Souvenirs de mer

1er décembre 2006

PIRATERIE en Polynésie : Qui étaient les Rorique ? 3/3

Voici la dernière partie de cette histoire folle de piraterie survenue en 1891 à partir de la Polynésie Française.
- Ces deux marins étaient exceptionnels pour le meilleur et pour le pire.
- N’y a-t-il pas là une terrible erreur judiciaire ?

(revu le 17 janvier 2009, nouveau commentaire reçu)
- Coup de théâtre !

L’affaire des frères Rorique est presque oubliée aujourd’hui, je suis donc "tombé dessus" par hasard en Octobre 2006.
- Cet article est aussi la suite d’une galerie de portraits insolites de personnages très hauts en couleurs :
- PIRATERIE en POLYNESIE en 1891 - 1/3
- PIRATERIE en POLYNESIE en 1891 - 2/3

Chateau de Brest

Alors que le côté insolite, maritime et mystérieux de l’affaire commençait lentement à attirer l’attention d’un large public intéressé par tout ce qui est maritime et aventureux, soudain ce fut le coup de théâtre...
- Exactement comme aujourd’hui, à bord de n’importe quel navire en de commerce en manoeuvre d’arrivée, le pilote du port et le capitaine à Brest comme ailleurs, engagent généralement une conversation de salon ou de comptoir de café, qui se poursuit durant chaque temps mort de la conduite du navire jusqu’à son quai.
- Vous devinez donc quel en était souvent le sujet, pendant le procès des frères Rorique !
- D’autre art il arrive aussi fréquemment que le pilote amène à bord un journal local, qu’il dépose en passerelle sur la table à carte. En 1893 les photos publiées dans la presse quotidienne étaient d’autant plus un objet d’attention, que c’était une grande innovation technique, plus récente et encore plus retentissante que le téléphone, qui date de 1880...

Brest

C’est pourquoi le Cdt Smet d’un navire Belge de passage s’écria soudain en voyant la tête des Rorique en première page :
- "Mais enfin, je les connais !!!" (ou quelque chose comme ça car je jure que je n’étais pas à bord...) Il fut bien sûr, ensuite invité à "préciser" tout cela aux autorités locales.
- Alors, ce fut la stupeur générale. Enfin on savait...

Nous savions qu’en toutes occasions les Rorique savaient se faire apprécier, mais leur identité inconnue et mystérieuse incitait naturellement à supposer le pire en matière de CV maritime. Pourtant, il n’en était rien !
- Leur nouvelle identité fut vérifiée avec le plus grand soin en consultant les autorités Belges jusqu’à Ostende. Ce fut vite sans contestation possible ni appel. Personne ne s’attendait à cela, et cette information ne fut acceptée que devant des preuves absolument incontestables venues de leur ville d’origine, située assez loin du Transvaal....
- Léonce Degrave (Alexandre Rorique) l’aîné est né à Ostende le 10 Mai 1854 et son frère Eugène (Joseph) est né aussi à Ostende le 4 Mais 1865.
- Pour commencer, ils étaient les fils de Jacques Tilleman Degrave et de Clémentine De Bruyne, de bons bourgeois d’Ostende bien connus sur place... D’autre part, il y avait un troisième frère moins aventureux, Eugène Degrave, agent de change à Anvers qui tenta tout par la suite pour essayer d’arranger l’affaire....

La stupéfaction tomba autant sur cette famille honorable, que sur les autorités Belges et Françaises. Démasqués, les deux frères confirmèrent immédiatement et en tout point tout cela en complétant même avec précision le tableau, tout en maintenant très fermement leur version des faits.
- Pourquoi cachèrent-ils si longtemps leur identité ? C’était en effet "s’enfoncer" délibérément !

Chacun de leur côté, ils expliquèrent à leur façon très personnelle leur seule motivation, tout simplement protéger l’honneur et la réputation de leur famille, à commencer par leur mère dont ils craignaient qu’elle ne meure de chagrin à cause de cette affaire. Ainsi, plus ils se voyaient "coincés", plus ils s’accrochaient à leur "anonymat".
- Il faut le reconnaître, cette situation était terrible. Sans doute très lucides devant l’attitude du tribunal, ces fils de bonne famille assumèrent pleinement le fait qu’il leur serait extrêmement difficile de prouver leur bonne foi devant toutes les apparences de la situation.
- Qui étaient-ils réellement ?

