Souvenirs de mer

23 février 2007

Panne de radar au Brésil

- Dépannage radar au Brésil, ou "à chacun ses méthodes de travail"...
- Un intellectuel nommerait cela un "Choc culturel".

- Msg du Mercredi le 28 Novembre 2001 à 11:21
- En effet hélas, je n’ai pas ici ma collection de photos du Brésil...

Le port de Belem

Cet article est conclu par deux autres récits de réparation acrobatique. Que tout le monde se rassure ! En général, la maintenance de l’électronique à bord se faisait plus classiquement, pour ne pas dire très banalement.
- A Paimpol se trouve la seule école hôtelière du monde qui porte deux radars de navigation sur son toit. Ces deux antennes sont toujours à ma connaissance sur le toit de l’ancienne "Ecole Hydro" (de la Marine Marchande) de Paimpol. Elles me font toujours penser à l’excellent gag survenu à bord d’un petit navire vraquier Français en escale à Belem (Brésil) en 1989.

Aileron de passerelle du supertanker Algarve. "Au loin" : le mât radar et la boule blanche protégeant l’antenne du Satcom (émission directive du Satcom, 25 Watts)

Ce qui suit me fut raconté quelques mois plus tard par un ami qui en était le chef mécanicien. Ce petit vraquier de la Cie "Nantaise" n’avait pas d’Officier Radio à son bord, et les gars de la passerelle eurent à subir quelques soucis simultanément avec leur deux radars, tant et si bien qu’il devenait évident qu’ils ne s’en tireraient pas seuls avec les moyens du bord.
- En d’autres termes, ils s’attendaient à n’avoir plus de radar du tout...

Ces ennuis risquaient d’ailleurs même avec un officier radio à bord, de nécessiter une intervention extérieure, ne serait-ce que par le manque de pièces de rechange à bord.
- Il fut donc décidé de faire venir à bord la Sté Ambra Electronica, bien connue à Belem.

Je dois confirmer que c’est une "maison sérieuse" chez qui j’ai pu acheter des pièces pour le Sea Intrepid quelques mois plus tôt.

Les radars que j’ai "fréquentés" nous en disaient moins. Ici le Pas de Calais "Northbound"

Le problème rencontré perturbait les deux Indicateurs "display" et le bloc du calculateur anti-collision. Il semblait situé en apparence dans l’unité "Interswitch". Tout cela était très mauvais d’évidence, et les gars se voyaient déjà sans radar pour la traversée de retour en Europe...

Une rue de Belem, à l’embouchure du fleuve Para

La seconde journée passée à Belem, deux techniciens la Sté Ambra Electronica étaient encore à l’oeuvre en fin d’après-midi, mais ils avaient surtout réussi à coloniser la passerelle avec leur matériel et toutes les tripes des deux indicateurs "display" déposées et abandonnées dans tous les recoins possibles et imaginables de l’endroit le plus sacré du bord.

Remonter le fleuve Para assez loin... Jusqu’à risquer se perdre...

D’évidence, cela risquait de poser quelques soucis en plus à la fin des opérations commerciales, qui étaient heureusement fort lentes.
- Auraient-ils terminé la réparation à temps ? Le troisième soir, le Chef et le Tonton sont partis ensemble faire une "bonne sortie à terre", café, restaurant etc. Tout ce qui peut se faire au en escale au Brésil...

Belem, Place de la République

Revenus vers quatre heures du matin, ils constatèrent que le petit camion de "Ambra" était toujours près de la coupée et que la passerelle était restée illuminée. Ils travaillaient donc encore !
- "Quoi qu’il arrive, on ne pourra pas dire qu’ils n’ont rien fait" commenta le commandant.

Ils s’installèrent au salon pour discuter un peu et prendre un dernier verre. Très inquiet pour ses radars, le jeune Cdt se voyait déjà revenir en Europe sans eux, dans le pire des cas. Il demanda donc au Chef mécanicien de l’attendre un peu, puis monta à la passerelle pour interroger les deux techniciens. On verra bien, pensa-t-il...

On ne présente plus le whisky Jameson, avec modération...

Quelques minutes plus tard, à son retour il avait le visage livide et défait. Il répéta deux fois :
- Je sais pas quoi en penser. Sers moi vite un autre double whisky...
- Ca ne va pas ? Pas du tout ?
- Je crois que vais arrêter la navigation...

Voici ce qui se passait à la passerelle :
- Ils avaient égorgé un coq noir et l’un d’eux était en train de faire des incantations Vaudous devant le bloc calculateur anticollision... D’autre part, il y avait plein de sang sur le sol.
- Un autre whisky s’il te plait...

