Souvenirs de mer

21 juin 2007

Les "Tuyaux Gris" et la Marine Marchande

La "Royale", ce n’est pas seulement un imaginaire constitué par le Crabe Tambour, Guillaume, Chapelier, l’Amiral Sostène, la chanson "les gars de la marine", etc.

(réparé le 29 Août 2008)

Durant ma carrière maritime jusqu’à ma participation au forum de discussion de la "liste marine marchande" entre 2000 et 2005, je fus régulièrement témoins d’une certaine méfiance entre les gens et de mer des deux professions si différentes :
- La Marine Nationale
- La Marine Marchande

D’un bord comme de l’autre, circulent aujourd’hui encore de trop savoureuses caricatures permettant d’entretenir avec efficacité un climat parfois houleux et une polémique souvent stérile.
- Ces deux faces "opposées" du monde maritime sont différentes jusqu’à la caricature :

Arrivée à Antifer

Le "navire de commerce type" est généralement très grand, très lourd, souvent peu rapide (un pétrolier par exemple) et son équipage est de... entre 12 et 25 personnes. D’autre part il arrive parfois, qu’une épouse ou plus voyage à son bord. Il se peut aussi de surcroît qu’il y ait une ou plusieurs femmes à l’équipage ou chez les officiers.

Le Surcouf d’aujourd’hui en 2005

A contrario la frégate furtive Surcouf est un petit navire fin et rapide, qui porte de nombreux équipements tout à fait étranges pour le monde civil. Son équipage est de 140 hommes.

Les bouilleurs (production d’eau douce) et une officière mécanicienne

Jusqu’à présent à ma connaissance, l’armateur des tuyaux gris n’encourage toujours pas l’embarquement des petites amies et des épouses en mer, même si les visites sont plus ou moins tolérées à quai, au moins à Fort de France pour autant que je le sache et pour l’avoir vu.

Scène de vie à bord du supertanker "Esso Europoort"

Pourtant il existe au moins un point commun important entre les deux mondes maritimes :
- On travaille sur un "truc qui flotte et navigue en mer".

Pour résumer, ce qui les différencie n’est rien de moins que la finalité des activités. Il est donc naturel que chaque aspect de la vie à bord soit fort différent d’un bord par rapport à l’autre.

Le SNA La Perle et le 3 mâts Russe "Mir" (La Paix)

Une chose m’a souvent à la fois amusé et attristé à la longue, l’étonnante capacité de la "Royale" à souvent passer auprès du grand public pour "une joyeuse bande de branquignoles". Ceci arrive régulièrement en conséquence de quelques grosses sottises commises par les grands décideurs civils qui en sont plus souvent qu’à leur tour les premiers responsables de longue date, en particulier depuis les années 80.
- Mais cela ne date pas d’hier, c’est par exemple aussi arrivé à Toulon le 27 Novembre 1942 :
- "En parler jamais, y penser toujours. Ai-je entendu dire, par un type qui y était... Devoir tout casser soi-même a dû être terrible.
- http://www.ldh-toulon.net/spip.php?...
- http://www.netmarine.net/forces/ope...
- http://www.bivouac-legion.com/Mers-...

La Royale, entre la tradition et la modernité : ici le Jean Bart, années 40 et 50

Une longue colonne de chars SS arrivée à Toulon commença sa mission à partir de 04h30 du matin en arrêtant l’amiral Marquis, le Préfet Maritime. On le tira de son lit directement pour l’enfermer ! Celui-ci régnait durement sur les environs de Toulon, dernière partie non occupé de la France depuis le début Novembre. Ce "collabo" notoire dut être fort surpris par ce réveil en fanfare.
- Heureusement l’Amiral de Laborde qui pourtant craignait beaucoup plus les Anglais qu’il ne supportait plus, avait tout prévu, même que les Allemands ne tiennent pas la parole donnée par la Kriegsmarine !
- La Parole fut tenue car les SS arrivèrent sans les marins, heureusement car il était impossible de réussir ce coup sans les marins, ce qui se savait fort bien chez les marins Allemands.

Char SS arrivé trop tard "sur site", le Colbert prend l’eau...

