Souvenirs de mer

1er juillet 2007

La journée extraordinaire de Tembol en Yougoslavie en 1994 : 7/7

"La Guerre ne t’intéresse pas, mais elle s’intéresse à toi..." (the End)
- Où Tembol l’ancien marin se mouille une seconde fois pour quitter le tragique vers la cocasserie et terminer fort bien, une journée tout à fait mémorable.

(article "réparé" le 11 Août 2008 et amplifié le 22)
- Autrefois ils avaient vue sur la mer

La journée extraordinaire en Krajina et en 1994, la soirée du tragique vers le cocasse :
- Toute ressemblance avec des événements, des lieux, des situations ou des personnes ayant existé ou existant, n’est qu’une pure, totale et fortuite coïncidence.
- D’autre part, ce qui est arrivé n’était pas "seulement" totalement involontaire, c’était absolument imprévu.

Les deux "4x4" Toyota progressaient avec prudence sur cette petite route de montagne plus ou moins bien entretenue. Les militaires disaient certes avoir "totalement sécurisé la zone", mais les mésaventures de la journée avaient rendu ce genre d’affirmation fort peu crédibles.

Près de la gare de Knin

Le "quatuor" des spécialistes en Radio n’avait plus aucun outils de travail et les poches vides, donc plus rien d’autre à faire que rentrer au "Grand Foyer Hôtel Restaurant des JZ*" à côté de la gare de Knin. Comme les quatre soldats de leur escorte à bord du second "4x4", ils n’avaient qu’une seule idée :
- Arriver aussi vite que possible pour se changer et prendre une bonne bière au bar du patio devant la piscine, puis profiter de l’agréable compagnie des serveuses et hôtesses du Foyer. Pour conclure une telle journée, se détendre par tous les moyens était plus mérité que jamais.

D’autre part cette fois en roulant sur cette route, ils éprouvaient une franche trouille entretenue par l’éventualité d’une nouvelle mauvaise rencontre.
- "Pour l’instant il faut marcher sur sa peur", répéta Zarko en pensant que c’était encore possible, même après le passage de l’armée. Une seule chose les rassurait, les militaires avait solidement réarmé tout le monde. De surcroît on avait confié à l’escorte des petites fusées Israeliennes "spécialement conçues pour les hélicoptères", expliqua le commandant.

Ce dernier précisa même que tout engin aérien dont la silhouette n’était pas ce qu’ils avaient vu ce jour-là, devrait être considéré comme étant ennemi sans discussion et traité comme tel sans attente ni réflexion. Mais Tembol se demandait si les intéressés savaient s’en servir... En effet avant de les laisser quitter le village massacré, le commandant avait réuni tout ce petit monde pour leur offrir une bière et leur donner "quelques conseils pour la route" :

A cet occasion presque tout le monde avoua une inexpérience totale du combat, même certains gradés du commandement de la troupe.
- "S’ils savent se servir de leur "équipement" à l’entraînement, ce sera déjà ça..." Mais au cas où... Etaient-ils réellement capables de se défendre ? C’était une excellente question dont personne ne souhaitait connaître la réponse car on en doutait au moins un peu !

Un coup d’oeil sur l’Armée de l’Air de la RFY (Yougoslavie)

Il était plus de 19h00 et il faisait toujours aussi chaud lorsque Zarko et Tembol échangèrent leur place pour conduire pour la seconde fois. C’est dire que la journée était encore loin d’être terminée. Ils n’avaient pas quitté Osiric aussi vite que cela aurait été possible car le commandant avait confié une mission de confiance à Zarko et Tembol avant de les "libérer" :
- Traduire par écrit en Serbo-Croate le contenu des notes de l’interrogatoire et le récit exact de "l’accident", comme disait le commandant. Rédiger proprement et clairement tout cela nécessita presque deux heures. Zarko savait donc en détail ce qui s’était passé, et ceci s’est peu à peu transformé en un excellent sujet de conversation pour passer le temps durant le trajet. Zarko savait donc presque tout du déroulement de l’entretien très spécial qu’avait dû mener Tembol avec le prisonnier Français.

Josip Broz, Maréchal Tito, premier Président de la RFY

- "Comment tout cela est-il possible ?" Telle était la question que tous se posaient dans la voiture.

