Souvenirs de mer

31 juillet 2008

Le Navire Câblier Marcel Bayard en opération

Claude Marguerie est l’un des nombreux lecteurs de "Souvenirs de mer". Vous êtes en effet actuellement entre 600 et 750 par jour à passer à mon bord, mais 821 visiteurs sont passés le 1er Août. Certain(e)s d’entre vous nous font régulièrement de véritables cadeaux. Voici donc le sien :

(le 4 Août 2008 à 18h55)
- Cet article constitue aussi un modeste hommage au Navire Câblier Marcel Bayard, à Marcel Bayard lui-même et à tous les autres du bord, comme au Temps des "PTT", tout simplement.

Pour information ces nombreuses photos du Bayard auront toutes été posées ici avec retard. En effet il n’était pas (du tout) prévu qu’elles soient un beau jour numérisées...
- D’autre part, j’en ai reçue une il y a quelques mois, qui n’attendait que cette occasion pour être montrées ici. C’est chose faite ! Le Bayard, des répéteurs-câbles sur le pont de travail et la vue de la cuve où travaillent quelques "french lovers", une appellation Américaine pour les Français Matelots du Câble.

Le Marcel Bayard (1961 - 1981) au travail. Répéteurs et travail en cuve, les "french lovers".

Techniquement, il a donc fallu "se battre" pour les faire accepter et digérer par Spip, mon éditeur de pages Internet. Il y a donc eu quelques petits soucis. Avant de monter le site, je pensais que les photos seraient simples à "traiter". Nous pensons tous, aussi des bêtises...

Le Marcel Bayard en photo est rare, et ceci est une vraie perle, faute d’avoir trouvé l’original !

Claude Marguerie nous raconte ici les travaux câbliers du Marcel Bayard, d’une façon différente et parfaitement complémentaire de ma description du Raymond Croze au travail.
- Note : Pour information car cette question m’est posée, les gros ballons flotteurs rouges prouvent que le Croze est ici vu, en train de procéder à la pose de l’atterrissement d’un câble :

Navire Câblier Raymond Croze en 1989. Pas de symbole "France Telecom" ? Peinture des cheminées en cours !

Cette photo du Croze a probablement été prise de la plage...

Appareillage de Brest

"Le Marcel BAYARD est ici vu à son appareillage de Brest le 5 novembre 1966. J’ai débarqué juste avant et prélevé un petit souvenir. Si ma mémoire est bonne le bateau allait en Méditerranée et le temps était brumeux. Nous étions amarrés sur les ducs d’Albe face au hangar à câbles des "PTT", pas encore France Telecom :
- Notez bien ce détail tout à fait étonnant et pittoresque, à l’époque les navires câbliers portaient sur la cheminée, le Symbole de la Poste...

Toujours l’appareillage de Brest, avec un coup d’oeil sur la page avant vue en mer.
- Un autre câblier Français de cette époque, voici l’AMPERE vu au large de la Corse en 1965. Basé à la Seyne sur Mer, c’était un "turbinar" avec chauffé au mazout. Les cabines donnaient directement sur le pont.

Navire Câblier Ampère rencontré

L’autre prédécesseur du Croze à la Seyne était l’ALSACE, encore plus ancien. Son apareil propulsif était une machine alternative. A l’origine sa chaudière utilisait des briquettes de charbon mais elle fut transformée au mazout. Je suis certain en avoir une photo mais où ? Au grenier c’est sûr mais dans quel carton ? Affaire à suivre...

Le Bayard à quai au Centre PTT des Câbles Sous-marins à Brest

En mer entre Le Havre et Brest, comme la photo ci-dessous.

Quelques vues du Marcel Bayard en carénage, et une ligne d’arbre.

L’ancre "de miséricorde" du Bayard était du genre "trois-mâts", comme celles du Statsraad Lehmkuhl.

J’ai pris les photos suivantes entre Terre neuve et Brest depuis le pont supérieur de la passerelle. Cet après midi précéda une nuit très agitée par un incendie à la machine. La mer était énorme comme c’est fréquent dans les parages où la route "orthodromique" nous fait passer très au Nord.