C’est donc totalement démâtés qu’ils ont dormi ce soir-là...
- Mais ! Au petit matin, tout fut trouvé "nickel" à la passerelle et les deux radars étaient laissés en "stand-by", avec une petite note explicative laissée par les deux techniciens Ambra.
- Il fut constaté avec soulagement que les deux engins fonctionnaient parfaitement. Cependant, une partie des fonctions du calculateur (CPA, TCPA etc...) étaient laissées désactivées, faute de pouvoir remplacer un petit sous-ensemble indisponible à Belem. Il faudrait donc "terminer le traitement" en Europe... Mais ouf, ça marchait ! Les petits papiers de Ambra Electronica pour se faire payer par l’Agence, furent donc signés sans aucune discussion lors de leur passage avant le départ.
- Différences de culture, dit-on en Europe, n’est-ce pas ?

J’ai beaucoup apprécié les Philippins du Sea Intrepid, qui m’ont parfois stupéfait par certaines de leurs habitudes. Mais le Vaudou manquait à ma collection...
- Pourtant, sur la COA, en Amérique du Sud, aux USA, en Nouvelle Zélande, en Australie, au Golfe Persique, en Finlande, au Japon et en Chine, ce ne sont pas les occasions de surprises culturelles qui manquaient !

Atterrissage à Malte, un radar moderne garde les fonctions anciennes, cercles fixes concentriques (nous sommes le centre du monde maritime)

NOTE TECHNIQUE pour les profanes :
- Il existe principalement deux types de radar de navigation maritime civil :
- Les "10 cm" ou les "3 cm". C’est fonction de la bande de fréquence utilisée par le bloc Rx/Tx du système. Les qualités et les inconvénients de ces deux types d’équipement sont complémentaires. Par suite, les navires de commerce sont de longue date équipés généralement d’une paire de radars de type 10 et 3 cm.
- Ces derniers sont bien sûr presque toujours du même constructeur, vendus et installés ensemble, justement de façon à pouvoir échanger le "display" et l’émission/réception à la demande, si nécessaire.

La dite "unité d’Interswitch" peut devenir une féconde source de problèmes avec ses nombreux connecteurs et sa câblerie plus ou moins bien étiquetée... (surtout à bord des car-ferries, dont l’installation est naturellement un peu "exotique" à cause des besoins qui leurs sont propres)
- Mais le calculateur anti-collision se fait rarement oublier, lui aussi....

Cartographie marine et mythologique par Pierre Escaillas

Ce n’est pas de la mythologie électronique, c’est arrivé ! Un autre dépannage étonnant fut un "des miens" à bord du Navire Câblier Raymond Croze.
- C’est raconté dans l’article "Etre professionnel"...
- Panne Radar à bord de l’Esso Normandie

A propos de Belem, puisque j’y suis allé il faut évoquer le vraquier Franco-Cypriote Sea Intrepid :
- Le Sea Intrepid (1/2)
- Le Sea Intrepid (2/2) au mouillage à Vigo et la plage naturiste (passionnante partie de canotage)

Voici ce que peut montrer un radar moderne

Voici deux petites histoires radar :
- Encore trop peu expérimenté en 1980, j’ai eu à subir un stupide problème d’Indicateur de Radar en panne à bord du Saint Luc. Visiblement, un problème stupide sur un sous-ensemble de haute tension empêchait l’image de s’afficher. Je ne comprenais pas bien cette mauvaise farce, mais j’étais certain de tourner autour du "gag" sans le voir. Régulièrement le "Maître de l’Expédition Maritime" se tenait derrière mon dos pour finir par poser sauvagement la question qui tue :
- "Alors ? Ca va marcher ?" Je n’en étais pas certain...

Lassé de tourner en rond, j’ai eu l’idée de consulter notre Maître Electricien qui fut fort surpris par ma démarche :
- "Vos radars moi, vous savez... Je n’y connais rien ! Moi, c’est les grues et les treuils Monsieur le Radio..."
- "Justement ! C’est votre truc la "grosse électricité", venez donc voir ça un peu s’il vous plait." Notre "Fusible" est donc venu par curiosité. Il m’a écouté lui expliquer l’anomalie, il a observé ma bête malade, puis en fronçant les sourcils et en souriant, soudain il a saisi son Métrix savoyard (à l’époque ils ne venaient pas de Chine) pour observer ça et là, où il fallait.
- En vingt minutes "c’était torché" ! Tout le bord était content à commencer par la passerelle. J’avais réussi, l’Electricien avait réparé le radar, ce qu’il ne pouvait pas faire seul normalement. Mais surtout nous avions échangé nos savoirs pour la plus grande satisfaction mutuelle. Je fus vexé de n’avoir pu trouver seul le "coupable", mais aussi fort soulagé de pouvoir me dire que j’avais su éviter d’être "niqué" par inexpérience avec ce piège à c...

Tout le monde ne sait pas voir le Détroit comme ça...

Des années plus tard en 1990, une terrible panne du calculateur anti-collision du radar 10 cm du câblier Raymond Croze a réussi à nous humilier durant cinq ou six semaines. Deux gars de chez Decca sont même venus d’Angleterre après deux échecs de la CRM. Ils se moquèrent ouvertement et joyeusement de la CRM, de mon prédécesseur et de moi-même.
- C’est donc avec un sourire sardonique que je les ai raccompagnés à la coupée, alors qu’ils renonçaient en emportant des cartes échangées pour la Nième fois...
- Cela dit, ils n’utilisèrent aucune recette venue du Brésil...