Ostende, le front de mer

Pendant son service militaire à Liège, le jeune Léonce (Alexandre) sauva un soldat tombé dans un canal en y sautant pour le récupérer, le 30 Janvier 1874. Pour cela, il obtint la médaille d’argent du sauvetage.
- Dans la même année et toujours à Liège dans les mêmes conditions, il obtint une seconde médaille du sauvetage. C’est ainsi qu’on lui attribua une bourse d’étude pour suivre le cours d’élève-pilote au Pilotage du port d’Anvers. Il s’en tira de surcroît avec tous les éloges.
- Ensuite, Léonce fit le cours et passa son examen de Lieutenant au Long Cours en 1882. Il embarqua à bord des 3 mâts Euclide et Carvilaire, puis Wilhelm und Albert et le vapeur Castel Pak. Il navigue alors avec Eugène (Joseph), son jeune frère qui venait aussi de passer son examen de Lieutenant au Long Cours.
- En 1883 le 8 Septembre il sauva un matelot mécanicien tombé de son navire anglais le Knight Templar, obtenant ainsi une troisième médaille, remise cette fois par le Roi Leopold II en personne.

En 1885 ils achètent un grand chalutier à vapeur moderne avec leurs économies et l’aide de la famille. Avec le "Degrave" ils navigueront ensemble plusieurs années au large dOstende. En Octobre de la même année lors d’une mémorable tempête près de Doggerbank ils sauvent l’équipage complet d’un 3 mâts Norvégien désemparé et demâté, en osant mettre à l’eau une chaloupe et aller ainsi chercher tout le monde.
- Je crois qu’il fallait "oser" le faire, surtout à l’époque. C’est quelqu’un qui a déjà vu mettre une embarcation à la mer par très mauvais temps qui vous l’écrit...

Alors ce fut la consécration, d’autant plus que quinze jours plus tard, ils sauvèrent aussi le brick "O’Hansborg", "one more time" & encore un Norvégien ! avec équipage, coque et cargaison retrouvée intacte ! Ceci arriva après un très violent démâtage suivi par une forte voie d’eau qu’ils surent colmater dans des conditions surréalistes en venant à bord et en le remorquant ensuite...
- Pour cela, le Roi de Suède et de Norvège (la Norvège n’était pas encore indépendante) est venu spécialement pour décorer les frères Degrave, accompagné par le Roi des Belges* Léopold II qui commença donc à bien les connaître...
- Jointe à la Médaille de Suède du sauvetage, ils reçurent donc aussi la Croix Civique Belge lors d’une cérémonie en grande pompe.

Brick Goelette (fin du 19ème siècle)

Quelle que soit la valeur des hommes, la chance peut tourner. En 1887 leur navire le "Degrave" fut détruit dans un incendie à quai à Ostende. Mal assurés, ils n’eurent pas les moyens de le remplacer autrement que par un plus petit mal équipé de surcroît, le "Tib-Doig". Il se perdra à la fin de l’année, échoué dans le mauvais temps aux îles Shetland.
- Ils ressentirent très mal le fait de n’avoir presque rien touché successivement pour le sauvetage du brick "O’Hansborg" et lors de l’incendie du Degrave. En effet le brick en perdition n’ayant pas été abandonné par son équipage. Etant de ce fait ainsi remorqué, l’armateur Norvégien ne fut pas très "gentleman" et rien dans le droit ne l’y obligeait... Pourtant, les frères Degrave avaient tout risqué pour le faire.
- Totalement ruinés par ces deux pertes successives, ils retournèrent naviguer parfois ensemble au Long Cours. Léonce embarqua à bord du vapeur Schelde et Eugène sur le 3 mâts Andrew de Anvers vers Philadelphie et Port St-Louis du Rhône. Ils firent ensuite ensemble la ligne vers les USA côte Ouest successivement à bord des 3 mâts Lord Raglan et North Western.
- Débarquant à San Francisco, avec leur pécule ils y préparèrent le brevet local de Capitaine au Long Cours à l’école Taylor, fort renommée à l’époque.

Les Iles Marshall, aujourd’hui pavillon de complaisance associé au Libéria (Reston Virginia)

Ils embarquèrent comme officiers alors jusqu’aux îles Marshall avec le grand sloop US "La Minerve" car la voile restait leur vraie passion. Cet intérêt pour la navigation à voile fut probablement la première cause de leurs malheurs. Ce voyage les mena ensuite jusqu’au Japon pour revenir finalement à Ostende durant quelques mois puis ils finirent par se retrouver... Bloqués à Londres par la grande grève des gens de Mer Anglais en Avril 1890.
- Déjà à l’époque ! Les marins Anglais protestaient contre l’embauche par de nombreux armateurs, de marins étrangers payés beaucoup moins cher...
- Ceci doit nous rappeler quelque chose !

