Souvenirs de mer

25 janvier 2007

Le Système de "TOR" Suèdois "Maritex"

Le Saint Luc n’avait pas de "Satcom", mais il était doublement équipé en matière de Radiotélex "TOR".
- En effet, son origine Suédoise impliquait la présence à son bord du système "Maritex", même étant devenu français.

(corrigé le 19 Déc. 2006)

Ce n’est plus d’hier que la Radio et l’Informatique vivent ensemble.

A Darwin Radio (Australie) à droite, les ARQ du radiotélex TOR

Le "Maritex" fait aujourd’hui l’objet de ce texte un peu technique, car cet équipement typiquement Suèdois était tout naturellement fort mal connu en France par exemple.
- C’était même presque unique sous le "pavillon.fr". C’est dire... A ma connaissance, seuls les 2 semi porte-conteneurs "Saint Bertrand" et "Saint Bernard" de la SNO et quelques "supply" français en furent équipés. Il y en a donc eu, malgré la haine des Affaires Maritimes...

Aujourd’hui en 2006, les usagers du service "télex" sont devenus si rares, que si on arrête quelqu’un au hasard dans la rue, il y a de fortes chances que la personne interrogée, ignore même ce qu’est le télex. Les entreprises préfèrent maintenant utiliser le fax ou le système de "e-mail" avec la connexion Internet.
- En 1980, le fax était encore rare et cher et les usagers d’Internet étaient surtout des universitaires. Même en 1992, Internet était aussi méconnu que le télex l’est aujourd’hui. Une amie qui bossait pour une chaîne de pressing, pensait qu’Internet était le nom d’une nouvelle chaîne. Ca aurait pu...

Récepteur de bord Navtex MRD80 de chez NWF

Pour les entreprises, à commencer par les Cies de Navigation et leurs clients, les agences maritimes et les administrations, le service télex régnait alors en Grand-Maître tout puissant et omniprésent sur les Télecommunications du monde maritime. Communiquer via ces grosses télé-imprimantes permettait d’être bref et précis, tout en étant capable d’expédier de grandes quantité d’information.
- D’autre part, l’impression systématique et simultanée des dates et heures sur chaque correspondant en ligne dès le début d’une "com", assurait une garantie juridique techniquement sérieuse.
- En effet, cette datation se faissait à partir de l’autocommutateur télex, engin de télécommunications très proche du central téléphonique automatisé par sa nature profonde. Comme lui, son "job" était d’ouvrir un circuit privé entre deux abonnés, pour le temps nécessaire à leur communication.

Position de radiotélex à Darwin Radio/VID

Dès qu’il fut possible de "jouer du télex" sur les ondes, cela fut utilisé par les armateurs les plus dynamiques et les plus exigeants en la matière. Tel était le radiotélex "TOR" (Telex On Radio), ou "ARQ" (automatic request), le nom technique du procédé radio utilisé...
- Mais, en matière de radiomaritime, cela fonctionnait d’une façon proche de la radiotéléphonie "BLU" en Ondes Courtes, c’est donc dire qu’il fallait un opérateur radio à bord et un autre à la station pour établir la liaison.
- En d’autres termes, ce n’était pas assez automatique !
- Dans le sens terre-navire, le demandeur envoyait son télex à St-Lys Radio (par exemple), qui diffusait alors l’indicatif radio du navire lors de l’heure suivante de la Liste des appels en attente.
- Dans le sens Navire-terre, le navire entrait en contacte avec la station radio, lui demandait le numéro de télex u coorespondant désiré. Lorsque celui-ci appparaissait en ligne sur le télé-imprimeur, il n’y avait qu’à "passer la bande" et éventuellement échanger quelques mots avec la télexiste de la boîte...

Une partie du job de l’officier radio était d’écouter la Liste régulièrement et appeler la Station si le navire était "sur la Liste".
- Les grandes stations diffusaient leurs Listes une fois toutes les heures. Cela pouvait donc être relativement rapide, mais selon l’heure à bord et d’autres circonstances du moment, l’attente d’une réponse à un message pouvait aussi durer plusieurs heures. Il nous arrivait en effet de dormir la nuit...

