Souvenirs de mer

25 juillet 2005

Comme sur des roulettes...

Les CHANTIERS NAVALS FRANCAIS :
- Ou les sottises parfois, des chantiers navals. Si c’est la mode des flatteries depuis le Queen Mary II, il leur arrivait aussi parfois de nous "cuininer" de drôles de choses....

(le vendredi 30 juillet 2004 à 11h39)
- Une fois par semaine, je jette un petit coup d’oeil sur un site bien connu, timing permitting :
- Site du Cdt Cozanet
- Avec plus de précision :
- Le Supertanker Normandie

Une double page y est consacré au navire suivant, je cite ici le webcaptain Cozanet :
- "Le supertanker Normandie de 220.000 TPL, construit à La Ciotat en 1972, après son sister ship "Aquitaine". Un bateau difficile à aimer tellement il avait de défauts. Les chantiers de La Ciotat n’avaient vraiment pas signé un chef d’oeuvre avec ce navire. A vitesse normale les vibrations étaient tellement importantes que tout cassait à bord.Il était impossible d’écrire, le couvert mis sur les tables se retrouvait par terre en quelques minutes. On ralentissait une heure le dimanche pour pouvoir faire le courrier ou se reposer un peu.
- Les malfaçons étaient innombrables, plus de trois cents faisant l’objet d’un PV de garantie. J’avais même trouvé un rondin plein à la place d’un tuyau sur le circuit de gaz inerte, il faut le faire. Très forts à La Ciotat !"
(fin de citation)

J’ai apprécié particulièrement sa présentation d’une vue du gros cul de ce vilain canard boiteux, complétée par le commentaire suivant :
- "Dernier coup d’oeil au navire en débarquant sur rade de Dubaï après chargement. Sans regrets !"

- Son cousin Esso Normandie (originaire de Saint Nazaire en 1974) était au contraire et de fort loin, très réussi dans l’ensemble, tout comme ses deux sister-ships Esso Africa et Esso Picardie.
- A son bord, se trouvait étrange un appareil "informatique" destiné à le Machine nommé "Norcontrol". Ce bazar était un excellent passe-temps et casse-tête chinois à bandes perforées (un très amusant gadget). Cela dit, il a fort bien su prouver son inutilité parfaite et complète à bord, car il n’a à ma connaissance jamais fonctionné. J’ai même oublié son rôle théorique à bord, c’est dire...
(j’écris "théorique", car je me demande pourquoi cela fut conçu)

Ce piaf là est moins dangereux que les goélands et les vautours
(au service des lobbies, qui nous ruinent depuis plus de 40 ans)

Nous avons tous eu envie de pleurer de rage en passant après chaque fermeture de chantier naval devant les sites de Nantes ou de la Seyne/Mer, pour y trouver un grand trou en forme de terrains vagues en lieu et place des chantiers. J’ai été (et le reste) d’autant plus affecté que je fus peu avant la fin, sur le point de me faire embaucher par La Ciotat.
- Ce triste scénario s’est de surcroît renouvelé plus tard au Havre avec le ACH, où là aussi je "tenais le bon bout". Je n’ose plus maintenant postuler à St-Nazaire de peur de jouer les Jonas ou la "gueule de vent debout"...

Il nous faut donc savoir le reconnaître, ça et là on savait aussi en France nous "monter" d’incroyables canards boiteux. L’officier radio que je fus se souvient particulièrement (entre bien d’autres choses) des deux glorieuses "spécialités" typiquement françaises évoquées ci-après :
- L’installation des 2 radars était plus que souvent bâclée (super-mal-foutue même) avec un très mauvais choix du matériel. Jamais à ma connaissance on ne consulta les R/O et même rarement les commandants et encore moins les autres officiers-pont.
- Bien souvent ces deux "qualités" étaient cumulées soigneusement comme pour mieux se conformer à la Loi de Murphy avec pour premières conséquences que les Officiers Radios "seraient emm..." durant toute la vie du navire et les officiers-pont le seraient encore plus.

