Souvenirs de mer

30 avril 2007

Le sauvetage de l’U-47

Lors du pot général offert au salon à l’occasion de son départ en retraite, un Bosco des Câbles Sous-marins nous a dit ceci :
- "Pour moi un bon bateau doit faire moins de deux mètres de long et peut se poser sur un meuble. Je vais même construire les navires câbliers Vercors, Croze et Thévenin..." C’est plus calme.

Cet article se veut aussi un hommage aux plus courageux modèlistes...
- Corrigé le 2 et le 23 Mai 2007.

Le paquebot Pasteur. Est-ce vraiment lui ? Non !! C’est l’autre...

C’était cependant oublier qu’un modèle réduit de navire se veut certes naturellement le plus fidèle possible à "l’original", mais il peut aussi emmener son maître en galère, presque comme "le vrai"...

La présente page est donc un souvenir indirectement maritime :
- Sans être moi-même (à mon âge) un ancien des U-Boote, j’ai échappé de peu au naufrage de l’U-47. Mais il fut moins désastreux que celui de "l’original", coulé par le HMS Wolverine le 8 mars 1941. (U-Boot, la cible)

L’original U-47, de Günther Prien

L’U-47 est devenu célèbre pour avoir pénétré là où c’était interdit et réputé (presque) impossible, Scapa-Flow ! Au mouillage dans cette rade, une partie de la flotte Anglaise "stationnait" en se croyant en sûreté. C’était une grave erreur car le Cdt Prien n’y a pas fait que du tourisme, il y a tout cassé en laissant des centaines de victimes, après quoi il a réussi à quitter les lieux "à l’anglaise" si j’ose dire, après son forfait.

Je ne suis pas modèliste, mais j’ai parfois "participé en conseiller technique" à quelques réalisations intéressantes. Ce ne fut pas toujours prémédité. Il m’est arrivé par hasard dans une bibliothèque où je consultais Internet pour travailler sur "souvenirs-de-mer" par exemple, de "prendre sur le fait" quelqu’un qui se trouvait à mon bord : Tiens ! C’est intéressant. Que regarde-t-il ?

Environ 1000 navigateurs de la vaste toile passent chaque jour sur au moins une page de "souvenirs-de-mer", parfois jusqu’à 1403, chiffre maximum compté à ce jour. Parmi ceux-ci se trouvent aussi des modèlistes et celui-ci en était un.
- Le fait de s’apercevoir qu’il était "observé" par curiosité nous a naturellement entraînés à engager la conversation. Il fut un instant incrédule de rencontrer ainsi l’auteur d’un site qu’il fréquentait, car c’est finalement peu fréquent. Son "truc à lui", c’était les U-Boote, vaste sujet qui le passionnait depuis peu car il était en train d’achever la construction de son U-47.
- Les articles consacrés aux U-Boote sont parmi les plus visités à mon bord. Ce jour-là il cherchait un tuyau technique qu’il ne trouva d’ailleurs pas chez moi, où c’est plus littéraire que technique. Ceci dit il trouva à mon bord, une belle photo du célèbre taureau de Scapa-Flow...

Nous avons pris un pot en ville en engageant une longue conversation historique et technique qui nous amena vite à sa préoccupation du moment :
- La première sortie, pour ne pas dire le lancement de son U-47. Ce serait sa troisième maquette navigante et surtout, son premier sous-marin. Naturellement celui-ci serait capable de plonger "comme un vrai", avec tous les "petits soucis" que cela peut signifier...

Un des nombreux U-47 en croisière en rivière

L’ancien marin que je suis est parfois auréolé du prestige obtenu grâce à mes pages Internet. Je fus donc rapidement mobilisé comme conseiller technique. D’autre part j’étais très touché par l’angoisse ressentie par ce professeur de français. C’est un excellent et rusé bricoleur mais il n’a jamais navigué, il ne se sentait donc pas très à l’aise à l’idée que son oeuvre pouvait être en danger en plongeant. Il n’était pas très sûr de lui malgré notre constatation que tous les sous-ensembles réalisés semblaient fonctionner correctement.
- Il souhaitait une caution maritime authentique dont il ne disposait pas dans son entourage de la France profonde trop éloignée de la mer.

