Souvenirs de mer

8 août 2008

Eric Newby, Alan Villiers et Jean Randier

Mille sabords !!! Eric Newby est décédé ! C’est arrivé le 20 Octobre en 2006 et je viens juste de l’apprendre par hasard, en fouillant la BBC sur la vaste toile... En ignares, personne n’a évoqué sa disparition en Belgique comme en France.
- "Marvellous storyteller" commentait d’ailleurs la BBC. Ca c’est sûr !!

Ecrit le 30 Octobre 2006 et...
- Corrigé le 8 Juin 2007, puis réparé le 9 Août 2008 car toutes les corrections étaient perdues...
- Mis à jour le 17 Octobre 2008.

Les Grands Voiliers, (voir aussi "Mise en Seine") sont venus en Juillet à Rouen, ils reviendront en 2013. J’adore évoquer les Grands voiliers.

Arrivée du Moshulu à Belfast en Septembre 1938 pour subir son arrêt technique avant la course

Les "TGV" (Très Grands Voiliers) m’ont toujours fasciné, un peu comme si dans une vie antérieur...
- En été 1939 s’acheva la dernière "Course des grains", elle fut gagnée par le 4 mâts Moshulu. Eric Newby, très jeune publicitaire aventureux et Anglais, fut à cette occasion matelot léger à son bord. Ce fut pour ce jeune bureaucrate, une aventure extraordinaire au cours de laquelle il ne fit pas "seulement" le tour du Monde à la voile à bord d’un des plus grands et plus beaux voiliers de tous les temps. Il traversa l’intérieur de ce qui restait encore un monde maritime révolue qui subsistait dans un environnement en pleine évolution. Surtout, car très nombreux sont ceux qui le firent, il sut fort bien le raconter. C’est important pour nous.
- Hélas ! Malheureusement, à cause de ce que nous savons, la Course prévue en 1939/1940 fut "suspendue"...
- D’autre part Eric Newby a aussi raconté un séjour en Afghanistan.

Le trois mâts Grace Harwar taille sa route. C’était en 1929.

Le grand public fait souvent la confusion "marine à voiles, marine en bois".
- C’est une erreur, car la la Marine à Voile se termina en acier et ces voiliers étaient "tout en muscles"...
- La Finlande ayant été attaquée par l’URSS de Staline durant l’hiver 1939/1940, les affaires du "dernier carré" de la Marine à Voile ne pouvaient plus s’arranger.

Le mouillage de Marienham fut même bombardé et quelques très grands voiliers en firent naturellement les frais. Par exemple, le Moshulu perdit ce jour-là une partie de son impressionnante mâture de 55 m de haut. Il ne la retrouva que pour aller faire le restaurant à Philadelphie bien des années plus tard. Sa nouvelle mâture pour impressionnante qu’elle soit aussi n’est d’ailleurs pas tout à fait conforme à "l’originale".

Arrivée du Moshulu à Philadelphia, métamorphose en Restaurant.

En effet le Moshulu est encore de ce monde, même s’il ne saurait aller se montrer à Rouen ou ailleurs tous les 5 ans. Voir :
- Moshulu, restaurant, bar de luxe et boîte de nuit
- A Penn’s Landing
- Histoire du Mushulu
- Travaux à bord du Moshulu
- les Caphorniers
- Moshulu Finlandais
- Eric Newby

Un des récits maritimes qui m’ont le plus marqué reste et de loin, le livre de Newby en 1956 :
- "The Last Grain Race". Je l’ai aussi lu en français, ce qui est un peu plus facile, bien sûr ! Mais la "V.O." est si savoureuse, qu’il faut absolument se la payer ensuite, ce que j’ai fait avec bonheur.

Eric Newby en 2006

Voici ce qu’en a dit BLAISE CENDRAR, grand connaisseur entre tous :
- "En 1956 parut chez Secker et Warburg à Londres la relation de la Dernière Course des grains d’Australie, un volume contenant de magnifiques photographies. L’auteur Eric Newby, un jeune Anglais qui avait dix-huit ans lorsqu’il eut la chance de s’engager comme matelot à bord du 4 mâts Moshulu en 1938, parle de cette expérience comme d’une initiation, l’année qu’il passa à bord de cette barque, une rude initiation où en plus des manoeuvres de marins il dut même apprendre le langage des hommes."
- En plus je me permets d’ajouter que ce livre est plein d’humour, car en bon Anglais qu’il était, Newby n’avait pas uniquement le sens de la mer, il avait aussi celui de l’humour. C’était d’ailleurs plus que nécessaire car à bord des derniers cargos vraquiers à voiles, on ne rigolait pas tous les jours....