Un Satcom Inmarsat A - En 1979 déjà...

C’est pour cela que le Satcom Inmarsat entièrement automatisé s’est vite taillé un succès, les entreprises déjà étaient toujours pressées...
De terre, il suffit aujourd’hui de demander le numéro à 7 chiffres du navire derrière le 00 (international) et le 871 / 872 / 873 / 874 de la Zone Océanique. Et Hop ! Si ça marche, le navire est "à vous" presque immédiatement au télex, au fax ou au téléphone... Aujourd’hui, on n’a plus l’obligation technique d’attendre le "bon vouloir" ou la Disponibilité de l’officier radio.

Un petit tour dans les antennes, sans perdre la boule

Réaliser ce prodige en 1980 n’était pas possible avec le service Radiotélex classique (le TOR Arq) de Saint Lys Radio. Mais cela l’était, sans aucun satellite avec Göteborg Radio / SAG et son fameux "Maritex".
- Göteborg Radio fut aussi une des premières stations d’Ondes Courtes à créer son système automatique de radiotéléphonie "BLU" pour les navires et... Les avions de ligne !
- Note : Durant les dernières années d’exploitation des "Concorde" d’Air France, l’équipement radiotéléphonique BLU d’Ondes Courtes des Concordes fut modifié pour travailler avec Göteborg.
- Si ! Les Concorde d’Air France avaient la BLU en Ondes Courtes !
- D’autre part, il existait à Saint Lys Radio une "position phonie spéciale" pour eux. C’était le quart d’heure de radio-archéologie de la semaine...

Un haut lieu Radiomaritime parmi d’autres

Qu’était donc que ce "MARITEX" ?
- Par rapport au système de radiotélex "TOR" en ondes courtes à la norme "ARQ" le Maritex était un "plus". Le procédé ARQ lui-même est d’abord une utilisation "pointue" de la modulation d’amplitude dite "BLU" (bande latérale unique ou SSB, "single side band") en radiotéléphonie. En radio aussi le télex et le téléphone sont techniquement de proches cousins.
- Pour fonctionner, le procédé "ARQ" nécessite seulement un émetteur et un récepteur capables de "BLU" auquels doit ête connecté l’adaptateur ou Unité ARQ et la télé-imprimante du télex "de terre".
- L’unité ARQ a pour fonction(s) de créer le signal de modulation à émettre, de décoder le signal BLU reçu et de servir d’interface radio avec la télé-imprimante télex du bord, qui peut donc être ainsi utilisée (presque) comme cela se faisait "à terre" dans les bureaux, sauf que dans une entreprise celle-ci était branchée sur une prise, un peu comme le téléphone. Ceci existe depuis le début des années 70 à bord des navires des armateurs les plus avisés de l’époque.
- L’appel est effectué en émettant le numéro (ASN) d’Appel Sélectif Numérique du navire ou de la station voulue, en étant sur le bon couple de fréquences E/R bien sûr. Il faut donc bien se régler au préalable "au son" et selon les signaux lumineux de la face avant de l’équipement ARQ. C’est assez facile en général. L’opérateur demandé doit être prêt, c.à.d. avoir laissé son émetteur en position de stand-by "on".
- Alors, dès que le numéro est pigé, "ça part tout seul" !
- Cette "relation radio" est alors du type "maître-esclave" et reste parfaitement synchronisée, méme si les deux correspondants n’émettent rien avec leur imprimante, ils échangent tout bêtement un signal "blanc" qui sert à se maintenir "ensemble".
- Le fait de frapper + ? échange les rôles (j’écoute / je transmets).
- D’autre part, sans trop rentrer ici dans la technicité de la chose, il n’y aura pas d’examen lorsque cet article sera lu, si jamais un mot ou groupe de caractères est mal "compris"*, il est toujours automatiquement "redemandé". D’où le terme étrange ARQ, comme "Automatic Request" et la relative complexité du système.
L’usager n’a donc qu’à regarder son télé-imprimeur "hésiter"...
- * C.à.d. reçu conforme Norme radio du "Tor", dite " à 7 moments /caractère " à 100 Bds sur les ondes, au lieu du caractère à 5 "moments" à 50 bds sur la ligne terrestre.