Pour participer à la préparation de l’expédition je fus emmené "au chantier" où tout me fut montré et expliqué. Le modèlisme est-il un loisir calme et sans risque ? je n’en suis plus si sûr... Notre Bosco fut prudent de réaliser un câblier "Vercors" qui ne bougerait pas. Il disait d’ailleurs :
- "Naviguer ? J’ai déjà donné..."
- Pour commencer, la recherche de tout ce qui peut servir pour réaliser les nombreux détails extérieurement visibles de "la bête" n’est jamais simple. Seulement cela est naturellement une course parfois longue et difficile. Mais résoudre un à un les problèmes techniques que suppose une maquette capable de "vivre", c’est la seconde aventure.
- La première partie du "programme" pour réaliser un "U-47" n’est encore pas trop "violente", car le U-Boot de "type VII" était une grande série qui laisse un souvenir impérissable au monde maritime, plus que bien connu aujourd’hui. Mais la seconde aventure représente un réel défi, surtout pour le faire plonger !

Il s’agissait rien de moins pour un professeur de français à la formation très littéraire, de résoudre presque seul (même si c’est en plus petit) des problèmes que des générations d’ingénieurs et de techniciens ont dû affronter en étant mieux armés". C’est sûr, il faut oser. Lisez ci-après cet extrait de témoignage d’un sous-marinier d’eau douce qui ne mérite pas le mépris du capitaine Haddock :
- "... Le plus dur c’est l’étanchéité puis l’équilibrage. Des dizaines de tubes de silicone, quatre kilos de plomb et des dizaines d’aller-retour vers le lavoir de Bouillargues plus tard, il m’aura fallu 18 mois pour arriver au résultat final, à raison d’une ou deux heures par jour, c’est dire ! Ce temps assez long s’explique par le fait que c’était la première fois que je faisais un sous-marin, sans aucune documentation pour arranger les choses..."

Un U-47 en plongée statique

J’appelle cela un dur à cuire ! Mon internaute modèliste sous-marinier s’était beaucoup plus documenté. Mais ce fut comme pour l’autre, il n’a pas rigolé tous les jours.

La veille du grand jour du baptême, un dernier problème s’est présenté auquel personne n’avait pensé avec assez de sérieux :
- Transporter l’engin en toute sécurité ! Et oui... A l’échelle 1/35ème ce U-Boot mesure presque 2 mètres ! (1,92 m) Les terribles U-Boote du type VII n’étaient pas bien grands, seulement 66 mètre. Mais sa réplique nous sembla réellement avoir un fort tonnage. Nous n’étions pas de trop à quatre pour soulever le monstre en sûreté et le déposer sur un berceau constitué par deux barres sur le toit de sa voiture. J’aime autant vous le dire, le saisissage fut à la fois souple et soigné pour ne pas faire souffrir sa coque. Les dernières heures avant le départ furent consacrées à la charge des batteries bien sûr.

C’est dire qu’au début de ce dimanche après-midi notre convoi ne passa pas inaperçu sur la route : Un vieux break R21 blanc portant un loup gris de l’amiral Dönitz saisi sur le toit tel un kayack de rivière. Ce n’est pas vraiment discret. Arrivé sur place au bord de la rivière Vonne, nous nous sommes installés près des deux quais en bois du "port" de location des barques et des pédalos en déclenchant une réunion de curieux venus admirer la bête et poser des tas de questions.

Vue sur la Vonne, site du naufrage

En cet endroit les démonstrations de maquettes navigantes étaient peu fréquentes mais avaient toujours du succès. Nous avons eu pour commencer le regret de casser l’admiration dont bénéficiait un superbe voilier radiocommandé lui aussi qui était arrivé avant nous. Ceci dit l’attention de son maître fut rapidement attirée par notre U-47, presque deux fois plus long que sa goëlette, qui fut même rappellée à quai pour cette seule raison.
- "Non, vous ne risquez pas une torpille. Celui-ci, il est cool..." précisa le successeur du Cdt Prien.

Cool, c’était un peu vite dit. Les Nièmes essais d’étanchéité réalisé le matin en le passant au jet sur la pelouse étaient satisfaisants, mais qui peut savoir si en plongée...
- "Il plonge vraiment ?" la question fut N fois posée, suivie d’une autre question plus délicate :
- "Et s’il ne remonte pas ?..." (la question qui tue)
- "Il doit remonter, pas de problème !" (théoriquement pensais-je après avoir rassuré le capitaine, qui se rassurait une fois de plus en disant cela)

Un beau coup de filet, rien que des U-Boote ! (car ils fascinent aussi les modèlistes)

Il nous a cependant fallut avouer que ce jour était celui de la première plongée et qu’un accident n’est jamais exclus. La dernière séance de tests électriques prouva notre sérieux d’autant mieux, qu’elle fut précédée d’une attentive exploration en barque de toute la zone d’essai, un peu comme le fait la Royale pour les premières sorties en mer d’un nouveau bateau noir.

