Souvenirs de mer

20 novembre 2012

La Marine Marchande vue par la Télévision sur "Fr3"

- (sur France 3 "Littoral") Où sont nos navires ? Histoire de la "Ma-Mar" (Mer & Marine)
- La Marine Marchande à la TV en Octobre 2012 sur Fr3 (chaque Samedi à 16h15) Cela semble dense en 25 minutes, mais c’est fait "de bric et de broc" et plein de petites erreurs. L’auteur aurait dû se faire "aider". Ceci dit même si c’est "un peu creux" il faut bien le dire, voir ou revoir quelques images rares de la "Mar-Mar" à la TV, ça nous fait toujours plaisir. Ce n’est pas arrivé depuis Thalassa* en fin 2008. Mais la ZDF ou la RTBF par exemples, elles ont fait beaucoup mieux !
- Voyage à bord du Porte-Conteneurs CMA CGM La Tour (Fr3 Thalassa* en 2008) A voir ou revoir !
- La Mondialisation vécue au large 1ère partie (le 22 Novembre 2008) *
- La Mondialisation vécue au large 2nde partie (le 24 Novembre 2008) *

Anacharsis, philosophe Scythe :
- "Il y a trois sortes d’êtres Humains. Les vivants, les morts et ceux qui vont sur la Mer" En effet ! Ni Platon le Grec ni (encore moins !) l’Amiral Charles Platon** n’ont dit cela.

(m.à.j. le 28 Avril 2015) La quatrième partie du documentaire est de fort loin la plus réussie. On peut être tenté de penser que les trois précédentes qui sont beaucoup moins réussies, semblent avoir été réalisées juste pour amener la quatrième qui se veut sans doute une conclusion, par ailleurs très intéressante. Il aurait en effet fallu que les 3 premiers épisodes soient "de cette trempe", On aurait alors vu un "tétra-docu-TV" finalement très réussi. C’est un peu dommage.

En Seine entre Rouen et Le Havre
(les Marins étrangers le disent tous, c’est l’un des paysages magnifiques de l’Europe)

Quelques messages échangés avec mes correspondants à propos de ce documentaire TV, m’ont donné l’idée de poser notre opinion sur cette page. Il reste si rare qu’on évoque notre Métier un peu longuement à la télévision Française, que ça méritait comme quand "Thalassa"* l’a fait, au moins un petit commentaire développé. Pour commencer le titre est étonnant : "Où sont nos navires ?" Ca, c’est depuis longtemps l’appellation d’une rubrique très "factuelle" de l’hebdo "Le Marin" ! Un titre plus "approprié" aurait été :
- "Mais où sont donc passés et que sont devenus nos navires, en 2012" ? Dans le Triangle des Bermudes ?

Ce piaf là est moins dangereux que les goélands et les vautours
(au service des lobbies, qui nous ruinent depuis plus de 40 ans)

La grande majorité d’entre eux en effet a disparu dans le Vrai Triangle des Bermudes, celui qui se situe de plus en plus souvent à Alang ou dans ses environs, à commencer par le plus célèbre d’entre eux, le paquebot France. Mais cette fin est plus souhaitable et plus naturelle qu’un terrible et spectaculaire naufrage, même si un naufrage, c’est tout de même beaucoup plus romantique... ;-))
- La bonne question pour moi c’est de savoir quelle route fut prise par nos navires pour rejoindre le Paradis de nos souvenirs nostalgiques, ou celui de nos mauvais souvenirs en mer, car ceci arrive aussi. La seconde partie du documentaire ne laisse pas croire qu’à toutes ces questions, nous aurons une réponse.

Cela dit je n’ai pas la télévision chez moi, mais mon PC est fort bien équipé pour "se déguiser" en téléviseur quand c’est intéressant. Je dispose en effet d’un petit tuner TV-TNT de la taille d’une mémoire USB et d’un logiciel pour le "piloter". C’est dire que j’ai enregistré l’émission, mais j’ai aussi pu "saisir" quelques vues prises sur le vif et cela constitue quelques photos rares.
- Pour commenter, sur ce documentaire j’ai deux points de vue, sur la forme mais aussi sur le fond. Mais il m’a aussi rappelé une amusante anecdote survenue à Pointe Noire, qui devrait être le sujet d’une page de Souvenirs de mer. J’y reviendrai sans doute plus tard...

Beau Modèle d’un "Liberty-Ship"
(ce fut une excellente idée de montrer ça)

- 1/ La Forme : Ce documentaire de France 3 nous fait parcourir l’Histoire de la Marine Marchande Française depuis l’après-guerre à un rythme soutenu. Ceci a quelque chose d’authentique car finalement à cette époque semble-t-il, le Temps passait plus vite. Les Liberty-Ships, dont on nous a montré un beau modèle réduit se sont peu à peu effacés de la Flotte à la fin des années 1960 car ils n’étaient déjà plus (du tout) "dans le coup". La "tenue" grise militaire fut portée beaucoup moins longtemps qu’on en a parlé. J’ai cependant bien connu quelques "grands anciens" qui ont "pratiqué" ce type de navigation et certains surent fort bien nous le raconter. Nous n’avons rien manqué sauf peut-être, l’intense satisfaction d’avoir surmonté (par chance !) l’épisode le plus vaste et le plus épique de toute l’Histoire des Guerres, la Bataille de l’Atlantique.

Torpedo, los !!

A propos de la générale imprécision dans tous les domaines à laquelle les chaines de TV Françaises nous ont trop souvent habitués, je pense par exemple à une véritable horreur commise il y a quelques années par "France Télévision". (par une autre équipe que celle de "Littoral") Je dois donc avouer régulièrement craindre un nouveau désastre à chaque fois que "notre sujet préféré" est ou sera évoqué. Le documentaire particulièrement mensonger et plein d’erreurs (probablement volontaires et de mauvaise foi) consacré à l’affaire du paquebot Massilia en Juin 1940, m’a profondément indigné et je ne suis certainement pas le seul en ce cas :
- Durant ma vie de navigateur, cette sale histoire m’a été plusieurs fois racontée par des gars dont les parents ont fait partie de l’équipage du paquebot Massilia. Indignés par le comportement arrogant et lamentable de ces notables, anciens ministres et députés entres autres fuyards en réalité, des gens qui voulaient "filer à l’anglaise" avec leurs bagages et leur pognon, parfois même avec leur voiture. (là... Ce fut loupé, ;-)) à cause des difficiles conditions d’embarquement au Verdon) :
- L’équipage du Massilia a failli se mutiner, c’est dire ! Seuls le charisme et la maîtrise de leur Cdt évita cela, après qu’il eût donné sa parole que les intéressés seraient mis en état d’arrestation à l’arrivée au Maroc. Le moins que l’on puisse dire de cet évènement, ce qui nous est raconté à propos du Massilia n’est pas conforme à la Vérité Historique. Deux problème se posent avec ce sujet particulièrement "trash". (y a-t-il un mot bien adapté en français pour en parler ? Je ne sais pas) Il n’y a presque plus de témoins ! Et les seuls qui sont interrogés sont les enfants, ou les plus jeunes, des membres de la famille des fuyards ! Est-ce bien sérieux ?
- N’est-il pas étrange que AUCUN MEMBRE DE L’EQUIPAGE du paquebot n’ait été interrogé ? (sauf, il y a déjà quelques années par la rubrique "Mémoire de l’Histoire" de Jean-Yves Brouard dans l’hebdo professionnel "Le Marin") Seuls leurs enfants peuvent maintenant raconter ce qui est réellement arrivé à bord du Massilia, ce triste épisode de la politique française, avec le risque d’imprécision que ceci suppose.

Le Massilia ici vu au centre de Bordeaux
(mais en montrant cette photo, Sud-Ouest nous rappelle utilement que cette affaire s’est surtout déroulée au départ du Verdon !)