C’est très efficace et protecteur de surcroît pour la confidentialité. En effet utilisé normalement, l’unité ARQ ne sait pas lire et imprimer la communication en cours entendue sur la fréquence, si elle n’est pas la sienne...

Certes les mauvaises conditions de réception peuvent perturber "la com", mais l’expérience a prouvé que cela doit être réellement très médiocre pour rompre ou empêcher la "relation". C’est un peu plus vulnérable que le code Morse, mais là où une conversation en BLU n’est plus possible, le "TOR ARQ" peut fonctionner assez bien. Le succès de ce système n’est plus à expliquer, il allait de soi !

Messages typiques d’avis aux navigateurs reçus par le "Navtex" du bord

Note : Les stations côtières utilisent aussi leur unité ARQ pour diffuser les bulletins météos, les avis aux navigateurs et la liste d’appel. Ceci ne se fait pas en mode ARQ (à deux seulement !) mais en "mode Broadcast", c’est à dire, émettre "en l’air" pour des destinataires multiples et passifs.
- L’exemple le plus connu est le Navtex, qui reste une application reine de la Sécurité Radio en Mer et du GMDSS.

Récepteur Navtex AE-900, modèle pour passerelle

Le Maritex était un système typiquement suèdois qui avait son siège naturellement dans les locaux de Göteborg Radio (SAG). C’était en premier lieu une belle informatique, parfait exemple du mariage avec la Radio.
- Pour résumer, le Maritex était une sorte de Super-Opérateur Radio qui avait la "haute main" sur les ARQ et les ensembles Emetteurs et Récepteurs automatisés et télécommandés d’une part, et un autocommutateur télex connecté sur le réseau extérieur d’autre part.
- Sa Data-Base gérait les navires et plate-formes pétrolières abonnés, la taxation (nécessité oblige....) et la propagation des Ondes Courtes, car il savait aussi en tenir compte !

En Banlieue de Göteborg, on est fort loin de Sarcelles...

Un navire étranger au système osant appeler pouvait certes le "déclencher", mais ne mettait pas longtemps à se faire jeter... "t’es pas d’ici good guy...."
- A bord pour "faire du Maritex" il fallait d’abord disposer d’un ensemble E/R à accord rapide automatisé et télécommandable connecté (bien sûr) à l’Unité ARQ et au "coffret Maritex".

D’autre part, il fallait bien sûr s’inscrire techniquement et payer, ce qui n’était pas très cher malgré le supplément de la ligne France Suède et Norvège. J’ai oublié ces prix malheureusement.

Modem "TOR" moderne, modèle suédois TT1585E

L’ancien modèle d’ARQ Phillips TOR "STB-75" suffisait parfaitement, et l’ensemble E/R "ITT-350cx" était la partie radio classiquement adoptée.
- Le fameux "coffret Maritex" était une grosse boîte grise cubique portant sur sa face avant de belles rangées de touches carrées à boutons-poussoir lumineux jaunes en plastique, une touche pour une paire de fréquences..

Ces touches s’allumaient lorsqu’elles étaient enfoncées. Elles représentaient chacune un couple de fréquences (E/R) "en service" à bord si enfoncées et allumées car enfoncer une touche autorisait la fonction scanner sur ce canal radio.
- La fonction "scanner" se contrôlait en observant le saut permanent de la lumière touche par touche.
- On savait ainsi toujours ce que faisait le scanner et "où" il était.

Par exemple, au large de la COA (Côte Occidentale d’Afrique) "Southbound", dès le Sud du Maroc je laissais "en service" 3 touches de 8 Mhz, 3 touches de 12 Mhz et 3 autres de 16 Mhz. De retour en eaux Européennes, je "fermais" les "12" (bien que pour les 12, c’était "selon") et les "16" puis "j’ouvrais" les positions 4 et 6 Mhz, un réflexe parmi d’autres de l’usage des Ondes Courtes.