Les eaux de la Vonne sont transparentes et peu profondes, (1,50 m en moyenne) mais la sécurité est à ce prix. Il était plus sûr de ne pas risquer d’envoyer l’engin se balader là où la végétation l’attend... Mais au moins ce nouveau sous-marin ne risquait pas l’enregistrement sournois de sa signature accoustique.
- Le suspens fut insoutenable pendant le choix des routes à suivre.

Ce SNA Américain veille, au fond du bassin c’est moins dangereux qu’en rivière...

Un moment fort solenel fut celui de la fermeture des panneaux étanches de pont, suivi de près par la délicate mise à l’eau effectuée l’aide de deux solides sangles de saisissage. Alors, le dernier test radio passé avec succès, nous l’avons enfin "lâché" vers le grand large suivi de près par le voilier. Le couple insolite fut chaudement applaudi par la douzaine de
témoins présents, ce qui gonfla à bloc notre pilote. La foule fut déçue par le premier parcours parce que nous avions décidé que ce premier "rond dans l’eau" serait réalisé sans plonger sur mon conseil. C’était une ultime précaution pour effectuer un dernier contrôle d’étanchéité avant de "passer aux actes".
- Comme tout se passa fort bien, ses évolutions en compagnie du voilier furent assez nombreuses et lointaines pour autoriser la prise de nombreuses photos à la satisfaction générale. La météo était surperbe et tout se passait fort bien.

Au retour les écoutilles furent ouvertes avec précaution et satisfaction car même avec mon petit miroir de dentiste, je n’ai pas constaté de trace d’eau en tentant de regarder partout aussi bien qu’un équipage. Ce U-47 a un autre point commun important avec n’importe quel sous-marin "grandeur-nature", il y a plein de câbles, de tuyauteries et de nombreux "petits recoins" fort peu ou mal accessibles...
- "Le moment est venu" déclara le président de la commission des essais en mer. (moi-même)

J’avoue avoir été "scié" en constatant que même le Nautilus de Jules Verne a été "modèlisé" :

Modèle de Nautilus Français

Sous les applaudissements du public, l’U-47 appareilla une seconde fois et c’était la bonne. Le capitaine mit le cap vers la partie profonde de la rivère à 30 m devant le quai, puis nous nous sommes regardés dans les yeux en hésitant.

L’U-47 en train de plonger

- "Plongez !" ai-je soudain ordonné. Exécution ! Il disparut peu à peu exactement comme dans un film en poursuivant la route prévue, seulement visible par son antenne et le petit périscope. Nouveaux applaudissements. Le capitaine et prof de français semblait nerveux tout en manifestant sa fierté d’avoir réussi. Je l’ai alors chaudement félicité pour la seconde fois depuis ma découverte de son excellent travail.

L’U-47 décrivit une large boucle pour revenir vers nous. Nous eûmes peur un instant car il se trouvait sur la route du voilier alors que l’autre capitaine avait perdu de vue l’antenne, trop occupé par son propre pilotage. A cette échelle un abordage est naturellement moins redoutable qu’en situation réelle, mais nous ne voulions surtout pas savoir ce qui pourrait arriver. Bien que moins long et moins lourd, il n’était pas impossible que le voilier fasse de la casse à bord du sous-marin en plongée. Heureusement il ne fut pas nécessaire d’ordonner la plongée "totale".
- Un déclenchement automatique de remontée d’urgence était prévu, pour la Sécurité en cas de panne électrique ou d’absence longue de signal reçu en plongée. (les ondes à 41 Mhz ne passent pas dans l’eau) Le constructeur était cependant réticent à réaliser ce test.

D’autre part la haute antenne risquait d’être touchée et je n’étais pas plus sûr que l’homme de l’art, du comportement de l’engin subissant une forte gîte en plongée. Le voilier passa juste derrière, il ne se passa donc rien.

