Souvenirs de mer

25 avril 2007

Psycho-sociologie de groupe, Université de Berkeley

(complété le 30 Mai 2007 par un utile "PS" en queue d’article)

Un excellent collègue marin a dit un jour ce qui suit, lors d’une conversation d’aileron de passerelle :

Ce navigateur se méfiait toujours de la foule et exposait parfois une forte méfiance du travail en équipe, surtout s’il n’existe pas un chef clair, compétent et reconnu sans discussion.

- "Tu vois un homme seul pris au hasard, on peut supposer facilement qu’il est cultivé, intelligent et raisonnable."
- "Deux types sont vus en train de discuter ensemble, on voit deux copains !"
- "Trois types ensemble, c’est déjà presque une bande de cons. Pour un groupe de plus de quatre, à suivre..."

Remarque indispensable : C’est "valable" aussi pour les dames, car elles savent être au moins aussi intelligentes et raisonnables ou au moins aussi bêtes et méchantes que les hommes, c’est vérifié !

J’ai eu l’opportunité professionnelle difficile mais passionante de faire de la formation (qui je suis) et d’y être relativement bien préparé à l’avance, ce qui ne se fait pas toujours. Animer des stages, faire des cours, organiser une conférence ne sont pas chose facile. "Faire le prof" c’est comme un discours, ça se prépare. Surtout si l’auditoire est difficile !
- Et si en plus il faut convaincre...

Coucher du Soleil, sur l’aileron de passerelle (celui-ci est vaste, c’est le Nabucco, photo volée encore)

J’ai donc subi une session de formation de formateur pour être à même d’affronter avec assurance "la cage aux fauves" que peut devenir un groupe de 10 stagiaires. Tout le monde se souvient qu’une classe de lycée, un groupe d’étudiant ou une classe de l’Ecole de la Marine Marchande, peuvent devenir très déstabilisantes pour l’homme ou la femme de l’art en charge de diffuser une beau message pédagogique ou purement professionnel.
- J’ignore totalement ce que fait l’Education Nationale en France par exemple, pour préparer ses jeunes futur-profs avant de les envoyer en banlieue Nord-est de Paris. J’espère qu’on ne les lâche pas "là-dedans" avec dans la tête leur seul "bagage" culturel à diffuser ! Nous lisons parfois dans la presse que ce n’est pas toujours facile sans grande expérience, et que même avec celle-ci...

Mon groupe de futurs animateurs de formations fut passionné par un certain nombre de choses :
- En quatre semaines nous avons en effet étudié la "dynamique de groupe", "l’analyse de conflit" et des tas d’autres choses de ce genre pour être capables de mieux comprendre notre "prochain", avant que celui-ci ne devienne notre adversaire au cas où cela risquerait d’arriver.

Je ne fus certainement pas seul du groupe à être impressionné par l’usage de la vidéo pour les travaux pratiques :
- Nous avons dû chacun à notre tour animer un petit cours d’électricité élémentaire un peu spécial il faut le reconnaître.

D’abord, nous étions notre propre public. Nous avons dû prendre chacun notre tour pour animer une fois de plus ce "cours" devant tous les autres. Ceci était filmé par une impitoyable caméra vidéo U-Matic. La cassette était ensuite visionnée et commentée "pièce par pièce" pour étudier en commun la prestation pédagogique de chacun.
- Se découvrir après coup à la télévision est toujours étonnant et fort instructif. D’autre part, ça l’est tant et si bien, que même si j’avais été seul à pouvoir regarder clandestinement le film de "mon tour" sans entendre les commentaires du groupe et de notre Maître, j’en aurais tiré énormément d’auto-enseignements.

Cette prestation pédagogique d’essai pouvait sembler simple au premier abord :
- Il s’agissait d’expliquer ce qu’est "au fond", la différence entre la tension et l’intensité en électricité. Ca n’avait l’air de rien, mais c’est un sujet glissant.

En effet chacun d’entre nous avait l’autorisation et pour consigne claire, de poser régulièrement des questions déstabilisantes à la victime.
- "La cocasserie, la méchanceté ou la sottise seront cette fois tolérées avec bienveillance..." expliqua notre Maître.

Ca c’est sûr, nous avons bien rigolé ! Mais beaucoup moins lorsque c’était notre tour de passer à la casserole. Et l’expérience se révéla encore plus difficile lors de la séance d’étude des films.
- Quand venait le tour de LA cassette, les choses sérieuses commençaient pour "l’intéressé(e)" qui là, riait un peu moins je sais vous l’assurer ! (bien que...)