L’autre problème est un peu sulfureux ! ;-)) Pour une fois que le régime de Vichy n’avait pas tort dans ses méchantes dénonciations... En "notre temps" de ces commémorations frénétiques qui de plus en plus souvent ridiculisent les Vrais Résistants, il me semble utile de rappeler que le régime de Vichy était de moins en moins maître chez lui et que ce fait trop "oublié" n’est pas pour rien dans ses nombreuses dérives. Il était de plus en plus autoritaire, parce qu’il avait de moins en moins d’Autorité et d’influence réelle sur les évènements. Cela est peu comparable avec notre situation actuelle et si on veut le faire, qui sera le plus lamentable ? L’UE impose-t-elle sa politique économique criminelle avec des divisions blindées ?

Présenter comme des Résistants courageux ces "polytocards" qui tentaient de quitter le pays à partir de Bordeaux en pleine débâcle à bord de ce paquebot en partance pour le Maroc avec leurs familles, des centaines de kilos de bagages, leur pognon (alors qu’absolument tout était "cul par dessus tête" !) et qui se montrèrent incroyablement arrogants avec l’équipage et les officiers du bord, c’est à mon sens un scandale sans nom. Il est bien dommage que les témoins de ce peu glorieux épisode soient aujourd’hui beaucoup trop peu nombreux pour hurler leur indignation !
- Le Métier de Marin n’est jamais facile, même quand tout va bien ! Alors quand tout va mal comme c’est arrivé lors de la débâcle de Juin 1940, imaginez un peu ce que qu’ils pensèrent des "personnes" qu’ils devaient servir... Incroyable aussi, certaines de nos rues ou de nos écoles portent aujourd’hui le nom de quelques uns de ces fuyards !
(nous devons aussi supporter les noms de sournois affairistes ou comploteurs, tels que Robert Schumann et Jean Monet sur nos rues ou nos établissements scolaires, alors qu’il est apparu que ces individus étaient manipulés par la CIA... Ceci est, sans aucun démenti crédible)

Le premier gouvernement de Vichy. Tiens ! Voilà un marin... L’amiral Darlan.

Le seul fait que le régime de Vichy se soit par la suite jeté sur cette clique, ne saurait donner raison à ces fuyards, dont le comportement réel reste à dénoncer. Je ne serais pas surpris si un jour d’autres vérités qui dérangent étaient douloureusement rétablies, à propos de quelques évènements et personnages plus ou moins "Tartuffe" hélas, trop mal connus de cette triste période. Tout le monde n’a pas démérité, mais certains auraient dû garder un "profil très bas" après cela !

Comme toujours la vie normale a repris son cours et c’est cela la vraie nature de la Marine Marchande. Mes correspondants ont exprimé de la déception à propos de cette émission de TV. Pour ma part compte tenu du 1er épisode, je ne saurais dire que j’ai été déçu par le second car je ne m’attendais (absolument) pas à du génial ni à "du culbutant". Depuis le premier épisode, nous sommes surtout en train de visiter une intéressante galerie de portraits.

Dessiner le visage de la "Mar-Mar" des "Trente Gglorieuses" s’imposait !

L’excellent dessinateur qu’est le Cdt Jacques Schirmann n’a absolument pas loupé ses collègues de bord ! En fait, un marin d’aujourd’hui pourrait refaire presque exactement le même dessin à un détail près sans aucun doute, le "style ethnique" des gars. En effet en 2012, le multiculturalisme est la règle absolue à bord des navires ! Cela dit j’ai toujours constaté depuis que j’ai arrêté la navigation, avoir plus de "choses en commun" avec n’importe quel Marin Chinois ou Philippin, qu’avec mes collègues Français de chez Alcatel qui n’ont jamais navigué...
- J’ai su que nous avons été nombreux à apprécier de voir ou revoir quelques images rares de la Navigation Commerciale à la TV car ça nous fait tout simplement toujours plaisir. Ce n’est pas arrivé depuis "un bail". Parmi les images rares et inattendues... Nôtre Ministère !

Le Ministère de la Marine Marchande ! Un beau vestige de notre jolie flotte des années 1960.
(solennelle et sévère, cette construction typique des années 1950 fut inaugurée par un Ministre qui avait ce titre qu’on aimerait voir revenir, Gaston Deferre !)

J’ai adoré saisir au vol quelques vues de notre Ministère et de son insolite et jolie porte, "ça fait un sacré bail" que je n’y ai pas mis les pieds ! C’est tout juste si je n’avais pas oublié son existence. C’est dire... J’y connaissais du monde, à commencer par Edgard Disdet, parfois évoqué ici à mon bord. Mais j’y passais aussi parfois la fameuse visite médicale annuelle de la Mar-Mar. Toute une époque !
Cet immeuble avait quelque chose de solennel et c’est tout ce qui reste de notre belle flotte des années 1960. Je me demande si les services du Ministère des Transports concernant la Flotte de Commerce y sont toujours et ce qui risque de lui arriver. Quand on sait ce qui risquait d’arriver à "l’Hôtel de la Marine", le siège de l’Etat-Major de la "Royale", on peut tout craindre pour notre Ministère...
- Il parait que ces photos ont su plaire. Tant mieux !

Nul ne saurait oublier l’insolite et jolie entrée du Ministère de la Marine Marchande !
(Paris n’avait pas de "Quartier des Affaires Maritimes" mais au Ministère, les Marins de la "Mar-Mar" de l’Ile de France y passaient souvent pour la visite médicale annuelle)

Au-delà d’être content(s) de voir la TV diffuser quelques images rares d’un passé qui devient lointain et que nous regrettons souvent, le réalisateur n’a pas choisi ce que qui s’est fait de mieux en matière de documents montrés. Tout au plus les quelques films d’amateurs sont intéressants, j’ai même pensé que c’était une excellente idée même si nous les marins, on a déjà vu ça. Mais la majorité des téléspectateurs, je ne crois pas qu’ils aient souvent déjà vu ça. (c’est tout de même un bon point)
- Mais je reste prêt à parier que dans la "collection" du Cdt Abelanet, pour n’évoquer que lui, il y avait peut être ou certainement mieux !

Navigation entre Le Havre et Rouen
("mise en Scène")

Evoquer ici le paquebot France, heureusement que l’auteur n’en a pas "trop fait". Mais c’était "limite" car c’est un sujet qui peut nous énerver...
- Embarquer à bord du France, un privilège ? (évocation de la condition féminine à son bord)
- La fin du paquebot France (la mort est aussi la continuation de la vie)
- Le paquebot France et le trou la "Sécu" (un double sujet qui dérange)

Le "contexte colonial" a beaucoup marqué la Flotte de Commerce durant les "Trente Glorieuses"
Puis ce contexte s’est peu à peu effacé quand je naviguais. Certaines Entreprises de Navigation ne surent pas s’adapter aux nombreux changements de "la donne". Ca, la Révolution Technologique et les Conteneurs, c’était très difficile.

Il n’y avait pas (loin s’en faut) que des Bretons dans la "Mar-Mar", même s’il fallait aussi en parler aussi. Et les autres alors ?? Bon, ça c’était pour la forme. Pour le fond voyez plus loin car c’est plus "grave". La Flotte de Commerce durant les "Trente Glorieuses" naviguait dans un large contexte économique, politique, social, technologique, commercial et Humain. Rien de simple dans tout cela...

A St-Nazaire à la fin des années 1950, pose du bloc préfabriqué du "nez" d’un navire très connu...

- 2/ Le Fond : Le second épisode peut être vu et senti comme décevant car il est surtout la continuation du premier et c’est globalement "assez creux", dit un de mes correspondants avec une extrême sévérité que je ne partage pas. Ceci nous fait hélas craindre une suite dans la même veine pour les autres épisodes.
- Je suis (un peu) moins sévère, car l’auteur a su ne pas passer totalement à côté de la Grande Révolution Technologique de la fin des années 1960. Mais... C’est nettement "au dessus" qu’il fallait passer et faire quelques survols à basse altitude pour bien montrer le sujet.

La Révolution Technologique de la fin des années 1960 à bord des navires et dans les Chantiers Navals, constituent à mon sens le plus important dans tout ce que fut nôtre Marine Marchande des dites "Trente Glorieuses" ! Que s’est-il passé ?

