Souvenirs de mer

5 février 2007

Pavillon de Complaisance. Qu’est-ce que c’est ?

En ces temps de mondialisation, quand plus rien n’est très clair, le phénomène est maintenant partout. Même si généralement c’est surtout sans se présenter sous ce nom.
- On me demande pourtant encore parfois ici ce que c’est, plus précisément en quoi consiste un pavillon de complaisance.

"Flag of Convenience" ? Ou "FOC" ? Cela ne date pas d’hier pourtant.

Historiquement, les différences de législation, de tradition et de niveau de vie ont toujours existé entre les pays lointains entre eux. De nombreux armateurs savent de longue date profiter astucieusement de ces différences, pour le meilleurs ou pour le pire. Ce fait transparaît même dans les récits d’Ibn Jubayr, voyageur en 1185 !

Panama, le pavillon symbole qui fait oublier son pays...

Mais cette pratique commença sous la forme que nous connaissons à présent durant la guerre de 1914/18.

- Elle consistait pour quelques armateurs alliés à tenter de mettre leur navire à l’abris des sous-marins Allemands en les immatriculant sous le pavillon d’un pays neutre et complaisant. C’était le cas de le dire, puisque la réelle nationalité de ces navires n’était pas conforme à son apparence. Ce stratagème sournois ne trompa d’ailleurs pas longtemps les U-Boote.

- La trop fameuse période de la "Prohibition" aux USA vit le retour de cette pratique, suivi d’un renforcement de celle-ci car la pègre du milieu maritime existe aussi. Elle découvrit alors ce procédé comme absolument génial pour "pouvoir faire tout ce que l’on veut" avec une relative quiétude.

Le U-14, le pavillon du Kaiser n’était pas de complaisance...

Durant la seconde guerre mondiale cette astuce fut plus que tolérée, elle fut encouragée pour les même raisons que durant la première. L’amiral Dönitz pas plus que son prédécesseur, ne se laissa pas mener en bateau. D’autre part se protéger par le pavillon fut aussi l’une des astuces utilisées par les Suisses (Davos), car les navires étaient beaucoup mieux protégés en portant la croix blanche sur fond rouge, à condition de ne rien transporter pour les belligérants.

A Port-Gentil en 1981 le cargo classique Suisse Davos
(Davos désigne une petite ville charmante, un navire Suisse et le fameux Forum)

Tout cela pour dire que bien au-delà des "patrons-voyous", les plus honnêtes armateurs peuvent adopter cette pratique un peu louche pour se faciliter la vie et la gestion, sans pour autant que ce soit une marque de truanderie. Pour exemple, l’Esso Africa second sister-ship de l’Esso Normandie, était plus Italien que Libérien et ne pouvait certainement pas être considéré comme un bateau-poubelle malgré son immatriculation qui faisait un peu "mauvais genre".

Le vraquier Probo Koala n’a l’air de rien comme ça mais...

Aujourd’hui en 2007 il est souvent difficile de savoir et déterminer si l’immatriculation d’apparence fantaisiste d’un navire a de bonnes ou de mauvaises raisons. Combien de navires immatriculés à Monrovia (Liberia) ont un réel lien avec ce pays et fréquentent ce port ? Est-il leur véritable "port d’attache" ? Non le plus souvent. L’organisme qui s’occupe de la gestion juridique et administrative de ce pavillon se trouve à Reston en Viginie, aux USA. Ce fut d’ailleurs longtemps une compagnie d’assurance dont j’ai oublié le nom.
- Devinez quel nom de ville devrait être peint sur le cul de ces navires ? Monrovia ou Reston ?

Pavillon du Liberia
(il existe un grand cousin) Les navires "Libériens" sont en fait administrés à partir de Reston en Virginie. C’est dire que ce n’est pas Monrovia, qui devrait être écrit sur le cul de leur coque...