Aujourd’hui à Philadelphie, le Moshulu est toujours propre et net

On n’imagine pas bien aujourd’hui ce que fut la "conduite" de ce genre de navire entièrement en acier mâture comprise, même si les ponts étaient en bois de teck de Bornéo (ou d’ailleurs) et dont le port en lourd dépassait parfois les 5000 Tpl.
- Ils étaient souvent moins de 30 à bord pour dominer plus de 4000 m² de voilure répartis sur 4 mâts de 40 à 55 m. de hauteur et dont la "croisure" des basses vergues pouvait même dépasser 27 m. Seuls d’astucieux et puissants treuils manuels pouvaient les aider.
- C’est aussi cela, que signifient les belles vues de cet article.

Ce récit d’Eric Newby change souvent de titre...

Ce livre vient d’ailleurs de reparaître en France, à bord d’une version multiple et groupée : "Le roman du Cap Horn" chez "Omnibus"
- Roger Vercel, Torcheurs de toiles
- Joseph Conrad, Le Nègre du Narcisse
- John Masefield, Par les moyens du bord
- Commandant Hayet, Us et coutumes à bord des long-courriers et autres récits... Egalement dans ce volume :
- Le Cahier du capitaine Briand (inédit)
- Alfred Beaujeu, Dans les tempêtes du Cap Horn à bord des quatre-mâts
- Maurice Le Scouëzec, Le Horn
- Haakon Chevalier, Le Dernier Voyage de la Rosamond
- Et comme pour conclure, Eric Newby, La Dernière Course du grain.

La plus récente version française est à têtes multiples

Textes réunis et présentés par Dominique Le Brun avec un dossier illustré de 30 dessins de François Le Guern.
- Omnibus - Grands romans / Histoire / Aventure
- 2-258-06131-8 - 23 Euros - 1152 pages

Note Thierry Bressol : C’est un gros et dense "pavé" de papier très fin de plus de 1000 pages !

Un grand succès de librairie en 1956

J’ai satisfait ma fascination pour les très grands voiliers en effectuant un stage à bord du Statsraad Lehmkuhl, dit "le Ministre" ou "Statsraad", titre de Mr Lehmkuhl qui le fit acheter en Allemagne durant les années 1930.

De ce genre de navire, je crois qu’on peut d’abord dire ceci :
- Le 3 mâts Statsraad Lehmkuhl par exemple, pour moi ce n’est pas seulement un voilier. Avant d’être un voilier, c’est aussi un personnage presque vivant et une "Machine à Voiles"

Plus exactement dit, c’est une machine à faire de la voile et il est presque vivant. Il faut avoir été en mer à son bord pour découvrir cela.

A serrer un "perroquet fixe", à bord du Moshulu.

J’ai voulu faire des photos très spectaculaires à son bord en montant dans la superbe mâture du Lehmkuhl. Hélas !! Je ne fus pas aussi habile qu’Alan Villers et Eric Newby.
- Je ne dis pas que je n’ai pas été capable d’en prendre, bien au contraire... Je prétends même qu’elles étaient magnifiques et probablement presque toutes parfaitement réussies. Mais...

Au travail, à bord du Grace Harwar

Cela dit, dans la Marine à Voiles sur sa fin, il se disait :
- "Dans la mâture, c’est une main pour soi, une main pour le navire"
- Il m’aurait fallu une troisième main, car alors que j’étais à mi-hauteur du mât de flêche d’artimon, quand j’ai voulu immortaliser le grand mât vu par le haut et de l’arrière... Cornichon et maladroit !!! Il m’a échappé avec ses 31 pauses à l’intérieur...

Aujourd’hui à bord du Statsraad Lehmkuhl, tout est prévu pour la sécurité. Observez bien comment se tiennent les gars.

Le seul commentaire du "Vieux" peu après fut :
- "You were advised..." Il ajouta même :
- "Ce n’est pas la première fois que..."

Le coup de vent était si puissant, que je me demande parfois s’il vole encore !

La douche froide était gratuite, à bord des grands voiliers en acier

En bref, il ne faut pas trop retourner le couteau dans la plaie, Alan Villiers a connu pire. En effet, à bord du 3 mâts carré Grace Harwar son ami cameraman, Ronald Walker s’est tué durant le voyage, en suivant son appareil photo lors de la rupture de suspente d’une vergue...
- Heureusement qu’il n’est pas tombé avec la caméra....

