Souvenirs de mer

1er août 2014

Clochards et autres rencontres insolites en naviguant

Quiconque a navigué au moins un peu, se souvient certainement de quelques figures "hautes en couleur" rencontrées sur les quais, qui montaient plus ou moins souvent à bord en en espérant un ou des secours, pas toujours évidents.
- Clochards rencontrés en escale, un avocat et tous les autres...
- Je crois savoir que maintenant, cela devient impossible à cause des mesures de sécurité dans les ports, triste période.

Anacharsis, philosophe Scythe :
- "Il y a trois sortes d’êtres Humains. Les vivants, les morts et ceux qui vont sur la Mer" En effet ! Ni Platon le Grec ni (encore moins !) l’Amiral Charles Platon n’ont dit cela.

(m.à.j. le 4 Novembre 2012 à 17h50)

Quiconque a navigué un peu se souvient certainement de quelques figures très "hautes en couleur" qu’il était alors encore possibe de rencontrer sur les quais parce que nous avions du Temps, des personnes qui montaient plus ou moins souvent à bord avec des intentions parfois insolites. (Je crois d’autre part savoir que maintenant c’est devenu impossible à cause des mesures de sécurité imposées dans les ports depuis le 11 Septembre 2001. On ne peut plus se balader comme autrefois librement sur les quais, triste époque)

Paranagua (Brésil)

1/ A Paranagua (Brésil) :
- Un monsieur Suisse d’un certain âge toujours très digne dans son complet (costume avec cravate) complètement usé et pathétique, était bien connu de certains navires durant les années 80. Tout au moins par ceux qui ne "le mettaient pas dehors"... Je dois être l’un des seuls à avoir été convaincu de sa profession d’origine, à avoir vu ses papiers, même ses diplômes et à l’avoir écouté raconter sa mésaventure.
Plus aucun doute pour moi, il fut réellement "avocat d’affaires" au barreau de Zurich. A la suite de la fréquentation fort mal avisée d’une femme, il s’est trouvé mêlé à une histoire d’argent rocambolesque, à la suite de laquelle il s’est enfouit au Brésil avec elle et surtout, avec "le magot" obtenu dans le cadre d’une combine d’un genre que les assurances et les banques n’aiment pas du tout cela. (cette mauvaise fille n’était certainement pas une bonne fréquentation...)

L’Avocat Suisse ressemblait étrangement à cet homme, imaginez le en costume !

C’est trop long à raconter ici et maintenant, puis hors-sujet de surcroît. Mais c’est d’autant plus triste, que cela aurait aussi pu fort bien être une histoire maritime. L’ennui dans cette affaire, c’est que peu après leur installation au Brésil, elle a disparu avec le magot sans rien lui laisser !
(tous les deux ne furent pas capables d’emporter tout l’argent de l’assurance, dont on sait que les comptes sont parfois impénétrables comme les voies du Seigneur... Il en resta donc un peu en Suisse)

Paranagua (Brésil)

Son CV ne l’encouragea pas vraiment à essayer de rentrer en Suisse, c’est ainsi qu’il a su apprendre le portugais encore plus vite. De surcroît il n’a vite plus eu un centavo en poche. Mêmes les deux policiers Suisses qui le retrouvèrent, décidèrent finalement de "laisser tomber".
C’est ainsi que l’avocat est devenu le fantôme du port à Paranagua.

Dakar

2/ Voici un autre genre de clochard plus mystérieux :
- Cette fille, je l’ai rencontrée par hasard à Dakar en 1981, à bord du Saint Luc qui chargeait les traditionnelles 200 tonnes de poisson congelé des navires du SCADOA à la "remontée" en Europe.

Elle avait un peu "ce look", sans la veste bien sûr, climat de Dakar oblige...

Elle était comme un chaton abandonné l’hiver en Bretagne ou à Dieppe, elle devait avoir plus ou moins 40 ans, compte bancaire à l’abandon et porte-monnaie plat, avec la santé ruinée pour coiffer la situation. D’autre part, je n’évoquerai pas sa tenue, mais je dirai seulement que c’est à mes frais qu’elle s’est rhabillée, car il était temps qu’on s’en occupe. Cela m’a fait de la compagnie en ville durant l’escale. En si peu de temps, c’est fort.
Ma visiteuse était probablement Française, mais n’avait plus ses papiers (elle n’était sans doute plus à un problème près) et me supplia de la cacher à bord jusqu’en Europe, autant que possible la France ou la Belgique mais... Surtout pas l’Allemagne ou les Pays Bas. Ah, bon...