Lorsque "en passant" sur le canal radio allumé, le récepteur et l’ARQ recevait "26066 26066 26066" diffusés parmi d’autres en permanence et trois par trois, il se passait alors beaucoup de choses intéressantes :
- Le coffret Maritex s’arrêtait de sauter de touche en touche.
- L’’émetteur faisait un gros "Pop !", c.à.d. passait de l’état Stand-by à l’émission, puis grognait en réglant sa charge et son accord d’antenne avec ses petits moteurs.
- La petite lampe au néon fixée au tube de cuivre un peu avant la sortie d’antenne commençait à s’allumer à la cadence du TOR.
- La télé-imprimante s’allumait et commençait à ronronner.
- Et les petits voyants verts CS1 et CS2 de l’ARQ clignotaient alternativement en rythmant la cadence.

Télex SAGEM, modèle classique des années 80 souvent embarqué sous pavillon français

Soudain l’imprimante se mettait au travail. Ele s’animait et sonnait sa cloche, typique du télex :

- La croix du télex et le DING ! pour faire sortir le signe du navire :
- SAINT LUC 26066 F+ ?
- MARITEX S+ ? temps mort...

Suivait alors le texte envoyé au Service Maritex par SCADOA PARIS par exemple, qui se terminait invarablement par croix du télex et le DING ! pour faire sortir le signe du navire à la fin du message, qui lui-même faisait la croix pour recevoir :
- MARITEX S+ ?

Lors du court temps mort suivant, il était possible de passer sa bande perforée si on se trouvait témoins de l’événement. Le puriste présent pouvait aussi (pour sa culture technique) "mettre le son" du récepteur pour écouter le traffic, pas très parlant pour un être humain :
- Truïï ! Truïï ! Truïï ! Truïï ! Truïï ! Truïï ! Truïï ! Truïï ! Truïï !
- La réception était toujours bien réglé en fréquence et en démodulation sur le canal radio par le bon soin du coffret Maritex, grand amateur du FSK (frequency shift keying, ou "manipulation par modulation de fréquence audio") à 1500 Hz (+ ou - 70 Hz).

Pour ne pas trop en dire ici, il était parfaitement inutile d’être présent, ni même d’intervenir de quelque façon que ce soit. Au contraire !

Ceci étant écrit pour dire qu’à bord, il n’y avait pas grand chose à faire avec le Maritex. Celui-ci nécessitait seulement un peu d’usage préalable du télex, un peu de bon sens marin et un petit peu d’attention, car il fallait :
- Veiller au bon ordre de l’ensemble, à commencer par les deux antennes. Le fouet "duplex" du récepteur situé en tête du mât avant pose peu de problème. C’est léger, solide et isolé.
- Plus délicate est l’antenne filaire d’émision, du tube en cuivre en sortie de "l’armoire" et du local radio vers l’extérieur, aux drisses sur la cheminée et sur le mâts radar.
- Par exemple, Surtout ne pas la mettre à la masse sans penser "à fermer" toutes les "positions" de fréquences du coffret Maritex ! Car s’il entend que le "Boss" l’appelle, il ne discutera pas, il émettra ! Ou plus exactement il essaiera de le faire...
- L’émetteur doit donc toujours être en mesure de démarrer et s’accorder vite et bien, sans faire d’histoire... Ou bien, si c’est un choix technique et délibéré du moment, on stoppe tout ! A quai (Station radio utilisée à quai) ou bien durant des travaux en cours dans la mâture par exemple.

Le Suédois Killara, un des premiers porte-conteneurs, aussi un sister-ship du St-Luc de la SNO en 1980.

En bref, un complet et attentif coup d’oeil de routine le matin et le soir, suffisait pour utiliser avec succès ce système, presque aussi dangereux à l’époque pour la fonction des officiers radios que le Satcom Inmarsat.