Tous les types de voiliers sont "modèlisables", même le célèbre Pamir :

Le Pamir, à comparer avec "l’original", au moins aussi beau

C’est aussi arrivé au trois-mâts école Gorch-Fock d’aujourd’hui, par un ingénieur retraité Suisse.

Sous un lourd silence l’antenne se rapprochait lentement du quai, le capitaine donna soudain l’ordre le plus important et l’exécuta : "Surface !" Tonnerre d’applaudissements, le nez de l’U-47 sortit immédiatement de l’eau. Ouf !! Victoire ! Alors, l’U-47 alla se ranger sagement près du quai des barques à louer auquel il fut immédiatement amarré. Pourquoi le soulever hors de l’eau ?

La buvette étant située à côté car nous avions tenté de tout prévoir, un pot s’imposait pour fêter l’événement pendant que les curieux étaient invités à admirer le bel animal retenu à quai, presque comme son glorieux ancêtre après la victoire.

J’avais même préparé à l’avance un grand pavois qui fut tendu de l’avant à l’arrière dès l’amarrage achevé. Nous avions poussé un peu loin l’authenticité, sans pour autant lui faire battre le pavillon à croix gammée, remplacé pour l’occasion par celui de la Bundesmarine de la République Fédérale de chez "Angie". Il n’était pas trop question d’avoir "mauvais genre" !

Manquaient aussi l’abris en béton, la fanfare militaire et les "souris grises", surnom français des dames de la Marine Allemande de l’époque.

Le Cdt Günther Prien du U-47

Certains spectateurs fortement impressionnés nous payèrent la tournée, qui fut renouvellée au moins trois fois. Ensuite, gonflés à bloc, il fut décidé d’exécuter une nouvelle démonstration qui fut encore plus brillante et spectaculaire et sut obtenir le même succès. Cette fois ce fut le patron de la buvette qui paya son coup, après celui du constructeur de la belle goëlette.
- Il me semble avec le recul, qu’effectuer cette troisième croisière sans prendre la précaution d’ouvrir les panneaux et jeter un petit coup d’oeil à bord, ce n’était pas si prudent que ça. Ce fut surtout un excès d’enthousiasme certainement. Aucune négligence n’est permise à bord d’un sous-marin, quel qu’il soit...

Le fameux taureau de Scapa-Flow peint sur l’U-47

C’est ainsi que l’antenne et le périscope ont soudain disparu de notre vue alors que l’U-47 évoluait en plongée à 60 m de nous. Merde...
- "Le système de sécurité DOIT l’obliger à remonter et tout rentrera dans l’ordre, il n’y aura pas de problème" annonçais-je en pensant... "Théoriquement". Au bout de cinq longues minutes, toujours rien ! La "tempo" étant dépassée, une vive inquiétude s’empara de l’assistance. Après dix minutes notre inquiétude se transforma en consternation car il n’y avait plus aucune trace d’activité sous-marine alors qu’en surface la jolie goëlette tournait autour de la zone, comme s’il était possible de faire quelque chose avec elle pour sauver l’U-47.
- "Verdamnt !"

Le Koursk en mer

Nous nous sommes alors tous les quatre regardés dans les yeux en faisant probablement (toute proportion gardée) la même tête que les amiraux Russes en Août 2000, lorsqu’il leur est devenu évident qu’il était arrivé quelque chose de très grave à bord du Koursk.

Il n’y a pas que les U-Boote ! Le Surcouf (Pat Drake) n’est pas oublié aux USA

Le patron de la buvette fut le premier à commenter la chose, en ayant la même idée que moi. Généreux il déclara :
- "Prenez la barque et allez voir sur place ! Pour lui c’est gratuit, je vais pas faire payer pour un sauvetage !" Il nous a donc tôt remonté le moral. Compte tenu de la transparence des eaux, l’endroit avait d’ailleurs aussi été choisi pour cela, c’est en étant tous "regonflés à bloc" que la première expédition de recherche fut lancée. Mais le niveau du moral commença à redescendre au bout de vingt minutes à tourner en rond.

D’autre part trop penchés par dessus bord, nous avons failli chavirer...(Scheisse !) Il s’en est d’ailleurs fallu de fort peu que cela nous arrive une seconde fois pour de bon, lorsqu’enfin nous l’avons trouvé :
- "Ouf ! le voilà ! Ici, par là !"
- Ce cri de victoire déclencha un réflexe trop rapide, car nous nous sommes tous penchés du même bord simultanément pour voir l’épave. Cette expédition devenait dangereuse...