D’autre part, ceux-ci disaient parfois "c’est la faute de ces couillons d’officiers radios"... Mais c’est toujours la fautes des autres, ou même du pape quand ce n’est pas celle du diable.
- Beaucoup plus grave, cela impliqua bien souvent un terrifiant manque de fiabilité de ces radars et des performances qui ridiculisaient le constructeur de ces équipements de radar.
- La panne ou l’aggravation soudaine des mauvaises performances arrivaient généralement par surprise "justement" Là et Quand il fallait que "ça marche", ceci étant avec les conséquences que l’on devine pour la sécurité :
- Par exemple, le cas suivant fut "seulement" aggravé par le matériel et sa mauvaise installation :

- Le Monte Stello "s’est planté" au petit matin du 1er janvier 1994 en passant les Bouches de Bonifacio. Cela arriva dans la zone d’exercices de la Marine Militaire Italienne du côté Sarde. Ceux-là ne furent pas très contents on s’en doutera.
- Bien sûr, j’ai pu savoir que le très mauvais temps et la visibilité atroce n’y étaient pas pour rien, car il leur est en effet aussi arrivé autre chose. Mais j’ai aussi su que leurs deux radars, c’était "un peu spécial", pour rester poli. Et bien, cela n’arrivera plus, à bord du Monte Stello...

Bien entendu, jamais je n’ai entendu dire qu’on ait pris le temps de tout démonter et tout refaire à partir du début, ce qui aurait été sage et à long terme moins cher aussi...
- Chez les belges par contre, à la CMB j’ai su que, c’est arrivé.

Moins grave mais très significatif, voici la seconde spécialité française que j’ai fort bien connue pour ne pas dire subie :
- Le système de distribution d’antenne collective de radiodiffusion OC/OM/OL à partir d’une antenne fouet vers les prises Radio/TV dans chaque cabine et dans les "locaux communs" tels que les carrés. A bord des navires français (surtout ceux construit en France) je n’ai jamais vu que cela fonctionne correctement. Je dirais même plus, en 12 ans je n’ai pas une seule fois entendu que cela arrive...
- Cependant chez les Cypriotes ou chez les Belges... C’était toujours : "no problem sir".
Il y avait plusieurs raisons techniques et stupides à cela, j’y reviendrai. Mais dès le début "ça coinçait" plus souvent qu’à son tour. Les gens commençaient donc à bricoler de façon souvent infâme une antenne chacun de leur côté, ce qui aggravait toujours le problème. On finissait ainsi peu à peu par s’installer une antenne "privée" après que les officiers radios se fussent tous écoeurés les uns après les autres. Cela "parsemait" le château d’antennes parfois étranges ou cocasses.

Ce piaf là est moins dangereux que les goélands et les vautours
(au service des lobbies, qui nous ruinent depuis plus de 40 ans)

C’était "potentiellement" dangereux ou rigolo :
- En effet à bord du cargo semi porte-conteneurs Saint Luc (SNO CNDF) une alarme incendie est un bel après-midi survenue dans la cabine du matelot Sénégalais Vincent Gomis, un homme fort comme un turc, très malin et débrouillard, mais peu porté (naturellement) sur la théorie des antennes et la radio-électricité.
- Le feu avait pris SUR sa bannette, DANS son petit poste de radio... A cause de cela, je fus demandé ensuite sur place pour "faire le point". L’intéressé se lamentait sur le triste sort de son appareil qui fut retrouvé carbonisé au milieu d’un matelas lui-même cuit à point.
- Il me restait cependant une belle pièce à conviction pour l’enquête, le fil de son antenne extérieure personnelle qui sortait par le sabord. C’est étrange, le feu avait pris au moment même où j’avais des problème pour accorder et charger mon émetteur d’ondes courtes.
- L’alerte incendie m’empêcha d’ailleurs d’aller voir mes antennes. Puis lorsque l’incendie fut éteint j’y suis allé voir. J’ai donc pu suivre un étrange fil d’Ariane qui menait des isolateurs en porcelaine de mes antennes d’émission jusqu’au sabord de la cabine de la victime. Bizarre et déplaisant...

Pourquoi n’a-t-il pas tenu compte de l’avis "Haute tension" sur la cage des isolateurs ? C’est un mystère de la mer de plus. Je n’ai pas su comprendre ses explications, au-delà du fait qu’il savait d’expérience que le "truc" n’était pas en permanence dangereux. Effectivement, je n’émettais pas en permanence.
- No comment...

Cette Cie Turque exploite le Nord Scan Mumbai depuis 2007
(l’ex Français Internavis II, construit à Rouen en 1978, est maintenant devenu Turc. Il a la vie dure !)