Tembol demanda sans détour à son ami Zarko s’il s’attendait à de pareilles mésaventures lorsqu’il l’avait entraîné dans cette galère.
- "Tu ne crois tout de même pas que je savais ce qu’est la guerre ? Ici nous sommes d’abord des Occidentaux ! Tu as vu nos réactions ? On n’est pas plus ici habitués que les Français du Cantal à cette extrême violence."

S’en est suivi un Nième débat sur les causes locales et extérieures des conflits internes à la Yougoslavie. Un certain nombre de gens n’avaient jamais accepté le système instauré par Tito et ce n’était pas seulement le communisme qui posait problème. Au demeurant le communisme Yougoslave était différent de celui des autres pays de l’Europe de l’Est. La Yougoslavie était restée un pays ouvert à l’Occident et le régime faisait la promotion de l’autogestion pour les entreprises dans le cadre d’un système de marché.

Le problème était que les gens n’étaient pas toujours capables de se supporter d’un pays à l’autre. Cela persistait même si Tito proclamait régulièrement "Plus jamais ça" et faisait en sorte que les populations se mélangent encore plus. Si En France, les gens n’y comprenaient rien en regardant le journal TV de 20h00, Tembol était en train de découvrir sur place que peut-être :
- Il n’y avait rien à comprendre...

Reconstruction aujourd’hui en Krajina, le retour des réfugiés s’organise peu à peu

Pourquoi ces cons avaient-ils aussi tué le chien ? Il n’y était pour rien lui ! Personne ne lui avait demandé son avis... L’autre collègue, Radko lança pourtant une hypothèse qui tenait la route :
- "Ce chien aimait ses maîtres qui occupaient le territoire. Donc il était complice des Serbes, pas un innocent !"
- "Le monde il est à refaire, ça c’est sûr..." Commenta Zarko en montrant du doigt le petit panneau sur le bord de la route qui indiquait Knin à 10 km. Il portait aussi le blason de la ville. "Ouf ! On arrive !!"

Knin le blason

Il était déjà 20h30. Soudain ils reconnurent l’un des hélicoptères de l’Armée de l’air qui les observait probablement de loin depuis longtemps. Heureusement il était facilement reconnaissable, car les gars de l’escorte étaient tout à fait capables de lui tirer dessus, même et surtout dans le doute ! Tembol venait de comprendre quelques épisodes de la guerre du Golfe en 1991, à propos desquels les journalistes et leurs informateurs militaires s’étaient montrés pudiques.
- Les victimes de la mort stupide donnée par des "tirs amis" furent en effet assez nombreuses. Il faut cependant reconnaître que ce sujet triste et tabou ne fut pas contourné. D’autre part est-il réellement nécessaire à l’information de trop s’étendre sur le phénomène des "tirs amis" ? Il est de tous les temps et souligner cela est en soi une travail sérieux.

Tous se voyaient déjà à destination, protégés par le cadre confortable et rassurant du "Grand Foyer Hôtel Restaurant des Chemins de Fer de Krajina".
- "On se croirait déjà en vacances au Monténégro" dit Radko qui conduisait à son tour au moment d’entrer dans la ville.

La Cie Nationale JAT aujourd’hui

Tembol était satisfait de constater que le commandant ne les avait pas laissés totalement seuls sur cette route durant le trajet, même si Zarko avait plaisanté en disant de lui :
- "Comme Lucky Luck, il tire plus vite que son ombre..."

Putain la réputation ! Tout le monde va savoir ce qui est arrivé, pensa Tembol. Il se souvenait cependant de la toute dernière consigne laissée par le commandant à l’instant même de leur départ.
- Le reste de la soirée leur prouva qu’il y tenait avec le plus grand sérieux. En traversant Knin pour rejoindre la gare, chacun savoura la sensation du retour au monde normal. Quelle ne fut pas leur surprise après avoir laissé les deux véhicules dans le vaste parking, lorsque l’épouse du patron du Foyer leur "tomba dessus" :
- "Il y a un message Urgent pour vous tous !" répéta-t-elle en serbo-croate et anglais.
- "V’là aut’chose..." pensèrent-ils tous visiblement simultanément. C’était une petite enveloppe à entête de l’Armée Fédérale. Zarko la saisit pour l’ouvrir et lire son contenu à la petite troupe. C’était si bref qu’il a immédiatement relu le court texte en français pour Tembol en ajoutant :
- "Cette mauvaise fille a sans doute lu le message, mais elle n’en saura pas plus..." Il disait :
- "Merci de vous souvenir que vous avez l’autorisation de raconter les événements de la journée, sauf ce qui est arrivé aux deux prisonniers. Personne ne doit le savoir. C’est un ordre. Bien amicalement, Cdt Milan Miroslav T."

