Souvenirs de mer

27 février 2007

Philosophie sur l’aileron de passerelle

La Philosophie comme toutes les activités en mer, a son lieu et son temps de prédilection :
- C’est tard le soir jusqu’au bout de la nuit, sur un aileron de passerelle bien sûr !

Merci à Françoise Massard, Yvon Perchoc et à Pierre Escaillas pour les illustrations.
- http://lalicorne.canalblog.com/ & http://debarcaderes.over-blog.com/

(Corrigé le 28/02/2007)


Il existe à bord des navires de commerce, un lieu magique où les sujets les plus délicats peuvent être abordés en toute confiance en petits comités restreints.
- Les marins discutent parfois longtemps entre eux de choses et d’autres durant le quart, avant et après lui parfois. Cela se faisait bien sûr "sea, weather and timing permitting".

Aileron tribord de passerelle, c’est la côte Marocaine...

Converser longtemps sur l’aileron de passerelle n’arrive pas qu’au personnel de quart. C’est aussi un endroit où tous les gars du bord viennent parfois prendre "l’air du large" en fin de soirée. Je ne sais pas fort bien ce qui se passe aujourd’hui à bord des navires modernes, j’ose seulement supposer que cela dure "comme avant" :
- Il n’était pas rare durant "les temps morts" de la traversée, ce qui ne veut pas dire que la mer était "cool", que plusieurs amis se donnent un rendez-vous informel en soirée à l’extrêmité d’un aileron de passerelle.

On choisissait celui sous le vent en général pour discuter durant une heure au moins de choses et d’autres ou fumer quelques cigarettes ou parfois même un cigare, pour les fumeurs "plus éclairés", ce que je n’étais pas vraiment.

Pour la photo suivante, peut-être leur a-t-il fallu faire prendre la pause... Chapeau !

Les fumeurs sont accueillis à son bord, les bras ouverts... Le photographe a triché bien sûr, il y a un pont derrière lui !

Dans l’Air du Temps paragraphe nr 84/ et dans "A bord c’est Non fumeur !" quelques nouveaux interdits sont évoqués. J’ose espérer que ceux-ci ne seront pas d’actualité en cet endroit privilégié des navires de charge.

Quart de nuit en passerelle, il faut être au moins deux !

Si la passerelle totalement fermée est aujourd’hui "à la mode", de nombreux navires modernes tels que le Nabucco surpris ici en train d’éviter, ont conservé dans leur silhouette l’ouverture de l’espace de travail qu’est d’abord le "poste de pilotage" pour ne pas dire "poste de conduite".

C’est un haut-lieu de concentration et de précision lors des Manoeuvres et dans les zones de navigation délicate, mais ça l’est aussi pour les longues conversations évoquées ici.

Le CMA-CGM Nabucco, exécutant ici quelques pas de danse au Havre. "Eviter" ou Demi-tour...

Durant la traversée l’endroit redevient toujours calme, jusqu’au prochain moment nécessitant toute l’attention des marins. Belle météo permettant, l’extérieur de la passerelle devient souvent le lieu des confidences. Il est possible d’y fréquenter ceux qui par rang ou fonction à bord ne vont pas spontanément se rencontrer. On discute avec qui est là, tout simplement.

- Contrairement à ce qui peut être pensé par les "terriens", l’activité à bord d’un navire de commerce n’est pas en permanence un travail d’équipe. C’est "à chacun sa fonction" et son boulot, parfois unique à bord. Contrairement aux navires militaires qui sont généralement beaucoup moins grands, où manquent les grands espaces déserts et qui ont un équipage nombreux, les navires de commerce sont vastes et peu peuplés. Le cuisinier par exemple ne rencontre donc pas souvent l’officier de quart en passerelle. Pour se retrouver il faut aller en "terrain neutre" à terre, à la bibliothèque, lors des pots en mer, ou bien le soir à l’extrêmité d’un aileron de passerelle.