Sur un mémorable ordre radiotélégraphié en urgence par l’amiral de Laborde, jamais dans l’Histoire on a détruit volontairement et en un temps record, autant de matériel pour éviter le pire, c.à.d. qu’il tombe intact aux mains de l’ennemi...
- Admirons aussi les équipages des 3 sous-marins qui surent s’échapper dans des conditions Rocambolesques et une précipitation rare. Lire le livre du Cdt Lherminier du Casabianca :
- Si possible à consommer avec les instructions nautiques et un jeu de cartes des côtes de Provence et de Corse ! Pour bien comprendre ces tours de force racontés avec talent, c’est mieux !

On peut aussi admirer la performance technique de cette incroyable autodestruction, puis se moquer des SS, qui se sont vite perdus dans l’immense base de Toulon, en demandant leur chemin à des gars qui firent preuve (bien sûr !) d’une très mauvaise volonté à guider ces touristes éléphantesques à la présence non autorisés...
- On peut se demander comment il fut possible par obstination et méfiance, laisser la flotte se faire ainsi ainsi piéger, alors que l’inévitable s’approchait :
- la saisie par un bord, la casse par l’autre, la solution finale nihiliste ou se rallier à la cause des alliés, en bouffant sa casquette étoilée...

Le Strasbourg sabordé à Toulon. Furieux, Laborde refusa de quitter le bord... Après Mers El Kébir, on a su le faire sans aucune "aide" anglaise.

Je suppose qu’en 1945 l’amiral Marquis fut décoré de l’Ordre du plus Grand Cornichon Maritime de toute la guerre.

Le premier gouvernement de Vichy. Tiens ! Voilà un marin... L’amiral Darlan.

La marine nationale se retrouva en juillet 1940 dans une étrange situation à la fois privilègiée et Royalement inconfortable. Le tout nouveau régime installé à Vichy n’avait plus beaucoup de moyen de pression en face de l’occupant vainqueur...

Invaincue, la Marine était encore en train de botter le cul de l’ennemi en mer, alors que l’intérieur du pays était le théâtre d’un "repli stratégique" qui restera longtemps dans toutes les mémoires. Le prestige de la Royale fut donc énorme sur le moment.
- D’autre part, les attaques Anglaises précipitèrent vite beaucoup de monde vers une attitude très ambigue... Le régime de Vichy sut fort bien s’appuyer la-dessus, c’était son seul véritable levier disponible. C’était aussi oublier que la plus belle et la plus moderne des flottes ne pouvait rien contre ce qui se passait partout "à terre". La bonne question pour les principaux "participants" fut rapidement celle-ci :
- "Comment faire pour s’emparer de la jolie flotte de guerre des Français ?"

Il était extrêmement difficile d’éviter que ceci se termine fort mal...

Un des brillants résultats de la guerre : une cale sèche de Toulon en février 1945. La Royale et son homologue allemande unie dans la grosse catastrophe

On se souviendra longtemps aussi du côté parfois burlesque des mésaventures du projet devenu interminable de construction des deux porte-avions nucléaires, qui devait s’étaler à l’origine sur 4 ans de conception et qui accoucha du seul PAN Charles De Gaulle de 1980 à 2001.

L’énormité de certaines dépenses militaires, cache le fait qu’il y a toujours d’intéressantes retombées civiles multiples et positives.

Ce fut la conséquence des nombreuses compressions budgétaires et de l’incapacité de l’Etat Français à assumer totalement ses grands projets techniques pour peu qu’ils soient contestés. Un amiral en retraite déclara ce qui suit un jour à la presse, au débuts des années 80 :
- Pour être logique et cohérent il faut en construire deux, (autant que possible trois pour faire "mieux") tout simplement pour être capable d’assurer la permanence ou bien ne pas en construire du tout !

Ce serait alors un tout autre choix technique. Renoncer à l’usage des porte-avions, "pourquoi pas ?" Ajouta-t-il. Ceci doit se décider en toute connaissance de cause, en pesant les avantages financiers et toutes les conséquences du renoncement volontaire à ce moyen d’action. Lorsque l’intérêt collectif d’un pays est disséminé un peu partout au monde, c’est le cas des USA et de la France par exemples, il faut aussi assumer la nécessité éventuelle de montrer de grandes dents pour sa protection :
- Jamais le Monde n’a été aussi "casse-figure" que ces dernières années.

L’argument selon lequel le prix d’un porte-avions serait dépensé au dépend de l’Education n’est pas très sérieux. Il peut aussi être payé avec l’argent de certaines dépenses somptuaires par exemple.