Le Code de conduite de l’utilisateur averti du Maritex rédigé en Anglais, en Suèdois, en Français, en Alemand et en Italien, invitait aussi le bord à aider le Super-Opérateur Radio qu’était d’abord et avant tout le reste, le Grand Ordinateur Maritex situé dans les locaux de Göteborg Radio / SAG :

Au local radio était affiché une carte du Monde divisée en grandes zones géographiques portant chacune un nom de code (avec lettres et chiffres) :
- Pour "bien faire", il fallait lui envoyer (avec un numéro spécial) une fois par mois un message télex formatté simplement, pour lui exposer la présence prochaine du navire dans telle ou telle zone, entre telles ou telles dates. Pour les navires de la Côte d’Afrique, il n’y avait donc qu’à changer les dates...
- Le "Super-Opérateur" et "Ordonateur-Ordinateur" qu’il était, était aussi grand Connaisseur des Ondes Courtes , car attentif aux prévisions de propagation de l’AMVER des US-Coast-gards. Je suppose qu’un opérateur de Göteborg lui rentrait tout ça au clavier... Ainsi, il n’appelait pas les navires sur toutes ses fréquences libres, mais "là" où il était probable que ça "marche" du premier coup.
- Tout était rationalisé avec lui. Qui dit mieux ?

Le Maritex réclamait ces informations par un message "type", si le navire était difficile à joindre, ou s’il ne les avait pas reçues depuis longtemps. Il était cependant possible d’avoir un(e) opérateur(trice) par un numéro spécial,ou tout simplement le demander à "la phonie" de "SAG" bien sûr, en cas de souci.

NOTE : Tout "en bas" du coffret Maritex, deux touches permettaient simplement d’isoler totalement l’animal, c’est à dire ainsi par une habile double commutation, connecter sur l’ARQ un autre récepteur non automatique et un autre émetteur, non automatique lui aussi, pour pouvoir faire du radiotélex avec n’importe quelle autre station, telle que Saint Lys, Ostende ou Berne Radio en Suisse par exemple.
- En cas d’ennui, cette option permettait donc très vite de "faire le point" et de localiser facilement la panne.

Un dernier point : Avec le Maritex, Il ne faut SURTOUT pas quitter le local radio, sans être certain qu’il y a assez de papier sur l’imprimante et que celui-ci est CORRECTEMENT installé !! Si j’ai su éviter le pire, je soupçonne fort que mon prédécesseur fut une victime cruellement frappée, car il insista un peu lourdement sur ce point, lors de la cérémonie de passation des pouvoirs...
- Cela dit, il ne me raconta rien et il a survécu.

Pour résumer mes propos consacrés au Système Maritex, l’installation à bord était un peu délicate, mais extrêmement fiable, fonctionelle et efficace pour quiconque était attentif avec elle. Il n’était donc pas nécessaire d’être OR1 ou sortir de "Supélec" pour s’en servir bien...

Control Room du Système "Maritex" de Göteborg Radio / SAG

Lorsqu’il fut "francisé", le Saint Luc a donc connu quelques petits soucis avec l’Administration des Affaires Maritimes. Un certain nombre des équipements du bord, pas seulement la radfio, étaient en effet très "exotiques" vus de France, car ils étaient en effet "trop" typiquement suèdois...
- Ce fut le cas pour exemples, de la détection incendie, des portes "coupe-feu" automatisées, des brassières de sauvetage pourtant moins "spéciales" que celles du Saint Vincent, et... Son équipement Radio, qui fait l’objet de la dernière partie de ce texte.

Tout cela fonctionnait fort bien, était bien installé et avait toujours été fort bien entretenu. Mais ! Comme ce n’était pas homologué, l’Inspecteur Radio des "PTT" refusa d’abord l’autorisation d’utiliser l’équipement Maritex et exigea même son démontage et son débarquement. Diable...