Le Bayard au Havre

Au Havre le Marcel Bayard dans le bassin de l’Eure, au quai de l’eure. Ici j’ai embarqué et connu le premier incendie.

Le Bayard montre le bout de son nez au Havre, pour ne pas dire son davier avant.

Tournage de nuit d’un documentaire. Lors de cette opération en Méditerranée, la Direction fit tourner un documentaire consacré à la pose d’un câble. Nous avons donc embarqué une demi-douzaine de personnes pendant presque un mois, pour lesquelles nous avons joué les comédiens.

Alors que j’étais de l’autre côté de la mare aux harengs, ma mère a pu voir ce documentaire au cinéma avant du film "LE PACHA" avec Jean Gabin. A cette époque au cinéma avant le film, on nous passait toujours un documentaire ou bien un court métrage, et beaucoup moins de publicité...

Scène de tournage de nuit à bord du Marcel Bayard

Ceci n’empêchait pas de diffuser aussi des bandes annonces. Bien que beaucoup plus jeune que Claude, j’ai eu le temps de connaître ça. A propos de politique culturelle, on devrait y revenir ! Une séance de cinéma était un vrai spectacle, même sans le film...

Scène de tournage de nuit à bord du Marcel Bayard

Il fallait simuler des embruns. Mais je me souviens d’une franche rigolage. Même le "tonton" a ainsi pris sa douche.

La mascotte du bord, Gnouffy Dick étant mort, Claude Fouré notre second capitaine est allé dans un élevage a St-Johns pour acquérir une véritable Terre Neuve de deux ou trois mois qui a immédiatement su prendre ses marques à bord.

Comme la porte de la cabine que j’occupais était toujours ouverte, elle dormait souvent sur ma couchette et j’étais chargé de la surveiller. Elle connaissait le bord du haut en bas, surtout les carrés et la cuisine bien sûr....

Au "carré des boeufs (les maîtres) un jour de pot. Les novices et les matelots léger déjeunaient au carré des maîtres. Réminiscence de "la Royale ?" Le Clivage officiers, maîtres, équipage, pont, machine, "ADSG" etc. m’a toujours surpris. Mais peut-être fallait-il caser tout ce monde.

Le garçon d’office se prénommait Jean. C’était un bon gars mais il consommait presque autant qu’un groupe électrogène. Il m’a appris que pour que le vin ne perde pas trop d’alcoolisation en cas de "ponctions fortuites", il suffisait de mettre de l’eau de mer et le servir frais avec des tranches de citron dedans. Il savait ce qu’il faisait ! Le bosco qui veillait à tout, lui passait régulièrement un savon mais en vain.

Au carré il y avait une table "pont" et une table "machine" séparées par une troisième table réservée aux "gamins, les très jeunes novices et matelots légers pont et machine. Ils étaient "sans droit au vin".

Cela dit comme nous aidions Jean dans son service, nous avions quand même une réserve que Jean nous faisait. En mer nous mangions par bordée, donc Jean avait le double de travail. Par suite il consommait le double. D’autre part il lui fallait aussi préparer le sacro-saint casse-croûte de nuit.

Quand il neigeait, nous devions régulièrement pelleter les ponts pour éviter les accidents. Chaque matin la passerelle adoptait une route "plus confortable" juste le temps pour casser la glace formée par les embruns sur les superstructures. Une fois alors que nous étions tenus par le câble, il nous a fallu concocter un système d’eau chaude pour libérer le davier. Au départ de Brest nous avions obtenu une tenue pour le froid.

Le fournisseur était tout simplement "la Royale". Nous n’étions pas si mal équipés :
- Blouson de mer, pantalon fourré, paire de bottes en cuir à semelle épaisse, sous-chaussettes en soie et grosses chaussettes de laine, sous gants de soie, gants de cuir et moufles de travail. Trois pulls de différente épaisseur, casquette "ad-hoc" avec oreillettes et lunettes pour la neige. Mais nous avons dû tout restituer au retour.

Le commandant du Marcel Bayard était un homme plutôt petit et dégarni, extrêmement gentil. Il utilisait un petit banc pour voir au dessus des pavois par les sabords de la passerelle vers avant et il vivait en permanence à bord. Le second capitaine se nommait Claude Fouré et habitait St-Marc à Brest.