Aileron de passerelle du supertanker Algarve. "Au loin" : le mât radar et la boule blanche protégeant l’antenne du Satcom (émission directive du Satcom, 25 Watts)

Points de vue opposés.

Coucher du Soleil, sur l’aileron de passerelle (celui-ci est vaste, c’est le Nabucco, photo volée encore)

Le blues peut survenir à n’importe qui à bord, surtout si l’ambiance n’est pas bonne. Cela arrivait de plus en plus souvent durant les années 1980 à la faveur (si j’ose dire) de la crise des flottes de commerce Européennes.

Ma méthode d’autodéfense contre un climat parfois malsain, était d’appliquer en permanence le principe selon lequel la pensée est comme l’eau, dès qu’elle ne circule plus elle va croupir. Nous avions toujours entre navigateurs de confiance, un sujet pour engager de longues conversations plus ou moins philosophiques en fin de soirée durant les longues traversée, après avoir observé la beauté d’un "Nième" coucher du Soleil.
- Tous les thèmes imaginables étaient abordés, à commencer par ceux qui ne l’étaient naturellement pas à la table des officiers, comme à celle de l’équipage d’ailleurs. En effet en mer il faut aussi savoir éviter par prudence dans la conversation, certains sujets parfois glissants "en public". Il était de bon ton à bord de dire qu’il ne fallait parler ni de politique ni de religion à table.
- C’était d’ailleurs souvent une sage précaution.

Ensuite, la nuit tombée la Croix du Sud sera peut-être visible

Pourtant, débattre vraiment me semble important. A quoi bon discuter si tout le monde a la même opinion sur le sujet ? En ce cas je me demande ce que la conversation peut apporter. Lorsqu’on pense la même chose, ce peut être aussi parce qu’on sait la même chose. On ne saurait apprendre quoi que ce soit de nouveau de quelqu’un avec qui on est "trop" d’accord, et encore moins renforcer réellement notre opinion.

- Notre opinion sur un sujet donné a naturellement deux origines, elle nous a été suggérée à la longue par notre entourage et nos expériences passées. Mais elle peut aussi être le fruit d’une réflexion strictement personnelle, sans s’être laissé dominer par ce qui nous est imposée par l’autre. Si nous prenions la peine d’analyser plus souvent nos opinions personnelles, nous serions en général fort surpris. Ce que l’on pense n’est pas toujours simple, même si nous sommes certains d’être pour ou contre telle ou telle chose.
- Confronter nos opinions à celles de l’autre ou des autres est bénéfique car si on échange beaucoup d’information(s) en discutant longuement tout en adoptant une atitude ouverte, notre pensée sera naturellement renforcée par les données reçues. Il peut en effet arriver trois choses :

- Si ce que l’on entend remet en cause la "véracité" supposée de notre pensée, l’individu "fermé" va refuser de la prendre en compte et c’est tant pis pour lui. A l’inverse l’individu "ouvert" va s’en servir pour modifier sa pensée et se construire une opinion nouvelle et éventuellement changer d’avis. Sa pensée sera plus forte car réfléchie et mise à l’épreuve d’éléments solides.
- Si ce que l’on entend constitue une confirmation de notre opinion, celle-ci sera tout simplement renforcée et "mieux assise".
- Doit-on être pour ou contre le grand pont sur le Détroit de Messine ?

Le détroit de Messine

Il n’est pas mauvais d’autre part de se demander régulièrement pour les sujets d’importance, si ce que l’ont pense nous a été entièrement "imposé" ou suggéré par autrui, ou si l’on en est vraiment l’initateur(trice). Ainsi en toute connaissance de cause, nous saurons conserver ou modifier en toute liberté notre attitude.

- Le principal est de rester certain rationnellement de ce que l’on pense et... Seuls les abrutis ne changent jamais d’avis !