Ce piaf là est moins dangereux que les goélands et les vautours
(au service des lobbies, qui nous ruinent depuis plus de 40 ans)

Depuis, j’ai rencontré d’autres "Mademoiselle Problème", mais aucune aussi bizarre ! Avec celle-ci, j’ai souhaité tout le bien et la chance possible à quiconque l’a embarquée "à ma place". J’ai en effet ensuite su qu’elle avait démarché au moins deux navires, de préférence l’officier radio... Il semble qu’étant un peu "trop sérieux" j’ai hésité trop longtemps. Elle déploya en effet des trésors pour convaincre.
Comme c’est bizarre... Le local radio l’intéressait beaucoup et je suis certain qu’elle était d’une façon ou d’une autre "de la partie". Mais quand je fus sur le point de risquer lui céder, elle venait d’appareiller avec un autre (navire). Ouf !? Peut-être bien.

Notre Local Radio était très similaire à celui-ci, mais mieux équipé. Tout le monde ne sait pas s’en servir !

Je suis encore à ce jour absolument certain qu’elle essaya de se servir de la station radio pendant que j’avais le dos tourné. Peut-être même a-t-elle su le faire. Tout était en ordre, mais c’est arrivé c’est sûr...
Qu’a-t-elle fait et qui a-t-elle contacté avec "mon matériel" ? Je me le demande encore et j’en ai parfois rêvé la nuit. Tout cela n’était pas très catholique. Sans être paranoïaque, car on ne l’était pas encore à l’époque, (le local radio d’un navire de commerce étant presque totalement et librement accessible en 1981) je me suis fatalement posé des questions. Elle aurait osé expliquer "sa galère", cela aurait été plus facile ! Bien que... Qui va savoir ?
- SI quelqu’un en a entendu parler, je suis à l’écoute et surtout, je brûle de curiosité pour en savoir plus, (ses nom et prénom était faux, probablement)

San Pedro

3/ Voici à présent les Clochards de port, que je nomme "du troisième Type" :
- Il était une fois une bande de copains à bord d’un voilier, partis ensemble en mer presque sans argent et sans "support arrière", voilà qui est imprudent...
Ils firent naufrage sans faire naufrage ceux-là. Je le pense quand je me souviens dans quel état ce joli voilier de 18 m est arrivé à San Pedro en rade au "parc à bois" et s’est mis à couple du St François à l’ancre et au travail, en train de charger ses billes de bois.

Leur voilier était un ketch de ce genre..

Il était temps pour eux d’arriver quelque part ! Ils n’avaient rien mangé depuis 7 ou 8 jours et j’en passe... C’était un vrai désastre. On aurait dit des naufragés de la seconde guerre mondiale, il ne leur manquait plus que le récit du torpillage ! (on n’a rien manqué à ce propos nous, les plus jeunes)

(1942) Un U-Boot ravitaille les naufragés qu’ils ont torpillés...
(il n’était pas toujours possible de faire des "cadeaux" à l’ennemi après l’avoir frappé, sécurité oblige...)

Je me souviens en effet de ce commentaire de l’un d’entre nous :
- "Ils ont fait naufrage sans perdre leur bateau ces gars..."

En Côte d’Ivoire, la plage de San Pedro.
(y faire un tour, ça nous faisait croire qu’on était là en vacances !)

Pour un temps, ils ont pu se croire en vacances ces gars ! Nous les avons soignés, aidés à réparer autant que faire se peut et ravitaillés dans l’urgence, puis des Français sur place les ont dorlotés durant quelque temps gratuitement, à commencer par un médecin qui nous précisa que pour l’un d’entre eux, "il était temps". En effet une vilaine petite blessure infectée et trop mal soignée commençait "à se mettre en colère". Il y en a qui reviennent de loin...

San Pedro le Parc à Bois

Je ne me souviens plus ce qui leur est arrivé par la suite, après notre départ. Il me semble ne plus jamais avoir eu de leur nouvelles. Le Cdt avait pris soin de faire suivre leur courrier vers la France en leur faisant promettre de donner de leur nouvelles. En effet ils ne disposaient à leur bord que d’une VHF, dont nous avons remplacé la batterie. Je suppose qu’ils sont arrivés en Europe épuisés par leur voyage et qu’ils ont dû y retrouver des dettes ou autres choses, pas forcément plus drôles que leur incroyable arrivée de galériens à San Pedro.
Mais pour commencer, nous nous sommes pris pour Saint Vincent de Paul ou Saint François d’Assises...

4/ La mésaventure d’une bande de copains partie faire de la voile sur la Côte Ouest d’Afrique a le mérite de rappeler une chose importante à quiconque se propose de partir en mer, même "pas loin", il ne faut jamais improviser et partir "au petit bonheur à la chance" et/ou "avec les moyens du bord", sans s’être au moins assuré de prendre la mer avec "tout ce qu’il faut".