"Livret Professionnel Maritime"

Il y avait trois lieutenant dont le deuxième se nommait Guivarch, plutôt roux. Le premier était petit et très brun alors que le troisième était grand frisé. Ensuite il est parti embarquer sur le Jean Charcot chez ce qui est devenu Ifremer depuis. A la passerelle il y avait aussi un timonier qui avait navigué sur PASTEUR et nous expliqua ce qu’étaient les fameux trafics de piastres en Indochine Française du début des années cinquante. Le commissaire était un homme grand, dégarni et sec. Le chef mécanicien était un homme imposant par sa taille et toujours vêtu en cotte blanche.

En arrière de la passerelle : la grande table à cartes "Câbles"

En opération le Chef de Mission, le commandant, le second, le chef mécanicien, le commissaire déjeunaient ensemble "en haut" tandis que les autres officiers disposaient d’un carré situé le pont en dessous avec les ingénieurs "du câble". Les officiers radio-électroniciens étaient deux, dont un très jeune à qui je dois une bonne anecdote.

Le second mécanicien était proche de la retraite et m’avait "à la bonne". Il vivait aussi en permanence à bord. C’est lui qui m’a fait découvrir toute la machine avec les explications nécessaires à la clé. J’ai cependant moins de souvenirs de l’équipage de la Machine. Ils étaient divisés entre quelques catégories, les graisseurs, "mécaniciens-machine" et les "mécaniciens-extérieurs", c’est à dire en charge de tout ce qui n’est pas situé dans les compartiments-machine.

Je ne sais pas si on a pensé lors du stupide incendie, à sauver la cloche du Marcel Bayard...

D’autre part je crois aussi que les maîtres-électriciens étaient trois. Le bord disposait aussi de deux "soudeurs-câble" permanents, une fonction maritime tout à fait spécifique à cette activité, et d’un maître charpentier en charge des équipements de sécurité du service "pont".

La darse des câbliers à La Seyne / Mer (années 70) le Vercors et l’Alsace

Mais le vrai roi de l’équipage était le Bosco ou "maître d’équipage", toujours sifflet en main ou entre les lèvres. Celui-ci avait deux assitants ou maîtres, les "chefs de bordée". L’un était très grand et originaire des Côtes d’Armor, mais l’autre était de Concarneau. A leur contact j’ai pu comprendre pourquoi il existe un Finistère Nord et un Finistère sud.

Le deux chefs d’équipe se nommaient Jop et Hénnaf. Les matelots fonctionnaient par bordées, ils avaient leur réfectoire séparé de celui des mécaniciens. L’équipage "de base" ne disposait pas de cabines individuelles à bord du Marcel Bayard. Comme à bord des grands voiliers du début du 20ème siècle ils avaient des "postes d’équipage" comportant six ou huit couchettes aussi appelées bannettes. Le bord avait également deux magasiniers, j’en reparlerai ici plus loin.

Scène de tournage de nuit à bord du Marcel Bayard

D’autre part comme à bord du Croze, (note de Thierry Bressol) le Commissaire de bord avait un assistant, l’ECRIVAIN dont le rôle était de "traiter" toute la paperasse du bord et surtout (très important)... La paie ! Bien sûr, il ne faut surtout pas oublier de citer ici les deux Cuistots, le boulanger, leurs "aides de cuisine", les garçons de carré et le Maître d’Hôtel.

Là... Ce n’est pas du cinéma !

Note Thierry Bressol :
- L’organisation du travail du Bayard et son effectif tels que c’est décrit ici, étaient très similaires à bord des Raymond Croze, Léon Thévenin et Vercors que j’ai un peu fréquentés. En 1991 par exemple, "aux câbliers" la paie des embarquants était encore gérée à bord par l’Ecrivain, une pratique maritime depuis longtemps disparue dans tout le reste de la Marine Marchande Française. J’ai cru entendre dire d’autre part, que la gestion de la paie serait peu à peu en train de revenir à bord, à la faveur de la présence de nombreux ordinateurs PC à bord des navires...

Marcel Bayard, le grand Ingénieur "PTT" à l’origine de la nouvelle flotte des câbliers Français

Début d’incendie.