Atterrissage à Malte, un radar moderne garde les fonctions anciennes, cercles fixes concentriques (nous sommes le centre du monde maritime)

Telle fut la conclusion d’un débat fort animé soudain interrompu par une alarme du radar 10 cm. Un écho venait de "pénétrer" à l’intérieur du "VRM", cercle au rayon variable de 12 nm choisi par le lieutenant de quart, alors que nous étions (presque) seuls et loin de tout en pleine mer... Ceci nous transporta sur l’autre bord avec chacun une paire de jumelles pour tenter de voir qui passait par là.
- VHF ch.16 : "Pop... Pop..." Silence. "Pop... Pop..." (courtes pressions sur le "press to talk") Il veut parler c’est sûr...
- Si par hasard c’était un français, il n’était pas rare d’entendre siffler "la Paimpolaise" quelques secondes. Encore un mystérieux signe de reconnaissance nationale, comparable à celui des Philippins...

Détroit de Gibraltar

Certaines conversations trop dangereuses au carré se prolongeaient en comité restreint "hors témoins" et tard le soir. A table l’humour n’était pas toujours protecteur, même pour qui savait ne pas trop se prendre au sérieux.
- Au début des années 1980 par exemple, l’un des commandants de l’Armement Naval SNCF de Calais souffrait d’une obsession très particulière ; s’il se coinçait un doigt dans une porte par exemple, il pensait toujours naturellement qu’il s’agissait de la conséquence évidente d’un complot communiste, d’un coup bas du KGB, ou peut-être même d’un sournois sabotage de la Securitate Roumaine...

C’est ainsi qu’à chaque grève de l’Armement Naval fréquentes à l’époque, les manoeuvres obscures de Moscou étaient régulièrement invoquées pour expliquer clairement la perturbation du service. Il n’avait pas vraiment tort sur le fond, car il existait (surtout à l’équipage) d’authentiques semeurs de m... dont on pouvait légitimement parfois se demander, si ce n’était pas le résultat "d’un travail de professionnels". Mais qui était le vrai coupable, le Grand-Maître agissant dans l’ombre ?

John Le Carré, grand auteur de romans d’espionnage, que j’ai toujours soupçonné de...

S’il existait vraiment un complot anti-Sealink, je ne serais pour ma part, pas surpris d’apprendre un beau jour, que certains étaient téléguidés et payés non pas par le KGB, mais plus prosaïquement par les dirigeants Anglais de P&O et de Townsen Thoresen !!

- D’autre part si les soupçons de ce commandant de car-ferry furent un jour connus à Moscou dans les bureaux du KGB, je suppose qu’ils en rient encore joyeusement... J’ose espèrer qu’ils avaient d’autres chats à fouetter que l’Armement Naval SNCF de Calais.

Le tailleur de Panama, un des plus réussis romans d’espionnage et d’humour réunis

Pour mieux en rire, un chef mécanicien de l’Armement Naval exposa ouvertement ses sérieux soupçons sur l’existence d’un complot des trotskistes de Calais organisé pour "mouiller Moscou" auprès de la DST, attirant ainsi par cette sournoise manipulation l’attention des services anglais du MI-6. Tout cela se passait bien sûr avec des complices à la CFDT ! Ce serait pourquoi la CGT ne les aimait pas...
- Il ne manquait rien à cet étonnant tableau, "ils" étaient tous là, les sionistes du Mossad, les francs-maçons, la police secrète de l’Ayatolah Khomeini, l’Ordre du Temple Solaire, l’association des modèlistes ferroviaires d’Aix En Provence (une excellente couverture), Action Directe, la Securitate bien sûr, et même les Compagnons de Bâle...