Il avait l’oeil sur elle (Photo Pulp Fiction)

Après s’être changé une fois de plus et avoir pris une seconde douche, Tembol est redescendu au bar pour s’assoir en face d’une des habituées du foyer qui l’attendait et lui faisait signe. La patronne est immédiatement venu les servir, puis en posant les deux bières sur la table, elle fit un clin d’oeil à Tembol en demandant :
- "Qu’est-il arrivé aux prisonniers ?" Petite vicieuse, pensa Tembol.
- "Ils ont tous les deux eu une insolation, c’est la forte chaleur d’aujourd’hui..."

Radko et Zarko éclatèrent de rire bêtement puis l’un d’eux ajouta :
- "On a eu très peur de n’être pas cru, on a donc décidé de ne rien dire du tout !"
- "C’est plus simple..." Compléta un militaire en uniforme assis non loin de là et qui les écoutait plus ou moins. Nouveau clin d’oeil à la patronne, qui préféra ne pas trop insister.

Ce n’était pas encore les vacances au Monténégro...

Tivat - le Donjon

Tembol en France n’avait plus de compagne, principalement à cause de son chômage pensait-il. Au Grand Foyer Hôtel Restaurant des JZ*, il était cependant facile de "tomber dans une embuscade" plus agréable que ce qui peut arriver sur les routes de la région.
- L’amie de Tembol à Knin avait plein de qualités mais aussi un défaux parfois dangereux, elle avait tendance à trop boire. D’autre part elle n’avait pas son pareil pour entraîner ses amis dans quelques excès ou "débordements", surtout lorsque ceux-ci se montraient bien disposés à faire la fête...
- "Très justement" après cette journée mémorable, Tembol et ses collègues étaient particulièrement "branchés fiesta". Vesna l’attendait comme d’habitude avec une extrême patience. Mais rien qu’à la regarder, il fut vite évident à Tembol que la soirée serait chaude.

Ce soir je ne suis pas du tout sûr de "qui entraîne qui" pensa-t-il en buvant sa troisième bière. Ce qui étonna beaucoup l’équipe de mesure radio de Zarko et Tembol, fut le fait qu’au "Grand Foyer" tout le monde savait déjà ce qui s’était passé, sans pour autant en connaître le moindre détail. Il était visible d’autre part que tout le monde à la gare les attendait avec impatience.
- Il ne manquait plus à leur arrivée que les applaudissements. Le Patron paya sa tournée générale.
- Découvrez le Monténégro

(RFY Montenegro) Tivat vieille ville

Seuls les quelques journalistes Occidentaux qui fréquentaient l’établissement ou y étaient logés n’étaient pas présents. Ce fut donc en provoquant un éclat de rire général et une véritable "standing-ovation" que le représentant de l’armée Fédérale annonça qu’il les avait toutes et tous éloigné(e)s de la gare en leur racontant des bêtises. Il avoua en riant bêtement (Nième bière) qu’on lui avait donné pour mission de leur faire cette farce, pour les empêcher de poser des questions trop précises.
- Tembol constata un peu plus tard que cette ruse était parfaitement insuffisante et que c’était en fait reculer pour mieux sauter, pour ne pas dire mieux se faire sauter...

Tout le monde savait sur place que politiquement l’Occident n’était pas vraiment de leur bord. En Europe de l’Ouest on ne parlait que de ce qui se passait en Bosnie, où la situation était de fait inversée et présentée fort simplement :
- Les Serbes dans le Rôle des méchants faisant la chasse aux gentils Bosniaques Musulmans, en oubliant que ceux-ci faisaient aussi la chasse à la population Serbe... Une situation absurde dont la première conséquence était naturellement d’encourager tout le monde à s’entretuer ou s’entre-chasser.
- "Tito doit se retourner dans sa tombe, il voulait éviter que cela recommence", avait commenté le patron du foyer lors d’une discussion de fin de soirée.