J’ai déjà écrit ici que le secteur Maritime fut le premier durement touché par l’horreur économique de la Mondialisation qui on le constatera, ne date pas d’hier. En 1978 on nous disait que c’était nouveau et exceptionnel, seulement pour "certaines catégories de navigants"...
- Les armateurs Anglais durent céder et un stevedore leur donna des "vrais-faux" papiers sous les noms de Alexandre et Joseph Rorique, pour pouvoir au moins naviguer "à l’équipage", dont l’identité était alors fort peu vérifiée à cette époque, moins que celle des officiers.

Ile Jaluit, atoll constitué par 91 îlots dans les îles Marshall

Ils embarquèrent à bord du vapeur Umlazi pour débarquer à Natal (SA) et s’enrôler à bord du 3 mâts Raven en partance pour Sidney. Là ils embarquèrent à bord du Vagabond où ils se firent arnaquer par son capitaine malhonnête, d’où le certificat attroce cité il y a peu...
- Ruinés pour la seconde fois, ils durent naviguer à bord d’un autre navire de désastre le 3 mâts General Brash, pour faire naufrage sur les récifs de l’Ile Jaluit et être déposés à Penrhyn par leurs sauveteurs Allemands.
- La boucle était alors bouclée car c’est de là que la goelette Jessie Nicholls les transporta à Rarotonga...

Penrhyn, la plus Nord de l’archipel des Îles Cook

Il est peu dire que lorsque tout ce que je viens de résumer fut connu à Brest et ailleurs, la stupeur fut général et... Le doute s’insinua peu à peu partout !!
- L’avocat commis d’office eut enfin ce qu’il lui fallait pour contrer avec force et talent une accusation dont le dossier n’était finalement pas très solide, en tout cas pas plus que le récit surréaliste des frères pour justifier la situation insolite et "pas très régulière" de la goelette Niuroahiti.

Le doute devint vite total sauf au sein du Tribunal Maritime, et la sympathie générale des médias et du public fut vite gagnée.
- Comment ces deux héros pouvaient-ils être des pirates ? L’affaire commença donc à faire grand bruit sur toute la presse Française et bien sûr en Belgique ! Une grave querelle Franco-Belge commença.

Rapidement à Ostende un Comité de Soutien fut créé et animé par Auguste le troisième frère, qui y laissa peu à peu sa santé. D’autre part même le Roi Leopold et son Premier Ministre, accompagnés par de nombreux notables et par l’Ambassadeur de Belgique à Paris, cautionnèrent personnellement l’action du Comité.

Léopold II second Roi des Belges et Roi du Congo

Le Roi des Belges Léopold II a laissé un très souvenir très sombre en Afrique Centrale, sur lequel des livres sont publiés depuis les années 2000, pour "déterrer" les plus sinistres squelettes fort bien cachés dans les caves de la Belgique d’autrefois. Pour résumer, ce qui se passait au Congo Belge à l’époque sous l’autorité de Léopold II, est l’équivalent Belge du bagne de la Guyane Française, mais en gagnant beaucoup d’argent en plus.
- Cela dit en prenant ainsi la défense de ses deux concitoyens d’Ostende, il fut parfaitement dans son rôle de Chef de l’Etat.

Ainsi, l’affaire devint rapidement une énorme crise diplomatique qui empoisonna durablement toutes les relations Franco-Belges. Ce n’était pas le moment, à cause des relations orageuses avec la Grande Bretagne et le tout nouveau Empire Allemand. Le climat diplomatique Européen était en effet naturellement très "chaud" à cette époque...

Le gouvernement Français s’inquiéta sans pourtant céder d’un poil, car le Tribunal à Brest restait "cabré sur sa position" simple :
- Coupables !

Le Président Sadi Carnot, assassiné le 24 Juin 1894 lors d’une visite officielle

Ils furent déclarés coupables et condamnés à mort en Janvier 1894 puis graciés par le Président Sadi Carnot. Leur peine fut commuée d’urgence en condamnation au Bagne de Cayenne. En effet le Président de la République ne pouvait légalement et directement agir que par ce moyen. A l’époque, le Président ne pouvait pas faire pression sur la justice.

Sadi Carnot tenta donc de gagner du temps afin de pouvoir étudier lui-même l’affaire, car peu à peu il s’était convaincu de leur innocence à titre personnel.
- Le Président Carnot souhaitait que ce procès inique, disait-il une fois renseigné, soit révisé dans d’excellentes conditions, ce qui fatalement prendrait du temps. Il aurait alors su tout arranger pour les Degrave et... Rétablir les bonnes relations avec la Belgique pour qu’elle reste neutre.