Qui a dit que le modèlisme est une activité sans risque ?

Heureusement que le courant n’était pas puissant, mais il nous a quand-même surpris. L’épave ne se trouvait pas où nous l’avions supposé, conformément à la Loi de Murphy appliquée à la navigation sous-marine en rivière. Nous avions aussi pensé à un accrochage accidentel dans la végétation mais ce n’était visiblement pas le cas, ce qui nous soulagea. Il nous restait donc "seulement" à le renflouer. Hélas, il se trouvait en eau profonde. Nous avons pris deux sangles de saisie avec nous sans trop savoir comment on pourrait s’en servir. D’autre part une question fondamentale se posa rapidement :
- Sera-t-il nécessaire de plonger nous-même ? Il faisait beau et chaud, mais tout de même, la température de l’eau...

"Enfin, s’il est possible de faire autrement" fut une pensée partagée avec une certaine crainte. A priori un seul plongeur suffisait, mais qui ? L’épouse du constructeur écarta catégoriquement l’hypothèse que... La façon dont son époux nous rappela qu’elle était brevetée n’était pas des plus adroites. Il n’aurait jamais dû dire ça. D’autre part elle n’avait rien pour se changer et pas de maillot de bain précisa-t-elle, et nous encore moins.

Pour commencer, l’une des sangles fut utilisée comme sondeur pour se faire une meilleure idée de la situation :
- "Humm... 2,20 m ça pourrait être pire." Ai-je commenté en proposant de mettre deux sangles bout à bout et draguer le fond avec en tentant de la faire passer sous l’avant du U-47 pour le soulever. Peut-être serait-il possible de l’accrocher ou de le faire remonter jusqu’à nous en lui donnant une forte impulsion, juste assez pour être saisi à la main puis remorqué. Pourquoi pas ? La proposition fut retenue. Le capitaine pensa un instant essayer plus facilement par l’arrière puis renonça, car lui aussi se demandait si en plus, on ne risquait pas ainsi de causer une avarie aux hélices par exemple.

Très inattendu, le Nautilus de Jules Verne est aussi dans la compétition !

Exécution ! Nous avons donc commencé à tourner lentement autour de l’épave en laissant la sangle balayer le fond. Lorsque celle-ci fut sous l’étrave, nous avons essayé de nous stabiliser au-dessus et de laisser descendre l’autre sangle pour tenter d’accrocher la première. Avec le crochet qu’elle avait, c’était possible. Quand notre drague fut glissée sous la quille à environ 60 cm de l’avant, il fut décidé que c’était "le moment" :
- "Oh ! Hisse !" Nous tirâmes un coup sec qui fit soulever l’avant du sous-marin, mais aussi osciller la barque soudainement. Ce qui risquait de se passer est arrivé... En effet quatre à bord de cette petite barque, nous étions au moins un de trop.

Déséquilibré, le capitaine de l’U-47 fit un geste trop brusque pour se récupérer et heurta son épouse avec son coude. Celle-ci trop surprise eut le très mauvais réflexe de s’accrocher à moi. Déséquilibré à mon tour, je n’ai pu que l’entraîner dans ma chute. Enlacés dans la stupeur nous sommes tombés même si son marin de mari tenta de nous retenir en saisissant sa robe. Il ne tomba pas avec nous dans l’eau froide malgré la soudaineté car sa robe légère d’été n’a pas su résister à une telle traction, elle fut déchirée de haut en bas.
- La dernière chose entendue fut donc un énorme éclat de rire collectif en provenance du quai. Ils auraient eu bien tors de s’en priver, car faire ainsi l’andouille tous debout sur une barque n’est pas sans petits risques. Nous avons donc su donner un spectacle absolument complet à notre public.

Modèle américain du Nautilus. Il vaut mieux être informé tellement il est inquiétant...

Le pire de l’affaire fut que nous avons laissé couler les sangles...
- "Idiot !! T’as déchiré ma robe !!! lança-t-elle à son époux en faisant surface à côté de moi.
- "Merde ! Les sangles !! Ah ! C’est froid !" ai-je commenté sobrement en me félicitant de n’avoir pas emmené mon mobile GSM dans cette galère.