En Occident durant les années 1990 si quelqu’un se coinçait le doigt dans une porte, c’était encore un coups des Serbes...

Jamais on ne s’ennuiera avec elle (photo Pulp Fiction)

Vesna et Tembol s’étaient isolés à l’autre bout du patio pour dîner en tête à tête. Après un quart d’heure, elle reposa la question de la patronne. Il se demanda alors si par hasard elle ne se prenait pas pour Mata Hari. Se souvenant de l’ordre du commandant, il décida de lui en dire plus. Tout le monde serait content s’il s’en tenait à la lettre et l’esprit de la consigne. Il confirma la principale rumeur sur les événements de la journée car la radio locale n’avait que survolé le sujet disait Zarko, puis il lui raconta leur capture suivie de leur libération et de leur visite du village.

Mata Hari, était-elle si dangereuse, au-delà du compte bancaire de l’intéressé ?

Oui ! Quatre pillards n’avaient pas réussi à s’échapper à cause de leur "4x4" tombé en panne. Oui ! Deux d’entre eux étaient morts sur le coups et deux autres avaient tenté sans succès de s’évader plus tard et avaient trouvé la mort de ce fait. Oui ! Il était prévu de leur faire un procès à Belgrade, mais c’était tant pis pour eux.
- "De toutes façons, commenta-t-elle avec cynisme, ils étaient mal partis..."
- "C’est sûr, et ce n’est pas une grosse perte pour l’humanité..."

Tembol frissonna rétrospectivement. Sur le coup il n’y avait pas clairement pensé. S’il ne s’était pas fait prendre, ce type serait revenu plus tard chez lui à Orléans. Il est probable qu’il y aurait commis au moins quelques exactions par la suite, si ce n’était pas déjà arrivé. Il était pensif. Il en restait certainement des traces dans la presse locale et dans les dossiers de la police, parmi les affaires non élucidées... Qui sait ?

Je n’ai pas eu le temps de leur téléphoner. Heureusement ?

Il laissa soudain s’échapper sa pensée du moment :
- "Ca leur fera ça de moins à chercher !"
- "Tu disais ?" Interrogea Vesna surprise. Il ne s’était jamais senti aussi menteur que ce soir-là. Sans attendre, il s’empara une fois de plus de la bouteille de vin du Monténégro pour remplir la Nième fois leurs deux verres vides.
- "Raconte moi comment ils sont morts..."
- "Mais je sais pas ! Tu sais je suis spécialiste en radio, pas soldat. Je ne les ai pas gardés." C’était à la fois vrai et un mensonge. Il se demanda ce qui arriverait au second prisonnier. Elle se doutait de quelque chose, peut-être en savait-elle un peu plus et prêchait-elle le faux pour savoir le vrai. Mais il ne dirait rien de plus, conformément à l’ordre du chef et à sa pudeur.
- "Ce sont des sauvages indignes de vivres. Ils ont même tué les chiens et les chats." Ce n’est pas qu’en soi, il considérait plus grave de tuer les animaux, mais c’était surtout plus incompréhensible. Il voulut changer de sujet et posa soudain la question qui tue :
- "Et... Si on s’absentait discrètement tous les deux pendant 20 ou 30 minutes ?" Il remplit les deux verres vides, cette façon de faire marchait à tous les coups avec elle.

Mata Hari, danseuse et victime de guerre

- "Oui ! C’est mieux que faire la guerre ! On y va ! Tu peux me resservir ?"
- "Bien sûr Vesna, je suis ton serviteur dévoué Vesna. Prosit !!" Et de remplir les verres. Ca c’est sûr pensa-t-il, le fameux slogan pacifiste des années soixante ne lui avait jamais paru aussi sage.

C’était aussi un véritable complot car leur table se trouvait non loin d’un des accès au couloir vers l’escalier menant à l’étage des chambres. Il leur arrivait parfois aussi de se lever clandestinement la nuit pour aller se baigner nus dans la piscine. Seul un autre couple avait au moins une fois surpris cette balade nocturne, tout simplement parce qu’ils allaient faire de même.
- Il leur fut donc très simple de s’éclipser pendant que tout ce monde brassait de l’air en parlant haut et fort, et buvant verre sur verre.

