Souvenirs de mer

5 juin 2007

La journée extraordinaire de Tembol en Yougoslavie en 1994 : 6/7

"La Guerre ne t’intéresse pas, mais elle s’intéresse à toi..."
- Dans cet article Tembol l’ancien marin pourtant déjà mouillé, se mouillera cette fois dans l’eau froide.

(article "réparé" le 11 Août 2008 à 17h45)
- Autrefois ils avaient vue sur la mer & Tembol en Krajina 7, la soirée de la peur...

La journée extraordinaire en Krajina et en 1994, ramasser les morceaux :
- Toute ressemblance avec des événements, des lieux, des situations ou des personnes ayant existé ou existant, n’est qu’une pure, totale et fortuite coïncidence. D’autre part, ce qui est arrivé n’était pas "seulement" totalement involontaire, c’était absolument imprévu.

Bizarrement, en constatant le résultat de son geste la première idée de Tembol fut de s’excuser pour sa maladresse. Alors, il réalisa le désastre :
- Il n’y aura de tribunal pour le prisonnier ni à Knin, ni à Beograd.

Ce piaf là est moins dangereux que les goélands et les vautours
(au service des lobbies, qui nous ruinent depuis plus de 40 ans)

Sa pensée de l’instant pouvait être résumée par : "J’ai pas fait exprès..." Et comme il n’était pas encore 16h00, il se demanda ce que lui réserverait la soirée. Le savoir aurait été meilleur pour son moral. Bien que...
- Bien avant la fin de cette journée, il a eu pleinement le sentiment d’avoir plus vécu durant les dernières heures que dans tout le reste de sa vie. Pourtant avec 12 ans de Marine Marchande, il y a naturellement de quoi raconter ! Quelques secondes après le tir, le vécu du moment le consterna une seconde fois :

La vie, ce n’est pas "du cinéma". Lors d’une poursuite en voiture avec fusillade nourrie, en réalité cela se termine beaucoup plus vite que dans un film. Au cinéma en général, tout véhicule criblé de balles continue à rouler sans problème visible. De la même façon lorsque quelqu’un "se fait descendre", on le voit tomber sans autre effet spectaculaire. Il n’est pas très fréquent qu’un film montre cela en détail, sans la pudeur habituelle. Voici ce qui arrive concrètement :
- Dans la vie lorsqu’on tire sur quelqu’un, "ça" le pousse en arrière avec violence et il y a du sang versé. Pour qui n’en a pas l’habitude, c’était en particulier le cas de Tembol, c’est tout à fait impressionnant. Avec certaines armes de guerre, il est même possible de "décalquer" littéralement un individu sur un mur avec une seule rafale. On ne montre pas cela si souvent au cinéma même dans les films de guerre, sauf peut-être dans "le soldat Ryan" consacré au Grand Débarquement du 6 Juin 1944.

Pulp Fiction de Quentin Tarantino, Palme d’Or à Cannes en 1994

Mais Quentin Tarantino dans "Pulp Fiction" (un film "très cru") s’est autorisé à montrer au spectateur ce qui arrive réellement à quelqu’un sur qui on tire à bout portant dans la tête, surtout ce qui arrive aussi aux personnes qui se tiennent trop près de la victime :

Le malheureux accident du scénario de Pulp Fiction

C’est ce qui s’appelle "en prendre plein la gueule", car le tireur risque d’avoir sa part de dégâts "collatéraux" ! Dans ce film, cela faisait intégralement partie du scénario (tout à fait délirant) en entraînant ses deux personnages hauts en couleur vers de nouvelles mésaventures. Il leur a fallu d’urgence trouver le moyen de faire disparaître la voiture (scène de l’accident) et le corps de la victime, puis se laver et changer de vêtements aussi discrètement que possible.
- Lorsque Tembol a vu le film quelques mois plus tard, il sut beaucoup mieux que les autres s’identifier aux personnages...

La détonation résonnait encore dans le crâne de Tembol, quand il constata avoir fait éclater celui de l’autre. Il fut donc horrifié bien au-delà du constat évident que le prisonnier ne serait plus jamais dangereux. Attéré et dégoûté, il se dégagea et repoussa le corps de "l’autre" qui était tombé sur lui. Ensuite il observa tout autour de lui en se demandant comment il allait pouvoir se nettoyer et quelle serait la réaction des autres. Il entendit du monde arriver.