Etant sorti premier de la promotion à l’EAM de Sète (Ecole d’Apprentissage Maritime) à bord du Paul Bousquet, je fus convoqué par le directeur de l’école qui m’annonça que j’embarquerai la semaine suivante "aux câbles" à bord du Bayard.
- "Repos ! vous pouvez fumer."

Le câblier Léon Thévenin en arrêt technique

Donc le 3 mars 1965 j’ai mis mon sac à bord d’un bateau en pleins travaux. J’ai rencontré dans un novice machine qui arrivait du Havre depuis peu. Nous avions une cabine de quatre couchettes située en face de celle du Bosco, à côté de celle des chefs de bordées. Il n’était plus question d’aller à terre sans l’autorisation du Bosco. Il ne l’a jamais refusée, mais il voulait absolument savoir où nous allions, avec qui etc. Un vrai père qui prenait son rôle très au sérieux.
- Dans mon boulot si j’avais au début l’interdiction de descendre dans les cuves, faire les cuivres ça, j’étais autorisé !

Cuve à câble du câblier Ile de Bréhat : 7 m de haut, 19 m de diamètre soit environ 3000 km (non armé)

Le roi du NAOL c’était moi... Quelques jours après mon arrivée, vers dix heures du matin l’alarme incendie a retenti. Tout le pont avant avait été démonté du bois pour accéder à la tôle dans le but d’y faire des travaux entre autres de découpage par les chantiers Augustin Normand. Seulement, le magasin à peinture du Bosco contenant du "white", de l’étoupe etc. se trouvait juste dessous.

Là... Ce n’est pas du cinéma !

Heureusement l’équipe du bord est intervenue très rapidement. Mais le magasin à peinture, celui du charpentier avec le bois et tout le matériel, ont subi quelques mauvais coups. Les pompiers "de terre" avaient l’intention de tout noyer, mais ils renoncèrent devant la colère du Bosco ! Celui-ci ne se laissait pas impressionner par un petit feu allumé par des biffins qui ne regardaient pas ce qu’ils faisait etc. Vu le temps compté, le bord répara seul les dégâts. Là j’aime autant vous le dire, eu mon comptant de peinture.

NC Léon Thévenin, sister-ship du Croze, ici en arrêt technique à Brest

Nous sommes ensuite partis du Havre pour Brest puis à Naples à l’usine Pirelli de Puozzoli charger du câble. Il est en effet fort peu connu du "grand public" que Pirelli ne fait pas que du pneumatique. Cette grande entreprise Italienne fait aussi du câble sous-marins pour les télécommunications. C’est même de longue date son vrai "produit phare".
- Le projet du moment consistait à faire les "atterrissements" (rien à voir avec l’aviation) de Corse et de Sardaigne. Je me suis trouvé dans une chaloupe dont le patron se nommait Le Boloch.

Scène de tournage de nuit à bord du Marcel Bayard

Il nous fallait tirer le câble suspendu à des ballons que des plongeurs coupaient ensuite une fois réalisée la jonction avec l’équipe de terre et ses "Unimogs". Mais la mer s’est levée le vent aussi et nous sommes donc rentrés à L’ile Rousse. Une cérémonie s’y déroulait. C’était un mariage, une communion ou je ne sais "plus trop quoi", mais nous avons étés couverts de dragées, de confettis, des serpentins etc. Nous avons fort bien mangé et bu.
- Encore merci les Corses !

Le Câblier Canadien CS John Cabot. Construit en 1965, il "sévit" toujours. Les câbliers savent durer, s’il ne leur arrive rien...

Nous sommes ensuite revenus à Brest pour assurer la permanence en Atlantique Nord avec le câblier Canadien John Cabot. Notre pauvre Bayard faisait vraiment petit à côté. Nous sommes allés dans un premier temps à St-Johns puis à Halifax "en patrouille". Nous sommes rentrés l’après midi du 24 décembre 1965 à St-Johns (Terre Neuve).

Le câblier John Cabot, ici vu en rouge et en son pays. Les câbliers sont plus beaux en tenue blanche...