Daniel Le Guern aurait dû avoir beaucoup plus longtemps la parole !
Il fallait le laisser expliquer les Grandes Révolutions Technologiques qui furent la première marque de la Flotte de Commerce des "Trentes Glorieuses" ! Ici il va montrer le Natal, à comparer avec un "PCRP" fugitivement aperçu derrière lui...

L’augmentation systématique année après année de la taille des navires, les effectifs en constante réduction et le nombre des navires en baisse furent heureusement cités. D’autre part ce qui fut peut-être un des points les plus importants ne fut pas oublié, l’Automatisation des Machines. Elle changea beaucoup la vie à bord, au moins autant que la climatisation du Château, qui constitue un autre regrettable oubli du second épisode. N’importe quel ancien Marin risque d’être intarissable à ce propos, car la climatisation aussi, a réellement changé la vie à bord. Et ce ne fut pas toujours pour le mieux d’ailleurs, ce qui a su créer un excellent sujet pour des conversation très animées...

"L’honneur fut sauvé" par l’invitation de Bernard Le Guern, un acteur bien connu de cette époque. Ce sera le 2nd bon point. Mais le pauvre n’a eu droit qu’à un strapontin dans l’épisode, alors que son sujet méritait un grand fauteuil. D’autre part le syndicaliste aussi méritait un Siège, nom de Dieu ! Il n’a eu que le droit de s’assoir au pied de Bernard Le Guern ou de rester dans la coursive...
- La télévision montre toujours trop le "point de vue du patron" et pas assez celui du "terrain", à commencer par celui des officiers et de l’équipage !

Faire parler Daniel Le Guern, ça ne se conçoit pas bien sûr sans le point de vue incontournable d’un syndicaliste haut en couleur !
(Mr Le Guern, "Homme de la Cie", n’a eu droit dans le documentaire qu’à un strapontin. Le Syndicaliste lui, il a dû rester debout dans la coursive... ;-)) C’est encore plus triste !)

La Révolution Technologique dans la conception des navires de commerce aurait dû constituer le Thème Principal de cet épisode du documentaire situé dans les années 1960, à commencer par l’introduction en force de l’ELECTRONIQUE peu à peu "un peu partout" à bord. Pour la suite, nous osons espérer que l’arrivée à bord de l’INFORMATIQUE, puis celle de la MICRO-INFORMATIQUE seront mieux traitées...

Nous avons tous quelques souvenirs épiques de cette évolution qui fut très délicate, pour nous qui n’étions pas toujours assez bien préparés à cela. Ce que nous avons vécu à cette occasion m’a fait dire lors d’un entretien d’embauche, qu’une des premières qualités des Marins et Anciens Marins est leur capacité d’adaptation aux nouveautés technologiques. Mon interlocuteur sembla adorer cette réponse à sa question, tout en se demandant visiblement si je "n’en rajoutais pas un peu"... ;-)) Et non ! En plus si dans le monde des entreprises "à Terre" le mensonge est fréquent, je l’ai vite découvert, les Marins eux ne mentent pas souvent et je lui ai prouvé.

"Pour moi finalement, un bon bateau, il a moins de deux mètres de longueur et il repose sur un meuble..."
(parole extraite du petit discours d’un Bosco des Navires Câbliers lors du pot de son départ en retraite en 1990, ce fut dit à bord du Raymond Croze. Qui mieux que lui a su mieux résumer les difficultés du Métier ?)

Presque tout le monde semble avoir oublié que l’ELECTRONIQUE à bord fut longtemps "contenue" dans le Local Radio, durant des dizaines d’années avant les années 1960 sauf le radar, qui fut l’exception comme pour confirmer la règle. Et encore ! L’usage courant du Radar de Navigation a mis du temps à s’imposer et les anecdotes étonnantes sur le sujet ne manquent pas. Le navire de la fin des années 1960 n’avait plus beaucoup de points commun avec les Liberty-ships, ce qui méritait d’être bien souligné. Ce fut presque totalement loupé et c’est réellement dommage.

Un ancien Bosco et un ancien Timonier

Evoquer l’Automatisation des Machines étaient une excellente idée mais ça méritait beaucoup plus. Plus grave encore, le cornichon naval qui a rédigé le scénario du documentaire a TOTALEMENT oublié de citer les débuts des réels progrès techniques de l’usage de la Radio par les flottes marchandes, tels que la mise au point de la BLU et les premiers essais du TOR par exemples, pour ne citer que ça... Ces nouveaux usages aussi ont changé beaucoup de choses pour les Compagnies, leurs fournisseurs et pour les clients "chargeurs", mais aussi pour les Navigateurs et leur famille.

On ne saurait évoquer la Marine Marchande sans les épouses

Un de mes correspondants déclare que le documentaire semble oublier l’existence des flottes très spécialisés, les tankers, les navires de "supply", le stockage flottant, le remorquage, les navires Câbliers, les transporteurs de colis lourds etc... Il existe effectivement un manque sur ces sujets car on l’oublie un peu tous, les Marines Marchandes constituent un très vaste domaine. Mais l’oubli le plus grave est sans doute ce qui suit :

Un Krooman, personne ne va les oublier, ça c’est sûr !
(quand nous étions au mouillage à San Pedro par exemple, leur habileté à manipuler les grumes forçait mon admiration, d’autant plus que c’était et reste dangereux)

Un Incroyable oubli a été commis durant le 2nd épisode, je n’ai jusqu’à présent entendu qu’une seule fois prononcer le mot "CONTENEURS"... Tout de même ! Le temps de l’introduction des Conteneurs en Mer, timide au début mais devenue rapidement tonitruante, c’est arrivé à la fin des années 1960 ! Là, l’auteur semble passer totalement à côté de ce qui est important ! Ce n’est plus le petit bon point, c’est le bonnet d’âne.

Les Anciens Marins du Commerce sont "un peu partout" aujourd’hui...
(de toutes les fonctions et toutes les spécialités)

Qu’en pense-t-il ? Pourquoi ne pas l’avoir consulté ? Ou quiconque du "petit monde maritime" ? Ou moi par exemple ?
- Pourquoi n’avoir pas consulté au moins un Capitaine au Long Cours en retraite ? Celui-ci par exemple n’était pas loin, il avait sans doute beaucoup plus de choses à dire, sans pour autant monopoliser les 25 minutes de la seconde partie...

Chez un Ancien Marin on trouve toujours des "traces" du Métier
(être Marin n’est pas "seulement" un métier, c’est une Culture, comme pour les Mineurs ou aux Chemins de Fer)

Le titre du documentaire nous a fait des promesses, dont aucune n’est réellement tenue. Bon public, nous sommes tous contents d’entendre parler de nous, mais c’était réellement dans le genre "peut mieux faire". Nous redoutons donc la semaine prochaine après la nostalgie d’hier, un exposé larmoyant et résigné sur la Mondialisation et le trop fréquent "on ne peut rien y faire". Est-ce bien sûr ? ***. J’espère que ce sera mieux ! Jusqu’à présent j’ai eu le sentiment que les auteurs ne dominent pas leur sujet :
- Ils ont à peine su effleurer les révolutions technologiques et ils ont loupé la révolution commerciale des conteneurs. Tout de même...

En Atlantique Nord en hiver à bord du 4 mâts vraquier Richelieu en 1927

Il existe quelques constantes de toutes les époques dans la vie en mer, pouvant être illustrées par ces deux bonnes photos. Naviguer en Mer, c’est aussi se frotter régulièrement à l’une des plus puissantes forces de la Nature, l’Océan dans le mauvais temps. L’outil de travail évolue sans cesse et change régulièrement de "look", mais il continuera encore longtemps à "en voir de toutes les couleurs" !

En Atlantique Nord en hiver à bord de l’Esso Bretagne au début des années 1980
(sur "le fond" tout n’a pas changé !)