Le Grace Harwar, plus beau que sa réputation de "bateau-cata"...

A propos, une des plus impressionnantes et superbes photos prises par Alan Villiers est dans le gros livre cité ci-après. Elle montre Ronald Walker en train d’installer la caméra dans la mâture du Grace Harwar en "grand largue tribord amure" dans l’intention de filmer les gars qui allaient peu après serrer le cacatois et les perroquets d’artimon.
- On le voit saisissant le support tripode de sa caméra puis ajustant "la bête", juste derrière la base du mât de grand perroquet sur les "barres de télégraphe" entre les galhaubans de perroquet et de cacatois. Le perroquet fixe gonflé à se déchirer derrière son dos, il se battait contre tout, cerné et harcelé par le vent, les drisses, cargues, écoutes, etc.
- Faire tout cela se révéla très dangereux, surtout à bord du Grace Harwar. Comme à bord du Pierre LD que j’ai connu, à chaque voyage du Grace Harwar, il y avait un accident avec mort d’homme à son bord...

Alan Villiers, officier de réserve, ici en guerre...

A cette époque des années 1920 à 1940, la Marine à Voiles était à la fois à son apogée et sur son déclin, ceci étant pour des tas de raisons technologiques et commerciales.
- C’est aussi pour cela que Alan Villiers a "commis" plusieurs "best-sellers" durant les années 1920 et 1930, au cours desquels il sut prendre des photos extraordinaires de sa navigation à bord des derniers grands cargos à voiles.

Alan Villiers au repos sur le gaillard d’avant du 4 mâts "Herzogin Cecilie"

L’EPOPEE DES DERNIERS GRANDS VOILIERS reste sa "dernière frappe" commise en France avec l’éditeur Gallimard, et c’est fabuleux tout ce qu’il a su faire en matière de photographie.
- Villiers ayant pleinement conscience que ce type de navigation était arrivé à son plus haut niveau et tirait sur sa fin, a voulu préserver ce qu’il a vu et vécu, pour nous.

Le 4 mâts Passat est "en retraite" à Travemünde près de Lübeck. En Septembre 1957, il l’a échappé belle.

Aujourd’hui par exemple à bord du Ministre Lehmkuhl on peut seulement s’en faire une idée car tout a changé sauf peut-être, un certain "gestuel".
- De toutes façons les émotions fortes sont toujours là, j’aime autant vous je jurer ! Et c’est peut-être le principal en 2000...
- Mais serait-il souhaitable aujourd’hui de retrouver ces conditions de travail ?

Le Passat retourne à Travemünde après son "toilettage" à Lübeck en 1998.

A partir des années 1880 jusqu’à un peu avant 1914/1918 et dans les années 1920 furent construits les derniers cargos à voiles, dont certains furent aussi les tous premiers tankers pétroliers tels que le 4 mâts Quevilly ou le 3 mâts Ville de Dieppe par exemples, ce qui peut étonner beaucoup de monde.
- Dieppe fut même le premier port pétrolier de France, ce qui n’est pas précisément son image en 2006...

Moins d’un cinquième de la flotte de commerce mondiale restait alors à voiles. L’installation de la Radio-télégraphie à bord des navires devenant peu à peu un phénomène général, ce processus naturel fut accéléré.
- En effet la plus grande partie de l’économie moderne mondialisée (car ils y étaient beaucoup plus qu’on ne le pense aujourd’hui) nécessitait déjà pour le transport des marchandises, un temps de trajet connu à l’avance, c’est à dire une date d’arrivée certaine, autant que faire se peut.
- Aucun voilier ne peut faire cela. Donc...

Cherchez Port-Lincoln, Haut Lieu de la Course des Grains, de l’Australie à Falmouth.

La première guerre mondiale détruisit de nombreux voiliers et décima beaucoup de "spécialistes" trop souvent mobilisés. Ce genre de Marins ne se mélangeait pas avec ceux "des vapeurs". Ils se considéraient même comme des membres d’une caste "à part", supérieure et privilégiée de travailler ainsi en mer, simultanément "dans le beau" et "dans le dur".
- Ils étaient aussi les vrais dures à cuire.
- Encore plus difficile, les "niches du marché" au sein desquelles cette activité restait financièrement viable allaient peu à peu disparaître. Par la suite d’autres niches plus petites sont cependant apparues, telles que le transport "au coup par coup" du blé d’Autralie en vrac vers l’Europe.