D’autre part il fallait aussi montrer le démontage (et le remontage) d’une petite machine conçue pour la lecture optique et l’impression d’une même fiche cartonnée. Techniquement simple, ceci pouvait fort mal tourner avec une pareille bande de sauvages. Pour l’exemple, je me suis senti trop tard engagé par mégarde sur un terrain très glissant à cette occasion :

Je me tenais derrière la "bête" en posant mes mains sur sa face-avant pour montrer l’ouverture du capot de visite du lecteur optique. Tout se passa fort bien pour commencer mais je n’avais pas la main droite bien placée. J’ai alors laissé s’échapper de ma bouche une pensée un peu trop simple mais sur le moment inévitable :
- "Je ne trouve pas la fente". En d’autres circonstances il était possible que ceci ne soit ni remarqué ni exploité. J’ai espéré en vain car la plus mauvaise fille du groupe lança immédiatement une torpille :
- "A ton âge, tu ne sais pas trouver la fente...??"

Tomahawk VI

Quiconque n’a pas vécu un pareil torpillage ne sait pas ce qu’est un groupe devenu incontrôlable par le rire. En plus nous avons eu droit à une seconde couche lors de l’étude de la cassette ! Il fallut tirer à mon tour, j’ai eu la chance d’avoir le temps que le fou-rire général se calme, pour pouvoir armer et répliquer :
- "Ma chambre c’est la numéro 9 ! Tu n’as qu’à venir frapper à ma porte ce soir, et tu verras bien si je ne trouve pas ! T’es invitée à me montrer tout ça au cas où..." (nous étions tous dans le même hôtel)

C’est sûr, maintenir l’ordre quelque part alors que tous les facteurs déstabilisants sont réunis n’est pas chose facile. Cela s’apprend difficilement avec l’expérience d’abord, aidée naturellement par des "trucs" et une culture minimale sur ces sujets qui ne sont pas si simples.

Le pot au noir par Pierre Escaillas "Carnets de la Licorne"

J’ai appris à cette occasion qu’une Université en Californie (Berkeley si je me souviens bien) a mené une longue série d’études de psycho-sociologie de groupe dans les années 70, qui intellectualisa ces phénomènes relationnels avec le plus grand soin. Le technicien pur que je fus longtemps ignorait ce genre de choses, pourtant utiles à connaître ou au moins à approcher dans une optique très pratique, à l’Américaine. Des centaines d’étudiants et de citoyens choisis souvent par hasard furent souvent "manipulés" pour l’étude.

La partie redoutable de ces connaissances fut très mal reçue à l’époque et l’est encore, car il est vrai que ce n’est pas "très correct".
- Il a en effet été prouvé ce qui suit avec une inquiétante certitude méthodologique et scientifique :

Université de Berkeley, Californie

Pour n’importe quel sujet de débat collectif, dans un groupe de plus de 50 personnes (c’est encore plus le cas pour 44,5 millions), l’opinion qui est la plus souvent exprimée ou manifestée, est toujours "fabriquée" à partir du "plus petit dénominateur commun" de toutes et tous :
- C’est aussi dire que le plus médiocre point de vue est naturellement majoritaire !

Ceci donne à réfléchir sur la façon dont nos sociétés fonctionnent.

Le plus étrange reste que ceci ne signifie pas que s’exprime alors la véritable volonté collective du groupe ! En effet celle-ci est rarement indentifiable avec certitude, quelle que soit la méthode de "sondage utilisée".
- Et puis, qu’est vraiment la volonté d’un groupe de cinquante ? Cinquante fois la même chose ? L’addition de cinquante idées ? Tout ceci est parfois très brumeux.

Le détroit de Messine

D’autre part il fut aussi prouvé que l’intérêt collectif véritable est encore plus rarement exprimé par la majorité d’un groupe. Cela est, même si pris à part individuellement, chacun a le plus souvent en soi une attitude tout à fait raisonnable. Presque tout le monde veut vivre bien, et que la même chose soit réservée à ses enfants et ceux des autres. Pourtant, ce que nous avons fait semble-t-il avec le climat* de notre planète ne le suggère pas.
- "Vas comprendre..."