COMME SUR DES ROULETTES...? J’y viens !!
- Avec l’Internavis 2, construit à Rouen en 1978 :

Intenavis 2 en Seine, né à Rouen en 1978, ici lors du premier voyage et première charge lourde, cette grue pour le Havre

J’aimerais bien retrouver le bougre de cornichon des alpages normands qui décida d’installer le petit autocommutateur à relais du téléphone intérieur de bord dans la cheminée, sur le "toit" du château, sans climatisation ni isolement, pour être sûr que le tableau soit complet. Cela était "pour" l’officier radio, mais les autres du bord ne furent pas déçus du voyage.

- Un peu de Mécanique maintenant ! ! J’ai pu savoir par les gars de la Cie Denis Frères qui assistèrent à sa construction à Grand Quevilly, que les tuyauteurs du chantier passèrent plus de temps à s’entuber les uns les autres, (ce fut le cas de le dire) en faisant passer leurs tuyauteries par le chemin le plus simple pour eux en agissant les premiers au détriment des autres.

- Les derniers arrivés devaient donc faire comme ils pourraient. Il arriva même que certains firent en faisant en sorte qu’une équipe soit un jour empêchée d’entrer sur le site du chantier, pour pouvoir "bosser en paix"...
- Cela dit, si quelqu’un se demande encore pourquoi certains compartiments des machines ont un petit côté "spaghetti", vous avez là, une explication plausible de ce phénomène passionnant.
- On était fort loin à Rouen des belles choses informatiques du chantier Valmet à Helsinki. Le cornichon cité plus haut, était certainement dans le gros coup ci-dessous.

Ce piaf là est moins dangereux que les goélands et les vautours
(au service des lobbies, qui nous ruinent depuis plus de 40 ans)

Pour les officiers-pont maintenant, voici triomphalement, la console de télécommande de la machine et de la barre à la passerelle :
- Pourquoi donc y avait-il une clef de contact (comme pour un camion ou une voiture) pour bloquer et débloquer tous les systèmes ?
- Cela amusait beaucoup les pilotes de port, mais nous trouvâmes cela moins rigolo lorsque un commandant débarquant emmena un beau jour les trois clefs (restées bêtement ensemble sur son porte-clefs) avec lui à bord du train Le Mistral (qui soufflait vers le Nord cette fois) pour rentrer en Bretagne.
- On s’en est aperçu "pilote à bord" et "commencez à dédoubler". Imaginez donc trente secondes votre serviteur ici écrivain et le Maître électricien en train d’agir, comme des voleurs de camions devant un pilote marseillais devenu littéralement fou de rire...

D’autre part, l’emplacement de cette console de télécommande des machines (Groupes électrogènes, Auto-pilote etc...) fut l’objet de ce qui pourrait faire une pièce de théâtre. En effet, deux clans irréductibles s’opposaient au chantier d’une part et chez les navigants présents d’autre part...

Ce fut un conflit terrible, telle que la guerre de Pepsi Cola contre Coca Cola ou bien le conflit larvé Est-Ouest par exemples.
- Les partisans de l’emplacement de la dite console "en retrait" pour laisser un libre passage le long de la baie vitrée avant de la passerelle, luttèrent avec acharnement contre ceux qui souhaitaient l’installer contre la baie vitrée, le plus à l’avant possible.
- Il se disait en effet que ce serait ainsi moins cher, plus facile pour le câblage et plus important, c’était "à la mode".
- Il arriva même que lorsque les uns étaient absents, les autres fassent démonter le travail commencé pour le refaire à leur façon. Mais pourquoi donc, Nom de Dieu, mille sabords et Tonnerre de Brest, cela n’était pas dès le début décidé dans le cahier des charges ? L’un des cadres du chantier sollicité une fois de plus pour démonter le bazar, leur proposa en riant :
- "Nous pouvons aussi vous la monter sur des roulettes, si vous le souhaitez !" On l’a échappé belle, car cela pouvait peut-être arriver.

- Les partisans de la "modernité" furent les vainqueurs de la grande bataille de la passerelle de l’Internavis 2.
- Il me faut conclure, pour ne pas risquer de donner une image désastreuse de ce sympathique navire qu’était l’Internavis 2, il était bien plus réussi que son cousin le "numéro 1", qu’il n’était pas si lamentable que cela.
- Il était confortable et vibrait fort peu, entre autres nombreuses qualités. Ses nombreux défauts n’étaient je crois, que la conséquence d’une conception "en amont" même du chantier bien avant la commande, et d’une certaine indécision (pour rester poli) de la Cie Internavis.

