Souvenirs de mer

7 avril 2009

Quand "ça craint" pour le Sindh sur le Grand Lac Amer 5

Michel Caracatzanis, Officier Mécanicien de Première Classe et officier à bord du Sindh en 1967, continue à nous raconter comment le Sindh et son équipage vivaient au mouillage sur le Grand lac Amer.
- Au "menu", une attaque de Suez par les SAM Israéliens et l’imposition à bord du Sindh d’une station de surveillance de l’armée Egyptienne.

(le 7 Avril 2009 à 18h00)
- Le Sindh au mouillage sur le grand lac Amer - 4ème partie voici la suite :

CHAPITRE V : EPISODES de la GUERRE des 6 JOURS et sa suite, vus du SINDH.

La prime de doublage de solde que nous touchions était calculée en fonction des attaques et des opérations militaires se déroulant dans le périmètre du Grand Lac Amer. Bien entendu, seul le livre de bord faisait foi et celui-ci était tenu par le Commandant. Je tiens la remarque ci-dessous de la bouche même du Cdt de Valls avec qui j’ai navigué quelques années plus tard. A son retour étant de passage au siège de la Cie à Paris, la Direction de l’Armement lui a fait remarquer qu’il avait enregistré plus de jours de prime que la moyenne des autres commandants. Il a répondu :
- "Vous pouvez venir à bord pour vérifier la réalité des faits..."

De fait cette prime dépendait de la bonne volonté du Commandant ou tout au moins, sur son jugement de l’exactitude des faits et leur réalité.

Mirage Israelien

Personnellement je n’ai connu que quelques jours d’opérations militaires, peut être une demi-douzaine. Si je n’ai plus beaucoup de souvenirs sur ce sujet, quelques faits sont restés gravés dans ma mémoire.

Le retour d’un raid de l’Aviation Israélienne sur Le Caire dont nous en avions eu des échos par "l’émission en langue Française" de Radio Israël par exemple. Les pilotes Israéliens embouchaient le Canal au ras des flots pour se protéger de la défense aérienne Egyptienne. Les bords du canal avaient été relevés par de grandes levées de sable du coté Egyptien, pour empêcher le passage des chars Israéliens, et même chose du coté Israélien (ligne Bar-Lev) pour la raison inverse.
- Nous avons vu les mirages Israéliens déboucher du goulet d’El Kabret au ras des flots face à nous. Les réacteurs laissaient une longue trainée de vapeur derrières eux, car ils volaient vraiment au ras des vaguelettes au dessous du niveau du sommet des levées de terre, si bien que l’on ne pouvait pas tirer sur eux, la DCA étant derrière le mur de terre.

Un Mirage de Tsahal en maneuvre d’approche de son terrain.

Par contre, dès le débouché sur le Grand Lac, ils remontaient en chandelle et à cet instant cela se déchainait. A première vue, nous n’avons pas constaté d’appareil touché. Mais voir ces chasseurs bombardiers nous arriver droit dessus juste à notre hauteur, c’était extrêmement impressionnant. Nous avons d’ailleurs admiré la maitrise des pilotes, car voler aussi près des eaux nous a semblé ahurissant. Ils ont débouché à la queue-leu-leu et ça n’a duré que quelques dizaines de secondes, peut être une minute au maximum.
- Une des attaques les plus mémorables à laquelle j’ai assisté fut celle sur El-Kabret, suite à l’accrochage avec un blindé Israélien. Mais je crois que j’avais déjà parlé de cela dans la 4ème partie du récit. Lors de cet opération, la palmeraie qui abritait un groupe d’artillerie et de DCA fut complètement pulvérisée et liquidée au napalm. C’était très impressionnant, surtout quand on pense aux pauvres bidasses qui se trouvaient là-dessous et qui n’ont sans doute rien compris à ce qui leur arrivait...

Mirages Israeliens, rien d’une illusion d’optique.