Le second Officier Radio déjà évoqué ici, avait noué des contacts avec un radio-amateur qui exerçait la profession d’animateur sur la radiodiffusion locale. Grâce a lui, notre arrivée fut annoncée plus qu’efficacement et joyeusement :
- En guise de lamaneurs une longue file de voitures nous attendait sur le quai, pour inviter chaque membre de l’équipage à passer le réveillon chez l’habitant. Je devais être de quart ce soir-là mais cet off. Radio avec qui j’avais tissé quelques liens, m’a informé que son correspondant venait nous chercher le jour de Noël pour passer la fête avec sa famille.

Nous avions prévu des cadeaux pour eux, mais nous avons aussi reçu chacun un petit cadeau de leur part, pour moi ce furent des mouchoirs que j’ai toujours. Ils habitaient à l’extérieur de la ville et je n’ai vu que la neige. La glace ne posait vraiment pas de problème pour ces grosses américaines automatiques.

Notre hôte a même poussé la gentillesse jusqu’à nous prêter la voiture de sa femme pour que nous puissions visiter toute l’île. Dans ce port nous avons aussi rencontré le seul chalutier classique Français qui travaillait là-bas en hiver, le JUPITER.
- Nous avons donc aussi rencontré son équipage. Ils n’avaient pas de chauffage à bord et ces gars fatigués qui repartaient en pêche logeaient dans un immense poste. Leur bateau était venu faire des vivres et du mazout. Je crois aussi me souvenir que les mécaniciens du Marcel Bayard ont contribué à les aider our quelques réparations. Nous n’étions pas forcément nous-même "à la fête", mais par rapport à eux... Les conditions de vie des marins-pêcheurs sont toujours démentielles.

En rentrant sur Brest nous avons rencontré un vrai coup de chien à mi-route. J’ai donc pu prendre quelques bonnes photos. La mer fut très dure pendant la semaine. Je faisais le quart "de 8 à 12", étant devenu matelot-léger. Nous nous remplacions tous les quarts d’heure à la barre, tant il fallait travailler. J’étais parti me coucher, lorsqu’à 4 heures du matin la sirène d’alarme incendie à la Machine a retenti...

"un peu plus bas", le PC-Machine

Encore trop jeune, Je n’étais pas intégré au dispositif de lutte. Essayer de glaner l’information ! En fait un fort paquet de mer nous a "coiffé" par l’arrière très haut, toute l’eau est tombé par les ventilateurs sur des moteurs électriques. D’où cet incendie, un "black-out" total, c’est à dire plus de propulsion ni d’énergie, avec "le feu en bas"...
- Là on peut vous le dire, on se fait fort bien secouer ! L’incendie en mer en soi, c’est "ce que c’est". Mais durant le mauvais temps, c’est encore moins "le moment"...

Seulement vers six heures du matin (plus de deux heures de lutte) les mécaniciens réussirent à lancer le "groupe du Pleuger" (le nom du système de "l’appareil à gouverner" à bord du Bayard). Retrouver l’usage du gouvernail nous a enfin permis de mettre le navire "cul dedans".
- Dans la matinée deux moteurs sur trois purent ensuite être relancés. Ouf ! Conséquence, nous avons terminé la traversée à petite vitesse. Toute la vaisselle devait être remplacée...

Au "carré", la salle à manger des officiers et missionnaires du câble.

Il n’y a eu aucune panique. Juste un "détail de la vie" d’un bateau dont je viens d’apprendre la fin tout à fait par hasard en lisant le présent site Internet "souvenirs". J’ai débarqué du Marcel Bayard le 5 novembre 1966 alors que le bateau partait, tandis que je devais me rendre à St-Malo pour le cours de Chef de Quart.
- Tout le monde savait que je souhaitais y aller et tous les officiers m’ont "assisté" à un moment ou à un autre pour m’initier à ce métier. Je savais donc déjà (un peu) en arrivant au cours, utiliser les deux radars, le Gonio, le Decca, le Loran C, etc.

Finalement j’ai un souvenir quasi-idyllique de ce navire. Surtout, je pense y avoir trouvé une vraie harmonie d’équipage. Je me trompe peut être en idéalisant les choses. Pour finir, quelques petites anecdotes "à côté" de la technique s’imposent aussi.