Diffusée Samedi le 20 Octobre, la troisième partie il faut bien le dire, fut beaucoup mieux réussie. Effectivement sans surprise nous n’avons pas échappé à la traditionnelle série de lamentations sur le thème :
- "C’est la mondialisation, il n’y avait rien à faire, nous avons été emportés par le tsunami comme de la paille etc..." La résignation est à la mode dans l’Europe moderne et dans ce genre, plus rien ne saurait nous surprendre. Depuis trente ans on nous impose le même discours capitulard, tenu par des gens qui critiquent avec sévérité ou ironie l’état d’esprit dit "décliniste" ambiant en Europe. Qui l’a fabriqué, ce déclin incontestable ?
- Pas ceux-là tout de même !!

Cela dit le réveil de nos souvenirs de Navigation reste un plaisir. Cette fois Charlotte a enlevé son masque de fille du Cdt Abelanet pour redevenir la collègue Officière Radio rencontrée à Pointe Noire en 1980. La jolie collection de belles photos qui va naturellement avec ? a su parfaitement illustrer le Temps d’une navigation révolue comme celle des Cap-Horniers.
- L’arrivée des Dames à bord des navires Français c’est sûr, méritait bien une évocation concrète. J’ai d’autre part le souvenir d’une amusante anecdote survenue à Pointe Noire et qui mérite une autre page. (là aussi, affaire à suivre...) Je me demande aussi ce qu’elle est devenue depuis qu’elle n’est plus Officière Radio, car le devenir de tous les Officiers Radio-Electroniciens reste un grand mystère encore jamais abordé à la télévision.

Scène de bord traditionnelle, le barbecue sur la plage arrière ou sur un panneau.

J’ai été très amusé par le commentaire "on n’a pas vu arriver les petites boîtes"... Ca oui ! Le documentaire a fait comme les patrons de nos Compagnies de Navigation, qui ne s’en sont préoccupés que lorsque le "phénomène" était déjà là, c’est à dire trop tard ! Si des personnes comme Bernard Le Guern s’étaient trouvées "en haut" de la hiérarchie de nos "grands décideurs", l’évolution de la Profession aurait sans doute été moins désastreuse en terme d’emploi. Lui, il tentait de rattraper le temps perdu et il a su le montrer.
- Sa plus belle remarque s’imposait car en effet, les super Porte-Conteneurs gigantesques d’aujourd’hui sont conçus sur exactement le même modèle que le Kangourou et le Korrigan des Messageries Maritimes, même s’il oublie de dire que par contre, la façon de "s’en servir" en 2012 a beaucoup évolué à cause de l’Informatique. Mais il est sûr que lui et l’informatique... Ce n’est certainement "pas son truc" ! Il est de la génération "avant", mais il aurait sans aucun doute "fait plus" avec.

Les Lancements à la Ciotat, c’était près du Centre-Ville, Chantier oblige...
(les habitants de La Ciotat eux, savaient garder de la distance, les Grands Jours)

Aahhh.... Les lancements spectaculaires de la Ciotat ! (parfois dangereux aussi...) Là, je fus déçu. Il existe de nombreuses et meilleures séquences sur ce sujet tout de même. Problème de Temps et d’argent ? Ou d’accès aux bonnes images ? Heureusement que ceci ne fut pas oublié, mais on pouvait faire mieux. D’autre part à Nantes aussi, les lancements constituaient une véritable Institution qui déplaçait la foule et parfois aussi, c’était l’occasion de spectaculaires incidents.

D’autre part j’ai aussi adoré voir Claude Tarin et écouter ses explications, même s’il bougeait tant qu’aucune saisie vidéo de lui n’est présentable. Elles sont toutes floues ! Pas une seule n’est techniquement réussie, même avec un geste incongru. Mais il a raison, la longue et terrible série des sinistres "gros titres" de l’hebdo "le Marin" à la fin des années 1970 était incontournable par sa Rédaction. Au-delà de l’arrivée à bord des femmes Navigatrices, il n’y avait pas souvent des informations agréables à lire ! La rédaction a donc dû "faire avec" ce qui se passait ! Ceci nous renvoie à la réponse de Pierre Lazareff au Président d’Air France :

Pierre Lazareff

C’est arrivé durant les années 1960. Il m’a été raconté que Pierre Lazareff (le Directeur de France Soir, à l’époque ce journal avait un tirage et une influence qu’il n’a plus...) et le Président d’Air France allaient à New-York en se trouvant par hasard dans le même avion. La dure "loi des séries" était alors illustrée par une longue "suite" de terribles accidents d’avions d’Air France, fort heureusement oubliée aujourd’hui ;-)). Durant leurs conversations, le PDG d’Air France en profita pour reprocher à Pierre Lazareff les "gros titres très excessifs" et alarmants sur le sujet, publiés par France Soir. Réponse de Pierre Lazareff :
- "Faites moi des petits accidents, alors vous aurez des petits articles..."
- Ben oui ! Mais Lazareff ne se priva sans doute pas d’ajouter qu’il n’avait pas si peur que ça, en voyageant avec "Air Chance"...

Les années 1960 avec un Boeing 707 d’Air Chance !
(Il y a peu Pierre Sparaco rappelait que le Transport Aérien ne sait plus faire rêver...)

Quatre observations s’imposent :
- 1/ Encore le paquebot France ! Oui, il fut la magnifique victime inaugurale de la crise de notre Flotte Marchande. Ce fut aussi très intéressant de découvrir le frère d’Eric Jégou 4 ans après son décès. Lors de cette interview, Daniel Jégou a semblé retenir un gros sanglot et son visage exprimait de la nostalgie. Il n’est pas le seul, les autres "ex" du paquebot France que j’ai connus, quelle que soit leur fonction, ne pouvaient pas plus éviter de trahir leur émotion en évoquant un mode de vie intense, prestigieux, révolu et pas toujours facile. (cela se sait trop peu).
- Toujours jeune, beau et intelligent, il semble n’avoir pas du tout compris le film. Pourtant, il a eu le temps d’y réfléchir depuis que "c’est arrivé". Ce documentaire loupa aussi une bonne occasion d’expliquer enfin au "grand public" que le vrai problème du France n’était pas le coût du travail, mais la façon de gérer cet Outil de Travail. On nous raconte aujourd’hui encore les mêmes fables et trop de gens les écoutent !

Notre contexte est pourtant plus proche qu’il n’en a l’air de celui du France. Ce retour au passé devrait pouvoir servir de leçon pour aujourd’hui. Est-ce encore tabou ? Poser la question, c’est commencer à répondre.
- Il serait utile d’expliquer comment une cohorte de profiteurs locaux au Havre, à Paris et ailleurs, tondaient la laine joyeusement et en permanence sur le dos du paquebot, ensemble ou chacun de leur côté ! Rien n’était jamais trop beau ni trop cher pour le France et tout était "organisé" plus ou moins tacitement pour "libérer les énergies" et un "esprit d’entreprise" très "spécial", pour rester poli. Croyez-vous sérieusement que seul l’équipage "se sucrait" et que c’était seulement cela qui "faisait" le déficit ?

Les gars ont eu tort de laisser dire ces fariboles sans répondre haut et fort. Ceci prouve qu’ils n’ont absolument pas compris ce qui se passait sur le moment. Plus grave, (il faut regarder aussi ce qui se passe aujourd’hui) ils ne comprennent pas plus ce qui se passe encore dans de nombreux organismes publics tels que... La Sécurité Sociale par exemple. Voyez vous-mêmes les nombreux "gags" informatiques et le scandale de la Carte Vitale, ces pratiques totalement incontrôlées durent depuis des années ! Qui paie ça ? Vous n’avez pas compris ?

Faut-il rappeler qu’un ancien cadre supérieur des services comptables de la Cie Générale Transatlantique a un jour expliqué publiquement que si tout le monde avait payé sa place à bord, même avec la délirante consommation de fuel du France (600 tonnes/jour sur l’Atlantique Nord !) et le coût élevé de son équipage, il aurait TOUJOURS équilibré ses comptes ! En fait, le France naviguait comme volait le Concorde, toujours à guichets fermés ! Et à propos de guichet :
- Savez-vous que plus de la moitié des pingouins voyageaient régulièrement aux "frais de la Princesse Transat" à chaque traversée ? C’est semble-t-il, encore un sujet tabou ! (pour rester poli, "passons" sur les travaux inutiles effectués à bord pour "arroser" les entreprises du Havre etc...) Combien de coups de pieds au cul furent perdus ? No sé...