La Course des Grains en résumé

Durant les années 1920 les armateurs les plus "casse-coup" s’y sont engouffrés, à commencer par quelques Français très durs à cuire. Mais ceux-ci capitulèrent dès 1930 et ce fut "la fin des figues" en 1932, à cause de frais d’exploitation devenus insupportables à côté de ceux de la concurrence. Rien de nouveau sous le Soleil...

Le Cdt Karl Ruben De Cloux, grand marin Finlandais de la fin de la Marine à Voile.

Au début des années 1920 la traversée du 4 mâts Herzogin Cecilie (saisi en Allemagne puis racheté par Gustav Erikson) de Port Lincoln (en Autralie) à Falmouth "à ordre", fut mémorable à plus d’un titre :
- Alan Villiers en était et il en a fait un livre à succès :
- "Falmouth for orders"
- Un défi fut un beau jour lancé au Cdt Ruben De Cloux de l’Herzogin Cecilie par celui du 4 mâts Béatrice dans un bistrot devant de nombreux témoins qui ouvrirent les paris les plus fous sur qui arriverait le premier. Ce fut répété et diffusé par la presse locale, et ainsi de suite jusqu’en Grande Bretagne grâce à la télégraphie et au téléphone.
- Le Herzogin Cecilie arriva le premier à Falmouth en 96 jours, accueilli en fanfare par la presse à la très grande surprise du bord. Pour le Cdt De Cloux qui était un homme très discret, ce n’était à l’origine qu’une affaire privée avec son excellent collègue du 4 mâts Béatrice...
- Peu après la guerre de 1914 on souhaitait penser à autre chose et... Devenus peu nombreux avant d’être rares, les grands voiliers commençaient à attirer l’attention, car on savait fort bien qu’ils étaient les derniers.
- Cerise sur le gâteau, c’était encore mieux pour raconter cette traversée, il trouvèrent trois jour après le départ... Une jeune passagère clandestine de 20 ans, non accompagnée de surcroît, Jennie Day. Trop tard ! Il fallut donc faire avec elle. Cette fanatique des grands voiliers aurait fait absolument n’importe quoi pour embarquer, et elle ne fut pas la seule jeune fille à le faire.

Elisabeth Jacobsen et le petit foc, une matelote légère à bord du 4 mâts Parma dans les années 1920.

Elle prouva d’autre part ne pas être le lest du Diable à leur bord, pas plus que quelques années plus tard à bord du Parma Elizabeth Jacobsen la matelote légère, ou même l’épouse et la fille de 17 ans du Cdt Ruben De Cloux.
- Le lest du diable 1 & Le lest du diable 2

L’ex-Navire école Teuton "Herzogin Cecilie" garda son nom jusqu’à la fin...

Naturellement l’année suivante de nombreux paris furent ouverts, ce qui amplifia et lança cet évènement annuel devenu une course. Rapidement chaque vague d’affrètements des voiliers du Sud de l’Autralie vers l’Europe, Falmouth ou Cardifff en général, fit les gros titres de la presse internationale.
- La Course pourtant restée tout à fait officieuse était fort loin de la "Route du Rhum", mais elle passionna vite les foules et la presse mondiale, jusqu’en 1939...
- Chaque année cela se passait de façon totalement différente et parfois très dangereuse, car il y eut de nombreux accidents. Cependant on déplora peu de naufrages.

Les jeunes furent de plus en plus nombreux durant les années 30 à faire le siège des agences d’Erikson ou des autres armateurs pour embarquer. Certains allèrent même jusqu’à proposer de payer pour le faire et travailler ainsi aux côtés des "anciens" qui eux, touchaient des salaires plus que modestes pour en vivre, tout simplement.

Gustaf Erikson à bord, le dernier grand armateur à la Voile.

L’armateur Finlandais des Iles Aland Gustav Erikson était un puriste d’abord. Mais il était aussi un peu cynique et "grippe-sous, même s’il faisait cela surtout pour le plaisir. Il sut donc royalement profiter de cette situation !
- Le plus connu des jeunes Français qui embarquèrent (4 mâts Lawhill) est devenu par la suite le Cdt Hourrière de la Sté Delmas Vieljeux, il fut aussi un spécialiste des cadrans solaires. La rubrique Mémoire de l’Histoire de l’hebdo "Le Marin" avec Jean-Yves Brouard évoqua ce voyage du Lawhill il y a quelques années.