Le transporteur de colis lourds M/S Internavis II en opérations commerciales
(construit à Rouen en 1978)

Quand on ne sait pas ce que l’on veut, on risque fort de ne rien avoir, ou bien d’obtenir n’importe quoi !
- Je suppose que le Queen Mary 2 a des défauts encore inconnus de nous pour l’instant. La perfection absolue n’est pas de ce monde. Mais je suis certain qu’il EST fait tel que Cunard l’a voulu.

Cela dit, on ne parle que des trains qui déraillent et moins souvent de ceux qui arrivent à l’heure. Il n’était nullement nécessaire de venir en France pour constater des bizarreries à bord des navires en construction. Les autres chantiers savaient eux aussi faire "affreux", quand ils ne "conchiaient" pas le travail sérieux des autres...
- Ainsi, le beau Porte-conteneurs belge Mercator construit à La Seyne/Mer durant les années 70 (de la série des Chevaliers des Chargeurs Réunis) fut jumboïsé en Corée par la suite.
- C’est ainsi que la Compagnie Maritime Belge commença à voir vieillir prématurément son bateau par le milieu de sa coque, c’est à dire sa partie neuve...

Bien navicalement - Thierry Bressol OR1

Quelques secrets de "l’Internavis 2" :
- Le cargo Français transporteur de colis lourds INTERNAVIS II :
- Construit en 1978 par Dubigeon-Normandie à Grand-Quevilly
- Prend le nom de JUMBO STELLATWO en 1982, STELLANOVA en 1985 et GAJAH BORNEO en 1995.
- Il portait encore ce nom en Décembre 2000
- Armateur : "Gajah Navigation Sendirian Berhad" malaisien
- Port d’ attache : Kuching / 5.280 tx.j.b. / 5.076 TPL
- "Register of Ships 1998-1999" et "Lloyd’s Shipping Index" Déc. 2000

- Note : "Bressol" est d’abord un mot qui signifie "Berceau" en Occitan et en Catalan. Il est aussi utilisé sur Internet (en adresse URL) pour... Désigner quelques sites espagnols de crêches pour garder les jeunes enfants.
- "www.bressol.com" par exemple


- L’art du canular à bord
- Doxford, les moteurs "Dahu"

On ne saurait évoquer la COA sans une photo de plage Ivoirienne

ABIDJAN et la "COA" ou la Côte Occidentale d’Afrique en général :
- Les deux "SD14" de la Cie Denis Frères
- Le Chaudron de l’enfer à Matadi
- Le Davos, navire Suisse
- Le Baptême de La Ligne 1/2
- Le certificat de Baptême du Cdt 2/2

- Le catastrophique incendie du Pacha Club à Abidjan
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 1 De la Normandie
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 2 en passant par l’HP
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 3 vers la Côte d’Ivoire !
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 4 Chercher la femme
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 5 par tous les moyens, même avec Franco !
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 6 (Incendie du Normandie)
- A la recherche de Dominique F. à Abidjan 7 Et la retrouver.

- Gare aux gorilles ! Farce à Abidjan
- Bamboche à Lomé et stupide méprise
- Navire américain rencontré sur la COA
- Internavis 2 et la folie
- Chantiers navals. C. Comme sur des roulettes !

- Les toubabs de Côte d’Ivoire
- Vivre à Abidjan, Côte d’Ivoire C’est pas moi, mais c’est à voir...

Ce qui suit peut aussi arriver à "Souvenirs de mer". Au cas où... Soyez patients !
(par Pierre Escaillas)
Black-out ! Ca n’arrive pas qu’au monde financier international. Mais à bord des navires, c’est "seulement" électrique et nous, on sait remettre le courant sans faire d’histoire !
(dessin de Pierre Escaillas modifié par pour illustrer le "black-out")

GROS TEMPS en MER et PHENOMENES DANGEREUX :
- Containers, Twistlock et mauvais temps
- Gros temps en mer
- Le Chartres blessé par le mauvais temps
- Début d’incendie à bord
- ANTILOCUST LONDON !
- Marine Inconnue, Marine Interdite Gros temps sur la vaste toile comme en Mer.
- Tempête en mer par Youtube

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/