On ne présente plus le whisky Jameson, avec modération...

Les gars de l’escorte venaient même de passer au whisky, stade supérieur d’une ambiance qui commençait à partir en surchauffe. Tembol n’avait pas connu ce genre d’atmosphère depuis sa vie de navigateur durant certaines escales. De fait, il y avait toujours de l’ambiance tous les soirs au Foyer Hôtel Restaurant des JZ* de Knin.
- La piscine occupait la plus grande partie de la surface du patio central, autour duquel étaient disposées les trois ailes principales du Foyer. Le bar extérieur et ses cinq hauts tabourets étaient séparés du bord de la piscine par moins de deux mètres, mais c’était plus large sur les deux côtés. Alors que Vesna et Tembol se glissaient silencieusement dans les coursives extérieures au premier étage, l’une des portes de chambre s’ouvrit soudain pour laisser sortir un couple qui ne croyait pas risquer d’être vu.
- Surpris, Tembol sursauta et lâcha la bouteille qui par chance ne se cassa pas mais fit assez de bruit en tombant, pour attirer tous les regards vers l’étage. Ceci déclencha un bel éclat de rire collectif au cours duquel un technicien des mesures radios tomba du haut de son tabouret de bar, directement dans la piscine.

Tout le monde fut instantanément plié de rire, puis l’attention de tous fut détournée par le retour des quatre journalistes Occidentaux, deux Anglais, un Américain et un Italien. Ils étaient tous les quatre aussi bien "tassés" que les autres pensionnaires du Grand Foyer Hôtel Restaurant des JZ*.

Pulp Fiction de Quentin Tarantino, Palme d’Or à Cannes en 1994

Lorsque Vesna et Tembol sont revenus, le niveau de l’ambiance était passé encore "un cran au-dessus". On avait même dégagé les tables et les chaises au bord de la piscine pour danser. L’atmosphère était devenue "Rock" ! L’épouse du patron et le journaliste Américain était en train d’exécuter des figures de style dignes d’un film des années cinquante, accompagnés de Radko et son amie, sous les applaudissements frénétiques du reste de l’assistance.
- Très excitée, Vesna invita Tembol à s’élancer sur la piste avec les deux autres. Il accepta immédiatement car l’avant veille au soir ils avaient parfaitement réussi leur démonstration. Mais... Ils étaient moins fatigués, ils avaient nettement moins bu et la journée de Tembol n’avait pas été (loin de là) aussi mouvementée !

Ici c’est moins dangereux que près d’une piscine...

C’est ainsi qu’ils exécutèrent un certains nombre de pas de danse aux limites extrêmes du Rock, et dont le style pouvait se définir comme quelque chose dans le triangle des Bermudes, c’est-à-dire au centre d’un triangle dont les pointes seraient la démonstration de "Saturday-night fever", celle de "Pulp-Fiction" et...
- Le théorème d’Archimède !
- En effet, immédiatement après avoir déchiré la petite robe de Vesna dont une manche courte s’accrocha à la clenche d’une porte, ils sont tombés à quatre dans la piscine...

Ca remet vite les idées en place, autant qu’une cannette de Red-bull.
- D’autre part il est sûr que moins de 4 mètres entre les tables, les murs et le bord de la piscine, c’est un peu court pour danser le Rock...

Là aussi, c’est moins dangereux que près d’une piscine...

Horreur finale ! Remonté dans sa chambre se changer pour la troisième fois de la journée, Tembol constata qu’il ne disposait plus d’une seule chemise ni d’un seul pantalon propre et sec dans ses bagages... Qu’à cela ne tienne ! Vesna lança un vibrant appel à la solidarité peu après s’être elle-même séchée et rhabillée.
- C’est ainsi que l’un des militaires présents (et de la même taille) lui prêta de quoi redevenir présentable, un pantalon et une chemise d’uniforme avec insignes de grade et l’emblème de la RFY. Lors de cette insolite séance d’essai, le commandant qui venait juste de revenir lui posa le képi sur le crâne en le félicitant chaleureusement pour son héroïsme au combat. Il précisa de surcroît en riant :
- "En plus, c’est le grade qui correspond à tes papiers camarade ! Que demande le peuple ?" Puis il ajouta : "c’est ma tournée !"