- Ah ! Si le Tailleur de Panama de John Le Carré avait été à notre bord !! On peut encore en rire. Le "service des navigants" fut ainsi obligé de s’organiser pour éviter "les explosions de gaz" au carré :
- Surtout pas ces deux-là ensemble à bord ! On n’était plus très loin du soin apporté par la Royale pour parer aux incompatibilités personnelles à bord de ses sous-marins nucléaires... (article www.colobe.tk/)

Le SNLE Téméraire, aux essais de neuvage

D’autre part lorsque j’ai dû rencontrer "l’intéressé", la prudence m’empêcha d’évoquer mon passage ancien "au parti". Cela dit l’absolution m’aurait probablement été accordée car il faut aussi savoir que je fus "un mauvais communiste", voici pourquoi :
- Ce fut d’abord pour tenter une opération qui n’avait rien de politique auprès d’une militante intéressante, que je suis entré au "Cercle Marceau" du parti communiste. Circonstance atténuante, je n’ai pas su obtenir ce que je cherchais, ce qui fit de moi un communard défroqué. Ai-je vraiment pêché ?

- D’autre part je ne serais pas surpris si un jour en fouillant les archives de ce qui n’est plus le site du gibet de Montfaucon, mais le siège du Parti Communiste à Paris place du colonel Fabien, on trouvait le nom de ce commandant avec quelques preuves accablantes de son engagement passé et surtout oublié.
- Nul n’ignore en effet que le parti communiste c’est comme Alcatel, les "anciens" sont extrêmement nombreux et ils sont partout. Il s’en trouve jusqu’au sein de la Rédaction du Figaro.
- Certaines personnes cumulent les deux qualités...

Cela dit Seafrance est heureusement toujours là, ce qui prouve que l’Armement Naval de la SNCF avait la peau dure, très dure !

Vu dans "Carnets de la Licorne" par Pierre Escaillas

En plein vent durant des heures, le débat commençait en général par les petits bruits de coursives, puis il évoluait vers la philosophie en passant par de longues tentatives d’analyse de la situation économique, à commencer bien sûr par celle de la flotte de commerce.
- Nous les navigateurs, n’avons pas attendu que la Mondialisation libérale soit devenue un problème redouté par tous à terre pour en parler. Le secteur maritime fut longtemps presque seul exposé au phénomène. Nous fûmes dans les premiers à être cruellement frappés par les vagues de licenciements et le remplacement de nos camarades par "des gens moins chers" ou par des automatismes. Très tôt, nous avons eu conscience du fait que cela ne faisait que commencer, par les matelots, les ouvriers, et nous connaissons la suite...

Lorsque l’emploi et la place de chacun furent peu à peu régulièrement remis en cause, les relations à bord devinrent plus difficiles par exemple entre les officiers et les gens de l’équipage. A la fin des années 1980 la place à bord des Européens de l’équipage n’allait plus de soi, car ils étaient devenus "trop chers" pour la nouvelle économie. Je fus profondément choqué et consterné à l’époque par certains propos tenus par quelques collègues officiers, qui déclaraient parfois ouvertement qu’il fallait remplacer les Bretons par des Sri-Lankais "mieux et moins chers", je cite. Et eux ? N’étaient-ils pas trop chers ?
- C’est arrivé ensuite, car à ce jeu idiot devenu obligatoire, tout le monde peut perdre.

Le pavillon de "Port aux Français" est aussi dur que son climat

Lors du "Grand Débarquement" de 1986 provoqué par la création de l’immatriculation des navires à Port aux Français, nous nous sommes posés les questions du livre "l’horreur économique" de Viviane Forrester (Fayard 1995). Elle les exposa par écrit presque dix ans plus tard avec un soin inégalable. Mais nous avions décrypté avant elle en petits comités sous le ciel étoilé :
- "les discours convenus" et le consensus généralisé qui masquent les tendances d’un monde réduit à n’être qu’économique et dont nous devenons les dépenses superflues...

Viviane Forrester, une bourgeoise Parisienne qui n’a pas perdu le sens des réalités sociales

Devenue "trop cher", une grande partie de la population est aussi devenue "de trop". Mais il ne faut surtout pas le dire de cette façon ! Si nous l’avons pensé avant elle sans jamais l’écrire, Viviane a fort bien su le faire :
- "L’extinction du travail passe pour une simple éclipse alors que pour la première fois dans l’Histoire, l’ensemble des êtres humains est de moins en moins nécessaire au petit nombre qui façonne l’économie et détient le pouvoir".

