Souvenirs de mer

21 juin 2007

Les "Tuyaux Gris" et la Marine Marchande

La "Royale", ce n’est pas seulement un imaginaire constitué par le Crabe Tambour, Guillaume, Chapelier, l’Amiral Sostène, la chanson "les gars de la marine", etc.

(réparé le 29 Août 2008)

Durant ma carrière maritime jusqu’à ma participation au forum de discussion de la "liste marine marchande" entre 2000 et 2005, je fus régulièrement témoins d’une certaine méfiance entre les gens et de mer des deux professions si différentes :
- La Marine Nationale
- La Marine Marchande

D’un bord comme de l’autre, circulent aujourd’hui encore de trop savoureuses caricatures permettant d’entretenir avec efficacité un climat parfois houleux et une polémique souvent stérile.
- Ces deux faces "opposées" du monde maritime sont différentes jusqu’à la caricature :

Arrivée à Antifer

Le "navire de commerce type" est généralement très grand, très lourd, souvent peu rapide (un pétrolier par exemple) et son équipage est de... entre 12 et 25 personnes. D’autre part il arrive parfois, qu’une épouse ou plus voyage à son bord. Il se peut aussi de surcroît qu’il y ait une ou plusieurs femmes à l’équipage ou chez les officiers.

Le Surcouf d’aujourd’hui en 2005

A contrario la frégate furtive Surcouf est un petit navire fin et rapide, qui porte de nombreux équipements tout à fait étranges pour le monde civil. Son équipage est de 140 hommes.

Les bouilleurs (production d’eau douce) et une officière mécanicienne

Jusqu’à présent à ma connaissance, l’armateur des tuyaux gris n’encourage toujours pas l’embarquement des petites amies et des épouses en mer, même si les visites sont plus ou moins tolérées à quai, au moins à Fort de France pour autant que je le sache et pour l’avoir vu.

Scène de vie à bord du supertanker "Esso Europoort"

Pourtant il existe au moins un point commun important entre les deux mondes maritimes :
- On travaille sur un "truc qui flotte et navigue en mer".

Pour résumer, ce qui les différencie n’est rien de moins que la finalité des activités. Il est donc naturel que chaque aspect de la vie à bord soit fort différent d’un bord par rapport à l’autre.

Le SNA La Perle et le 3 mâts Russe "Mir" (La Paix)

Une chose m’a souvent à la fois amusé et attristé à la longue, l’étonnante capacité de la "Royale" à souvent passer auprès du grand public pour "une joyeuse bande de branquignoles". Ceci arrive régulièrement en conséquence de quelques grosses sottises commises par les grands décideurs civils qui en sont plus souvent qu’à leur tour les premiers responsables de longue date, en particulier depuis les années 80.
- Mais cela ne date pas d’hier, c’est par exemple aussi arrivé à Toulon le 27 Novembre 1942 :
- "En parler jamais, y penser toujours. Ai-je entendu dire, par un type qui y était... Devoir tout casser soi-même a dû être terrible.
- http://www.ldh-toulon.net/spip.php?...
- http://www.netmarine.net/forces/ope...
- http://www.bivouac-legion.com/Mers-...

La Royale, entre la tradition et la modernité : ici le Jean Bart, années 40 et 50

Une longue colonne de chars SS arrivée à Toulon commença sa mission à partir de 04h30 du matin en arrêtant l’amiral Marquis, le Préfet Maritime. On le tira de son lit directement pour l’enfermer ! Celui-ci régnait durement sur les environs de Toulon, dernière partie non occupé de la France depuis le début Novembre. Ce "collabo" notoire dut être fort surpris par ce réveil en fanfare.
- Heureusement l’Amiral de Laborde qui pourtant craignait beaucoup plus les Anglais qu’il ne supportait plus, avait tout prévu, même que les Allemands ne tiennent pas la parole donnée par la Kriegsmarine !
- La Parole fut tenue car les SS arrivèrent sans les marins, heureusement car il était impossible de réussir ce coup sans les marins, ce qui se savait fort bien chez les marins Allemands.

Char SS arrivé trop tard "sur site", le Colbert prend l’eau...