Je suis certain (sans l’avoir peut-être assez dit) que personne n’a démérité parmi les "équipes de terre" comme à bord du France, dans le cadre de leur travail. Encore moins que l’équipage, ce ne sont pas eux qui coûtaient indument fort cher à tout le monde. Eux, ils Travaillaient, ne comptaient pas leurs heures et se trouvaient toutes et tous, loin des combines douteuses du Havre et de Paris, à propos desquelles les "politiques" à Paris n’ont rien pigé du tout, (il suffit d’écouter Giscard pour s’en convaincre !) sauf que ce fut un trou sans fond qu’il convenait de boucher d’urgence.
- C’est dire que la Gestion du France beaucoup plus que son fonctionnement à bord méritait un "examen". Peu de gens ont compris le vrai pourquoi il perdait de l’argent, énormément d’argent. Cela se passe maintenant comme ça avec l’informatique de la Sécurité Sociale. Essaie-t-on de se servir de cette expérience pour essayer d’arrêter ça ? Non bien sûr. Il me semble que les "Grands Anciens" du France devraient hurler le plus fort dans mon sens. Et oui, c’est leur cabane qu’on a stupidement cassée...

Un "Grand B" de Shell France à quai, le Bellamya !

- 2/ C’était une excellente idée de citer les grandes réalisations des années 1970, qui se sont presque toutes révélées par la suite, "à contre temps" ! En Mer il se dit souvent "pour un gars qui navigue, ça fait 7 ou 8 postes à terre". Le paquebot France faisait sans doute travailler plus de monde. Si on avait veillé à ce que presque tout le monde paie sa place, que la gratuité reste une Exception méritée et que les entreprises du Havre ne "se sucrent" pas en permanence n’importe comment et sous n’importe quel prétexte, ce navire farceur aurait pu continuer longtemps à naviguer, même avec des frais d’exploitation extravagants ! Et... Tôt ou tard on aurait corrigé le tir sans tout "foutre en l’air" avec un désastre social comme c’est arrivé.
- Il "suffisait" le plus souvent de faire ce qui était proposé par le bord, car ça ne manquait pas. (dans son livre le Cdt Pettré cite ses propositions techniques, réalisées par les Norvégiens. Il ne pensa pas à tout d’ailleurs...) Même le problème du pressing s’est transformé en pompe à fric, c’est dire...

La République Renversée, symbolisée par le Republica di Genova chaviré à quai

Faut-il aussi rappeler que le boulot d’un Grand Patron, ce n’est pas de se tromper presque à tous les coups et en toute occasion et que c’est (encore moins !) de pleurnicher publiquement en permanence sur "les charges" ? Et à propos de ce coût, un super Porte-Conteneurs de 8000 EVP en mer coûte par jour pour son exploitation entre 30 et 40 000 US Dollars. Il ne faut donc pas nous raconter des fables, ce qui fut encore fait par un des invités du documentaire :
- Le coût par jour de chacun des 22 pingouins à bord, à côté de ça, il compte peu ! Ceci montre bien que durant des années, on a réellement eu affaire en France, (pas seulement semble-t-il) à trop de "gagne-petit" médiocres, qui surent souvent surtout cracher sur les navigants et se payer leurs têtes. Quand j’ai arrêté la navigation (ce que je regrette souvent) j’ai retrouvé ces mêmes bêtises dans le petit monde des Telecom Mobiles. Ceci fut réellement décevant et surtout, parfois démotivant.
- Ces précisions manquent un peu, dans ce documentaire !

Les "Grands B" de Shell furent construits et entretenus en France !

- 3/ Nous devons aussi nous rappeler qu’à cette époque, les armateurs étaient presque totalement obligés de faire construire les navires en France. C’est dire que poser "la question qui tue", ça manque aussi :
- Pourquoi ne pas avoir fait en sorte que ça continue ? Probablement parce que nos dirigeants sont "à la botte" des idéologues de l’UE. Ne les écoutons plus. On aurait moins de chômage et ça coûterait moins cher à tout le Pays. C’est le moment de le faire d’ailleurs, avant qu’il ne soit trop tard et que tout le savoir-faire de St-Nazaire et des autres soit perdu. Alcatel, Technicolor, etc... Ceux qui peuvent payer à la place des plus riches se font tondre et les autres ne peuvent plus rien payer, ils sont devenus pauvres.
- Actuellement la CMA CGM est plus grande que les Messageries Maritimes et la Cie Générale Transatlantique, ce qui parait très joli à première vue mais... Mais ça ne fait pas travailler beaucoup de monde ici. Combien sont ceux qui profitent de cette situation ? Ce qui se passe est idiot (efficacité vous avez dit ?) et... Pas très citoyen !

Avoir des patrons qui ont pour premier "projet d’entreprise" de se débarrasser de vous à moyen ou long terme, parfois en organisant des conditions de vie spécialement pour vous dégoûter, est-ce une situation saine ? C’est arrivé (hélas pas "seulement" dans le secteur maritime) et nous avons tort de tolérer cela et de rarement dénoncer cette crapulerie. Nous sommes là en plein dans le thème central du fameux livre de Viviane Forrester, "l’Horreur Economique". Une société où "on" n’a plus besoin des gens est à l’évidence, très dangereuse à terme !
- François Bayrou le disait aussi. Si on ne produit plus en masse "entre nous", on ne fait que dépenser à l’étranger, donc payer à l’étranger pour consommer ici, donc pour fatalement s’endetter toujours plus. La "Valeur Travail", plus on en parle dans le Monde Occidental, mieux on l’oublie. Cette vérité simple qui dérange n’est pas (encore ?) comprise par assez de monde semble-t-il... Seul un autoritarisme fort et sans état d’âme sur "l’Etat de Droit" ou le Droit de Propriété des actionnaires peut nous faire changer de cap. L’intérêt Collectif devrait passer devant celui des personnes qui font preuve de fort peu d’Esprit Civique depuis des années. On le voit, ce mal a commencé par la Flotte de Commerce, puis il infecta peu à peu toute l’Economie.
- Conclure qu’on aurait le plus souvent préféré ne pas devoir changer de Métier est une bonne chose. Expliquer ces phénomènes économiques dans toute leur "splendeur", aurait été magnifique.

- 4/ La visite de l’antre aux belles maquettes a su souligner le petit côté poussiéreux de ces "souvenirs de mer" télévisés ! J’ai eu de la chance, l’émission aurait pu porter ce titre ! Je suis sûr qu’ils auraient oublié de me demander mon avis... Pour sauver le reportage, heureusement il y avait François Malgorn ! Ses explications sur l’atmosphère qui devenaient peu à peu de plus en plus délétère à bord des navires, ce fut aussi rare à entendre que salutaire ! On n’entend pas assez "ce son" là... Comment ne pas s’indigner de cet incroyable gâchis humain, social et financier ?
- Et maintenant si on me demande pourquoi j’ai quitté la navigation, je ferai écouter l’enregistrement de François Malgorn ! C’était si simplement et clairement dit. Je détestais cette ambiance. C’est dire comme je fus furieux de la retrouver sous une autre forme par la suite chez Alcatel, peu après avoir quitté la navigation pour échapper à ça. C’est dire le malaise.

Cela dit, le gâchis social fut impressionnant et si le documentaire donne peu de détails et encore moins des statistiques, c’était déjà méritant de l’évoquer. D’autre part les catastrophes de 1979 méritaient une évocation "plus appuyée", pour ne pas dire que c’est un documentaire à venir en soi. Ces trois sujets sont au moins aussi complexes qu’une catastrophe aérienne. Il fallait aussi rappeler, les faillites louches en séries que nous avons vécues, dans le genre de celles de la Cie de Navigation Fruitière ou de Courtages et Transports etc... Il me semble que c’est très dommage de ne pas en avoir parlé.
- Que sera le quatrième épisode ? Nous aurons peut-être droit à une visite guidée du porte-conteneurs géant CMA CGM Nabucco ou du Christophe Colomb... Qui sait ?

