre des choses !!
- Le scénario semble hélas, ne pas trop s’éloigner de l’évènement.
- De surcroît on les a trahis totalement, pour ne les récupérer que discrètement longtemps après. .

Ils l’ont d’ailleurs dit plus tard, dès le début de cette mission, ils "ne la sentaient pas"... En Aéronautique par exemple, le plus simple vol entre deux points s’organise toujours à l’avance, en prévoyant un "aéroport de dégagement", c’est élémentaire.
- Je suis donc encore très surpris que les "tourtereaux touristes" n’aient pas su disparaître, pour ne laisser derrière eux que des doutes et soupçons dans le pire des cas... Le militaires sont en général plus sérieux.

Libération 1ère page le 18 Août 1985

Se retrouver devant une Cour d’Assise située en pays lointain, on peut difficilement faire plus loin que la Nouvelle Zélande, pour fausse identité, complicité active d’attentat à la bombe avec homicide involontaire, pour deux militaires professionnels envoyés en mission, nous avons eu là une réussite d’exception !
- Pour moi l’apothéose du ridicule fut sans doute atteint avec la fausse identité Suisse Turange. Ils ont dû être contents les Suisses ! Comment a-t-on pu "nous tricoter" un gag pareil ?
- D’autre part deux époux Suisses qui travaillent en France (pourquoi pas ? mais...), qui parlent pourtant un anglais presque parfait tout en se parlant français ensemble sans avoir un accent Suisse, qui de surcroît ne téléphonent jamais en Suisse mais toujours en France, tout cela est bien étrange. Cerise sur le gâteau, ils sont venus vacances en juillet, c’est-à-dire en plein Hiver !
- Je ne pense pas qu’il ait été nécessaire que la police s’en mêle, pour que tout cela soit considéré comme un peu bizarre sur place... Même si l’anniversaire de leurs dix ans de mariage pouvait relativement bien "passer", je suis certains qu’ils ont attiré l’attention au moins à l’aéroport !

Dès que l’attentat fut connu du public, si jamais quelqu’un a "trop pensé", c’était alors assez bien parti pour les faire "aller au cabanon" !
- On nous "bassine" régulièrement aujourd’hui avec les superbes nouveaux passeports sophistiqués électroniques, à carte à puce ou "biomètriques". Mais ces mesures spectaculaires sont surtout conçues pour rassurer le public. Elles ne sont pas absolument nécessaires, et en plus c’est cher !!!
- Avec les "Turange", je suis près à parier n’importe quoi qu’un bon vieux et simple coup de téléphone à l’ambassade Néozélandaise en Suisse pour leur demander de faire "un petit travail", a dû suffire pour constater que leur identité était fausse.

En Suisse peut-être même qu’une simple consultation du bottin de téléphone, c’est possible même à Auckland de surcroît, pour retrouver leur soit-disant famille pouvait être édifiante.
- La même vérification effectuée en France a dû être aussi consternante, car même un "non professionnel" des enquêtes peut facilement "vérifi