Ceci était cumulé avec d’autres prescriptions pour le "Pont" et la "Machine", très dures envers certains équipements certes peu conformes aux habitudes françaises, mais pourtant très efficaces.
- La première visite de Francisation déclencha ainsi une sainte colère du président norvégien de la SNO, filiale de Hoeghe France. Celui-ci menaça même de mettre le Saint Luc sous un autre pavillon, avec quelques conséquences pénibles pour l’emploi. Dur-dur...
- Je crois que c’est "remonté" très haut Place Fontenoy à Paris, car cet endroit était le Ministère de la Mer à l’époque. Tout le monde céda, mais l’Inspecteur PTT resta le plus dur "à baisser son froc", devant l’Union Sacrée des Equipages et de l’Armateur.
- Finalement ils envoyèrent à bord un inspecteur "neuf", plus jeune et plus souple, qui promit d’être extrêmement vigilant pour la prochaine Visite Annuelle de Sécurité.
- Cette première Visite prévue un an plus tard, elle fut donc "pour moi"...
- Je n’étais absolument pas inquiet car tout "chez moi" et tout ce qui dépendait de moi bien au-delà du local radio, fonctionnait parfaitement, à commencer par mes radars.

Cela dit, l’usage du Maritex par le St-Luc était un petit peu "olé-olé" à bord :
- L’indicatif télex de l’imprimante avait bien été remplacé "Talarah S" par "Saint Luc F". Ceci était "ok". Mais pour le numéro d’appel sélectif radiotélex à 5 chiffres, personne n’avait pris la peine de changer le numéro suédois 26066 par son nouveau numéro, attribué par la France.
- Il aurait fallu pour cela ouvrir l’ARQ Phillips STB-75, et lui modifier le contenu d’une petite mémoire "EProm". C’est facile et vite fait mais... Il faut un programmeur d’Eprom "Elan" par exemple... Ce truc-là à bord, vous m’avez compris !

Je me demandais ce qi serait dit de ça, car du point de vue de la réglementation radiomaritime, c’était un peu comme si j’utilisais en tant que Saint Luc, l’ancien indicatif en S... du Talarah. C’est "particulier ça" pensais-je, sur le moment. Rien de criminel, mais le gars en s’en apercevant, il va peut-être nous emm...

Le commandant n’y comprenait rien et s’intéressait autant à la technique radio que moi à la théologie des Inuit... Il décida donc d’abord qu’il était urgent d’attendre, puis il accepta de prévenir le service technique avec mon message. Cela dit, j’avais trois bons trucs en poche, pour pouvoir calmer mon "homme de l’art" de la Visite Annuelle prévue au retour en Europe :

J’avais à bord le "petit papier" de l’année précédente qui autorisait l’usage du Maritex "en l’état" par le bord.
- La notice du Maritex disait que le système Informatique à la Station Côtière était programmé seulement pour les numéros sélectifs commençant par "26... ".
- En d’autres termes techniquement dit, changer le 26066 par le numéro français devenait un problème qui allait "un peu loin", d’où cette "exception"...

D’autre part une particularité étrange des antennes d’émission du Saint Luc avait de fortes chances de détourner son attention. En effet en faisant mon premier "tour des antennes" du premier jour à bord, j’ai constaté ceci :

Le Suédois Killara, un des premiers porte-conteneurs, aussi un sister-ship du St-Luc de la SNO en 1980.

Le St-Luc avait deux fines cheminées érigées de part et d’autres sur l’extrême arrière du château. Ses antennes filaires d’émission d’ondes courtes et moyennes étaient donc naturellement tendues entre le mât radar et les deux cheminées. Cette disposition est assez classique d’ailleurs, à cause de la forme du château, de l’emplacement des sorties d’antennes du local radio, de l’emplacement des cheminées et tout ce qui fait la silhouette de l’arrière du navire.

Pour son troisième Emetteur d’Ondes courtes, un "ITT Skanti 350cx" à réglage d’accord entièrement automatisé principalement "dédié" aux fonctions Maritex, on avait naturellement installé une troisième antenne filaire d’émission. L’isolateur de sortie en porcelaine de celle-ci était près des deux autres, très normalement.

Mais ! Son câble en cuivre "passait" par DESSOUS les deux autres pour rejoindre l’une de ses drisses, gréée en haut de la cheminée de bâbord.
- Ce genre de disposition est interdit par les normes officielles d’installation. En effet, par exemple si le vent arrache une antenne, celle-ci risquerait ainsi d’emporter les autres. C’est donc à éviter ! Diable...