Nous avons très tôt pleinement ressenti cette tendance lourde en en parlant entre nous et Viviane a fort bien su les dénoncer au grand public sous forme d’avertissement en faisant un vrai scandale dans les milieux économiques et la "médiacratie".

Le succès de ce livre fut fort mal reçu dans un certain "milieu". Pourtant, au moins un prix Nobel d’Economie tient ce type de propos. C’est dire...

Aujourd’hui il n’y a plus de nazisme ni de communisme pour pourrir la vie des nouvelles générations. Nous avons les effets pervers de la Mondialisation laissée trop longtemps sans aucun contrôle par nos politiciens. Certains d’entre eux l’encouragent ouvertement tout simplement parce que le cours des événements va dans le sens de leurs intérêts personnels.
- L’égoïsme collectif n’est pas nouveau, pas plus que la bêtise et la cupidité.

On nous a trop longtemps présentée la Mondialisation comme un phénomène météorologique ou techtonique contre lequel on ne peut rien faire et sur lequel nous n’aurions aucune influence. Foutaises...

Cela dit, je ne crois pas du tout au "grand complot mondialiste" sournoisement concocté dans l’ombre depuis l’aube des temps. Ce "complot" supposé fut un soir longuement évoqué avec passion en passant au large du Stromboli qui était alors de très mauvaise humeur. Cet extraordinaire spectacle nous obligea soudain à changer notre sujet de débat, tellement c’était impressionnant.
- L’Avis Urgent aux Navigateurs diffusé par la Marine Italienne n’exagérait rien, il était évident qu’il vallait mieux "prendre un large tour"...

Le Stromboli vu en mer, par Pierre Escaillas

L’aileron de passerelle est donc aussi un excellent point d’observation des Forces de la Nature, pas seulement Neptune en colère mais aussi Vulcain ce qui est plus rare. Aucun marin ne peut prétendre avoir tout vu, même en 30 ans de mer.

Contrairement aux forces de la nature et aux anciennes dictatures, la Mondialisation est sans visage. Comme le communisme en son temps, elle réussit à se faire passer pour invincible et inéluctable. Mais elle ne l’est pas plus que tout le reste bien sûr. La nouveauté consiste surtout en son caractère anonyme et en l’absence totale d’un projet franc et clair.
- C’est probablement inavouable, et beaucoup plus incorrect que moi.

- D’autre part, la crainte de conséquences incontrôlables et imprévues qui ne frapperaient pas seulement les plus pauvres, est devenue une excellente conseillère pour nos brillantes élites.

Cela dit elles ont gagné une nouvelle conseillère, la sainte frousse de ce que vont coûter tous les dérèglements climatiques d’abord à ceux qui pourront payer. Ils sont maintenant officiellement désignés comme la conséquence de nos activités trop désordonnées après avoir été fort longtemps soupçonnés par quelques scientifiques de plus en plus nombreux.

- On a un peu oublié que dès le débuts des années 1980, le risque de l’élévation du niveau moyen des océans fut évoqué plus ou moins régulièrement par l’hebdomadaire "le Marin" (pour n’évoquer que celui-ci) comme étant hautement probable. Je me souviens d’un certain nombre de débats de ce genre en soirée, sur l’aileron de passerelle et sous le ciel étoilé bien sûr.

Discuter longuement en observant le coucher du Soleil

Alors que la présence à bord des navires français de personnel d’exécution français était de plus en plus ouvertement contestée, celle d’une partie des officiers le fut ensuite, car leur tour arriva un peu plus tard après la mise en place du "pavillon des manchots" en France en 1986.
- http://www.merite-maritime29.org/aleroux-commandant.htm
- Ce sont les aventures de la CGM sous pavillon Birman, ne riez pas, c’est arrivé ! (à bord, ils n’ont pas rigolé tous les jours...)