Il me semble aussi, que l’auteur a fait son commentaire en fonction de la collection d’images et de séquences qu’il avait. Je ferais exactement l’inverse si on me confiait la mission de réaliser un documentaire TV. Je rédigerai le scénario et le texte, choisirais les interviewés puis les images et séquences à diffuser en fonction du projet. Bien sûr, un stage de cinéma et TV devrait cependant s’imposer à moi... Mais bon, c’est de la technique et ça ne nous fait pas peur, nous les Marins !

Symbole de l’Ecole "Hydro" de Nantes, l’Ecole Nationale de la Marine Marchande

Enfin, il serait d’autre part extrêmement intéressant que le réalisateur ose aussi évoquer les quelques "mauvais côtés" du Métier, qui parfois le mériteraient. Espérons aussi que l’Enseignement Maritime ne sera pas oublié, à commencer par les Ecoles "Hydro" (ou ENMM) et les EAM ! Il se passe actuellement "des tas de choses" dans l’Enseignement Maritime et nous espérons que lors du quatrième épisode le sujet sera abordé, affaire à suivre avec la 4ème partie...
Affaire à suivre ! Vous être donc prié(e)s de vous présenter la semaine prochaine sur cette même page, pour voir ce qui peut être dit de la quatrième et dernière partie...

La quatrième partie est très réussie et c’est une bonne surprise. D’autre part, montrer une des Ecoles de la Marine Marchande et ses "zefs", c’était ce qui manquait aussi à mon sens. Ma seconde surprise est donc d’avoir été écouté avant de prendre ma plume et mon clavier ! Qui va s’en plaindre ?
- Après une longue mais intéressante galerie de portraits très orientée "dans le rétroviseur", le Monde Maritime Français d’aujourd’hui a été abordé par le temps présent avec un peu de précision.

Sous Pavillon Français maintenant, (il fut utilement rappelé que les Lois Françaises devraient s’appliquer à bord d’un navire Français) on n’est plus "seulement" payé en fonction de son poste à bord et de ses qualifications, brevets et diplômes, mais aussi en fonction de sa Nationalité, pour ne pas dire trop souvent de son origine ethnique.
Sur le plan des grands principes exprimés régulièrement "urbi et urbi" par nos hommes politiques "républicains" qui donnent des leçons de "Droits de l’Homme" dans toutes les directions, réellement "ça fait désordre"... Non ?

Le "Big Boss" de Marseille Fret
(j’ai "fréquenté" un de ses navires très étonnant, le Sea Intrepid)

Les explications presque totalement irréfutables (il faut aussi le dire !) des quelques dirigeants armateurs invités devaient être rappelées car maintenant tout le monde est concerné dans tous les secteurs d’activité, plus uniquement les marins.
- Le fonctionnement du commerce international étant ce qu’il est, il faut donc le réformer et ça ne se fera pas avec des discussions de salon où tout le monde reste poli et respectueux de la loi du plus fort et du cynisme ! Cela se termine toujours de la même façon, je crains aussi que ce qui se passe depuis Mai dernier, nous le montre une fois de plus. La situation il est vrai n’a absolument rien de simple.

En 1978 ça n’arrivait "que" dans le Secteur Maritime et Roland Andrieux, Conseiller Municipal Nantais et Syndicaliste de la "CGT des Equipages", il nous avait prévenus. C’était lors d’une longue interview dans "le Marin" que je n’oublierai pas, à la suite de la triste et ridicule affaire du Marlin II :
- "Si on n’impose pas au plus vite un boycott généralisé et systématique des navires sous tout pavillon de complaisance au moins en Europe, dans 20 ou 30 ans la grande majorité des flottes de commerce y passera. Plus grave encore, ces pratiques s’imposeront peu à peu dans tous les secteurs d’activité, les uns après les autres ! Avec toutes sortes de conséquences sociales et économiques pénibles, multiples et parfois imprévisibles que ceci impliquerait..."
- N’est-ce pas ce qui nous est arrivé ? Matières à réflexions n’est-ce pas ?

Dans le détail, je fus très amusé par le côté insolite de ce super-tanker Français mais géré par une Société Belge, dont je connaissais l’existence :
Se nommer Namur et porter le nom de Marseille sur le cul, c’est très amusant... C’est aussi ça, le "RIF" !

Par Michel Bougard R/O :
- A propos du RIF & Le "RIF" Questions et réponses
- Le Marin Roumain du CMA CGM Otello

En montrant cela il est plus facile de comprendre ce qui se passe car à sa façon, ce super-tanker Français est parfaitement représentatif de la situation des navires du Monde d’aujourd’hui. Etre Marin du Commerce par exemple, ce n’est pas "seulement" un Métier. C’est une Culture. Un navire est d’abord un grand tas de tôles, mais pas seulement. Comme les humains sont des animaux, mais pas uniquement :

Un navire est un peu vivant car il une identité qui lui est propre, une date de mise en service et un jour de livraison à la démolition de nombreuses années après. On lui donne même un nom, un "lieu de domicile" et une nationalité, c’est dire ! Dans le pire des cas il peut aussi être victime d’un accident de mer une ou plusieurs fois et même, être détruit à cette occasion. Pire encore, comme un être vivant peut être tué, le navire peut-être détruit volontairement par son équipage, pour que la Cie "touche l’assurance" par exemple. La baraterie à ma connaissance ne se pratique pas souvent, mais certaines affaires hautement douteuses restent dans la mémoire de la profession.

Un navire de commerce risque aussi de changer de travail durant sa vie et même le chômage. En effet, si ses exploitants ne lui trouvent plus une activité qui gagne de l’argent, (il a été construit pour ça ! Des investisseurs ont "posé de l’argent sur la table" et ils en attendent légitimement un "retour") il peut être temporairement immobilisé et parfois vendu. Alors, il changera le plus souvent d’identité et de nationalité, presque comme un homme ou une femme qui quitte son pays.

Au-delà d’être "vivant", un navire de commerce est d’abord un Outils de Travail, un lieu de vie, pour ne pas dire que c’est un Village et son équipage constitue ses habitants ou ses résidents. Parfois il y a même des invités, les passagers, cela dépend des circonstances et du Métier du Navire. Mais ce village est aussi une Usine. Si vous visitez tous les locaux techniques d’une navire de commerce, vous verrez que cette comparaison est incontournable. D’autre part pour les investisseurs, le coût est équivalent à l’exploitation d’une usine. Le navire en général produit rarement des biens comme une usine, mais un Service de Transport ou d’Exécution de Travaux délicats, les Câbliers par exemple. Enfin comme une usine, il peut être soumis à l’effet de la Concurrence pas toujours loyale des "chers confrères"...

Mais la comparaison doit s’arrêter là car la différence entre une Activité Maritime et une activité comparable "à terre" intervient. Elle mérite un petit exposé qu’on ne trouve pas souvent dans la presse. Je dois Claude Abraham et ce qu’il disait à l’hebdo "Le Marin", quand il était le PDG de la Cie Générale Maritime. Le Secteur Maritime est par sa nature "soumis" à une concurrence internationale parfois très dure mais en plus, l’outil de travail étant ce qu’il est, l’exploitant doit aussi redouter l’effet de ce qui suit :

Le "Big Boss" de Brittany Ferries
Il nous a fait remarquer qu’il serait anormal et absurde qu’une entreprise au service de la Région ne fasse pas travailler "les locaux". Ben oui, même s’il existe un problème de prix de revient du travail...

Claude Abraham expliqua utilement en son temps (déjà 20 ans) que si on ferme une usine, tout le monde la quitte, on vend les équipements qui sont dans ses locaux et parfois tout est détruit ou abandonné. En bref, dans tous les cas de figure, ça fait "place nette" !