A bord du quatre mâts "Parma" durant les années 1930

Les 2000 mètres de film réalisés avec Ronald Walker à bord du Grace Harwar sont les plus belles images de mer que j’ai vues au cinéma ou à la télévision, où il est malheureusement fort rare que même de courts extraits de ces séquences soient diffusés.
- Ces images sont tout simplement, extraordinaires.

"Petits travaux" à bord du 4 mâts Parma

Les très grands voiliers de commerce n’étaient plus très nombreux après 1920. Ils étaient le plus souvent en attente de vente, pour aller en général directement à la démolition. On se souvient fort bien dans la région Nantaise du Canal de la Martinière, où les très grands voiliers Français furent retenus "en file indienne" sur quelques kilomètres pendant des années.
- Seuls naviguaient encore quelques durs à cuire affrètés au voyage, comme c’est arrivé au 3 mâts Général de Sonis par exemple.

Le 4 mâts Ville de Mulhouse construit en 1902, ici désarmé au Canal de la Martinière (1921/1927)

La Cie Allemande Laeisz réussit cependant jusqu’à la fin des années trente à maintenir 4 quatre mâts sur le traffic du nitrate du Chili. Il me fut aussi expliqué à bord du Pointe Sans Souci en 1983 que c’était un peu sulfureux. En effet, c’était l’un des effets secondaires du nazisme qui "consommait" toujours plus de nitrate, au-delà même de son équivalent synthétique, pour fabriquer... Pas seulement les engrais dont l’agriculture a besoin.

Le 4 mâts Parma vu par un concurrent de la course des grains dans les années 1930

La Course de 1930 n’engagea que 8 voiliers, conséquence du désastre de 1929. Mais cette "niche" de traffic échappait par sa nature même à la tendance maritime mondiale, étant en dehors des circuits commerciaux modernes :
- En 1931 ils furent 12, en 1932 et 1933 puis dans les années suivantes leur nombre tourna toujours autour de 20 et souvent plus en se stabilisant. Le France II n’y participa pas, étant utilisé sur la ligne du Nickel de Nouvelle Calédonie où il s’échoua en 1922. Trop cher à renflouer, il fut déchargé sur place et ce fut sa fin.

Le France II, plus grand voilier du monde, 7000 Tpl et 6000 m² de toile

Ceci ne doit pas nous faire oublier qu’ils furent 140 en 1921, mais c’était alors dans l’anonymat et l’indifférence, contrairement aux années 1930 qui permirent au Commerce à la Voile de se préparer à tirer le rideau avec panache.
- Qui y participait ?
- Chaque année à partir de 1932, la flotte Finlandaise de Erikson dominait la course par le nombre, entre 14 et 17, tandis que les Suédois et les Allemands complétaient le tableau avec un ou deux quatre mâts et parfois trois.
- Le Suédois Viking est toujours parmis nous, visible aujourd’hui à Stockholm.
- Du côté Allemand Laeisz (bien sûr !) en voyait généralement le très moderne Padua, sauvé mais saisi en 1945 pour devenir le soviétique Krusenstern.
- Un autre ancien participant glorieux navigue toujours, le célèbre Russe Sedov a lui aussi beaucoup changé depuis le temps du Magdalena Vinnen et du Commodore Johnsen, ses premiers noms.

Le 4 mâts Belge Avenir à Port Lincoln, près du 3 mâts Penang dans les années 1920 et 30

Peut-être que sans la seconde guerre mondiale, la Course des grains continuerait encore aujourd’hui. Nul ne peut savoir ce qui serait arrivé, même si c’est en effet assez probable. Qui sait ? Les paris internationaux étant organisés plus ou moins comme pour les courses de chevaux, le PMU s’en serait peut-être emparé...
- La seconde guerre mondiale elle, n’était pas improbable. Le cumul des horreurs du traité de Versailles, de ses mesures vexatoires envers l’Allemagne qui coûtèrent ensuite fort cher, la crise de 1929 suivie par les nazis au pouvoir en Allemagne par dessus tout le reste, c’était très détonnant et les plus clairvoyants l’ont dit et répété assez souvent à l’époque...

Le 3 mâts Teutonique "Gorch-Fock" de la Bundesmarine

Les grands voiliers sont toujours là et se renouvellent régulièrement. Les Polonais en ont construit un sur ce modèle pour eux et trois pour les Russes à partir de 1980. Le Mir par exemple, est visible ici dans "l’air du temps" aux côté de La Perle. Ils sont beaux et modernes à la fois.
- Consacrés à une activité de prestige national, le navire-école à voile est un ambassadeur itinérant de charme, ou bien il devient "stationnaire" pour toutes les activités imaginables. Le grand voilier existera longtemps pour au moins notre plus grand plaisir des yeux.