Situer, observer et connaître le bagne...

Mais comble de malchance, Sadi Carnot n’avait pas que cette affaire à traiter et n’eut que le temps de faire en sorte de retarder de quelques mois leur transfert en Guyane pour faire organiser un nouveau procès.
- C’est à ce moment qu’il fut assassiné d’un coup de poignard le 24 Juin 1894 durant une visite officielle... Pendant la 3ème République, la fonction de Président était très dangereuse. Ce fut un coup terrible pour la France d’alors, mais aussi pour les Degrave qui perdirent leur premier et solide allié.

Embarquement des forçats (la croisière s’amuse...)

En 1894, Casimir Perier fut élu Président de la République à la suite de l’assassinat du Président Sadi-Carnot. Mais, une autre terrible malchance, sous son mandat débuta l’affaire Dreyfus qui naturellement "parasita" la situation des Rorique.
- D’autre part Casimir Perier était dépressif et très mal à l’aise dans ses fonctions. Il démissionna le 16 janvier 1895 puis se retira totalement de la vie politique. Plus ou moins "rétabli" par la suite, il refusa cependant la proposition du président Émile Loubet de former un gouvernement en 1899. Casimir Perier est mort en Mars 1907.
- Le second malheur des Degrave fut que Perier ne s’occupa pas du tout d’eux, en grande partie à cause de l’affaire Dreyfus qui mobilisa toute son énergie, mais aussi de ses soucis plus personnels.

Le Président Casimir Perrier, démissionnaire en Janvier 1895

Mais le pire arriva avec le nouveau Président Félix Faure*. Celui-ci se foutait cordialement de leur triste sort et encore plus de faire plaisir à la Belgique...
- Il se déclara vite personnellement "anti-Rorique". Etait-ce à cause de ses nombreuses relations avec le milieu des armateurs ? En janvier 1895 il était en effet Ministre de la Marine et très impliqué dans les fameuses primes (aujourd’hui on dit "subvention") accordées aux armateurs des grands voiliers. Celles-ci permirent la construction des derniers, des plus grands et des beaux grands voiliers français au début du 20ème siècle.

C’est ainsi qu’à la fin de 1894 les Degrave se retrouvèrent à Cayenne après un voyage de cauchemar, en étant séparés de surcroît par des gardiens spécialement vigilants et méfiants envers "ces deux très dangereux pirates".
- On craignit même qu’ils n’aient une dangereuse influence à bord, durant la traversée, ils furent donc totalement isolés. Les forçats étaient en général considérés comme extrêmement dangereux. Mais eux l’étaient encore plus, ce qui n’était pas peu dire.

Le Président de la République Félix Faure
(ce bienfaiteur des Armateurs à la Voile est décédé à l’Elysée "dans l’exercice de ses fonctions" en 1899)

Nous savons aujourd’hui ce que fut le fameux bagne de Guyane, on n’est pas là vraiment, dans la rubrique "Prestige de la France"... Si cet "établissement" n’avait rien "d’industriel" ni de prémédité contrairement à ce que furent ses cousins les camps nazis, le sort des pensionnaires n’avait rien de moins pour enlever tout espoir...
- L’espérance de vie statistique y était presque aussi faible.

Au "travail" au bagne de Cayenne

Léonce Degrave est hélas mort des mauvais traitements en 1898, alors que les nombreux comités de soutien Français et Belges étaient sur le point de réussir à les sortir de là et à obtenir une révision du procès.

Eugène fut libéré le 3 Septembre 1899 juste après le décès remarqué de Félix Faure qui "décoinça la situation". Définitivement gracié par le nouveau Président Loubet qui pensait comme Sadi Carnot et termina son action, Eugène revenait de loin, car il était alors fort mal en point. Il mit même plus d’un an à s’en remettre.

Au "travail" au bagne de Cayenne

Le Comité de Soutien en Belgique aidé par le Roi lui trouva un job stable et calme à Zeebruge où il prit tout le temps nécessaire pour retrouver la santé et la forme, autant que faire se pouvait. En fait, il ne put jamais se remettre totalement.
- Mais l’appel du Grand Large est puissant, car Eugène laissa donc tout tomber pour retourner naviguer. Il finit par s’établir à San Francisco après un nouvelle vie d’aventure durant laquelle il devint riche pour presque tout perdre une troisième fois...
- De San Francisco, il envoya un courrier menaçant au Cuisinier Mirey pour lui dire que sa mort viendrait d’Amérique dans le futur. Il ne fit rien d’autre mais la justice immanente frappa Mirey. Il attrapa la fameuse "grippe Espagnole" en 1920, "importée" par un vapeur venu de Californie qui desservait Tahiti...
- Eugène Degrave est mort à San Francisco en 1921, probablement mal soigné des ennuis de santé consécutifs à son séjour à Cayenne.