Un autre jour, nous avons été surpris par un bruit épouvantable et de la fumée qui montait de derrière la ligne de défense Israélienne. Un fort sifflement et deux ou trois trainées dans le ciel puis plus rien pendant une bonne minute. Soudain dans le lointain un énorme grondement sourd, suivi quelques minutes plus tard bien au dessus de l’horizon, des volutes de fumée noires et grasses. C’était, nous l’apprendrons plus tard dans la soirée (toujours par la même radio), l’anéantissement des raffineries de pétrole et des stocks de pétrole près de Suez. Il s’agissait des fusées SAM et nous en voyions pour la première fois les effets.
- Il arrivait quelques fois qu’un avion de l’armée Egyptienne se pointe au dessus des Lacs pour faire un peu d’observation. J’ai vu une fois un petit coucou haut dans le ciel qui devait faire des relevés. Le pauvre inconscient n’a pas trainé dans les cieux, car il fut tout de suite pris à parti par un chasseur Israélien qui lui tira juste une salve de semonce, je pense volontairement sans l’atteindre. Le pauvre n’a pas demandé son reste et s’est enfui aussi vite qu’il pouvait.
- On lui avait très fermement signifié qu’il était "persona non grata" dans le ciel des lacs Amer.

La Cie "Air Tsahal" au repos...

Une nuit le bosco étant de garde, il a surpris un commando de sabotage Egyptien dont le canot pneumatique était accroché à la coupée. Ils voulaient profiter de la masse des navires au mouillage pour se faufiler au milieu. Entendant du bruit et des voies, le bosco est allé voir de près ce qui se passait. Ils étaient probablement tombés en panne de moteur et s’étaient réfugiés accrochés à notre Coupée.
- Ne voulant pas que l’on prenne prétexte de leur présence pour nous "ennuyer", quoique nous n’avons jamais vu la moindre présence Israélienne, le bosco a coupé leur amarre pour les envoyer paître ailleurs. Avec le recul du temps, je me demande s’il n’a pas pris inconsciemment un très gros risque. En principe le Grand Lac Amer était une zone démilitarisée, même s’il était théoriquement resté sous contrôle Egyptien.

Le lendemain matin, nous les avons retrouvés accrochés à une des bouées du chenal, attendant que quelqu’un vienne les chercher. Pourtant il devait s’agir d’une des unités d’élite, avec des bérets noirs...

Ceux-là ne sont pas très discrets au centre-ville, mais les moteurs ne sont pas Soviétiques...

CHAPITRE VI : Où il fut question de l’occupation militaire du SINDH

Quant à la présence imposée par les autorités militaires Egyptiennes d’un poste de surveillance à bord du Sindh, ce fut une autre histoire.
- Un certain jour, nous vîmes arriver à bord une délégation de gradés Egyptiens, au moins trois ou quatre personnages qui devaient être au moins au grade de colonel et disposaient d’une escorte armée. (même si c’était des armes légères) Ils venaient signifier au Cdt que nous étions tenus d’héberger à notre bord trois militaires, en fait des simples bidasses, qui seraient en charge du "contrôle de la zone". On ne voyait pas vraiment ce qu’ils pourraient contrôler, enfin...
- Après une protestation toute symbolique, le Cdt accepta cette occupation forcée, comme il l’expliqua plus tard au jeune attaché culturel que l’ambassade de France avait envoyée en corvée à bord. Du haut de sa jeune expérience, il s’étonnait que l’on puisse ainsi violer "l’immunité territoriale" dont jouissaient théoriquement les navires Français.

1/ Il n’est ni vraiment prudent, ni question de refuser quoi que ce soit quand on a des gens armés devant soit.
2/ Et... La fameuse "immunité territoriale" n’existe que pour les navires de la Marine Nationale.
- En d’autres termes en marine marchande, nous sommes soumis à la législation du pays où nous stationnons.
- Ceci l’avait fortement étonné.
Par contre il avait signalé à l’autorité militaire présente, que le bord en aucun cas ne se sentait obligé de contribuer à "l’entretien" de ces 3 militaires car ce serait indiqua-t-il, prendre une participation au conflit en cours. Leur hiérarchie nous assura donc (bonne fille) qu’ils seraient ravitaillés par leurs soins.