Alors, le patron du Foyer invita l’assistance à acclamer "le couple qui sait le mieux danser et s’envoyer en l’air et dans l’eau." C’est ainsi que peu après, Tembol fut abordé par le second journaliste Anglais qui s’approchait sournoisement de lui en glissant le long du bar, presque comme un serpent. Il était bien entouré et verre en main, il se croyait en sécurité avec Vesna à son bras d’un bord et l’Anglais de l’autre.
- Se croyant couvert, il l’était surtout par son képi militaire.

Radko Mladic a de solides raisons de se cacher loin de son képi...

Pour celui-ci, la vraie question c’est :
- Le képi qu’on lui fait porter est-il trop grand, ou trop petit ?

Parfaitement anglophile, Tembol avait toujours eu un excellent contact avec les Anglais, qui soient-ils. Cela dit il se méfiait un peu de celui-ci à cause de sa qualité de journaliste et la suite prouva que ce n’était pas totalement injustifié. Mais ce n’était pas du tout à cause de ce qu’ils savaient tous au foyer à propos de l’autre journaliste Anglais.
- Lui et ses chers confrères avaient passé toute la soirée à poser des questions partout dans Knin pour obtenir de l’information fraîche sur les opérations militaires, qui n’étaient que trop visibles ces derniers temps.

Trois d’entre eux étaient en ville depuis moins d’une semaine et semblaient ne pas bien comprendre ce qui se passait dans le pays.
- Enfin, ils étaient là pour ça, expliquèrent-ils chacun leur tour à leur façon.

Zarko soupçonnait l’Italien de comprendre le Serbo-Croate sans l’avoir montré ou dit à personne, tandis que Tembol avait déjà pris l’autre Anglais "la main dans le sac". En effet ce dernier ne comprenait pas la langue locale, mais il pratiquait fort bien le français :
- Un soir il s’était bêtement trahi en parlant trop vite et parce que Tembol parlait l’anglais trop lentement... Il fallait sans doute boire moins de whisky. Surpris, Tembol posa donc cette question :
- "Mais pourquoi vous n’avez pas dit que...?" Il n’y eut pas d’autre réponse qu’une tournée de plus car "on" changea de sujet.

Tout le monde l’aura sans doute remarqué, où que ce soit le plus petit détenteur d’une parcelle d’autorité souvent "se la pète" beaucoup plus haut que son cul. Par exemple, exiger de quiconque sa carte d’identité ou son passeport et se fier à ces papiers officiels pour être certain de la réalité de l’identité d’une personne, c’est bien naïf.
- Pourtant, lorsqu’il est réellement nécessaire et justifié de vérifier la chose, c’est à la portée du premier venu sans avoir besoin de papier :

Tembol était allé deux fois à Dieppe en Normandie entre deux séjours en Krajina. Il lui arriva aussi d’aller à Newhaven avec le ferry, et par simple curiosité de jeter un coup d’oeil sur un charmant village Anglais de l’East-Sussex situé non loin de Brighton :
- C’est étrange tout de même ! Sur place personne ne connaissait ce Mister Clinton (encore un détail qui ne s’invente pas) et personne de ce nom n’y avait jamais habité. Ceci n’empêchait pas ce journaliste qui cachait sa bonne connaissance de la langue de Voltaire, de dire partout qu’il en était natif et y habitait encore. Ne pas être sur le bottin du téléphone, soit. Pourquoi pas ? Mais pour le reste, "ça fait désordre..."

Senlac dit "Gros Bill" à l’époque. Ici devenu Français en 1985.

A son retour à Knin Tembol signala ce "détail" à "qui de droit". Il détestait les coups tordus et se demandait s’il n’y avait pas un risque pour la région du fait de ce personnage "peu clair".
- Ce gars-là avait de la chance car il ne fut ni refoulé ni arrêté. Ceci dit l’interlocuteur de Tembol à la gare confirma tous les soupçons car on avait déjà compris sur place que ce Monsieur Clinton aussi entretenait quelques relations "inappropriées" pas seulement journalistiques.