Sur un mémorable ordre radiotélégraphié en urgence par l’amiral de Laborde, jamais dans l’Histoire on a détruit volontairement et en un temps record, autant de matériel pour éviter le pire, c.à.d. qu’il tombe intact aux mains de l’ennemi...
- Admirons aussi les équipages des 3 sous-marins qui surent s’échapper dans des conditions Rocambolesques et une précipitation rare. Lire le livre du Cdt Lherminier du Casabianca :
- Si possible à consommer avec les instructions nautiques et un jeu de cartes des côtes de Provence et de Corse ! Pour bien comprendre ces tours de force racontés avec talent, c’est mieux !

On peut aussi admirer la performance technique de cette incroyable autodestruction, puis se moquer des SS, qui se sont vite perdus dans l’immense base de Toulon, en demandant leur chemin à des gars qui firent preuve (bien sûr !) d’une très mauvaise volonté à guider ces touristes éléphantesques à la présence non autorisés...
- On peut se demander comment il fut possible par obstination et méfiance, laisser la flotte se faire ainsi ainsi piéger, alors que l’inévitable s’approchait :
- la saisie par un bord, la casse par l’autre, la solution finale nihiliste ou se rallier à la cause des alliés, en bouffant sa casquette étoilée...

Le Strasbourg sabordé à Toulon. Furieux, Laborde refusa de quitter le bord... Après Mers El Kébir, on a su le faire sans aucune "aide" anglaise.

Je suppose qu’en 1945 l’amiral Marquis fut décoré de l’Ordre du plus Grand Cornichon Maritime de toute la guerre.

Le premier gouvernement de Vichy. Tiens ! Voilà un marin... L’amiral Darlan.

La marine nationale se retrouva en juillet 1940 dans une étrange situation à la fois privilègiée et Royalement inconfortable. Le tout nouveau régime installé à Vichy n’avait plus beaucoup de moyen de pression en face de l’occupant vainqueur...

Invaincue, la Marine était encore en train de botter le cul de l’ennemi en mer, alors que l’intérieur du pays était le théâtre d’un "repli stratégique" qui restera longtemps dans toutes les mémoires. Le prestige de la Royale fut donc énorme sur le moment.
- D’autre part, les attaques Anglaises précipitèrent vite beaucoup de monde vers une attitude très ambigue... Le régime de Vichy sut fort bien s’appuyer la-dessus, c’était son seul véritable levier disponible. C’était aussi oublier que la plus belle et la plus moderne des flottes ne pouvait rien contre ce qui se passait partout "à terre". La bonne question pour les principaux "participants" fut rapidement celle-ci :
- "Comment faire pour s’emparer de la jolie flotte de guerre des Français ?"

Il était extrêmement difficile d’éviter que ceci se termine fort mal...

Un des brillants résultats de la guerre : une cale sèche de Toulon en février 1945. La Royale et son homologue allemande unie dans la grosse catastrophe

On se souviendra longtemps aussi du côté parfois burlesque des mésaventures du projet devenu interminable de construction des deux porte-avions nucléaires, qui devait s’étaler à l’origine sur 4 ans de conception et qui accoucha du seul PAN Charles De Gaulle de 1980 à 2001.

L’énormité de certaines dépenses militaires, cache le fait qu’il y a toujours d’intéressantes retombées civiles multiples et positives.

Ce fut la conséquence des nombreuses compressions budgétaires et de l’incapacité de l’Etat Français à assumer totalement ses grands projets techniques pour peu qu’ils soient contestés. Un amiral en retraite déclara ce qui suit un jour à la presse, au débuts des années 80 :
- Pour être logique et cohérent il faut en construire deux, (autant que possible trois pour faire "mieux") tout simplement pour être capable d’assurer la permanence ou bien ne pas en construire du tout !

Ce serait alors un tout autre choix technique. Renoncer à l’usage des porte-avions, "pourquoi pas ?" Ajouta-t-il. Ceci doit se décider en toute connaissance de cause, en pesant les avantages financiers et toutes les conséquences du renoncement volontaire à ce moyen d’action. Lorsque l’intérêt collectif d’un pays est disséminé un peu partout au monde, c’est le cas des USA et de la France par exemples, il faut aussi assumer la nécessité éventuelle de montrer de grandes dents pour sa protection :
- Jamais le Monde n’a été aussi "casse-figure" que ces dernières années.

L’argument selon lequel le prix d’un porte-avions serait dépensé au dépend de l’Education n’est pas très sérieux. Il peut aussi être payé avec l’argent de certaines dépenses somptuaires par exemple.