C’est alors que la porte s’est brutalement ouverte. Le commandant, les deux gardes et le médecin militaire ouvraient de grands yeux ronds :
- "Tu nous a fait peur !! Qu’est-ce qui s’est passé ?"
- "C’est moi qui ait eu peur ! Il a essayé de..."

Visiblement, ils se foutaient tous royalement de ce qui était arrivé à "l’autre". Encore sous le choc, il n’arrivait pas à s’expliquer clairement, pas plus en français qu’en anglais et dans ces cas là, il est clair que la langue compte peu. Le toubib demanda une grande caraffe d’eau et un verre aux gardes.
- "Bois ça et respire lentement, ça va aller mieux maintenant."
- "Oui, merci... Ca va, ça aurait pu être pire. Merci encore Doc." C’était presque comme dans un film. Mais là, on était chez Kusturica autant que chez Tarantino.

Underground, Palme d’Or à Cannes en 1995

Tembol commença à penser clairement et lentement, "ce" qu’il avait supposé en un éclair de temps lorsque l’autre l’avait saisi. Il ajouta :
- "Je suis vraiment désolé..." le commandant ne le laissa pas poursuivre.
- "C’est très bien comme ça, t’inquiète pas !"

Il contourna les traces dégoûtantes sur le sol et sur lui en ramassant tous les papiers sur la table. Par chance, rien du contenu du crâne du prisonnier ne s’était étalé dessus. Tout à fait cynique, le commandant ajouta :
- "Tu es très fort ! Tes notes n’ont rien eu ! Viens donc te laver par ici avec le toubib..."

Tembol ne s’attendait pas vraiment à être félicité, d’autant moins qu’il restait deux ou trois questions sans réponse jusqu’à la fin des temps. D’autre part "se laver" fut ressenti comme un mot de passe, tellement il était écoeuré par ce qui l’avait "éclaboussé". Il pensa ausssi que les Croates avaient pris tous ses bagages, comment allait-il se rhabiller ? Les autres devaient lire dans ses pensées :
- "On a su vous donner des chaussures, on doit trouver de quoi changer tes vêtements !" Il suivit le toubib à la maison voisine, où il fut conduit directement à la salle de bain. Il vida ses poches et nettoya à grande eau ce qu’il trouva souillé par ce qui 10 minutes plus tôt "contenait" encore les méchantes pensées et la mémoire du pillard. C’était une chance, l’eau courante fonctionnait encore dans cette maison. Le médecin l’observait en fouillant partout :
- "Voilà de quoi t’essuyer, prends ! Tu as vengé le maître de maison et sa famille, il te doit bien ça."
- "Effectivement" pensa froidement Tembol, car il constata que si eau il y avait, elle serait froide...

Il avait l’habitude de prendre une douche froide, mais ce n’était pas souvent aussi froid que ce jour-là. S’il faut faire un effort pour se doucher ainsi, on est toujours récompensé par la sensation de bien-être en en sortant. D’autre part il avait craint d’être "pollué" par les pensées de son "client" et c’était en effet arrivé, de la façon la plus inattendue.
- Jamais il ne s’était senti aussi bien et aussi propre après s’être lavé.

"Quelle galère ! En tous cas, je suis un ancien marin qui sait encore se mouiller, même à terre..."

Pulp Fiction de Quentin Tarantino, Palme d’Or à Cannes en 1994

D’autre part comme dans "Pulp Fiction" se rhabiller posa un nouveau petit souci. Il s’en tira cependant beaucoup mieux que dans le film, malgré le fait qu’on ne trouva rien à sa taille dans la maison. Les soldats s’occupaient cependant fort bien de lui car le petit camion de l’intendance l’attendait devant la porte. Le chauffeur (qui savait pourquoi) ricanait comme un bossu en regardant Tembol choisir un pantalon et une chemise dans son stock de tenues de camouflage. Il faut reconnaître que le tableau était insolite dans ce décor d’enfer :
- Tembol était sorti nu avec sa petite serviette éponge autour des reins et tentait de lire la taille sur chaque vêtement avec l’aide de Zarko. Tout le monde éclata de rire lorsque la serviette tomba sur le sol, même le commandant qui assis sur l’herbe devant la porte, arrêta de lire et de trier toutes ses notes. On n’est pas venu ici pour "faire des manières" pensa-t-il en s’habillant.