Le plus beau et le plus Grand 3 mâts Français n’est pas le Belem, c’est lui ! Le Nantais "Laennec" devenu "Cygne de Finlande" et "EAM" à Turku.

Les Finlandais sont très fiers de leur Ecole d’Apprentissage Maritime à Turku, même si l’ex-Nantais Laënnec devenu "Cygne de Finlande" ne navigue plus souvent.
- "Il y a de quoi ne pas s’ennuyer à son bord" m’a-t-on dit sur place lors d’une escale, ne serait-ce que pour son entretien qui est toujours assuré principalement par les jeunes marins stagiaires. Le gars qui était à la coupée, prof et ancien du pétrole, ne s’est pas privé de se déclarer fier de conserver cet ancien navire Français à notre place...

L’ex-Laennec est un centenaire, et on est fier de lui à Turku

Blaise Cendrars observait les choses avec de plus en plus d’intérêt, mais il finit par se décider malheureusement trop tard. Il planifia en effet sa présence pour la course annuelle de 1939 1940. Puisque le grand public le demandait...
- Nous savons ce qui a su empêcher la continuation de la plus grande course à la voile de tous les temps.

Blaise Cendrars était furieux de n’avoir pu réaliser son rêve, faire la "Course des grains"...

D’autre part il ne fut pas seul à arriver trop tard. Leni Riefenstahl aussi avait en effet prévu d’embarquer pour "commettre" le "film des films" en immortalisant la Course des Grains qui passionna le monde entier, surtout les parieurs, durant les années fameuses de la fin de la voile entre 1920 et 1940.

Leni Riefenstahl prise sur le vif il n’y a pas si longtemps. Elle est décédée à 102 ans en 2003.

Je suis convaincu que nous avons manqué quelque chose, compte tenu de tout ce qu’elle savait faire avec des caméras.
- Elle savait si bien pour le meilleur comme parfois pour le moins bien, et tirer le maximum au niveau esthétique de tout ce qui est grandiose et spectaculaire. Le problème avec elle, c’était ses fréquentations. Elle ne craignait rien ni personne et cela dura fort longtemps !

En 2002 elle fut invitée à l’antenne sur France Inter. Moi qui la croyait disparue j’ai même craint alors, qu’elle n’assiste à mon enterrement. "Bon pieds bon oeil", elle avait la centenaire. C’était bien le cas à 101 ans, pour le documentaire comme au cinéma en passant par l’interview !

Pierre Dac savait aussi être sérieux bien sûr...

A cette occasion France Inter et la RTBF ont sorti les bonnes vieilles archives. Je l’entends encore rire dans ce reportage de 2002 mais aussi avec... Pierre Dac ! Dans sa fripouillerie et sa cocasserie habituelles, il l’invita un beau jour des années cinquante, sans qu’elle ait été informée de qui l’invitait et l’attendait "au tournant" dans son studio, où il s’est alors payée sa tête d’une façon mémorable !
- L’embarras de Leni Riefenstahl fut total lorsqu’il lui fit en direct la relecture du vibrant télégramme de félicitation qu’elle envoya en juin 1940 au Führer pour la chute de Paris. Cela "faisait un peu désordre" effectivement... Il ne la loupa donc pas. Comme elle parlait fort bien le français, sa réponse fut extraordinaire à écouter !
- Il y a là, de quoi se passer cette archive en boucle...

Dac et Francis Blanche, "ensemble tout est possible..."

Leni Riefenstahl savait aussi se défendre, elle posa donc la question :
- "Savez vous Pierre, pourquoi je n’ai pas tourné un seul film de propagande pendant la guerre ? Parce que je me suis retrouvée très "en froid" avec l’homme dont vous parlez. Je ne voulais pas faire de film de guerre. Je voulais encore moins faire la guerre qui est une chose laide. Je veux seulement filmer les belles choses pour les montrer ensuite, comme tout ce qui est beau, grand et spectaculaire. Il voulait montrer la guerre belle moi pas. Nous étions brouillés et il avait d’autres problèmes que moi..."

Pierre Dac en tenue de "Sar Rabindranath Duval"

Dont acte ai-je pensé pour ma part. "Ca se tient" en effet.
- Elle nia également et absolument toute relation "inappropriée" (disait le Président Clinton, dont j’ai adoré le mot) et supposées parfois à l’époque avec ce personnage, tout en admettant que lui, il y avait certainement pensé !