Un porte-avions ne participe pas aux répressions contre les grèvistes, et peut sauver civils et militaires loin de chez lui. Olivier devrait y penser.

On oppose à tort ces deux sortes de dépenses indispensables, surtout si en réalité l’attitude inavouée est de suréquiper la police pour se protéger des pauvres... A quoi sert la "défense" ? Il y a là des Choix Politiques profonds à faire clairement. Le résultat que nous connaissons des coupes budgétaires systématiques depuis 1982 et de l’indécision générale est le suivant :
- On n’en a qu’un seul, on a mis plus de 20 ans "à le pondre" et cerise sur le gâteau, les phénomènes pervers inévitables que connaissent tous les grands projets retardés chroniquement, ont probablement fait qu’il coûté au moins autant que si on en avait fait deux !

Le porte-avions Foch, futur brésilien...

Le feuilleton des hélices qui duraient encore en 2003 pour des causes troubles probablement dues à une conception incohérente en amont, en sont un superbe exemple. Heureusement il s’en tire bien avec l’astuce provisoire utilisée, utiliser la paire d’hélices d’un "grand ancien".
- Mais enfin, comment furent "managés" les sous-traitants ?

Si on avait fait durer comme ça 20 ans les grands projets civils, (Pont de Normandie, déploiement du radiotéléphone GSM etc.) où en serait-on ?
- Durant tout ce temps il était inévitable que des évolutions imprévisibles en 1981, obligent le projet à évoluer en cours de réalisation, comme par exemple de décider d’embarquer un type d’avion non prévu au départ. C’est ainsi qu’il a fallu changer le "design" du pont d’envol.
- Y a-t-il vraiment là de quoi rire ? Peut-être, mais rire jaune surtout.

Le porte-avions Charles De Gaulle en mer avec l’US-Navy
Ancien Champion du Monde de Ridicule, catégorie Porte-avions nucléaire poids-moyen. Ici vu au boulot !

Ceci dit, une indiscrétion à Toulon m’a fait savoir que lors des exercices nombreux en Méditerranée avec les grands cousins de l’US Navy, ceux-ci n’ont pas trouvé ridicule de constater ce qui suit :
- Lorsque l’état de la mer se dégrade de plus en plus violemment, le Charles De Gaulle continue à
faire sortir ses avions et à les faire apponter au retour, alors que tous les autres sont obligés "d’arrêter de jouer" bien avant lui.
- "Va falloir comprendre comment ils font tout ça les frogs..."

Il n’y a pas eu que son système de stabilisation très réussi pour marquer le coup, j’ai aussi entendu décrire quelques farces à "ceux d’en face" que sont capables de réaliser ses systèmes de contre-mesures radio-électriques.

Toulon aujourd’hui. Au premier plan la frégate Courbet. Après 1945, les ferrailleurs n’ont pas dû s’ennuyer beaucoup à Toulon...

Tout cela n’est pas très connu du grand public et c’est passé inaperçu comme quelques autres particularités plus confidentielles qui n’ont rien de ridicule. Nous espèrerons qu’il ne sera jamais utile de surprendre "ceux d’en face" avec les qualités méconnues du Charles De Gaulle.
- Il est bien plus amusant de rire de lui durant des conversations de comptoir des cafés de France de Navarre ou de Belgique, pays qui ne risque absolument rien avec ses porte-avions, pas même des dépenses inconsidérées, il y fut fait l’autre choix.

Porte-avions fantôme Richelieu

Pour les marins du "commerce", le service militaire obligatoire a trop souvent laissé des traces impérissables des nombreuses "fausses notes" inévitables qui furent jouées par tous et toutes à cette occasion.
- Tout le monde a su ramener ses anecdotes fortes pour ridiculiser les fayots. C’est si facile.

Il reste vrai que malgré de vrais efforts dont je fus aussi le témoins, l’accueil des jeunes marins du commerce au service militaire laissait plus que souvent à désirer. Quiconque loupait son entrée, n’avait pas de "piston" et/ou "tombait mal", ne pouvait "faire mieux" qu’y perdre son temps et aussi faire perdre le leur aux militaires de carrière.
- Enfin... C’est terminé tout ça !