Avec un navire, c’est très différent. On peut même dire que ça change tout car... Lorsqu’une Compagnie de Navigation "disparait", son ou ses navires vont fatalement continuer à exister ! Quelqu’un va les acheter. C’est dire que lorsqu’un Armateur vend un de ses navires, sans que l’entreprise ferme, il risque fort de retrouver "son" outils de travail en face de lui, de fait passé à la Concurrence comme peuvent aussi le faire ses salariés ! Mais un "bonhomme" en général, ça compte peu. Tandis que si un navire fait ça... On peut donc dire que non seulement ça change tout, mais surtout, ça complique tout :

Charles Louis-Dreyfus

C’est ainsi qu’être Armateur, c’est à dire exploiter des navires, en tout temps c’est par nature plus difficile que presque toutes autres activités économiques. Les invités du documentaire ne l’ont pas dit comme cela, parce que pour eux, "ça va sans dire"... Curieusement les armateurs invités du documentaire ont aussi oublié de dire ceci :
Lorsqu’un navire (quel qu’il soit) est soudain immobilisé de façon imprévue et que cela perturbe ou suspend le cours de son exploitation normale, même le mieux conçu et le plus rentable, non seulement il ne rapporte plus d’agent mais... Il commence immédiatement à en faire perdre beaucoup. Si jamais par malheur et en plus, la durée d’immobilisation devient imprévisible et que cela dure, alors le "tiroir caisse" va réellement s’emballer en tournant à l’envers ! D’autre part le plus souvent, la Direction de la Cie n’a absolument aucune prise sur les évènements, sauf parfois les "pots de vin"...

Modèle de l’Edouard LD au siège de LDA

Certains cas de figure peuvent certes être indemnisés par les Assurances, mais vous savez ce que sont les Assurances Maritimes aussi... ;-)) Quoi qu’il arrive, tous les manques à gagner ne seront pas indemnisés, ne serait-ce que par ce n’est pas toujours quantifiable. En matière d’industries lourdes de Services, seul le Transport Aérien est plus complexe que le Secteur Maritime car là aussi, la solidité et la fiabilité d’une organisation du travail n’est jamais que celle du maillon le plus faible de la chaine. C’est dire que l’imprévu n’est jamais bien considéré, il est même très redouté ! Qui a oublié la farce du volcan islandais ?

Le Transport Maritime est moins vulnérable aux phénomènes naturels, mais si la politique ou l’économie s’en mêle, là aussi tout peut arriver. D’autre part pour les Armateurs et leurs Marins, la guerre ne les intéresse pas souvent (même si elle peut aussi faire gagner beaucoup d’argent) mais elle s’intéresse parfois à eux. A la limite, car je l’ai entendu avoué, dans la catégorie des évènements indésirables perturbateurs imprévus, la grève est peut-être le moins pénible !
En effet on est là sûr d’une chose, ça ne dure jamais sans limite et dans ce cas "tout s’arrange même mal" toujours ! D’autre part le service comptable peut au moins se consoler de pouvoir déduire les jours de grève sur la paie des intéressés...

La manoeuvre à bord d’un super-tanker
(une activité très délicate, surtout quand la météo devient méchante...)

Un navire peut être immobilisé à quai ou devoir attendre au mouillage son entrée au port durant "un temps indéterminé" pour une infinité de causes, la grève à bord, une avarie mécanique, des problèmes administratifs, des pressions politiques locales, une ou des grèves locales sur les quais ou le remorquage, la météo etc.
Une des pires mésaventures, sans oser imaginer le naufrage, c’est la grave panne ou le début d’incendie en haute mer. Si ça arrive à un paquebot, c’est réellement la scoumoune !

Ceci n’est qu’une suite d’exemples visibles par les Marins, des ennuis pénibles qui peuvent arriver à une entreprise qui "fait naviguer" et/ou exploite des navires ! J’écris "visibles par les navigants" car... Dans les bureaux de la Cie à Paris, à Anvers (j’y pense pour avoir navigué sous pavillon Belge) ou ailleurs, les gens ne comprennent pas toujours ce qui se passe à bord, mais l’inverse est également vrai !

Nous n’imaginons pas plus tout ce qui peut se passer entre les entreprises, par exemple avec les fournisseurs, les agences, les clients-chargeurs, les concurrents, les banques, les actionnaires et tous les autres intervenants du Transport Maritime. En mer nous sommes loin et :
- "Les absents ont toujours tort" ! Ou bien... "Loin des yeux, loin du coeur..."

Le 3 mâts Bounty, navire marchand à l’activité rare, acteur de cinéma et télévision !
(construit en 1962 - naufragé en Octobre 2012 par la tempête Sandy. Ne les oublions pas)

Pour évoquer toute la difficulté de l’exploitation de tous les types de navires marchands, on doit aussi rappeler l’extrême diversité du secteur. Il existe une infinité d’activités possibles, dans lesquelles naturellement, les Français ne sont pas toujours présents. Certains navires ont même pour profession la figuration pour le cinéma et la télévision et il exista même un navire bibliothèque, c’est dire ! Il fut aussi longtemps le plus ancien navire de commerce en service, car construit en 1914...
- Voyages et escales du Navire Bibliothèque M/V Doulos (Juillet 2010)
- Le M/V Doulos échappe encore à la casse !. (Juillet 2010) Il est maintenant reconverti en restaurant et ne bouge plus. Il avait cependant ceci d’original, son activité de Bibliothécaire était principalement associative et religieuse, donc sans but lucratif.

Les conditions de travail à bord des navires de commerce ne font que se dégrader depuis les années 1980 dans le Monde entier. Maintenant, il est devenu impossible de nier qu’il existe "au moins quelques rapports de causes à effet" entre cette situation et la dérégulation quasi-totale d’une économie internationale mondialisée à l’extrême, c’est à dire à l’excès.

La manoeuvre à bord d’un super-tanker

A mon sens et je ne suis pas le seul à le penser, il devient nécessaire d’y revenir au moins un peu !
Quand le "moins disant" devient la philosophie générale d’une activité, il ne faut pas être naïf. C’est une situation par laquelle le renard peut entrer et faire tout ce qu’il voudra dans le poulailler. D’autre part les tenants du néolibéralisme ne précisent pas souvent que ce qui se passe relève d’une étrange idéologie selon laquelle le Patron serait "de Droit Divin" et Absolu.
Ce n’est pas "que" rétrograde ou "réactionnaire". C’est très dangereux car la démocratie n’existe maintenant le plus souvent qu’en théorie... A bord de son site et dans ses publications, l’ITF nous le démontre chaque jour. Certaines entreprises font absolument n’importe quoi, en mer comme à terre.

Les navires ne sont plus aujourd’hui les villages homogènes qu’il étaient presque tous, "il n’y a pas si longtemps" :
L’expression "pavillon de complaisance" dit mieux la vérité que "pavillon de libre immatriculation" ! En effet, c’est être complaisant dans ce que ceci a de "pas toujours très sympathique", quand les autorités d’un pays acceptent qu’une entreprise immatricule ses navires sous sa nationalité sans avoir un réel lien d’origine et d’activité locale. On peut le regretter car ceci autorise de fait toutes les dérives.

Au bord de la piscine, à l’arrière du château de l’Esso Normandie, une brochette des officiers prise sur le vif...
(cette photo prise en Avril 1981 ne ressemble pas tout à fait à ce qu’elle montre, "les notables" d’un super-tanker Français "saisis" durant un moment de détente)

Toutes les entreprises du secteur maritime comme les autres, ne se ressemblent pas. Naturellement le "sérieux" et l’éthique ne sont pas également partagés. Au temps de l’Esso Normandie ici montré, le Groupe Esso faisait aussi naviguer des navires sous pavillon de complaisance, tel l’Esso Africa le "sister-ship" des Esso Picardie et Normandie, qui était Libérien. Ceci dit en réalité l’Africa était Italien comme ou par son équipage ! Et il était comme les autres "Libériens" du groupe Esso, au dessus de tout soupçon des "pratiques acrobatiques" qui mènent facilement à la marée noire...
Ces navires n’ont absolument pas "fait parler d’eux". (passer dans le journal TV de 20h00, c’est "tout bon" ou "tout mauvais" le plus souvent ;-)) C’est dire qu’il existe plusieurs façons d’utiliser un pavillon de complaisance. Esso le faisait pour "arranger ses affaires", pas pour mettre l’équipage Italien de l’Esso Africa dans une situation moins bonne que celle des cousins Français.