Tout ça n’est pas très "politiquement correct" parce que trop "abrut", on n’a donc pas fait beaucoup de pub sur le résultat de cette étude ! D’autre part vu trop simplement, ceci laisse entendre que les élections seraient une pratique débile et dangereuse.
- La réalité est plus nuancée !! Alors, qu’est-ce qu’on doit faire ? Les concevoir autrement, je suis certain qu’il le faut.
- C’est même chose à l’étude à Orsay !!! (au CNRS)
- http://www.ceco.polytechnique.fr/ (voir le post-scriptum en fin d’article)

A quoi servent réellement les élections ?

Cela devrait être l’objet d’une réflexion politique rationnelle, très au-dessus du niveau actuel du débat...

Ce serait plus intelligent que de continuer à "se rouler dedans" tous ensemble. Que certains le fassent, hélas. Soit ! Mais on y jette même ceux qui ne veulent pas.

Ces études suggèrent pourquoi la grande majorité des gens votent régulièrement contre leurs propres intérêts ! Qui ne s’étonne pas de ces petits et moyens commerçants qui votent ouvertement depuis plus de 30 ans, pour des politiciens (de "droite" et de "gauche") qui tous ensemble joyeusement ont permis l’installation d’immenses supermarchés à l’intérieur ou près des villes ! Je ne sais pas si ça se soigne.

Je n’en vois qu’un seul, combien sont-ils ? Ah ! s’il n’y avait eu que ce gag... Même le journaliste ne connaissait pas la réponse à la question posée pour embarrasser ses invité(e)s, et déclare n’importe quoi ensuite... Où va-t-on ?

Ils n’ont pas vu ce qu’ils construisaient, tellement c’était secret. C’est très fort ! A moins que tous n’aient été...

L’attitude de tolérance générale envers des politicien(ne)s dont le manque de sérieux comme de culture et la malhonnêteté est évident, (trop souvent pris la main dans le sac ou en flagrant délit de mensonge), ne peut s’expliquer que par quelques "mécaniques de groupe" pour le moins tordues.
- Nous voyons aussi avec stupeur que les candidats les plus originaux, les plus sérieux, les plus cultivés et parfois très brillants, comme les mieux intentionnés, sont aussi ceux qui réalisent les audiences faibles.

Dans les années 70, il fut impossible de "corriger" une très vieille dame qui votait toujours pour Georges Marchais, pour lutter contre le communisme ! Je crois que son cas n’était pas si grave, il y avait surtout erreur sur la personne...

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR1

Ce piaf là est moins dangereux que les goélands et les vautours
(au service des lobbies, qui nous ruinent depuis plus de 40 ans)

PS : A propos de vote, pour moi la démocratie ne doit pas être la Loi des plus c... Il est possible de faire mieux :
- Les "matheux" l’ont montré à Orsay !
- http://www.lejdd.fr/cmc/paris/200716/un-vote-avec-bons-et-mauvais-points-_12373.html
- http://www.ceco.polytechnique.fr/jugement-majoritaire.html
- http://www.ceco.polytechnique.fr/

- Réactions aux articles et statistiques de fréquentation

Note* : Il est maintenant admis par l’écrasante majorité des scientifiques spécialistes de la chose, que le changement climatique constaté est le résultat d’un "dérèglement" dû aux activités humaines trop désordonnées. La petite minorité qui affirme encore le contraire a peut-être raison car là aussi, certains arguments sont difficiles à réfuter. Les causes peuvent aussi être naturelles (volcanisme etc.) mais une chose reste incontestable : Nous avons saccagé une grande partie de la Terre !

- Bon anniversaire ! Déjà 50 ans et toutes ses dents !
- Complément à l’air du temps élitiste (version BD)
- La Rumeur des Ondes GSM
- Le Danger des Radiations Electromagnétiques
- J’en étais sûr... Flextronics et l’usine de Laval

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Liste des articles

Le 3 mai 2007, Lindor : Psycho-sociologie de groupe, Université de Berkeley

Bonjour,

une petite question se pose :
- Est-elle venue vous visiter ?

Maritimement Lindor

Psycho-sociologie de groupe, Université de Berkeley 4 mai 2007, par Thierry BRESSOL

Cher ami, nous glissons ici dans le "hors-sujet"... Ceci dit, j’ai repensé à la Grande Vadrouille et à son Hôtel, dont la clientèle était un peu encombrante : le chiffre de ma porte avait subi le même sort, renversant. Elle risquait donc d’aller chez quelqu’un d’autre (regrettable erreur). Heureusement, sa chambre était le nr 6. Donc, elle ne s’est pas trompée. J’ai hésité au point de ne pas l’écrire, mais Lindor, vous avez renversé mon idée.
- Bien navicalement ! Bon vent & bonne mer.


A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/