Le Ouessant fera de la formation

Citation pour sourire (mercredi 8 septembre 2004 à 12:09)
- Fayots et canaux : "Je me suis souvenu d’une magnifique anecdote. Elle m’a été contée par un pilote du canal. Quand il a su que j’étais Français il m’a dit :
- "Il m’en est arrivé un bien bonne avec un bateau de guerre Français il n’y a pas si longtemps". Et il me la raconta :
- Quelques jours avant, il avait servi un navire de guerre Français, dans le sens Atlantique-Pacifique qui venait pour une escale en représentation à Balboa. Le Cdt semblait nerveux et à chaque fois que le pilote conseillait de ralentir il refusait en expliquant que son navire gouvernait très mal et qu’il lui fallait de la vitesse.

De temps en temps il fallait bien ralentir, ne serait-ce que pour prendre les écluses et c’était à chaque fois une comédie épouvantable. Vers la fin du transit le pilote dit encore une fois :
- "En avant très lente" et le Cdt protesta.
- "Non, non, non ! Il faut rester en avant demi !". Très bien... On resta en avant demi et le navire défila peu après à six ou sept noeuds devant un poste orné de drapeaux avec une fanfare prête à jouer, les pom-pom girls, les fillettes avec leur bouquet et tout le tintouin....

Curieux et peut-être inquiet le Cdt demande au pilote :
- "C’était quoi cette fête ?" et le pilote hilare de préciser :
- "C’était le comité d’accueil pour votre navire..."
Le temps de stopper et de revenir, la fanfare avait plié bagages..."

Authentique ou "un peu arrangée", elle fait partie du folklore qui alimente naturellement notre condescendance pour les fayots".
- Meilleures salutations Cdt Hervé Cozanet" Fin de citation.

Il me faut aussi préciser qu’il n’est nullement nécessaire de consulter la "Royale" pour trouver des anecdotes maritimes "à la cornecul" ! L’histoire de la paire de jumelles des veilleurs du Titanic par exemple, n’avait rien à envier à tous les gags racontés sur la Royale.
- D’autre part, il suffit aussi de me lire ici, à mon bord...

Le Surcouf. C’est sûr, il a fallu en acheter un autre... Ne pas en sourire, il y a eu des victimes

Maintenant que j’y pense, j’ai habité Nantes une seconde fois entre 1994 et 1995, non loin de l’école de la Marine Marchande de surcroît. En passant par là, je le pensais en escale ce Maillé-Brezé, tout en me demandant ce qu’il faisait là aussi longuement... Bizarre, bizarre...
- Il faut en rire, car il s’est alors absenté quelques semaines (pour l’entretien de sa coque) en me laissant donc croire qu’il naviguait encore... Cela dit, jusqu’à présent il s’en tire mieux que le Colbert !
- L’Air du temps nr 111/ et nr 176/

Un beau malentendu, comme toujours... Je ne passais plus si souvent au bout du quai de la Fosse, depuis le temps de l’Ecole de la Mar-Mar.

Le Colbert à Bordeaux quai les Quinconces

L’aviso Jean Moulin rencontré en 1978 lors d’une escale à Lomé, avec les quelques échanges culturels et visites de courtoisie qui s’imposaient, l’un de ses petits frères le Cdt Bouan en 1989 a su nous intéresser ou nous faire rire, comme ce dernier à Fort de France.

Le Commandant Bouan que j’ai rencontré à Fort de France en 1989

Je fus carrément invité à déjeuner à son bord par des gars rencontrés dans un bar avec le commandant Allemand du Sea Intrepid, le Cdt Trubenbach. Nous fûmes fort bien reçus à bord du Bouan, trois fois même ! C’est dire...

Ceci nous arriva chez les "maîtres" d’abord car c’est eux que nous avions rencontrés en premier dans un café en ville. Mais le lendemain, le Pacha du Cdt Bouan ayant eu vent de notre visite, voulut naturellement par curiosité rencontrer les pirates chypriotes du Sea Intrepid.
- Un type intéressant ce Pacha, et il savait recevoir à son bord, beaucoup mieux que nous à bord de l’austère Sea Intrepid ! Il nous présenta même sa "bergère", que le bord surnommait la Castafiore, je n’ai jamais su pourquoi.

Effectivement, on ne vit pas du tout à bord d’un cargo comme à bord d’un aviso. On ne se mélange pas aussi facilement dans "la royale" qu’à bord du Pointe Sans Souci. La cuisine du Sea Interpid était fort médiocre à côté de ce qu’on a pu manger à bord du Cdt Bouan en étant invités par son Pacha.