- Qui donc allait désormais se sentir à l’abris quelles que soient notre formation et la qualité de notre travail à bord ?
- Ces conditions entretenaient une atmosphère si lourde qu’il nous est parfois arrivé d’être totalement démotivés. Même la fonction d’Officier Radio-électronicien à bord fut sérieusement et partout remise en cause par les négociations internationales qui allaient mener à la mise en place du fameux "GMDSS", le nouveau système mondial de détresse et de sécurité radio en mer.
- Information sur la situation du GMDSS aujourd’hui

Station radio aux normes "GMDSS" du CMA CGM Nabucco

A propos de GMDSS, voici un témoignage intéressant pris sur le vif, daté du jeudi 4 octobre 2001 à 20h12 :

- "...J’ai arrêté de naviguer il y a un an, mais les derniers navires que j’ai commandés étaient "équipés GMDSS". Il n’y avait plus d’officier radio, une station sophistiquée était utilisée plus ou moins bien par les lieutenants, tous certifiés compétents. En deux mots comme en cent, c’était le merdier le plus total... Je ne suis sûr que d’une chose, c’est que la sécurité a fait un bon en arrière avec ce système." Hervé Cozanet, Cdt de tankers en retraite.

Pilote à bord, Timonier à la barre, plus question de "farniente" sur l’aileron de passerelle, redevenu lieu de travail

Le fait est que les ennuis du GMDSS commencent à être connus et que le sujet va devoir être repensé peu à peu. Les Officiers Radios avaient prévenu très tôt tout le monde. Mais on n’écoute plus depuis longtemps les gens qui défendent leur métier. Il paraît que c’est "corporatiste"... On aura tout lu et entendu.

Avant de venir discuter avec nous (et en griller une s’il est fumeur) "le Tonton" jette un coup d’oeil sur la carte...

Nous avons donc ainsi plus souvent qu’à notre tour refait la géographie, la biologie, la politique, la condition féminine, la Question Royale (c’est Belge et c’est plus complexe et intéressant que ça n’en a l’air), les problèmes de la viticulture du Midi de la France, l’état du monde, la religion et j’en passe...

- Voici donc le résultat d’un certain nombre de discussions, toutes plus passionnantes les unes que les autres :

Le genre humain est ainsi conçu que lorsque quelqu’un(e) s’exprime, nous l’écoutons toutes et tous avec une bienveillance proportionnelle à sa crédibilité supposée. Cela compte souvent plus que le contenu réel du discours, pour moi comme tous les autres bien sûr, et se constate en particulier en politique, une matière où le rationalisme a hélas rarement sa place. C’est de tous les pays et toutes les époques.
- Par exemple la pauvre Marie-Georges peut toujours parler ! Ce sera "cause toujours tu m’intéresse", quoi qu’elle dise !

Pourtant son discours se situe à présent fort loin du communisme qui inquiéta longtemps une grande partie du monde. Dans un tout autre genre, Nicolas Dupont Aignan ou François Bayrou ont moins d’audience que Sarkozy. On peut se demander pourquoi, compte tenu du CV des intéressés ! Qui s’intéresse réellement au service des gens plus qu’à son ambition personnelle ?
- La seule façon de se défendre contre notre sottise permanente, est d’en avoir conscience et de vérifier souvent ce que l’on pense.

Enfin "dehors" ! Il faut ouvrir l’oeil, ici et sur l’aileron. Qui n’a pas reconnu le Havre ? Question d’habitude...

D’autre part, on ne parle bien et efficacement que de ce que l’on connaît, et improviser est toujours dangereux. C’est surtout le cas lorsqu’on s’aventure sur un terrain mal connu ou dans des eaux mal cartographiées, parfois même minées.