A ma surprise, les papiers laissés dans le "grand historique" du local radio ne faisaient pas une seule allusion à cela, pourtant c’était fort visible sur le dessin très précis du plan de toutes les antennes du bord.

La partie ancienne, c.à.d. suèdoise, de ce dossier technique était en anglais (ce que les français ne faisaient pas) et je n’y ai pas vu plus d’observation. Aucun commentaire sur la question ne fut fait et encore moins écrit, lors de la "Visite de Francisation".
- Pour des gens aussi méticuleux, c’est bien surprenant...

En fait tout fonctionnait fort bien et... Le Maritex avait sur le moment polarisé toute l’attention des Affaires Maritimes et des "PTT". Comme quoi, pour bien planquer un problème, il suffit parfois d’en poser un autre à côté !

Ces détails me sont restés en mémoire depuis, car je suis très (trop ?) méticuleux. J’ai en effet voulu modifier la disposition de mes trois antennes filaires d’émission pour rendre la chose parfaitement conforme aux règles de l’art. Et je m’y suis cassé les dents :
- En faisant toutes sortes de dessins en trois dimensions et en perspectives, il fut vite évident que... Sauf à supprimer la troisième filaire pour la remplacer par un grand mât d’émission à installer derrière l’aileron de passerelle bâbord.... Tintin !! Rien à faire !
- Ainsi était la géometrie volumique et navale du Saint Luc...

La chose fut donc constatée et assumée. Le jour de la visite, tout se passa fort bien avec un jeune inspecteur qui n’était pas celui prévu. Il se passionna pour le Maritex et les démonstrations, puis il s’amusa beaucoup du problème stupide de la troisième antenne filaire.
- La modification proposée de l’antenne d’émission fut promise et...
- Jamais réalisée !

Göteborg, une vue du port

Des années plus tard en 1987, en escale à Buenos Aires avec le Belge Quinquela Martin, le navire voisin à quai "me rappelait quelqu’un". C’est fou ce que le CABO SANTA INES ressemblait au Saint Luc, ou peut-être au Saint Jacques... C’était à vérifier.
- Avec un copain du Quinquela, nous sommes montés à bord de cet "hispano-panaméen" pour trouver tout à bord, presque comme je l’avais laissé en 1981 :
- Le grand salon et ses boiseries, la bibliothèque cette fois en "Castillan", le Maritex en service au local radio, et "ma" cabine, où le confrère Espagnol nous invita joyeusement à prendre quelques bières. Rien n’avait changé !
- J’étais "scié" car mes grands posters décorant les cloisons, le château du Roi Louis II de Bavière, les chutes Victoria du Zambèze, la jolie fille (D.Hamilton) étaient toujours là, même le petit poste radio à OC suèdois à lampes, le grand canapé avec la table basse, le petit frigo et...
- Les mêmes plantes vertes, laissées en 1980 aux français par la grande suèdoise blonde aux yeux bleux qui fut la dernière R/O du TALARAH.
- Il ne manquait que le chat Fritz car au local radio, seul l’indicatif avait changé ! Mais pas le numéro d’appel sélectif TOR !

Cerise sur le gâteau, le dessin humoristique suédois délirant était toujours à l’intérieur de la porte, comme l’affiche à l’extérieur qui proclamait encore mystérieusement (pour le confrère Espagnol) en Suèdois :

"ATTENTION !!
- Au-delà de cette limite, la notion de distance n’a plus aucun sens..."