Un menu du dimanche à bord du NC Raymond Croze

Ceci dit à bord d’un navire civil français, invité par un navire câblier ou le Pointe Sans Souci par exemples, le Bouan aurait trouvé à qui parler !

Le piano du Pointe Sans Souci ici retrouvé

J’en ai eu presque honte, même si notre chief-cook philippin fit des efforts tout à fait méritoires ! J’ai fais de bonnes visites à bord du Bouan, qui m’ont fait prendre conscience du fait que la Royale n’avait plus assez d’argent pour faire naviguer convenablement tous ses bateaux :
- Les munitions étaient pour ainsi dire inexistantes à bord et il traînait une vieille "blessure" non encore réparée depuis au moins trois ans, l’une de ses lignes d’arbre était devenue bruyante avec de fortes vibrations...
- Pour le silence nécessaire dans la chasse aux sous-marins, bonjour ! Ils disaient que les sous-marins nucléaires "pompaient" tout l’argent de la Royale.

Le SNLE Téméraire, aux essais de neuvage

Les jeunes des banlieues envoyés par l’ANPE sont assez "difficiles à digérer" à bord d’un porte-avions. J’ai su par quelques relations à Toulon qu’il y a effectivement souvent des soucis du genre, et pas "seulement" à bord du porte-avions Charles De Gaulle.
- Ce n’est pas autre chose que le fruit récolté de ce qui fut semé par une société malade du chômage organisé.

Quand le chômage central s’est installé comme si c’était naturellement "de familles" sur deux générations si ce n’est trois, par quartiers abandonnés du pays économique depuis le début des années 80 :
- On aurait dû se douter de longue date qu’on fabriquait ainsi dans tout le pays (et pas seulement en France) des bombes à retardement, c.à.d. des jeunes "pas faciles" !

Pourquoi le "club des tuyaux gris" devrait-il presque seul les "ramasser" puis "se les farcir" ? On a depuis plus de 25 ans environ peu à peu dégoûté les jeunes (et ceux qui y étaient) d’aller ou de rester vers la grande navigation civile puis militaire ensuite. La Royale n’est pas et de loin, la première responsable de cet état de fait.
- Si cela continue, faudra-t-il penser à "la presse façon Royal Navy" de Nelson pour recruter ?

On ne présente plus le navire de Nelson

Ce qui se passe y ressemble un peu, s’il est vrai qu’on a forcé la main à un certain nombre de ces jeunes. Cela dit, c’est aussi une chance pour un certain nombre d’entre eux, qui sauront peut-être la saisir.
- Ceux qui aujourd’hui ont plus de 40 ans, on ne vient plus les chercher pour quoi que ce soit ! Mais on nous dit pourtant qu’il faudra travailler même après 65 ans...
- Lorsqu’on demande comment cela est-il possible à un politique, c’est : "no reply".

Le sous-marin Archimède, typique des années 40, même type que l’Argo

Le rêve absolu pour moi, était une marine marchande et une marine nationale entre lesquelles existeraient des passerelles professionnelles solidement organisées...
- Avec la fin du service militaire et la professionnalisation des armées, un rapprochement est devenu possible plus facilement. Ce serait profitable à tous, techniquement, professionnellement et humainement.

Peut-être même ce serait aussi financièrement de surcroît excellent, si de solides liens étaient noués ou renoués avec les compagnies de navigation. Cela existait autrefois sous une autre forme. Ceci supposait aussi une stabilisation et une consolidation de la situation des entreprises maritimes. On n’y est pas vraiment...
- C’est pour quand ? J’ai fait un rêve. Tant que le libre échange sera laissé intégralement en l’état, tout le monde usera son énergie dans le combat contre une concurrence systématique et stérile surtout.

Le porte-avions brésilien Sao Paulo

Il n’y a pas si longtemps la présence de nombreux Brésiliens à Brest durant des mois attira peu à peu l’attention. Quelle surprise ! A début ce fut une plaisanterie, ensuite "et pourquoi pas ?" Effectivement...