Tous les clients de la buvette étaient pliés de rire.
- "J’suis vraiment désolé. Ah ! Putain !..." répondit-il en tentant de s’excuser.
- "T’inquiète pas, on nage pas dans le fuel tu vois ! Le pire est arrivé mais ce sera plus facile de le récupérer maintenant."
Telle fut ma première impression en contemplant béatement avec surprise les seins "libérés" de son épouse. J’avoue avoir eu du mal à m’empêcher de rire à mon tour. Heureusement qu’elle n’était pas toute nue sous sa robe ce jour-là.

Passés ces instants d’émotion, je me suis laissé descendre jusqu’à l’U-47 qui reposait sous mes pieds et l’ai saisi par la fausse antenne d’ondes courtes tendue entre le massif et l’extrême avant. (j’ai failli écrire "antenne fictive")
- Un solide coup sec vers le haut a suffi pour le décoller du fond car il semblait étonnement léger dans l’eau. En moins de deux minutes il fut saisi à côté de la barque, nous avions réussi. Il ne restait plus qu’à pousser le convoi vers le "port" et hisser l’animal sur la pelouse. Il fut jugé plus prudent de ne pas tenter de remonter à bord, en effet les deux autres manquèrent deux fois en plus de chavirer tellement nous étions nerveux.

L’U-47 (bis) en croisière sur la Vonne

Le patron de la buvette nous prêta immédiatement de quoi nous sécher et se couvrir, heureusement (aussi) qu’il faisait chaud. La patronne eut ensuite la grande bonté d’offrir de quoi se revêtir plus discrètement à la victime. En contemplant la robe déchirée elle riait encore plus que les autres.
- "Ca s’arrose !" Après une bonne bière Leffe pour se remettre les idées en place, la Commission d’Enquête prépara sa première session.

En soulevant la bête nous avons constaté avec soulagement qu’il n’était pas beaucoup plus lourd qu’avant le naufrage, il n’avait donc pas été entièrement noyé. Le constructeur pouvait donc en être fier, mais il ne s’en est pas rendu compte sur le moment, il a même fallu lui dire. Mais un peu d’eau se baladait à son bord d’avant en arrière, nous l’avons senti en portant sa longue coque pour l’échouer sur la pelouse. En ouvrant le premier panneau nous avons d’abord eu une grosse surprise :

Un de mes correspondants à qui j’ai raconté tout ça en deux phrases par e-mail me posa une bonne question, une vraie question de sous-marinier :
- "L’équipage est-il sain et sauf ?" Je peux dire que oui ! Une guêpe se trouvait enfermée à bord. Nous n’avons eu que le temps de la voir et l’entendre dès l’ouverture de l’écoutille. Elle nous a fait une peur bleue en sortant ! Elle revient de loin celle-là. J’ignorais qu’une guêpe pouvait faire naufrage en sous-marin sur la Vonne et survivre, à bord d’un U-Boot de surcroît. En mer tout peut arriver, en rivière aussi.

L’U-47 fait surface

Pour conclure, veuillez trouver ci-après le Rapport de la Commission d’Enquête :
- La cause première du naufrage est une infiltration lente d’eau à travers d’au moins un presse-étoupe de ligne d’arbre d’hélice. Le niveau d’eau montant peu à peu a déclenché un court-circuit au niveau des soudures de contact d’alimentation d’un des petits mais puissants moteurs électriques de propulsion, là où les fils sont hélas dénudés. Cet endroit a d’ailleurs beaucoup "chauffé" et bien sûr, vite déchargé les batteries. Tout le coin fut trouvé noirci, c’est tout juste s’il n’y a pas eu le feu à bord.
- En black-out total et hors de tout contrôle, l’U-47 s’est donc lentement posé sur le fond...
- J’avoue que cet examen m’a impressionné.

Recommandations de la Commission d’Enquête :
- Etudier un système de presse-étoupe plus sûr, enquête à faire avec la revue MRB ou dans les milieux spécialisés.
- Entre chaque plongée une inspection à bord est nécessaire, pour être certain qu’il n’y a pas eu d’infiltration.
- Revoir le système de sécurité pour faire surface en mode automatique en cas de panne électrique, qui s’est révélé totalement inopérant, pour ne pas dire très mal conçu.
- Utiliser un pédalo de location et non une barque pour l’expédition de sauvetage, c’est plus stable.