C’est ainsi que nous avons "hérité" de trois pauvres bougres, armés d’une pétoire chacun et d’une paire de jumelles.
- Quelle force de frape !! Nous leur avons donc attribué trois cabines de l’équipage.

L’Américain "African Glen" fut le premier à "perdre" son équipage...

Par pure méchanceté au début, surtout vexés de nous être fait imposer cette situation, nous leur avons coupé l’eau et la ventilation. Le premier soir de leur présence nous étions attablés au carré, et la table avait été montée comme d’ordinaire sur ces "8300 t." qui n’étaient pas climatisés.
- Du pont arrière de la salle à manger des officiers qui était couvert, nous observions ces trois pauvres bidasses qui rôdaient et tournaient en rond en nous regardant manger. Bien entendu leurs supérieurs n’avaient certainement pas une seconde envisagé de s’occuper de leur subsistance...

Naturellement au bout de deux jours, ils nous ont fait signe qu’ils avaient faim et soif. De l’eau ils en trouvaient toujours mais ils commençaient à avoir réellement l’estomac dans les talons. Nos premières rencoeurs devant cette triste occupation s’étaient atténuées et d’un commun accord, nous décidâmes de leur accorder le gîte (forcé) et le couvert. Il faut aussi bien le dire, ces trois malheureux troufions n’étaient pas responsables de leur situation. D’ailleurs, a-t-on vu quelque part un troufion qui soit réellement responsable de son sort ? Il ne peut que subir et essayer de s’en tirer sans dommage tout en ne se faisant remarquer le moins possible...

L’Anglais AGAPENOR, membre du GBLA.

Finalement ils eurent donc assez vite à manger, de l’eau et les douches à leur disposition. Je crois bien que dans leur vie, ils n’avaient jamais été à telle fête et pas souvent aussi bien logés. Ils étaient certainement trois paysans que l’on avait été chercher dans leur village. Le soir, bien que ne comprenant rien certainement, ils assistaient émerveillés aux séances de cinéma du bord.
- Voila donc comment s’est déroulée en définitive notre coopération Franco-Egyptienne. Nous nous sommes peu à peu rendus compte qu’ils étaient de fait totalement abandonnés à notre bord et leurs chefs ne s’en souciaient pas plus que d’une guigne. Finalement lorsque j’ai débarqué, ils étaient toujours à bord.
- Quelqu’un sait-il jusqu’à quand ils furent présents à bord ?

A suivre... le CHAPITRE VII : Mon DEBARQUEMENT du SINDH
- Le Sindh au mouillage sur le Grand Lac Amer - 6ème partie

Bien navicalement - Michel Caracatzanis
- Officier Mécanicien de Première Classe et officier à bord du Sindh en 1967.
- Site "Aéro-Israelien"
- Mirages d’Israël

L’Armée de l’Air Egyptienne le 5 Juin 1967, avec les compliments du général Moshé Dayan....

Pour la mise en page, merci à Michel Caracatzanis, Pierre Escaillas, Jo Kerdraon, Roland Grard et bien sûr, au Site des Messageries Maritimes.

La Licorne fut le symbole des Messageries Maritimes

Ayant lu l’excellent récit d’un officier mécanicien Anglais du Port Invercargill, qui racontait naturellement la même chose à sa façon, je dois aussi préciser que l’usage de la station radio et de tout son équipement était strictement interdit par les autorités locales. C’est donc dire aussi que la présence à bord d’un "homme de l’art" ne s’imposa pas longtemps...