Tembol adora par la suite cette expression employée par Bill pour s’expliquer devant le monde stupéfait.
- Ce n’était pas le même type de relation possible avec une jeune femme ! D’autre part non seulement on l’avait à l’oeil, mais on laissait souvent traîner à sa portée quelques informations à la fois très vraisemblables et totalement "orientées"...

L’autre journaliste Anglais portait son véritable nom. C’était un peu mieux et surtout plus "fair play". Lui au moins ne cachait rien et il était réellement ce qu’il disait. D’autre part il était certainement moins naïf qu’il n’en avait l’air.

Seven Sisters, non loin de Brighton et de Newhaven

Comme tout bon journaliste, il questionna Tembol sur sa journée passée après s’être présenté car ils ne se connaissaient pas encore.
- "Hélas, raconta le Français, nous n’avons pas fait grand-chose, les opérations militaires nous ont empêchés d’aller travailler sur notre zone de mesures radio-électriques..." C’était vrai, d’une certaine façon.
- "Comme c’est intéressant, mais que faites-vous au juste ici ?"
- "Nous sommes quelques Français d’origine Yougoslave ou non, qui sont venus là pour les aider à établir un réseau de communication fiable pour les chemins de fer, les routes et compléter celui des militaires. C’est un peu comme Médecin Sans Frontière mais notre job n’est pas du tout médical. Nous, on les aide en installant un système Radio. C’est important pour la sécurité des gens. Vous comprenez ?"
- "Ah ! Mais mon confrère dit que vous êtes des mercenaires..."
- "Votre confrère imagine beaucoup trop de choses, on n’est pas dans un film. Et pour être mercenaire il faut être payé... Je ne suis que nouri et logé."

Le second journaliste Anglais ne semblait pas convaincu par les explications de Tembol pourtant de toute bonne foi. Il reste encore probable en 2007 que penser à toutes les sortes de "barbouzerie" imaginables était beaucoup plus romantique, surtout pour faire un bel article...

D’autre part Tembol avait cru le voir manipuler un étrange petit objet qui sembla un très court instant dirigé vers lui, alors qu’il revenait à leur table avec une nouvelle grande bouteille de bière. Vesna gardait pourtant toujours un oeil observateur sur tout détail visible. Mais ce soir-là malgré sa méfiance envers les journalistes Occidentaux, ce fut une exception.

Un film d’Emir Kusturica, qui m’a rappelé quelque chose

Cette folle journée en Yougoslavie s’acheva dans une atmosphère de fête, donc beaucoup mieux qu’elle ne s’était déroulée. Mais Tembol pensa qu’Emir Kusturica aurait pu l’écrire comme un scénario, puis dire que tout était sorti de son imagination...

Vue générale du port de de Marseille

Dans Marseille Tembol habitait Boulevard National à la Belle de Mai et fréquentait un café situé à 50 mètres de chez lui non loin du tunnel. Le "Comptoir de Paris" est aujourd’hui disparu et remplacé par un fast-food. Quelques semaines après cette mémorable journée, il y rencontra naturellement la patronne qui était aussi une lectrice plus ou moins régulière de l’excellent hebdo anglophone "Newsweek". Elle aimait à montrer aux clients qu’elle lisait aussi la presse étrangère et pas seulement le Provençal.

Ce matin-là un numéro du dit hebdomadaire reposait sur le bar, ouvert à la page d’un reportage consacré à la guerre de Yougoslavie. Elle s’arrêta de lire pour servir Tembol, puis commença à le regarder bizarrement en jetant des petits coups d’oeil furtifs sur les photos de la page de gauche, surtout l’une d’elles...
- "Il paraît qu’il y a des mercenaires français qui travaillent pour les Serbes..." dit-elle soudain.
- "Ah bon ? Ce doit être des racontars, ça m’étonnerait..." Tembol était intrigué.
- "Il y en a un qui vous ressemble d’ailleurs...