Bien navicalement - Thierry BRESSOL - OR 1

Un haut lieu Radiomaritime parmi d’autres

- Merci aux opérateurs de Portishead et aux sites :
- http://www.stockholmradio.com/show.php/15292.html
- http://www.gka.btinternet.co.uk/gallery.htm
- http://www.radiomuseet.se/medlem/audionen2/nr1_2006/gnist.html
- http://www.gmdss.com.au/ (bien sûr !!!)
- http://www.lva.gov.lv/spills/other/other.htm
- http://www.telmarvalp.cl/desc_telex.htm
- http://ourworld.compuserve.com/homepages/Klingenfuss/wavecom.htm
- http://roc.forumactif.com/ftopic19.Console-SAIT-type-F-5-A.htm

- Le Secret des Radiocommunications
- La Formation Radio et le code Morse
- Fritz le chat et le "Maritex"
- La radio et la navigation maritime
- Information sur le GMDSS aujourd’hui
- Station radio de navire utilisée à quai
- L’Homme Moderne et le Navtex

- La "mitraillette" des Ondes Courtes

- Bellini et Tosi à Dieppe en 1906
- Histoire du radar de navigation
- RADIO-ARCHEOLOGIE
- Saint Lys Radio en fin d’année
- 500 Khz Le centenaire
- PC portable : Pour naviguer, il faut du solide !

- Par Michel Bougard :
- Reportage à la statio côtière Oostendradio 1/2
- Reportage à la statio côtière Oostendradio 2/2

- Bientôt le Forum de Davos, occasion d’évoquer le Davos, navire Suisse dont le commandant nous a rendu visite à Port-Gentil, à bord du Saint Luc...

- Plan du site

Le Saint Luc en 1980

Notes "Saint Luc" :

Le SAINT LUC et l’un de ses sister ships le SAINT JACQUES, furent construits en 1967 à Göteborg. Ils furent démolis à Alang en Inde en 1994.
- Ces deux beaux et confortables navires naviguèrent sur la côte Ouest d’Afrique pour le service français "SCADOA" entre 1980 et 1983, le TALARAH devenant le français Saint Luc à cette occasion, tandis que l’ex-WOOLLAHRA conserva son pavillon suèdois, n’étant pas vendu à la Sté Navale de l’Ouest....

- Le SAINT LUC construit en 1967 comme cargo conventionnel sous le nom de TALARAH sous pav. suédois par les chantiers "Eriksberg" à Göteborg pour l’armement "Rederi Transatlantic" de Göteborg
- 1971 jumboïsé d’une section de 23 mètres et converti en semi
porte-conteneurs
- De 1980 à 1983 transféré à la "Société Navale de l’Ouest" et rebaptisé
SAINT LUC sous pavillon français.
- De 1983 à 1989 rebaptisé CABO SANTA INES (pavillon panaméen) par la "Cia Naviera Americana de Vapores" en gérance "Ybarra y Cia"
- De 1989 à 1990 SHAMROCK ROTTERDAM (bahamien) par "St.Thomas Shipping Co."
- De 1990 à 1994 BAHIA EXPRESS (bahamien) toujours pour "St.Thomas Shipping Co."
- Le 15 Novembre 1994, il est arrivé à Alang pour y être démoli à partir
du 30 Novembre.

Ici était le Chantier Natal du Saint Luc (on y fait des camions aujourd’hui... C’est "cousin")

- Le SAINT JACQUES construit en 1967 comme cargo conventionnel sous le nom de WOOLLAHRA pavillon suédois par les chantiers "Eriksbergs" à Göteborg pour "Rederi Transatlantic" de Göteborg
- En 1971, jumboïsé et a été converti en semi-porte-conteneurs.
- De 1978 à 1981, rebaptisé SAINT JACQUES en restant sous
pavillon suédois et sous la propriété de la "Transatlantic".
- De 1981 à 1984 a repris son nom de WOOLLAHRA.
- De 1984 à 1986 rebaptisé OCEAN LYNX (pav.panaméen) par l’armement"Nabadi Maritima".
- De 1986 à 1989, il a été rebaptisé CABO SANTA ISABEL (panaméen) par la "Cia Naviera Americana de Vapores" en gérance "Ybarra y Cia".
- De 1989 à 1991 SHAMROCK RIO (bahamien) par "St Paul’s Shipping Ltd."
- De 1991 à 1994 SANTOS EXPRESS (bahamien) par "St Paul’s Shipping Ltd."
- Le 26 Septembre 1994, il est arrivé à Alang pour y être échoué et fut
dépecé à partir du 4 Octobre 1994.

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/