- En effet l’improvisation réussie repose toujours sur une longue réflexion préalable. C’est pourquoi François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing avaient des répliques presque toujours percutantes, dont certaines ne sont pas oubliées 25 ans plus tard !
- On est allé jusqu’à en faire du théâtre, c’est dire...
- Sans cette réflexion préalable, une situation de débat imprévue amène inévitablement à la glissade. Ségolène va se fâcher avec la Royale. D’autre part nous savons aussi que la racaille de Sarkozy trouve son origine beaucoup plus dans le long et total abandon de populations entières, que dans les facteurs génétiques des gens des "quartiers difficiles".

- Aujourd’hui dans nos "démocraties" nous écoutons des gens qui s’auto-surveillent en permanence et dont le discours devient si "calibré" qu’il en devient totalement inintéressant. Seul Jean-Marie Lepen sait encore être spontané. La saison française des marchands de vent est donc devenue une caricature désolante, mais c’est aussi barbant dans les pays voisins.
- Si on n’y prend garde, un jour les gens les plus cultivés n’écouteront plus personne, ce résultat n’est pas très brillant.

Puisque c’est un sujet à la mode et que peu à peu le concept de droite et de gauche en politique commence à ne plus rien signifier à cause des trop nombreux mensonges. Je me souviens d’une étrange analyse qui a su mettre d’accord des gens qui pourtant se situent aux positions les plus opposées de "l’échiquier politique".
- Nous avons fait une démonstration pour ainsi dire, mathématique :

- Supposons un instant que par un incroyable miracle économique et politique, toutes les richesses du monde soient un beau jour partagées absolument équitablement entre toutes et tous, sur la planète entière. A bord de plusieurs navires, j’ai assisté à l’analyse des résultats hautement probables en cas de réalisation de cette utopie (peut-être) délirante, mais surtout difficile.

"C’est pas sorcier" dirait peut-être Joan K. Rowling...

Il est bien évident compte tenu de l’expérience collective et de ce que nous savons de la nature humaine, qu’en quelques années pour ne pas dire en quelques mois, pour ne pas dire en quelques semaines, "les uns" réussiront peu à peu et parfois très vite à accaparer des très nombreuses richesses sur le dos de celles et ceux qui se seront montré(e)s incapable d’une nécessaire vigilance ou de la volonté de se comporter de même.
- Nous savons tous que certains ne savent que dilapider tandis que d’autres accaparent tout ce qui passe à leur portée !

- A chaque débat sur ce thème, nous tous sommes tombés d’accord sur ce qui arriverait à coup certain. Nous fûmes donc tous convaincus à la fin de cette conversation toujours très animée, que la réalisation de ce rêve de partage des richesses n’a aucun sens, que l’on soit content ou non de cette conclusion...

Les radars que j’ai "fréquentés" nous en disaient moins. Ici le Pas de Calais "Northbound"

Ainsi nous avons su redéfinir le sens du concept de droite et de gauche en politique. C’est une question d’attitude personnelle en face du phénomène décrit. De deux choses l’une :

- "On fait avec" cyniquement et on se dit qu’après tout, il n’y a qu’à faire attention et se servir... Le fait est que c’est inévitable.
- Ou bien on déplore, et on met en oeuvre autant que faire se peut, tout ce qui est possible pour tenter d’amortir ou amoindrir le phénomène. Là est la Différence.

On pourrait peut-être croire à me lire, que je m’autorise à définir le bien et le mal en politique. Erreur ! Je ne suis pas assez prétentieux.

A chacun de choisir sa route, bonne ou mauvaise...

- En effet l’Histoire du Vingtième siècle nous a montré une chose au moins aussi intéressante que dramatique :

- Qui ne l’a pas remarqué ? L’Empire Soviétique dans sa fin douloureuse ne ressemble-t-il pas un peu à ce scénario fou qui a servi ici à mon bord de motif à la réflexion ? Quelques mois après sa Chute, en 1992 de nombreux secrets du "Bloc de l’Est" furent diffusés à ma grande surprise, dans l’indifférence générale.