Mer forte

C’est tout à fait à comparer avec une (toute autre) histoire de plaisanciers, nettement plus "avertis", qui commence aussi par :
Il était une fois une bande de jeunes copains à bord d’un voilier, partis ensemble autour du vaste Monde etc...

La silhouette de leur voilier n’était pas sans rappeler la goelette Tara, mais en plus petit.
(il est sûr que pour fréquenter l’Océan Indien en Juillet, il vaut mieux avoir un style "musclé")

Ceux-là, je (nous) les ai rencontrés "au beau milieu" de l’Océan Indien, à abord du grand vraquier belge Belval. Ce n’est pas encore dans les pages de "souvenirs de mer d’ailleurs. C’est sans doute un tort. ("... et dans ce cas le tort tue..." disait le Cdt Axel Steenstrup à bord de l’Internavis II)
Nous faisions route de l’Australie vers la Belgique (avec "un plein" de charbon) et un soir peu avant minuit heure du bord, nous avons été "interpelés" à la VHF par une petite voix en Français avec un fort accent Italien.
- "Vous nous voyez ?" Ils demandaient. Non...
- "Nous on vous voit ! Vous êtes énorme !" (ça oui ! Le Belval resta longtemps le plus gros et grand navire belge, longueur 299 m)

Le vraquier Belval

Avec la forte houle d’Ouest et le vent puissant, apercevoir leur courte mâture et la voilure réduite, ce ne fut pas immédiat. Nous avons entamé une longue conversation VHF. La passerelle fut peu à peu envahie par le bon peuple du Belval, puis notre Cdt aussi est venu voir. Après les présentation, il posa "la question qui tue" :
- "Ca va ? Vous n’avez besoin de rien ?" Dans cette zone, les plaisanciers sont très rares... Elle est de fait réservée à "une certaine élite".

Mer forte

Ceci m’a rappelé, dans un tout autre genre, les gars de San Pedro. Mais cette fois non ! Ils n’avaient besoin de rien de plus que notre conversation. Mais peut-être demanda le skipper, que si... Une petite retransmission de messages à leurs proches en Italie était possible car leur équipement radio était un peu "insuffisant" en ondes courtes en Océan Indien...

Les "voileux" avertis se doivent de partir bien équipés en radio...
(avec cet ensemble E/R Skanti TRP 8250 par exemple)

C’était aussi une bande de 6 copains qui faisaient le tour du Monde sur un ketch de 18 mètres. Rien qu’à les voir de plus près, c’était sûr qu’ils n’avaient pas besoin de secours ! Rien ne fut plus facile que de les satisfaire, je leur ai même organisé avec un "savant bricolage" entre notre Satcom et la VHF du local radio, quelques conversations téléphoniques chez eux. Ca, ils n’osèrent pas nous le demander.

Un Satcom Inmarsat A - En 1979 déjà...

Au cas où, nous avions fait une descente en allure avant de les voir et c’est très lentement que nos routes se sont croisées. Avant de se quitter le Cdt demanda une dernière fois :
- "Vous n’avez réellement besoin de rien ?"

Cambuse basse

Ils dirent avoir rêvé de quelques vins et alcools car "on est un peu juste", mais que tout de même... Taratata, ce fut chose faite !
Une grosse "bouée postale" fut montée et lancée dare-dare, "à la Flamande", car on n’osa pas trop se rapprocher, avec cette houle. Effectivement, un virement bancaire Italien avec une somme correspondante tomba deux semaines plus tard sur le compte du "service restau" de l’UBEM. C’était "à nos risques et périls", ça aussi. Comme disait leur skipper, "ce fut un plaisir de vous rencontrer..."

Le vraquier Belval

Ca oui ! Le gars essayait de draguer notre Chief-Stewardess* à la VHF, il a même réussi à avoir son adresse, c’est dire ! Je suis sûr que si la météo et les conditions du moment lui avaient permi de monter à notre bord ou inversement...
* Elle était d’origine Italienne de Charleroi, ça tombait bien...

Ceux-là aussi aiment se faire ravitailler en mer...
(il est peu connu que les dauphins et les marsouins aiment aussi jouer avec le bulbe des navires de commerce, durant mon temps libre, j’adorais me rendre à l’avant pour les observer)

Tous les "routards de la mer" ne se ressemblent pas.

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR 1
- REVUE de PRESSE consacrée à la VOILE MODERNE
- ACCES aux ARCHIVES des REVUES de la PRESSE MARITIME et AERIENNE
- La Mondialisation vécue au large 1ère partie (le 22 Novembre 2008)
- La Mondialisation vécue au large 2nde partie (le 24 Novembre 2008)

- REVUE de la PRESSE de la Piraterie Maritime (m.à.j. régulière)
- "Avurnav" du NATO Shipping Center (m.à.j. permanente, voyez "à quoi sert l’OTAN")
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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


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