Durant mon "sapin" j’ai entendu un capitaine de vaisseau dire :
- "Nous dans la Royale, nous sommes aussi payés pour être ridicules, mais il ne faut surtout pas le dire..." Peut-être. Il était spécialiste de la plaisanterie grinçante. Cela fut dit bien sûr à l’occasion d’un autre "incident remarquable" appelant naturellement des commentaires peu délicats. Il me semble pour résumer que la grande muette a parfois le cul trop large. Tout organisme vivant a le droit et le devoir de se défendre, à commencer peut-être par les personnes en charge de la "Défense" !
- Je l’écrit aussi parce qu’il est trop souvent constaté que le fameux "devoir de réserve" est en réalité utilisé plus comme une obligation pour protéger des notables "indélicats", que comme un moyen d’entretenir la sérénité et les naturellement légitimes besoins de confidentialité. Ceci n’est pas un fait spécifique aux affaires militaires, tout le monde le sait !

Bien navicalement - Thierry Bressol OR1
- Fort de France 1/2 avec "la Jeanne"
- Fort de France 2/2 avec la Baronne
- Piano à bord

Merci aux sites :
- http://www.netmarine.net/ & http://www.meretmarine.com/
- http://www.meretmarine.com/article.... (le Var et le Fidelio)

Le Var et le CMA-CGM Fidelio

PS et Note personnelle : Il est inadmissible qu’on se serve systématiquement de la Royale comme d’une cible pour "flinguer le gouvernement". Chaque événement qui survient est régulièrement exploité d’une façon peu élégante, pour rester poli. Si c’est moi qui le dit... Je crois être peu suspect de bienveillance envers le régime en place ! Cet article ne serait pas complet sans le "copié/collé" ci-après :

Citation : "La Marine Nationale canardée !" René Perez
- "Les affaires "Charles-de-Gaulle", le Clémenceau, le sonar perdu, etc."

"La Marine Nationale est devenue une des cibles favorites des médias. Des trois armées, elle est seule à se faire régulièrement canarder. Pourquoi est-elle devenue une tête de Turc de la vieille tradition sarcastique hexagonale dont le Canard Enchaîné est la tête chercheuse ? Est-ce parce que les journalistes ne trouvent plus dans la vie politique matière à révélations (sauf en ce moment !) et qu’il leur a fallu occuper de nouveaux terrains de chasse ? Est-ce parce que la Marine, plus exposée que les deux autres armes, commet des bourdes telles qu’elle se met d’elle-même au milieu du champ de tir ?
- Petite virée sur la mare aux canards où l’on adore la bataille navale. "On ferme sa gueule !". Pendant des lustres, la stratégie de communication de la Marine a tenu dans cette injonction. Comme les deux autres armes, mais dans un registre plus compliqué, elle justifiait amplement ce qualificatif de "Grande Muette" qui collait à sa peau comme le sparadrap aux doigts du capitaine Haddock. Mais la Royale aussi a dû entrer dans l’ère de la communication. En y allant forcément à reculons car elle doit faire face à une délicate équation :
- Comment communiquer alors qu’on est souvent dans le registre du confidentiel-défense et comment préserver la confidentialité alors qu’on est beaucoup plus exposé que les deux autres armes puisque la mer est par définition, un milieu ouvert ? On n’est ni sous les hangars de l’armée de l’Air, ni dans les champs de manoeuvres de l’armée de Terre.
- En plein vent médiatique, exception faite bien sûr pour les sous-marins nucléaires qui bénéficient de la double protection du sanctuaire hermétique de l’Ile Longue et des grandes profondeurs quand ils sortent en mer.

Attitude hautaine :

Les médias, parlons-en ! Jadis les journalistes, notamment ceux du Canard Enchaîné, référence nationale du sarcasme hebdomadaire, s’intéressaient assez peu à la Marine, sauf pour quelques habituels poncifs. Leur coeur de cible quasi exclusif était bien sûr la politique. En ces temps-là pas si lointains, l’alternance n’avait pas encore été inventée et Paris était un véritable champ clos de secrets d’Etat plus ou moins avérés. Il suffisait de soulever les tapis pour les trouver et la Marine suscitait donc bien peu d’intérêt.
- Mais l’alternance droite-gauche modifia les règles du jeu, vida les placards des ministères de dossiers potentiellement compromettants et fit bouger un certain nombre d’informateurs. Dans le même temps les Français prenaient une certaine distance avec la politique. Il a bien fallu trouver d’autres centres d’intérêt.
- La Marine du coup, devenait "une bonne cliente" d’autant plus que son attitude souvent hautaine et sa concentration de noms à particules en faisait une bonne candidate à la boîte à gifles que les Français depuis la Bastille, adorent ouvrir de temps à autre.