"Pouvez-vous me dire... Je peux vous dire que vous avez oublié votre texte..."

Elle expliqua à Pierre Dac préférer les hommes de type nordique, sportif, grand et blond, ce que l’Oncle Adolf n’était pas du tout, il était un méridional... Dont acte, là aussi. Cela se tient.
- Cette émission de radio fut l’une des plus surréalistes que j’ai pu écouter dans ma vie. Seul le 11 Septembre a fait plus étonnant, mais ce fut beaucoup moins drôle à écouter que Pierre Dac aux prises avec Leni Riefenstahl et son accent à couper au couteau.
- Elle gérait sa carrière avec audace, quitte à dîner souvent avec le Diable dont on a trop tendance à oublier, qu’il était tout à fait "charmant en privé"...

Le trois mâts Amiral Cécile, typique de cette époque, échappa à la guerre de 14 mais pas au canal de la Martinière...

Notes Thierry Bressol :
- Lors de la sortie du film "la Chute", de bons esprits se sont indignés car ce film montra "l’intéressé" comme un patron parfait avec sa secrétaire. C’est sûr, ceci ne cadre pas très bien avec l’image de marque que nous avons du personnage !
- Mais je ne le croirais pas une seule seconde si on me disait qu’il fouettait sa secrétaire et son maître d’hôtel. Jamais personne ne l’aurait suivi, s’il s’était montré odieux en privé. A-t-on pensé à cette évidence ? Vaste sujet...

Leni Riefenstahl était aussi une artiste des années 1960

Nous avons donc eu une chance énorme que Eric Newby et Alan Villiers réussissent à immortaliser la fin de la Marine Commerciale à voile, car ils ont à peine eu le temps pour le faire.

Leni Riefenstahl était d’abord une artiste capable de tout

Durant les années cinquante après s’être un peu fait oublier, Leni Riefenstahl fit tout de même quelques tentatives pour embarquer sur au moins l’un des survivants de l’hécatombe, pour conserver au cinéma ce qui restait de la grande Marine à Voile...
- Mais la colère collective n’était pas encore retombée et Leni Riefenstahl fut longtemps mise à l’écart. Les armateurs du Pamir et du Passat n’ont donc pas voulu d’elle à bord, pour préserver leur image de marque. D’autre part il se pensait encore souvent à l’époque qu’une femme à bord de ce genre de navire, cela risquait de n’être pas bien vu. Alors elle ! C’était réellement trop délicat...
- Elle avait ce qui s’appelle un trop gros squelette dans son placard.

Note : La véritable fin de la Marine à Voile en acier est en fait relativement récente. C’est arrivé le 26 Juin 1958, il y a cinquante ans, conséquence du naufrage du 4 mâts "Omega" qui fut le dernier des long-courriers à voiles, victime du gros temps comme le Pamir le 21 Septembre 1957, moins d’un an plus tôt. D’un point de vue historique ce second naufrage tragique passa curieusement totalement inaperçu par les grands médias.

Le Pamir et le Passat étaient célèbres et ils embarquaient les élèves officiers de la jeune Marine Marchande Allemande, alors en pleine période de reconstruction. Par contre le bel Omega était un "anonyme" sous pavillon de complaisance avec 30 membres d’équipages qu’on a trop tendance à oublier.
- Ils furent donc modestement et surtout discrètement les derniers. Plus aucun armateur privé ne tenta quelque chose dans ce genre par la suite. Les conditions nécessaires pour que "cela fonctionne" au point de vue "business" avaient cette fois totalement et définitivement disparues.

C’est sûr, Leni avait aussi quelques mauvaises fréquentations

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR1
- Qui regrette infiniment d’avoir si peu photographié en voyageant et d’avoir dû "prélever" ça et là, l’illustration souvent réalisée par d’autres, de tout ce qu’il a su voir ou entrevoir en naviguant.
- Je ne le dirai jamais assez !!

- PS 1 : Jean Randier aussi nous a quitté depuis deux ans déjà. Il fut la dernière grande voix Française en ce domaine. Comme pour le Cdt De Cloux, c’était chez lui une seconde nature.
- PS 2 : Cet article est aussi un hommage à Ronald Walker, décédé accidentellement à bord du Grace Harwar. C’est grâce à lui que nous pouvons aujourd’hui voir ces images filmées extraordinaires, de tout ce que fut la Fin de la Marine Marchande à Voiles.