Tout le monde n’est pas à la peine, au bagne de Cayenne

Pour l’anecdote, il est impossible de ne pas constater que le traitement judiciaire de l’affaire Rorique-Degrave fut gravement "parasité" par l’affaire Dreyfus, dont on sait quel retentissement elle eut durant plusieurs années dans toutes les directions.
- Le pauvre Dreyfus mobilisa alors à son corps défendant grâce à Zola, presque toute l’énergie d’indignation de l’opinion publique. De fait, les deux frères en firent au moins autant les frais que le capitaine Alsacien.

Pour la "petite histoire" d’autre part, plusieurs fois déplacés pour effectuer de durs travaux d’entretien des locaux en plusieurs points du bagne, l’un après l’autre, les Degrave eurent l’opportunité de contacter Alfred Dreyfus de courts moments malgré son isolement presque total. Celui-ci était officiellement "au secret", mais Eugène put ainsi faire passer quelque messages officieux dans les deux sens pour la famille de Dreyfus...
- Ceci fut un exploit de plus car tous les trois étaient des "cas spéciaux", très spécialement "tenus à l’oeil".

Le camp de vacances est aujourd’hui fermé...

Comment ces deux marins exemplaires et anticonformistes pouvaient-ils être des pirates faussaires et assassins ?
- Que penser du fond de l’affaire ? Il s’est certainement passé quelque chose de grave (jeu de mots non prémédité) à bord de la goelette Niuroahiti.
- Mais quoi ? Aujourd’hui il est impossible de savoir ce qui leur est exactement arrivé. Il ne nous reste que des spéculations un peu hasardeuses sur le possible ou le probable. Je ne serais pas surpris si un jour il nous était confirmé que l’ambiance à bord de la Niuroahiti était très mauvaise et qu’un conflit stupide d’intérêt commercial ou d’incompatibilité d’humeur entre de fortes personnalités a dégénéré tragiquement...
- Avec une mauvaise ambiance à bord à bord, n’importe quoi peut arriver en mer. Ceci risquait probablement d’arriver. J’ai beaucoup écouté les autres navigateurs en naviguant, je sais donc que les Polynésiens "ne sont pas toujours très faciles à vivre" pour des Européens peu habitués et manquant de patience...
- Mon propre frère qui vit à Papeete depuis 1985, peut d’ailleurs en raconter beaucoup sur le sujet...

Malgré la situation accablante de leur arrestation, le doute demeurera longtemps, compte tenu de tout ce que nous savons d’eux. Quoi qu’il soit arrivé réellement, dans le pire des cas je reste convaincu que cet acte de piraterie (si c’est ce qui s’est réellement passé) n’était pas volontaire et encore moins prémédité.

C’est aujourd’hui fermé... Heureusement.

Les frères Rorique-Degrave avaient en France un soutien médiatique de poids qui est aujourd’hui trop oublié, dès le début de l’affaire. La grande Journaliste Séverine était très célèbre à l’époque et sa plume était très lue.
- Il faudrait qu’elle revienne, comme Pierre Lazareff !
- Séverine s’occupa d’Eugène en personne immédiatement à son retour en Europe, l’accueillant à son débarquement en décembre 1899, jusqu’à le reconduire elle-même à Ostende après avoir supervisé ses premiers soins.

Portrait de Séverine la journaliste en 1900

Le bagne était en 1900 un sujet tabou et ce qu’il s’y passait était fort mal connu "à l’extérieur". Surtout, je suppose que personne n’en était très fier dans l’administration !
- Indifférence et Inertie, rien de nouveau sous le Soleil...

Nous croyons trop souvent que le premier Grand Témoins fut Albert Londres, qui sut dénoncer le bagne avec force et une plus grande audience. C’est une erreur ! Le premier à raconter par écrit tout ce qu’il s’y passait fut Eugène Degrave aidé par Séverine la journaliste indignée. Ensemble ils écrivirent :
- "Le bagne" paru chez Stock à Paris en 1901 et fort malheureusement non ré-édité depuis trop longtemps. Albert Londres s’en inspira très certainement avant d’aller lui-même sur place pour s’assurer ainsi de ce qu’il pouvait penser et dire sur le sujet. Si vous avez lu "le bagne" et le récit d’Albert Londres, vous le constaterez.