Bien navicalement - Thierry BRESSOL - OR 1

Le Glomar Explorer, lors du fameux projet Jennifer

PS nr 1 : Que la CIA me pardonne, mais en tombant à l’eau j’ai un instant pensé qu’il faudrait peut-être faire venir le Glomar Explorer. En d’autres termes nous aurions dû pour renflouer ce sous-marin, prendre une embarcation plus adaptée. Comparer le Glomar Explorer à un pédalo, il fallait oser ou y être conduit, toutes proportions gardées.
- http://mapage.noos.fr/sub-scope/artjennnn.htm (Glomar Explorer)
- http://w3.the-kgb.com/dante/military/explpics.html

PS nr 2 : Finalement, l’indispensable récupération des sangles fut l’opération la plus délicate... Il nous a fallu replonger !

- L’U-47 à la chasse aux canards

Merci aux sites modèlistes, surtout les plus insolites :

De nombreuses maquettes constituent le souvenir d’un naufrage :

Le Maori de Jean-Claude Sinesael, ne l’oublions pas...

Site d’une association de maniaques des modèles de sous-marins :
- http://www.subcommittee.com/SubComm/
- http://www.subcommittee.com/SubComm/photos_show.cfm?CID=85
- http://u47.chez-alice.fr/accueil.htm
- http://u47.chez-alice.fr/Maquette_U-47.htm
- http://u47.chez-alice.fr/Histoire_du_U-47.htm
- http://www.photos-de-navires.com/gallery/category.php?cat=40

- Surprise de taille ! En la matière, l’imaginaire absolu tient une place d’honneur, rien de moins que le Nautilus de Jules Verne !

- http://home.att.net/~JVNautilus/Warren/Warren.html
- http://www.nemotechnik.com/jules%20verne/accueiljulesverne/julesverne.html
- http://home.att.net/~karen.crisafulli/new-Nautilus.html
- http://home.att.net/~JVNautilus/Catalog/some-designs.html
- http://web.telia.com/~u92024188/Nautiluseng.htm
- http://web.telia.com/~u92024188/images/rubberbandsub2.jpg
- http://web.telia.com/~u92024188/Disneyeng.htm

- http://home.att.net/~Karen.Crisafulli/nautilus.html
- Jules Verne et Georges Sand redécouverts à bord

- http://www.corlobe.tk/article956.html (Visite d’un sous-marin Portugais)

- Liste des articles

Le Glomar Explorer s’est reconverti dans l’industrie pétrolière

- L’espion du sous-marin Argo
- Le Prince Noir des hommes-torpilles

- Les méthodes du Grand-Amiral
- U-BOOT ou l’anti-Marine Marchande
- Capitulation en mer le 4 mai 1945
- Les U-BOOT avant et après le 4 mai 1945

- U-Boot, la cible
- Les U-Boot et le « Metox »
- Le Gyro s’envoie en l’air à bord d’un U-Boot
- Le mal de mer, l’ennemi
- Le U-Boot et la marée blanche
- Sous 10 pavillons, un grand farceur maritime

- Renseignements sous-marins
- Intox ? Napoléon et les Telecom
- La "mitraillette" des Ondes Courtes
- Les voyeurs

Bon vent, bonne Mer à quiconque navigue, même en eau douce.

Superbe vision US du Nautilus de Jules Verne

"Mobilis in mobili" (mais arrêt technique oblige...)
- http://lalicorne.canalblog.com/ (le 2 Mai 2007)

Ce modèle de U-Boot (type VII) n’est plus dangereux : L’U-995 s’est échoué d’une façon très originale...

http://www.corlobe.tk/article963.html (autre farce sous-marine en rivière)

Le 3 mai 2007 : Le sauvetage de l’U-47

De là-haut (ou de là-au-fond) Prien a du bien rigoler ce jour là !
Je n’ai jamais vu un Président de Commission se "mouiller" à ce point.
Pierre Escaillas.

Lien :
Les Carnets de la Licorne Le sauvetage de l’U-47 4 mai 2007, par Thierry BRESSOL

Il fut dit et écrit que Günther Prien avait un puissant sens de l’humour, un caractère très indépendant et qu’il ne se prenait pas très au sérieux. (sans doute une preuve de sérieux). Il aurait sans doute su bien en rire je le crois aussi. Je me suis mouillé dans tous les sens du terme, c’est sûr !
- D’autre part, complément d’enquête effectué plus tard, notre U-47 risquait aussi d’exploser mais en plongée. Nous faire cela sans le HMS Wolverine sur le plan d’eau, quel affront ! Ca aurait été le bouquet. Bien navicalement


A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/