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR1
- Avec le Câblier Raymond Croze, comme le Sindh ?
- Et pour quiconque s’intéresse au canotage :
- Canots et engins de sauvetage etc...
- Visite annuelle de sécurité à Dieppe et canotage
- Le Sea Intrepid (2/2) au mouillage en baie de Vigo et la plage naturiste (passionnant canotage)

Le Canal de Suez il y a un certain temps...
(par les "Carnets de la Licorne")

Il y a vingt cinq siècles, les Pharaon NECHAO II inaugurait le Canal de Suez. Le Canal de Suez encore plus ancien est en effet évoqué dans les fabuleux Carnets de la Licorne, à bord desquels il fut prouvé par Jean Ceccarelli et sa théorie thermodynamique, que l’Enfer est exothermique. C’est dans "Océan Indien, mer Rouge et Marania", un récit d’une cocasserie tout à fait libératoire...
- D’autre part Pierre Escaillas a aussi évoqué le Sindh car le Marania venait de passer le Canal moins de 36 heures avant lui, "chaud aux fesses" !

- Site officiel du Canal de Suez pour les clients.
- Le Canal de Suez avec Wikipedia
- Le Canal de Suez aujourd’hui géographie.
- Le Canal de Suez à bord du CMA-CGM Nabucco avec et par Françoise Massard.

- A Suez le trafic et les revenus du Canal s’effondrent (le 24 Mars 2009) (crise et piraterie...)
- Canal de Suez forte augmentation des recettes en 2007
- Le Canal de Suez gèle ses taxes de passage (2008)
- La CMA-CGM passera-t-elle par le Cap ? (Point de vue de Cie du 19 Nov.)
- Certaines lignes de Maersk vont contourner l’Afrique (le 21 Nov.)

- GREAT BITTER LAKES ASSOCIATION le Yacht-club du lac Amer par Wikipedia.
- GREAT BITTER LAKES ASSOCIATION est aussi un objet de collection philatélique.

- Inauguration du Canal avec "Herodote".
- Le canal Antique avec "Universalis".
- Il y a vingt cinq siècles, les Pharaon NECHAO II inaugurait le Canal de Suez

- Le Canal de Panama en "direct live" avec 4 webcams permettant de voir Qui "passe" 24 heures sur 24 et même les grands travaux actuellement en cours.

PC de la CMA-CGM sur le Canal de Panama, à la Tranchée de la Culebra.

Historique du Sindh :
- Lancé le 4 Février 1956 à La Ciotat le Sindh fut le quatrième d’une série de 10 cargos appelés "série F" ou "8300 tonnes de port en lourd". D’abord affecté à la ligne commerciale vers les Philippines et le Japon puis sur toute l’Asie du Sud-Est, le Sindh doit sa célébrité à sa mésaventure, lorsque le 5 juin 1967 il fut bloqué dans les lacs Amers par la guerre des 6 jours.
- Un équipage réduit fut cependant maintenu à bord jusqu’en août 1970, date à laquelle la Compagnie décida de l’abandonner à son assurance. Il fut alors vendu et passa sous pavillon Norvégien avec l’étrange nom "Essayons", pour reprendre du service après sa "libération" en 1975 en devenant le Saoudien Badr avant de disparaître des listes en 1983.

Symbole de l’accueil du site

Par Michel Caracatzanis- OM1
- Le Sindh au Gd Lac Amer - 1 & Le Sindh au Gd Lac Amer - 2
- Le Sindh au Gd Lac Amer - 3 & Le Sindh au Gd Lac Amer - 4
- Le Sindh au mouillage sur le Grand Lac Amer - 5ème partie
- Le Sindh au mouillage sur le Grand Lac Amer - 6ème partie
- Comment le Sindh fut piégé récit du Commandant J.L. Choquet.
- Le piège refermé sur le Sindh fin du récit du Cdt J.L. Choquet.
- Le Câblier Raymond Croze comme le Sindh au Canal de Suez ?

- Ibn Djubaïr, voyageur maritime de 1185
- Quand Ibn Djubaïr a fait naufrage
- Extraits de "Voyage" d’Ibn Djubaïr

- Listes des articles & Contenu de Marine Inconnue
- Les prochaines "frappes" de Marine
Inconnue

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


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