Si les très mauvais traitements infligés aux criminels qui se sont fait prendre, ça faisaient revenir les victimes, cela empêchaient la récidive, faisaient repousser les cheveux des chauves ou guérissaient le Sida, depuis 1901 et même bien avant cette affaire, cela se saurait...
- Etre capturé et longuement isolé de tout, c’est passer à son tour dans le camp des victimes. Il fallait ne pas se faire chopper, ou ne pas pêcher...

Je suis aussi obligé de le dire, lorsque certains criminels deviennent victimes de la peine de mort, cela me fait rarement de la peine. Bon débarras ! Mais le vrai problème sera toujours le suivant :
- En cas de doute ou d’erreur, "battre en arrière" est alors extrêmement difficile... Pour cette première raison je n’en suis pas partisan.

A mon sens, tout soupçonnés de piraterie qu’ils furent, Léonce et Eugène Degrave étaient d’abord et surtout, des grands Marins, des marins d’exception et aussi des champions de malchance.

Bien navicalement - Thierry BRESSOL - OR 1
- PIRATERIE en POLYNESIE en 1891 - 1/3
- PIRATERIE en POLYNESIE en 1891 - 2/3
- PIRATERIE en POLYNESIE en 1891 - 3/3
- Quelques VRAIS PIRATES
- Piratologie Marine
- Accès aux bonnes pages Internet consacrées aux pirates
- Henrique Galvao, le pirate sans but lucratif.

Merci aux sites :
- A propos de la grande journaliste Séverine
- Séverine et rébelion
- On trouve également Séverine via Google et Wikipedia.
- Polynésie géographie
- Polynésie histoire
- Air Tahiti Nui
- La Cie de l’Aranui
- Mensuel Tahiti Pacifique

- Le Président Carnot
- Le bagne

Note *Roi des Belges : La fonction de Roi en Belgique est ainsi nommée, un peu comme le Roi Louis-Philippe se faisait appeler "Roi des Français" et non pas "Roi de France". Nuance !!

Note "Président de la République" (c’est la saison je crois savoir...) :
- Durant la IIIème République (1871/1940), le statut de la fonction n’était pas "prépondérant" comme aujourd’hui en 2006. Ce Président était élu par le Congrès (Chambre + Sénat) tous les 7 ans, sauf en cas de démission ou d’accident du travail....
- Un peu comme le Roi des Belge, le Président de la "Troisième" avait surtout "du poids" représentatif et des pouvoirs importants, mais il ne gouvernait pas lui-même. Il nommait le Premier Ministre pour s’en charger, conformément aux résultats des élections à la Chambre et... Aux négociations de marchands de tapis qui pouvaient en être la conséquence.

Le Président Emile Loubet (de 1899 à 1906)

- Note Félix Faure* :
- Industriel prospère du Havre, Félix Faure décide de se lancer dans la politique.
- 1870 : élu au Conseil municipal du Havre.
- 1881-1895 : député républicain modéré au Havre et ministre plusieurs fois.
- 1895 (17 janvier) : élu Président de la République, après la démission de Jean Casimir Perier (Il a été dit qu’il fut élu président car il représentait le choix le moins dérangeant pour l’ensemble des partis)
- Il fut dit de Félix Faure qu’il était plus célèbre par sa mort que par sa vie, car il mourut accidentellement au palais de l’Élysée le 16 février 1899, dans les bras de sa maîtresse.
- En 1897, il rencontra, à Chamonix, Marguerite Steinheil, épouse du peintre Adolphe Stenheil auquel fut confiée une commande officielle. De ce fait, Félix Faure se rendait souvent Impasse Ronsin, à Paris, à la Villa "Le Vert Logis" où résidait le couple Steinheil. Bientôt, Marguerite devint la maîtresse de Félix Faure et le rejoignait régulièrement dans le "salon bleu" du Palais de l’Elysée.
- Le 16 février 1899, Félix Faure appela Marguerite au téléphone et lui demanda de passer le voir en fin d’après-midi. Quelques instants après son arrivée, les domestiques entendirent un coup de sonnette éperdu. Ils trouvèrent le président très souffrant et allongé sur un divan, tandis que Marguerite Steinheil rajustait ses vêtements en désordre. Félix Faure décéda quelques heures plus tard.
- On raconte que le médecin qui arriva à son chevet demanda :
- "Le Président a-t-il toujours sa connaissance ?. Un domestique lui répondit :
- "Non, Monsieur, on l’a faite sortir par la petite porte rue de Marigny."
- Marguerite Steinheil fut alors surnommée « la Pompe Funèbre »...
- Clemenceau aurait dit de lui (mot rapporté sous diverses formes) :
- « Il voulait être César, il ne fut que Pompée », allusion au goût du président pour le faste républicain-monarchiste dont les satiristes de l’époque avaient coutume de se moquer. Il fut aussi surnommé le "Président Soleil" par exemple, à cause du superbe carrosse noir et républicain utilisé pour certaines cérémonies officielles. Il portait les belles et grandes lettres en or : "RF"...
- Félix Faure est inhumé au cimetière du Père-Lachaise où il demeure un des pensionnaires les plus visités et admirés, ne serait-ce que pour sa belle mort.