- Seul le résultat de la course fut pris en compte, mais il cachait autre chose :
- Il fut constaté l’absence quasi-totale d’accumulation de biens financiers et immobiliers chez les ex-dirigeants, sauf chez le couple infernal Ceausescu ! Mais on était avec eux, fort loin de l’accumulation phénomènale de richesses, possible "en Occident". Même leurs comptes bancaires en Suisse, car on a tout de même su en trouver, ne sauraient "faire le poids" avec ce que n’importe quel ex-dirigeant de grand groupe financier français possède...
- Qui n’a pas entendu évoquer les fameux "golden-parachutes" des géniaux patrons de Vinci et autres Vivendi ?

Erich Honnecker disposait près de Berlin de deux petites maisons avec un grand jardin et Nikita Kroutchev après sa "démission", a vécu dans un appartement de Moscou à peine plus grand que le mien à Namur, dont il ne fut pas même propriétaire !
- Mais on a dit qu’il avait tout pris... Je n’ai pas su ici en Europe Occidentale, que les ex-Chef de gouvernement ou les ex-grand patrons, vivent chichement dans une petite maison, sans grosses voitures ni collection d’art avec domestiques...

Nous avons su beaucoup de choses sur eux, mais ils étaient tout sauf des "plumeurs" !
- Ceci nous montre surtout qu’ils se sont tout simplement laissés plumés à l’usure, faute d’être aussi méchants que leurs prédécesseurs. Ceux qui pensaient à l’argent étaient de l’opposition ou de la pègre.
- En effet il n’était pas possible de faire fortune dans le "bloc de l’Est" à l’origine, c’est bien connu. On était né notable ou pas, c’est tout. Pour preuve, le naturel est revenu au galop immédiatement lorsque la chute fut évidente.

Tout le monde ne sait pas voir le Détroit comme ça...

Naviguer, c’est aussi parfois rencontrer des personnages hauts en couleur. C’est pourquoi parmi tous les sujets imaginables de débat sur un aileron de passerelle, il nous est donc arrivé d’évoquer sous le ciel étoilé les sciences Occultes et les phénomènes dits "paranormaux". C’est ainsi que le rationnaliste forcené que je suis, fut amené à nuancer mes opinions sur "ces questions" à la suite d’une rencontre étonnante et de quelques expériences pour le moins troublantes lors d’une escale à Vitoria au Brésil.

Environs de Vitoria, Esperito Santo (Brésil)

En effet l’article évoquant Belem ne couvre pas toute la réalité locale car les Européens, au moins certains d’entre nous, pratiquent peut-être autant l’occultisme que les Brésiliens. Je crois surtout que c’est encore moins facilement visible avec nous, tout simplement...
- Qui "chez nous" en Europe à part les charlatans, va sérieusement se vanter de ce genre de pratiques ?

Sémaphore de la Marine (qui acheta le Foch) et Phare à Arvoredo sur la côte

Ce genre de Connaissance ne peut être abordé qu’entre sujets tolérants et à l’écoute, pour ne pas dire "entre adultes consentants".

Officier de quart sur l’aileron de passerelle, vu par Pierre Escaillas

Un soir sous la Croix du Sud, une discussion à caractère hautement philosophique portait sur le langage (justement), sur ses éveloppements et sur sa nécessité pour l’humanité et toutes ses évolutions futures. Une conclusion originale s’imposa peu à peu :

Le langage sert de longue date aux hommes principalement à séduire les femmes, et inversement.

On était tous un peu philosophe sur les bords...

- Bien navicalement - Thierry BRESSOL - OR 1
- Qui regrette infiniment d’avoir si peu photographié en voyageant et d’avoir dû "prélever" ça et là, l’illustration souvent réalisée par d’autres, de tout ce qu’il a vu ou aperçu.

- E-mail : thierry.bressol286 orange.fr
- Tél : +32.495 44 52 41 & +33.6 7846 6694

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Cartographie marine et mythologique par Pierre Escaillas

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
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