La darse des câbliers (et le Descartes) vue du centre ville de La Seyne

Encore plus atroce fut la façon dont j’ai remis en marche cette unité anti-collision à ma grande surprise. J’ai prétendu ensuite n’avoir rien compris au "pourquoi" de la chose. Mais surtout j’ai juré n’avoir rien fait. Comme un miracle à Lourdes, ce fut sans explication. Après tout, le sourire interrogateur et satisfait (mais ironique) du commandant faisait plaisir à voir.
- S’il avait "su", il nous aurait sans doute tous pris pour de vraies bures. Cela dit, à observer son expression pensive, il était évident qu’il était sûr que la panne était une c... de ce genre. Avec son expérience de la navigation tout incompétent en cette matière précise qu’il était, l’idée principale était à sa portée !

Le Cap Sicié et les "deux frères" quand on les voit, on n’est plus loin de la darse des câbliers !

En effet le lendemain du départ des anglais, (nous étions à quai dans darse des câbliers de La Seyne sur Mer) j’étais tôt le matin à la passerelle avec un matelot qui passait l’aspirateur tout en bavardant avec moi. L’engin était resté toute la nuit "à poils" et je remettais tout en place en ronchonnant... Ca commençait à "chier des bulles à bord".
- Lors des nombreux essais dans toutes les positions imaginables du kama-sutra radar, cet engin avait fonctionné (ou tenté de le faire) avec certains sous-ensembles de l’indicateur posés sur le sol de la passerelle en cahoutchouc, tous reliés entre eux par de très larges nappes de fils plats de toutes les couleurs (ou bus), un peu comme dans un PC.
- Chaque connecteur de ce câblage fou était en plastique gris avec un "détrompeur" conçu pour être sûr qu’on le branche dans le bon sens, enfin presque tous sauf un ! Bizarre bizarre...
- Soudain, le matelot fit une remarque utile :
- "La couleur des fils ne correspond pas "ici", Monsieur le Radio. Comment cela se fait ?"
- "Effectivement M’sieur Rouzic..." Tiens donc. Je n’ai pas résisté à la tentation de...

C’était étrange. Jusqu’à la veille au soir à 23h00, ce crétin de calculateur refusait obstinément (quel con et contestataire !) de débuter sa procédure d’initialisation au démarrage et encore plus d’afficher ce qu’il fallait dans cette situation normale, avec ses séquences de chiffres "LED" à "Sept Segments". Ce n’était pas sorcier, l’afficheur devait montrer pas à pas chaque étape de la mise en marche de ses sous-ensembles. Ainsi, il fit pour moi ce matin-là et pour la première fois depuis deux mois, tout ce qu’il devait normalement nous montrer... Ouf !

L’US Navy n’est pas seule à être invitée régulièrement dans la rade de Toulon. Le Blas de Lezo (Espagne)

Un gros navire de la Royale traversait la rade de Toulon, c’était intéressant. Je l’ai donc "ploté" pour lire immédiatement son cap et sa vitesse. Le résultat de ma manipulation fut immédiat et parfaitement vraisemblable. Pourquoi douter ? Il était inutile d’aller chercher plus loin.
- Plein de flegme haineux, j’ai stoppé ce bazar puis j’ai tout remonté immédiatement. Après avoir fait un second essai, puis deux autres avec un navire Américain (USS Cavelier de La Salle) pour bien me convaincre d’abord, puis presque pour jouer avec mon radar ensuite. Quand je fus totalement convaincu, j’ai interpellé le matelot :
- "Merci beaucoup Monsieur Rouzic de votre conseil ! Motus n’est-ce pas ?! Vous prenez donc un pot chez moi ce soir. Il faut fêter ça n’est-ce pas ?"

La plage du Jonquet, près du cap Sicié

Cela devrait aller sans le dire entre marins. Mais ça l’est moins d’être précisé pour les profanes en matière de radar :
- Cet incident s’était déclaré le lendemain d’une de ces géniales "mises à jour logicielles" effectuées par un type venu de chez Decca à la demande du service technique à Brest... Ce cornichon avait fait si vite son job, qu’il avait tout bêtement mal remonté l’ensemble calculateur. Autant pour nous, on ne l’a pas vu plus que lui.
- A ce jour en 2007 il y a prescription pour tous ces crimes...

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Bien navicalement - Thierry BRESSOL / Officier Radio-électronicien de 1ère classe
- Qui regrette infiniment d’avoir si peu photographié en voyageant et d’avoir dû "prélever" ça et là, c’est à dire l’illustration trop souvent réalisée par d’autres, de tout ce qu’il a vu ou aperçu.
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Et Bon vent, bonne Mer à quiconque navigue !

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


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