Pour conclure, j’ai pensé utiliser ici un exemple simple, une comparaison pas si fantaisiste que ça, pour bien définir le phénomène de la complaisance. Cet article m’a été inspiré par les mésaventures récentes et les tristes fins du Rokia Delmas et du MSC Napoli, (ex-CGM Normandie).
- "L’air du Temps" : MSC Napoli dans les nr 73, 74, 75, 76, 78 et 83
- "L’air du Temps" : Rokia Delmas dans les nr 21 et 23

Le Porte-conteneurs roulier Rokia Delmas, français mais pavillon Panama

Les cas du Napoli et du Rokia Delmas sont "un peu plus clairs" que le véhicule de mon exemple, mais certains navires sont beaucoup plus sulfureux.

- Supposons un peu : Lors d’un voyage en Roumanie vous achetez une voiture "d’un âge certain" et pour des raisons pratiques, vous effectuez les formalités d’immatriculation de celle-ci lors du voyage suivant à Malte. D’autre part vous avez passé votre permis de conduire il y a "un certain temps" à Abidjan (Côte d’Ivoire) et vous obtenez donc la conversion de celui-ci en permis de conduire Maltais, donc valide en Union Européenne.

Pavillon de complaisance flottant au vent léger...

Il est de surcroît beaucoup moins cher de s’assurer avec boîte dont le siège est à Nassau aux Iles Bahamas et de lui faire subir son contrôle technique obligatoire par un établissement que je connais à Charleroi. Ils ne sont pas trop "pénibles" et vous aurez donc avec eux tous les beaux papiers avec les beaux tampons qu’il vous faut. Je vous donnerai sur demande son adresse, ça peut servir et on peut payer en "cash".

Visiblement bien chargé, le MSC Napoli a sans doute bu la tasse

Supposons aussi que votre voiture ait subi autrefois un accident qui peut faire douter de sa sécurité en roulant vite par exemple et que des traces d’une faiblesse supposée soient encore visibles en soulevant le capot...

MSC Napoli ex-CGM Normandie, à Lyme Bay

Si encore avec votre nouvelle voiture ainsi traitée, vous êtes un beau jour contrôlé(e) par deux motards de la Gendarmerie Nationale près d’Amiens, ou par ceux de la Police Routière Fédérale dans les environs de Namur par exemples, il y a de fortes chances que cela se passe "plus ou moins bien". N’est-ce pas ?
- En matière automobile, on est en effet un peu plus exigeant...

Une BX en son pays exotique et mystérieux

Ce genre de manipulation administrative à la limite du "hautement virtuel" qui "ne passe pas" avec une voiture, est toutefois admis "sans faire d’histoire" avec par exemple un porte-conteneurs de 4000 EVP. Et ça commence à se savoir.
- Ne pensez-vous pas que nous vivons dans un monde un peu étrange ?

"L’Union fait la Force"

Un pavillon de complaisance n’a qu’une devise, le pognon, certainement pas l’Union ni la Liberté, encore moins l’égalité !

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR 1
- Bon vent et bonne mer !

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PS : Je regrette infiniment d’avoir si peu photographié en voyageant et d’avoir dû "prélever" ça et là, l’illustration souvent réalisée par d’autres, de tout ce qu’il a vu ou aperçu.
- Ibn Jubayr, grand voyageur maritime en 1185 (1/3)
- Ibn Jubayr fait naufrage (2/3)
- Extraits de "Voyage" d’Ibn Jubayr (3/3)

C’est plus joli que l’état du pays durant ces dernières années.

Armoiries de la république du Liberia

- Le Sea Intrepid (1/2)
- Le Sea Intrepid (2/2) au mouillage en baie de Vigo et la plage naturiste
- (Une passionnante partie de canotage)

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- Le Davos, navire Suisse
- Esmeralda est-elle coupable ?
- L’aileron de passerelle
- Occultisme à bord
- La criminalisation rampante des Gens de Mer et de leurs capitaines

Merci de m’informer de tout ce qui n’est pas "d’équerre" ici à mon bord.
- Et Bon vent, bonne Mer à quiconque navigue !

Mille sabords ! J’ai cru que c’était ma voiture...

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


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