Alfred Dreyfus

Note Alfred Dreyfus : Plus complexe que cette affaire, il faut chercher !!
- J’ai eu un petit scoop il y a quelques années. On savait que Dreyfus était très rigide et super-discipliné. Pour lui l’armée et sa hiérarchie était tout. Quelle trahison il a subi... Il avait un tel caractère, que sa famille s’est parfois demandé de quel bord il se serait situé, s’il n’avait pas été lui-même au centre de "l’affaire"...
- Plus étrange est l’indulgence envers Esterhazy à la "fin de l’affaire". Il semble bien qu’à l’origine de toute cette histoire, se trouve une sombre et sournoise opération d’intoxication montée pour faire croire aux Allemands des "sottises techniques", en les laissant s’emparer de quelques documents très importants mais.... "préparés".
- L’affaire aurait évolué de façon imprévue, mais en s’acharnant sur l’Alsacien Dreyfus, "on" était beaucoup plus convainquant. Les adversaires furent donc roulés dans la farine et... "Tant pis pour Dreyfus !" devait-on penser chez Mercier.
- C’était pas très "gentleman" tout ça...
- J’ai promis de ne pas dévoiler ma source, mais en cherchant bien avec notre ami Google, cet aspect de l’affaire Dreyfus "transparaît". Il y aurait même un livre, dont je suis surpris qu’il soit passé inaperçu...
- La liste des sottises faites par les services secrets en France comme ailleurs sous tous les régimes, est beaucoup plus longue que le Danube. Il n’y a qu’aux Etats-Unis qu’on ose le reconnaître, le publier et parfois sévir...
- Dans la France de 2006, certains "politiques" devraient se souvenir que ce service public que constituent les "services spéciaux", n’est pas destiné à "servir" pour régler des comptes personnels, mais à protéger la population...
- Service Public n’est pas Sévice Public...

Merci aussi aux utiles rappels de Wikiedia pour me souvenir correctement d’une chronologie un peu difficile...

Symbole de l’accueil du site

Commentaire-questions reçues le 17 Janvier 2009 :
- To : thierry.bressol286 orange.fr
- Sent : Friday, January 16, 2009 7:00 PM
- Subject : Piratrie Frères RORIQUES/DEGRAVE
Hello !
- 1/ Cette affaire (et des infos complémentaires) vous est-elle toujours
d’actualité ?
- 2/ Il ne semble actuellement pas possible "d’ajouter" un nouveau commentaire sur le Forum de votre site ! Quid ?
- 3/ Il m’intéresserait part ailleurs de savoir, si qlq. possède de plus
amples info à propos du dénommé DE GRAEVE Eugène, Auguste, (alias Joseph RORIQUE), né à Ostende le 04 mars 1865 et décédé le 28 juillet 1924 qui a épousé en 1904/05, (au Havre ?) une fille d’excellente famille nommée MENEGANT Hospita, dont le frère (nom ignoré) était capitaine au long cours et occupa un poste important à la direction du port du Havre.
Ce couple eut une fille, (nom ignoré) qui aurait elle-même épousé un
officier de marine français.
Merci d’avance. Amiral
— Envoi via le site Souvenirs de mer —

- Effectivement ! Je n’ai pas trouvé d’autre solution technique que cette
mesure provisoire. Si je "libère" la fonction "commentaires", le lendemain je trouve toujours au moins 20 spam de publicité sous l’article...
- "C’est 15 minutes" obligatoires pour remettre de l’ordre ! J’ai d’ailleurs fait une note (trop courte !) sur ce problème sur la page d’entête du site et :
- Lire le Journal de bord du site ! Je cherche une solution technique, mais l’éditeur de pages Internet Spip n’est pas (encore) équipé d’une fonction anti-troll automatique. Affaire à suivre...

J’espère avoir su résumer tous les aspects de l’affaire Rorique, et je suis (peut-être) le seul à l’avoir fait, à ma grande surprise d’ailleurs. Des membres de la famille sont intervenus et ce n’est probablement pas fini.
- Si d’autres informations se présentent, je suis votre serviteur !
- Il suffit de m’écrire.