Casserole médiatique :

Bonne cliente, c’est sûr ! Elle le devint d’autant plus qu’avec le Charles-de-Gaulle, véritable punching-ball médiatique pendant des années, la Marine en a pris pour son grade en assumant à son corps défendant les atermoiements du monde politique sur ce dossier et les problèmes techniques rencontrés par la DCN qui construisait le navire.
- Tout ceci, c’était "la Marine", concept éminemment pratique quand il s’agit de régler le viseur. Pang !

Avec ce porte-avions fut vécu un véritable cas d’école :
- Comment transformer un prototype technologiquement bourré d’innovations en une casserole médiatique ? La communication sur la construction de ce navire fut à ce point calamiteuse qu’elle offrit un véritable pont d’envol à la presse, lancée dans un feuilleton aussi long que "Dallas" et avec autant de rebondissements. Le pompon fut décroché lors du report de la première sortie en mer pour essai, événement plutôt anecdotique. Annulée "pour cause de mauvais temps", elle provoqua une cascade de sarcasmes dans les médias sur l’incapacité de ce porte-avions à naviguer dès qu’il y a du vent...

Pourtant 35 ans plus tôt le Clémenceau avait vécu exactement le même épisode, sa première sortie reportée pour cause d’intempéries, sans une seule ligne en presse nationale et avec à peine un entrefilet dans les journaux régionaux. Quand on vous dit que les cibles ont vraiment changé...

Greenpeace donne la leçon :

Le Clémenceau à son tour s’est retrouvé dans l’oeil d’un cyclone médiatique avec là encore, un feuilleton aux effets dévastateurs qui aura mis en évidence un singulier contraste en matière de communication.
- Greenpeace a envoyé une volée de bois vert aux services de nos ministères. Car c’est bel et bien sur le terrain médiatique que s’est jouée cette affaire quasi-planétaire. Les écologistes en l’occurrence, n’ont reculé devant rien :
- La mauvaise foi, l’action-commando voire même la manipulation, ils ont sorti toute la panoplie de techniques habituellement réservées aux serviteurs de la raison d’Etat. Des rigolos, les écolos ? A la lumière de ce désastre médiatique, il va falloir revoir la nomenclature, d’autant que l’influence de Greenpeace a donné, y compris dans nos chaînes de télévision publique, des résultats à la limite de l’escroquerie intellectuelle.

On en veut pour preuve la grande émission spéciale de France 2 sur l’affaire du Clemenceau. Que les journalistes produisent un document à charge, passe encore. Que des représentants de la Marine (et pas n’importe lesquels) fassent devant les caméras une prestation à peine du niveau de première année du BTS communication, passe aussi.

Mais que cette émission présente les Etats-Unis comme un modèle de vertu pour le démantèlement des navires de guerre, alors qu’en 2005 l’US-Navy a coulé le porte-avions SS. America dans le golfe du Mexique sans le désamianter et qu’elle va en couler un second dans quelques jours, on peut se demander si à trop forcer le réquisitoire, on n’essaie pas de faire prendre les vaisseaux pour des lanternes.
- De deux choses l’une ! Soit la tendance au dénigrement tricolore fait vraiment des ravages, soit l’efficacité de Greenpeace est telle qu’elle finit par instrumentaliser les esprits.

Sonar remorqué et perdu : ça flotte !

On finissait par croire que les porte-avions étaient le chat noir de la Marine. Voici que le récent épisode du sonar perdu en mer donne lieu lui aussi à de sérieux flottements. La première question qui se pose bien sûr, est de savoir pourquoi la Marine n’a pas annoncé sur le champ, la perte de cet appareil certes sophistiqué, mais dont l’accident pouvait aisément être classé parmi les risques inhérents aux essais en mer.

En pleine crise du CPE, cela n’aurait valu que quelques lignes dans les journaux. Au lieu de cela ce fut la révélation du Canard Enchaîné sur la perte du sonar, avec des commentaires laissant entendre qu’à bord de la frégate De Grasse, la tension entre officiers rappelait celle des révoltés du Bounty ! L’hebdomadaire n’est pas connu pour faire dans la nuance. Cette version invérifiable (et officiellement démentie) fut pourtant largement reprise, assortie parfois de doutes sur les capacités professionnelles du commandant pour avoir mis un sonar à l’eau par mer agitée.
- Ceci laisse supposer que pour nombre de médias, la guerre ne peut se faire que par beau temps et houle légère. Quant aux commentaires parfois indignés sur le prix de cette perte, certes élevé (3 millions d’Euro) il témoigne là aussi, d’une méconnaissance de l’échelle des coûts sur les bâtiments de guerre. 200 millions d’Euro par exemple, pour le grand entretien d’un sous-marin SNLE. Ça relativise.