Les "petits" groupes électrogènes dits de servitude

Je ne peux pas passer totalement sous silence ces petites choses qui ne peuvent pas toujours être dévoilées au grand jour en raison de la "bienséance". Durant cette période losque j’étais embarqué à bord du Bayard, un matelot avait pour fonction principale était d’être le magasinier. Ils étaient deux à remplir cette tache mais le chef était ARISTIDE, un "Breton de souche" et de coeur. ARISTIDE parlait peu mais toujours à bon escient. Il présentait deux particularités essentielles à mon sens :
- La nature l’avait doté d’un appendice nasal hors du commun avec comme une étrave pouvant faire rougir le moindre torpilleur venu.
- La seconde et non des moindres, dame nature avait doté ARISTIDE d’un organe sexuel phénoménal. Je ne mens pas, il lui arrivait aux genoux "au repos". Nous étions obligés de connaître ce détail, parce que Aristide prenait un malin plaisir à déambuler dans les coursives, serviette au cou pour se rendre aux douches communes surtout lorsque quelques épouses se trouvaient à bord lors d’escales.
- Note technique de Thierry Bressol : A bord des 2 "SD14" de la Cie de Navigation Denis Frères, leur équipement sanitaire rustique, avait pour conséquence une absence de "fausse pudeur" à bord. Cela dit nous avions tous et toutes un "équipement personnel" de type et dimensions "standardisées".

Aristide n’a jamais caché que la faculté de médecine lui avait prescrit le port de freins en caoutchouc, qu’il prenait plaisir à nous montrer et même faire essayer. Il n’y a pas lieu de mettre en doute son témoignage d’accidents. Il en était à sa troisième épouse.

Cuve à câble du Croze ou duThévenin (ici sans matelot "french-lover" au travail)

A titre personnel je peux aussi évoquer une horrible vexation qui m’est arrivée. Alors que nous naviguions au soleil et même au grand soleil des tropiques si ma mémoire est bonne, je faisais le graissage des réas d’un mât de charge. Bien entendu j’étais en short. Soudain le Bosco est arrivé furibard sur moi avec sa voix des mauvais jours :
- "Jeune homme vous êtes indécent et sale !... Allez immédiatement prendre une douche !"

Moi qui prenais deux à trois douches par jour, je fus ulcéré. L’explication tient en fait à ce que je travaillais depuis trop longtemps au soleil et que ma peau pelait tout bonnement.
- Mais son ton et sa vigueur m’avait touché. La raison était peut être ailleurs. Ceci dit le Bayard était armé par des Bretons naturellement opposés aux "Mokos". Mais le souvenir que j’en ai est formidable."

Fin de citation du récit de Claude Marguerie.
- Bien Navicalement - Thierry R. BRESSOL R/O

Entre autres, merci à :
- http://www.shipphotos.co.uk/pages/j...
- Merci à Marc Monflier et au CNET, "ma" première photo du Bayard.

NAVIRES CABLIERS

- Le NC Léon Thévenin à la pêche au VCR
- Visite d’une future épouse à bord du navire câblier de garde
- Officier de Garde & Arrêt Technique

Le navire câblier Vercors


- Le NC Marcel Bayard en travaux câbliers
- Le NC Raymond Croze en mission 1
- Le NC Raymond Croze en mission 2
- Le NC Raymond Croze en mission 3
- Le NC Raymond Croze en mission 4
- Le NC Raymond Croze en mission 5
- Le NC Raymond Croze en mission 6
- Le NC Raymond Croze en mission 7
- Tube de l’Eté : La Lambada et le Communisme

- Le navire câblier Vercors et Michel Bougeard
- Quelques questions de câbles sous-marins
- Le nom du navire câblier Raymond Croze

- La guerre des Câbles sous-marins A propos ! J’ai été sympathiquement piraté :
- L’USS J. Carter et Agoravox pour illustrer mes explications.
- Intox ? Napoléon, la Marine et l’avance technologique...

- Câbles sous-marins et détroits
- Navires Câbliers et "bateaux noirs"
- Le trésor des câbles sous-marins
- Les pêcheurs et "la croisière s’amuse"...

Symbole de l’accueil du site

- Liste de tous les articles

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/