Un porte-avions ne participe pas aux répressions contre les grèvistes, et peut sauver civils et militaires loin de chez lui. Olivier devrait y penser.

On oppose à tort ces deux sortes de dépenses indispensables, surtout si en réalité l’attitude inavouée est de suréquiper la police pour se protéger des pauvres... A quoi sert la "défense" ? Il y a là des Choix Politiques profonds à faire clairement. Le résultat que nous connaissons des coupes budgétaires systématiques depuis 1982 et de l’indécision générale est le suivant :
- On n’en a qu’un seul, on a mis plus de 20 ans "à le pondre" et cerise sur le gâteau, les phénomènes pervers inévitables que connaissent tous les grands projets retardés chroniquement, ont probablement fait qu’il coûté au moins autant que si on en avait fait deux !

Le porte-avions Foch, futur brésilien...

Le feuilleton des hélices qui duraient encore en 2003 pour des causes troubles probablement dues à une conception incohérente en amont, en sont un superbe exemple. Heureusement il s’en tire bien avec l’astuce provisoire utilisée, utiliser la paire d’hélices d’un "grand ancien".
- Mais enfin, comment furent "managés" les sous-traitants ?

Si on avait fait durer comme ça 20 ans les grands projets civils, (Pont de Normandie, déploiement du radiotéléphone GSM etc.) où en serait-on ?
- Durant tout ce temps il était inévitable que des évolutions imprévisibles en 1981, obligent le projet à évoluer en cours de réalisation, comme par exemple de décider d’embarquer un type d’avion non prévu au départ. C’est ainsi qu’il a fallu changer le "design" du pont d’envol.
- Y a-t-il vraiment là de quoi rire ? Peut-être, mais rire jaune surtout.

Le porte-avions Charles De Gaulle en mer avec l’US-Navy
Ancien Champion du Monde de Ridicule, catégorie Porte-avions nucléaire poids-moyen. Ici vu au boulot !

Ceci dit, une indiscrétion à Toulon m’a fait savoir que lors des exercices nombreux en Méditerranée avec les grands cousins de l’US Navy, ceux-ci n’ont pas trouvé ridicule de constater ce qui suit :
- Lorsque l’état de la mer se dégrade de plus en plus violemment, le Charles De Gaulle continue à
faire sortir ses avions et à les faire apponter au retour, alors que tous les autres sont obligés "d’arrêter de jouer" bien avant lui.
- "Va falloir comprendre comment ils font tout ça les frogs..."

Il n’y a pas eu que son système de stabilisation très réussi pour marquer le coup, j’ai aussi entendu décrire quelques farces à "ceux d’en face" que sont capables de réaliser ses systèmes de contre-mesures radio-électriques.

Toulon aujourd’hui. Au premier plan la frégate Courbet. Après 1945, les ferrailleurs n’ont pas dû s’ennuyer beaucoup à Toulon...

Tout cela n’est pas très connu du grand public et c’est passé inaperçu comme quelques autres particularités plus confidentielles qui n’ont rien de ridicule. Nous espèrerons qu’il ne sera jamais utile de surprendre "ceux d’en face" avec les qualités méconnues du Charles De Gaulle.
- Il est bien plus amusant de rire de lui durant des conversations de comptoir des cafés de France de Navarre ou de Belgique, pays qui ne risque absolument rien avec ses porte-avions, pas même des dépenses inconsidérées, il y fut fait l’autre choix.

Porte-avions fantôme Richelieu

Pour les marins du "commerce", le service militaire obligatoire a trop souvent laissé des traces impérissables des nombreuses "fausses notes" inévitables qui furent jouées par tous et toutes à cette occasion.
- Tout le monde a su ramener ses anecdotes fortes pour ridiculiser les fayots. C’est si facile.

Il reste vrai que malgré de vrais efforts dont je fus aussi le témoins, l’accueil des jeunes marins du commerce au service militaire laissait plus que souvent à désirer. Quiconque loupait son entrée, n’avait pas de "piston" et/ou "tombait mal", ne pouvait "faire mieux" qu’y perdre son temps et aussi faire perdre le leur aux militaires de carrière.
- Enfin... C’est terminé tout ça !

Le Ouessant fera de la formation

Citation pour sourire (mercredi 8 septembre 2004 à 12:09)
- Fayots et canaux :