Nous devons regretter le temps ou un navire Italien ou Belge étaient réellement Italien ou Belge, au moins autant que le navire Chinois visité un jour à Dunkerque l’était. Le Namur est-il réellement Français ? Non, fatalement, pas entièrement. Le "RIF" est un pavillon de complaisance, qui sait réunir les avantage de la formule et celle d’un réel lien avec le pays de l’exploitant du navire.

Ravitaillement d’un super-tanker au large de Capetown à la fin des années 1970

Quand je naviguais, une navire était réellement une partie de la Nation représentée par le pavillon qu’il portait "au cul". Quand on montait à bord d’un navire, on y trouvait un peu de l’ambiance du pays. Je repense à ce navire Iranien qui nous a invités à les visiter, pour avoir pris l’un des leurs en auto-stop à Buenos Aires ou aux navires Belges, à bord desquels le portrait du Roi Baudouin était affiché dans les coursives, comme l’ayatollah Khomeini l’était aussi à bord de l’Abadan. Un tout autre genre, mais l’hospitalité était la même !

Les Armateurs Français en ont longtemps rêvé, ce fut réalisé. Et oui, le Droit Maritime et les Conventions Internationales étant "ce que nous savons", lorsqu’il arrive quelque chose, les Tribunaux de l’Etat du pavillon du navire en cause sont "compétents". C’est dire que porter le tricolore bleu, blanc et rouge dans sa "version RIF" (Registre International Français) avec toute la "souplesse" d’un pavillon de complaisance, c’est paradisiaque ! Un peu fiscalement paradisiaque aussi.
Et quand on sait comment fonctionnent les Tribunaux du Commerce en France, la CMA CGM peut être mieux rassurée que le patron de l’Ocean Jasper ! En plus quoi qu’il arrive il faut aussi le dire, la CMA CGM ne fera jamais autant de bêtises que le confrère louche armateur du navire des pirates qui ont coulé le Sokalique et laissé ses naufragés sans assistance :
- Le Sokalique et l’Ocean Jasper Quand des marins du commerce se comportent aussi mal que des nazis, il me semble qu’un seuil inquiétant a été franchi et ça ne date pas d’hier... A propos du naufrage du Sokalique, on attend les suites ! Qu’en pensent les proches des victimes ?
- "Justice delayed, justice denied" sans doute, comme ça se dit en Grande Bretagne.

L’Ocean Jasper est "retenu" à Brest depuis 2007. Est-il Kiribatique ?
(armateur Turc, pavillon des îles Kiribati, marins Azéris et Turcs, la Cie, j’ai oublié où... Est-ce une situation saine ?)

Il faut rétablir et rénover le système des Conférences pour les grands flux maritimes intercontinentaux pour mettre à bat l’idéologie de la Concurrence en tout et n’importe quoi ou toujours et partout, car ça nous pourrit la vie. C’est devenu une Urgence. D’autre part établir l’obligation d’un lien réel entre la nationalité du navire, de son exploitant, ou de son propriétaire avec son immatriculation, cela devrait faire l’objet d’une démarche de politique économique internationale constante, au moins pour les principaux pays maritimes.

Pour maintenir la cohérence nécessaire des équipages, il me semble que la totale liberté d’embauche devenue la norme pour profiter avec cynisme des écarts de niveau des revenus, d’un continent à l’autre ou même d’un pays à l’autre, cela aussi doit être remis en cause. Ce qui se fait, c’est n’importe quoi !
Quand je naviguais sous pavillon Français, je me disais souvent que naviguer systématiquement "entre soi" comme nous le faisions n’était pas très sain à terme. En naviguant chez les Belges, pays beaucoup plus souple sur ce sujet, j’ai constaté avoir raison. Aujourd’hui c’est l’excès inverse, donc pas plus malin et probablement plus dangereux.

Si les investisseurs "posent sur la table" des sommes très importantes pour exploiter des navires, il est légitime que le retour sur investissement existe et que le risque de perdre de l’argent soit réduit, ceci sans que cela se passe principalement en "tondant la laine" sur le dos des Marins !
Nous marchons sur la tête car si les intérêts des salariés sont à l’opposé de ceux de leurs employeurs, la situation n’est ni saine ni motivante. C’est la raison pour laquelle il convient de faire en sorte que les marchés soient solidement organisés et encadrés pour éviter toute concurrence déloyale.

La situation d’une Compagnie sur une ligne ne doit pas devenir instable au gré de la bonne volonté de tout et n’importe qui. Le système des Conférences était tout de même un peu plus stable pour tout le monde et les fauteurs de troubles étaient contenus, ce qui ne signifiait pas qu’on refusait les nouveaux partenaires.
Quand les marchés étaient "réservés", la flotte française et l’emploi de ses navigateurs étaient en meilleure santé, ne l’avez-vous pas remarqué ? Il ne s’agit donc pas, bien loin de là, d’imposer une planification "soviétisée" des activités maritimes, mais "seulement" de revenir à des pratiques dont l’éthique serait moins élastique... Vaste programme.

La navigation sera toujours romantique
(mais pas de la même façon qu’autrefois...)

Tout imparfait soit-il, ce documentaire invite à la réflexion sur tout ce qui nous est arrivé. Ceci lui a beaucoup manqué il me semble. Ce genre d’analyse dans un sens ou d’ans l’autre et de préférence les deux, ça manquait réellement dans ce documentaire en quatre épisodes. Ceci pouvait même constituer en soi un dense cinquième volet. Mais je suppose que le temps accordé au réalisateur était limité... Le problème de l’heure de diffusion est aussi posé, sur lequel sans doute les auteurs n’avaient pas beaucoup de prise. Tout de même, le samedi après-midi à 16h15... Pourquoi pas à 3 heures du matin ? ;-))

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR 1
- La catastrophe du Georges Philippar et l’évolution des Technologies
- PAGE d’ACCES aux ARCHIVES de ma REVUE de la PRESSE MARITIME
- Le pavillon du Navire (le 27 Août 2012) & Cadeau aux Chinois à Dunkerque
- Le Site de l’ITF - Choix de langue
- Campagne ITF contre les "FOC" ("flags of convenience" ou pavillons de complaisance)
- ITF & les "Gens de Mer"

Notes :
- Revue de la PRESSE des ACCIDENTS de l’ECONOMIE MARITIME ***
- La Mondialisation vécue au large 1ère partie (le 22 Novembre 2008) *
- La Mondialisation vécue au large 2nde partie (le 24 Novembre 2008) *

Le car-ferry Girolata de la Cie Méridionale de Navigation à quai à Marseille
(au second plan le siège de CMA CGM) Le monde des transbordeurs a un peu été oublié par le documentaire..

- Le sabordage de la Flotte de Méditerranée à Toulon le 27 Novembre 1942 ** Découvrez les collègues de l’Amiral Platon et les deux visages du régime de Vichy :
- Guy Môcquet ou les Matelots Pillien et Peyrat (le 2 Nov. 2009)
- L’Amiral qui n’avait plus de flotte (le 20 Août 2009)
- L’épouvantable escale du Carlier à Dakar 1/3
- L’épouvantable escale du Carlier à Dakar 2/3

- Transport Aérien et Psychologie (le 29 Oct. 2012)
- Aéro-Com de Crise (par Pierre Sparaco le 22 Avril 2010)
- Le volcan nous donne une leçon (le "Soir" du 17 Avril 2010)

- REVUE de la PRESSE de la Piraterie Maritime (m.à.j. régulière)
- "Avurnav" du NATO Shipping Center (m.à.j. permanente, voyez "à quoi sert l’OTAN")
- Petit Commentaire Personnel à propos de Wikipedia (car c’est aussi une de mes sources)

Symbole de l’accueil du site

- Plan général du Site - Plan de "Marine Inconnue" & Bon vent et bonne mer !

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/