Le Cdt Randier, ici presque en retraite...

- Le lest du diable 1 & Le lest du diable 2
- Pride of Baltimore (un autre vieux grément)
- Supertankers et très grands voiliers
- Esmeralda est-elle coupable ?
- Les très grands voiliers

A Philadelphia, le café-restaurant et quatre mâts Moshulu

Merci aux sites :
- Eric Newby
- Alan Villiers
- Cap Horn
- Le 4 mâts Herzogin Cecilie
- Le 4 mâts Parma
- Le Lawhill
- Le 4 mâts Lawhill
- Le 3 mâts Suomen Joutsen ex-Laennec
- Le 4 mâts Moshulu
- Le 4 mâts Moshulu et la Course des Grains
- Le 4 mâts Omega ex-Drumcliff
- L’histoire du 4 mâts Omega" ex-Drumcliff marque la vraie fin de la Marine Marchande à Voiles. Il fut le dernier grand voilier exploité au Commerce (c’était au "tramping"). L’Omega fit naufrage le 26 Juin 1958 dans l’indifférence totale du public, probablement parce qu’il n’y avait que des "pro" à son bord, tous des "anonymes". La fin de la Grande Voile a donc une date.
- Navires écoles et UIM
- Voiliers Nantais
- Coup d’oeil sur la Marine Marchande à Voiles (dans les années 1930)

A bord du Site "Marine Marchande" du Cdt Cozanet :
- A bord du 3 mâts Mac-Mahon en 1903
- L’Armada de Rouen, car les Grands Voiliers sont venus en Juillet 2008 et reviendront en 2013. Mise en Seine et Journal d’une Cantilienne

Non loin de Wall-Street, à South-Street après leur victoire sur l’Océan, les 3 et 4 mâts Wavertree et Peking défient le Temps.


- Plan du site - Bon vent et bonne mer !

Le 12 novembre 2006 : Eric Newby, Alan Villiers et Jean Randier

Bravo pour cet article, cela plutôt que de la mettre sur un bucher (virtuel) ses contemporains auraient du recueillir son témoignage sur sa rencontre avec le DIABLE si elle était une femme sincére et je le crois, cela nous aurait beaucoup appris sur le DIABLE......
Peut-etre me dit-on cela a été fait, alors cela m’interesse beaucoup.
OM

Eric Newby, Alan Villiers et Jean Randier 13 novembre 2006, par Thierry BRESSOL

Bonjour toutes et tous,

quelques réactions reçues ce matin me font m’apercevoir qu’une mauvaise manipulation de souris (?) m’a fait mutiler mon texte.
Il est corrigé ce lundi soir. Cette dernière réaction ici vue "on line" m’incite à complèter mes informations à propos de Leni Riefenstahl. Je voyais ceci "hors sujet" mais finalement, ça éclairera le sujet, disait un de mes profs...
- Effectivement, on n’a rien su trouver de grave et concret contre elle, au-delà du fameux télégramme et de certains films qui, si elle avait su prévoir...
- Bien navicalement


Eric Newby, Alan Villiers et Jean Randier 14 novembre 2006

Bonjour, n’oublions jamais et moi le premier que le DIABLE est toujours charmant pour son entourage c’est à dire pour ceux qui font ce qu’il dit et ne montre son visage inhumain que pour ceux qui sont contre lui et ses projets. En conséquence on en conclu que pour UNE DICTATURE ON NE S’EN APERCOIS QUE LORSQUE L’ON VEUT EN SORTIR.En ces périodes éléctorales françaises il faut que nous gardions tous les jours à l’esprit cela même lorsque l’on souffre physiquement ou économiquement ou politiquement.
OM


Eric Newby, Alan Villiers et Jean Randier 14 novembre 2006

Rebonjour, une précision : le DIABLE c’est aussi aujourd’hui une grande entreprise qui annonce fermer 80% de ses sous-traitants, que vont-ils devenir ? le DIABLE donne toujours comme notre personnage cité plus haut une raison, la raison la rationalité, l’optimisation des ressources humaines comme lui l’a fait il y a 60ans... vous voyez bien que le DIABLE utilise toujours les même arguments et provoque toujours les même désastres autour de lui, champs de ruines et de misére et le DIABLE dit toujours cela ne vous concerne pas alors restez tranquille.
MAIS POUR CROIRE AU DIABLE IL FAUT CROIRE EN DIEU.
OM


A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/