C’est arrivé à Marseille

Personne ne savait que Tembol allait régulièrement là-bas. Il manqua de peu laisser tomber son verre de Pelforth. Pensée secrète :
- "Ah !! Il ne manquerait plus que ça. Ce serait marrant, mais il n’est pas possible que...
- "Regardez donc ! N’est-ce pas assez ressemblant ?" Ca l’était beaucoup trop pour lui. Il lui fut impossible d’éviter de regarder la photo d’un militaire Serbe en uniforme, présenté comme étant un Français. Cet officier était visiblement dans un genre de restaurant, en train de traverser la salle tenant en main une grosse bouteille de bière d’une marque inconnue à Marseille.
- "Nom de Dieu !!" s’écria-t-il. Puis reprenant son sang froid en renversant sa bière, il ajouta avec une rare mauvaise foi :
- "Effectivement, c’est le képi qui donne cette impression. Imaginez un peu, il est peut-être chauve sur le sommet du crâne." Elle regarda de nouveau la photo pour comparer avec la tête de Tembol qui eut l’impression de s’enfoncer dans le sol, comme un sous-marin qui plonge.
- "Même sans le képi, on jurerait que c’est vous !"
- "Nous avons toutes et tous un double quelque part..." affirma-t-il en rassemblant toute l’énergie du mensonge.

(RFY Montenegro) Tivat Front de Mer en ville

Il comprit alors parfaitement l’impression qu’avait dû ressentir l’autre Anglais lorsqu’il avait trahi sa compréhension du français, au bar du Grand Foyer Hôtel Restaurant des JZ*. Il adopta la même attitude.
- "Suis vraiment désolé, j’ai renversé mon verre. Je peux récidiver s’il vous plait ?"
- "Bien sûr... Voici ! Ya vraiment des fondus, pour bosser avec les Serbes" dit-elle en changeant de page.
- "Absolument, ça c’est sûr... Vous prenez un verre pour moi ?"
- "Merci ! A la vôtre..."
- "Santé !!"

Un peu plus tard en sortant Tembol eut la sensation qu’elle se posait encore des questions. Il lui sembla même que cette mauvaise fille tournait les pages pour revenir au reportage.
- Il alla directement à la gare Saint-Charles pour acheter un Newsweek et le lire immédiatement, assis sur une marche tout en en haut du fameux grand escalier. L’article n’était pas si mauvais que ça ni très tendancieux, au contraire il posait de bonnes questions.
- "Mais il "brode" un peu le salaud..." Heureusement qu’il portait le képi...

On ne présente plus, le Grand Escalier de la gare Saint-Charles (il n’a pas changé)

Ca c’est sûr, les vacances au Monténégro ne seront pas volées ! Pensa-t-il. En passant devant le "Comptoir de Paris" au retour, il croisa la patronne qui en sortait, remplacée par la serveuse.
- Trahison ! Elle sut reconnaître le numéro de "Newsweek" qu’il aurait dû dissimuler. Une vraie tête de coupable...

Il y a des jours, il ne faudrait surtout pas se lever.

Bien "navicalement" - Thierry BRESSOL - OR 1
- "The End".

Merci aux sites :
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans (1)
- Le Courrier francophone des Balkans (2)
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans
- Le Courrier francophone des Balkans (Kosovo)

- World guns
- Quentin Tarantino
- Emir Kusturica
- Les Tontons flingueurs 1
- Les Tontons flingueurs 2
- Audiard et les Tontons flingueurs

- Carte et ambassade de Croatie
- Site web de Knin aujourd’hui
- Vues de Knin
- Flotte du Montenegro

Emir Kusturica, musicien et cinéaste Yougoslave

Où l’on constate aussi sur place que naturellement, on étudie cette situation maritime... Très particulière.
- Autrefois avec vue sur la mer
- Info maritime
- Courrier des Balkans

A voir aussi, sur le Site Marine Marchande du Cdt Cozanet :
- Côte Dalmate
- Ports Croates

- Tembol en Krajina 1 (le contexte)
- Tembol en Krajina 2 (surréalisme)
- Tembol en Krajina 3 (la journée de la peur)
- Tembol en Krajina 4 (le matin de la peur)
- Tembol en Krajina 5 (l’après-midi de la peur)
- Tembol en Krajina 6 (ramasser les morceaux)
- Tembol en Krajina 7 (la soirée de la peur) c’est ici !

Bar, Montenegro, ex-RFY c.à.d. République Fédérale de Yougoslavie.

Ce Pavillon a disparu corps et biens, en laissant de nombreuses traces...

Pavillon de la Yougoslavie

JZ : Jugoslovanske Zeleznice (Chemins de Fer Fédéraux Yougoslaves)

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/