La baie de Tivat - Montenegro (RFY)

Alors qu’il venait de récupérer le peu qu’il avait encore dans ses poches avant "l’accident", il trouva les gradés en pleine "conférence" dans le jardin du bourgmestre avec la police et les pompiers qui "ramassaient les morceaux". Tembol s’inquiéta un instant lorsqu’on s’adressa soudain à lui :
- C’était à son tour d’être interrogé. Aidé de Zarko qui fit une fois de plus le traducteur, le flic prit note benoîtement de tout le "comment c’est arrivé", puis il enferma dans une petite valise les notes de Tembol et les effets personnels du dernier mort de la journée. On fit alors signer Tembol en bas de chaque page. Avant la "clôture du dossier" le policier fit un très étrange commentaire :
- "Espérons qu’il n’a pas menti pour le code des cartes bancaires ! On essaiera demain à Knin." Pourtant, il pouvait fort bien avoir menti sur d’autres sujets, à ses risques et périls car à Knin ou peut-être à Belgrade, il était très certainement prévu de s’occuper de lui avec un peu plus de sérieux.

Modèle 92 SB-C "compact" de Beretta (faut "étudier" avant...)

Le médecin observa Tembol avec gravité, puis en le regardant dans les yeux déclara :
- "Il est mort comme il a vécu, c’est tant pis pour lui". Rien de plus ne fut dit sur cet événement et le commandant réunit l’équipe des mesures radios pour déclarer :
- "Les gars, je crois que vous n’avez plus rien à faire ici, rentrez à Knin ! On vous préviendra quand le coin sera plus sûr."

Zarko s’assura avec l’un des soldats qu’ils disposaient du nécessaire à bord des deux 4x4 Toyota puis on passa aux adieux. Le commandant aborda Tembol pour finir en lui donnant une petite carte.
- "Camarade ! Si un jour, tu passes à Tivat, viens prendre un pot chez moi ! Tu l’as pas volé !"

Tivat, port Yougoslave et Monténégrin de la Mer Adriatique

Puis il ajouta :
- "Allez ! Salut et bonne route !!" Pour reprendre la route, cette fois tout le monde avait une arme à la ceinture. Tembol récupéra donc son "outils du danger", en espérant toutefois ne plus s’en servir. En conduisant il se demanda si par hasard, on ne l’avait pas au moins un peu manipulé. Interrogeant Zarko et les autres sur le sujet, on lui assura que non.

Mais son bon collègue exprima quelques réserves, car malgré le caractère imprévisible de l’événement il était effectivement bizarre qu’on les ait laissés seuls ensemble si longtemps. Pourquoi les gardes s’étaient-ils éloignés ?
- Vas comprendre un truc pareil... Ceci dit il était peu probable que le résultat de cet interrogatoire surréaliste ait été volontairement calculé.
- "C’est la guerre..." Commenta sobrement l’autre collègue.

Tous à bord des deux 4x4 avaient hâte d’arriver au "Grand Foyer des Chemins de Fer" à la gare de Knin, de se changer et de prendre une bonne bière au bar du patio devant la piscine en compagnie des serveuses et des hôtesses. Après une telle journée se détendre serait plus mérité que jamais. D’autre part cette fois en roulant sur cette route ils avaient réellement la frousse d’une nouvelle mauvaise rencontre toujours possible.
- "Pour l’instant, il faut marcher sur sa peur" disait Zarko.

Bien "navicalement" - Thierry BRESSOL - OR 1
- Tembol en Krajina 7 (la soirée de la peur) à suivre...

Merci aux sites :
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans (1)
- Le Courrier francophone des Balkans (2)
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans (Kosovo)

- World guns
- Quentin Tarantino
- Emir Kusturica
- Les Tontons flingueurs 1
- Les Tontons flingueurs 2
- Audiard et les Tontons flingueurs

- Carte et ambassade de Croatie
- Site web de Knin aujourd’hui
- Vues de Knin
- Flotte du Montenegro

Un film d’Emir Kusturica, qui m’a rappelé quelque chose

Où l’on constate aussi sur place que naturellement, on étudie cette situation maritime... Très particulière.
- Autrefois avec vue sur la mer
- Info maritime
- Courrier des Balkans

- Tembol en Krajina 1 (le contexte)
- Tembol en Krajina 2 (surréalisme)
- Tembol en Krajina 3 (la journée de la peur)
- Tembol en Krajina 4 (le matin de la peur)
- Tembol en Krajina 5 (l’après-midi de la peur)
- Tembol en Krajina 6 (ramasser les morceaux) c’est ici !
- Tembol en Krajina 7 (la soirée de la peur)

Emir Kusturica, musicien et cinéaste Yougoslave

JZ : Jugoslovanske Zeleznice (Chemins de Fer Fédéraux Yougoslaves)

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/