Le 3 décembre 2006 : PIRATERIE en Polynésie : Qui étaient les Rorique ? 3/3

CA C EST DU STYLE !!! DU JACK LONDON AVEC INTERNET ....
OM

PIRATERIE en Polynésie : Qui étaient les Rorique ? 3/3 5 décembre 2006, par Thierry BRESSOL

Jack London !! C’est trop d’honneur !

Il vient de m’être rappelé que le Roi Léopold II a de gros squelettes dans ses placards, au Congo ex-Zaïre surtout. C’est surtout connu sur place et en Belgique bien sûr.

Effectivement sa réputation est un peu trouble. Mais tel n’était pas le sujet de l’article. Le fait demeure qu’il a fait son travail de Chef de l’Etat, en tentant de défendre deux de ses concitoyens qui étaient vraiment "dedans". Pour le reste, c’est une autre histoire.

D’autre part, la galerie de portraits de Présidents de la 3ème République n’était pas "préméditée". L’affaire a fort mal évolué à cause d’une chronologie historique pour le moins "malheureuse" et surtout pas très simple... Il m’a donc semblé utile de détailler la chose. D’autre part, évoquer Félix Faure restera longtemps un vrai plaisir. Celui-ci avait "de la présence".
Bien navicalement - Th Bressol


Le 23 août 2007, Emmanuelle : PIRATERIE en Polynésie : Qui étaient les Rorique ? 3/3

Bonjour,

je suis heureuse de vous annoncer que mon conjoint s’appelle François Degrave et est un des descendants (pas direct) de Léonce et Eugène Degrave. Le père de mon conjoint, Jean-Paul Degrave se souvient encore que lorsqu’il était enfant, on lui interdisait d’en parler sous peine d’une punition. C’est intéressant de découvrir cette histoire à travers vos recherches...

Merci beaucoup

Emmanuelle

PIRATERIE en Polynésie : Qui étaient les Rorique ? 3/3 2 novembre 2007, par koen

Chère Emmanuelle,

Veuillez d’abord m’excuser pour mes fautes contre le français mais je suis flamand et il y a longtemps que j’ai encore du écrire en français...
L’histoire des 2 frères Degrave m’intéresse beaucoup et c’est une grande surprise -qui me fait beaucoup de plaisir- d’apprendre qu’il y a encore des descendants vivants des 2 ’pirates’. Je voudrais bien parler aux personnes qui ont encore ’connu’ -même de loin- Léonce et Eugène. Est-ce que le père de François (ou vous-même) habite en Belgique et est-il possible de se rencontrer ? Vous pouvez me contacter à : verweirder.koen telenet.be.

Merci,
Koen


PIRATERIE en Polynésie : Qui étaient les Rorique ? 3/3 23 janvier 2008, par Emmanuelle

Bonjour,

je viens de mettre la main sur le livre écrit par Eugène Degrave (Le bagne : l’affaire Rorique)... je l’ai offert à François (arrière petit neveu d’Eugène) qui se montre très impatient de découvrir l’histoire de son ancêtre. Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant des découvertes que nous ferons à la lecture de cet ouvrage, ou ailleurs...

Merci encore car ce site a été le point de départ de nos découvertes à propos de cette histoire passionnante !

Emmanuelle

PS pour Koen (Veuillez excuser cette réponse fort tardive) : Nous habitons effectivement en Belgique (le père de François a d’ailleurs grandi à Ostende), mais nous ne pouvons malheureusement apporter aucun élément nouveau à votre connaissance, tellement cette histoire a été tue, jusqu’ici, au sein de la famille.


PIRATERIE en Polynésie : Qui étaient les Rorique ? 3/3 23 janvier 2008, par Thierry BRESSOL

Merci Emmanuelle,

S’il y a une information intéressante, suis "amateur" !
C’est une histoire terrible.

Bien amicalement
Thierry BRESSOL R/O
http://souvenirs-de-mer.blogdns.net/
http://marine-inconnue.blog.20minutes.fr/



PIRATERIE en Polynésie : Qui étaient les Rorique ? 3/3 26 janvier 2008, par jacdegrave

Bonjour Emmanuelle,
Je m’appelle Jacqueline De Grave et ma famille est originaire d’Ostende. En faisant des recherches généalogiques, je suis tombée sur l’affaire des Frères Rorique. Ma nièce Céline De Grave, de Waterloo, connait bien François et m’a fait rencontré Jean-Paul lors du dernier concert de l’OSEL en décembre. J’ai reconstitué mon arbre gén, de même que celui des 2 frères Rorique. Le tout est à votre disposition.
Jacqueline De Grave


A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/