Un pont trop court :

Ces trois épisodes éclairent d’un jour assez cru les difficultés de la Marine à tenir le choc sur le terrain médiatique où son réel souci de communiquer ne lui a pas fait perdre des réflexes de "Grande Muette", contradiction qui donne des résultats parfois édifiants. On l’a vu avec le sonar, où tout aurait pu être réglé avec un simple communiqué.
- On l’a constaté lors du torpillage du Clemenceau par Greenpeace et on a encore en mémoire quelques épisodes de la construction du Charles-de-Gaulle qui furent comme autant d’obus médiatiques dans la coque du porte-avions. Entre autres la croquignolesque affaire du pont trop court de quatre mètres :
- La Marine pouvait posément expliquer que ce pont allait devoir être allongé en raison du choix récent d’un appareil américain de surveillance aérienne, pas encore dessiné à l’époque de la conception du porte-avions, et dont le rayon de braquage s’avérait supérieur à celui des autres appareils embarqués, tout "simplement".
- En choisissant le mutisme la Marine a ouvert un boulevard aux médias qui avaient révélé l’affaire au son du canon, tirant à boulets rouges sur cet état-major incapable de mesurer le pont d’un porte-avions, mais apte en toutes circonstances à jeter l’argent des contribuables par-dessus les bastingages budgétaires. Peu après, il fut, cette fois, question d’hélices !
- L’affaire a marqué les esprits et plombé l’image du fleuron de la flotte française. La Marine depuis ne s’en est pas totalement relevée. Les médias eux, ont su prendre goût à un exercice devenu rituel..."

- Par René Perez.


La guerre interarmées aurait-elle démarré ?
- "A Paris "rue Royale", à l’état-major de la Marine les marins se disent "sereins". A deux pas de la place de la Concorde ce n’est pas tout à fait ce qui transpire. Les missiles partent de partout et les militaires sont (déjà) en campagne !
- La présidentielle 2007, c’est demain... Sarko ? Ségo ? Peu importe.

Que ce soit la droite ou la gauche qui l’emporte, la loi de programmation militaire sera au coeur d’une bataille budgétaire cette fois. Où prendre de l’argent ? Là où on en met beaucoup estime le contribuable, par exemple dans la Défense...
- Les politiques quant à eux sont légion à penser que la dissuasion, ça ne sert plus à rien :
- "Est-ce que six sous-marins nucléaires, c’est utile pour traquer Ben Laden ?" s’interroge ouvertement Nicolas Sarkozy(*). Quant à la gauche, elle n’a jamais montré de passion extrême pour le militaire. Qui trinquera dans ce budget à marée basse ? L’armée de l’Air ? L’armée de Terre ? Ou la Marine ? Bonjour la "fraternité d’armes"...
- La guerre interarmées a démarré et tous les coups sont permis. La Marine a d’énormes programmes en gestation, sous-marins Barracuda, frégates et peut-être, un jour, les marins en doutent parfois, un second porte-avions. C’est sans doute pour cela qu’elle reçoit régulièrement missiles et torpilles.
- Tous les coups sont permis et il n’existe pas de lobbying "dans le naval", contrairement au cas "dans l’aéro". Toutes ces bisbilles avec la DCN arrangent tout le monde.
- Secouée par l’affaire Poncet,l’armée de Terre serait dit-on dans certains salons, sans pitié pour les marins :
- Sonar, Clem, la Marine en prend pour son grade !!

Des corbeaux (marins peut-être mais pas forcément) ont touché leur cible. Ce foutu ex-Clem ! Il n’appartient plus à la Marine. C’est Bercy qui est aux manettes et qui dans cette affaire, a inversé les rôles et joue la Grande Muette ! A-t-on entendu Thierry Breton dans cette affaire ? Et Matignon ? Il fallait de beaux esprits pour penser qu’en rebaptisant la coque Q790, on oublierait qu’il s’agissait d’un porte-avions. Un porte-avions bien sûr, c’est la Marine !" (fin de citation !)

"TUYAUX GRIS", SOUS-MARINS et/ou GUERRES Mondiales
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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
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"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/