Souvenirs de mer

17 août 2005

Le Car-ferry CHARTRES

Le CF Chartres de l’Armement Naval SNCF
- Un navire sympa qui mérite un plein article à lui seul, avant d’évoquer quelques épisodes particuliers.

(le 4 Novembre à 2002, "amplifié" le 24 Août 2008 et le 14 Février 2013)

Le Chartres n’était pas vraiment un beau bateau il faut le dire. Ses aménagements intérieurs étaient même du genre de ce qui a pu se faire de pire durant les années 70, c’est à dire "beau comme un bus"...
- Il est "still alive" malgré son grand âge aujourd’hui, actuellement en service dans les îles grecques sous le nom de "Express Santorini".

Cdt Alain Arbeille "Il venait de la Mer"
Clic pour voir !

C’est avec consternation que je viens d’apprendre le décès d’un de mes correspondants, Alain Arbeille, Capitaine au Long Cours puis Ecrivain. Il fut entre autres, le Cdt du Chartres lors de son "neuvage", ce qui ne rajeunit personne. A ce titre le Cdt Arbeille méritait d’être mentionné sur cette page. Ne l’oublions pas et lisez le ! Que mes condoléances soient reçues par ses proches.

Le Chartres aujourd’hui, devenu Express Santorini

Il fut construit à Nantes en 1973 et 1974 non loin de l’école Hydro, l’Ecole Nationale de la Marine Marchande de Nantes. Les chantiers Dubigeon-Normandie se trouvaient presque au centre ville, sur l’autre rive de la Loire, presque en face de nous pour être précis. Ses mensurations seront prochainement inclues dans cet article car d’un point de vue technique aussi, il était tout à fait original.

Le Chartres ici à Calais à la fin des années 70

L’énorme maquette qui montrait le Chartres au bon peuple Beauceron dans le hall de l’Hôtel de Ville de Chartres a malheureusement aujourd’hui disparu. L’élève du lycée Marceau que je fus jusqu’en juin 1976 ne pensait pas une seconde se retrouver marin à bord de ce navire quelques années plus tard.
- Encore une fois, le Chartres n’était pas très beau, mais dès 1982 il a subi un certain nombre de transformations plus ou moins importantes d’année en année. Maintenant au travail entre les îles grecques pour sa troisième vie, je ne doute pas que si je le retrouve, ce sera aussi avec un intérieur méconnaissable.

On ne peut pas dire non plus qu’il était laid, sa silhouette était unique. Il était court et trapu comme un boxeur. Son premier caractère était l’absence presque totale des vibrations en mer et une certaine ambiance qui lui était propre. Il est difficile de dire pourquoi, on se sentait toujours bien à son bord. Le Chartres est un navire sympathique avec une vie modeste mais bien remplie.

Le Chartres à la fin de sa période dieppoise, vers 1989

Il a même "fait la guerre" du Golfe en 1991. Je me demande d’ailleurs comment ils ont fait car cela a dû coûter fort cher en travaux divers.
- Il me fut dit que c’est lui qui a eu l’affrètement le plus long... Mille sabords !
- Son autonomie ne dépassait pas 4 ou 5 jours car il fut conçu pour le détroit et il lui fallait "faire de l’eau" presque tous les jours. L’imaginer aller en Arabie Saoudite avec des soldats à bord, c’était pour moi un peu surréaliste, pourtant c’est arrivé. Pour aller là-bas avec lui, les gars n’ont pas dû le trouver très confortable !
- Pour ce que je savais en naviguant à son bord :
- Autonomie DO et FO : - 4 jours à 15 nds
- Autonomie en eau 1000 passagers (plus équipage 60) 2 jours.
- La station radio n’avait pas les ondes courtes. Je suppose donc (et j’espère) qu’il a subi quelques modifications dans ce domaine là avant cette expédition ! Il y aurait "gagné" au moins un Satcom Inmarsat C.

Le Chartres s’en va-t-en guerre, ici en Mer Rouge au début de 1991

J’espère aussi que pour les "boys" on a fait "quelque chose" avant de les embarquer pour aller à Djeddah.
- En Mer Rouge aussi tout peut arriver, même y rencontrer le Car-ferry Chartres.

Le Chartres n’était pas seulement un navire très sympathique, il avait aussi un petit côté farceur. Il était équipé d’un réseau de pendules centralisées toutes synchronisées sur l’horloge-mère installée près de la table à cartes en passerelle.
Ce système allemand était fort peu fiable en 1982 et je doute fort d’ailleurs que cela ait pu fonctionner correctement ne serait-ce qu’une semaine depuis le neuvage, ce qui me fut confirmé longtemps après par son premier commandant, Alain Arbeille. (auteur du livre "Capitaine au long cours" et ancien de la Côte Occidentale d’Afrique)

Je m’étais cependant mis dans la tête d’essayer de remédier à ses nombreuses fantaisies. Parfois, tout à fait aléatoirement l’un des répétiteurs (l’une des pendules) des "espaces passagers" changeait d’heure spontanément ou bien les aiguilles se mettaient à faire quelques tours sous l’oeil stupéfait de quelques voyageurs. Aucun des habitués du navire ne faisait plus attention à cela depuis longtemps.

Les soirs de pleine-lune, ce qui ne s’invente pas et s’explique encore moins, le Chartres manifestait son "blues" en laissant toutes ses pendules s’emballer simultanément. Je me demande parfois comment cela se pouvait, mais c’est arrivé ainsi. Je pensais que c’était un canular, mais pas du tout !
- Le Chartres a-t-il une âme ? Peut-être.

Pour avoir insisté trop lourdement, je fus rapidement surnommé Schnellbach, du nom du plus grand horloger-bijoutier de Dieppe car j’apparaissais régulièrement dans les aménagements, sacoches à outils et "pendule" de rechange en main. Mais, peine perdue, sur les conseils des autres OR dieppois j’ai fini par renoncer peu à peu à ce vain et ridicule challenge. Lorsque j’ai su que l’on commençait à m’appeler Schnellbach au sein de l’équipage, j’ai définitivement capitulé, comme les autres.

Pour mettre en service un navire neuf, sa compagnie organise toujours une belle cérémonie de baptême ou quelque chose dans le genre.
- Cela est beaucoup plus rare lorsqu’on le vend plus de vingt ans après. Pour sa vente aux grecs, le Chartres a eu droit a quelque chose d’imposant et rare :
- Il fut certainement aussi bien traité sinon mieux que lors de son baptême, car pour le grand pot d’adieu qui fut organisé à l’occasion, des centaines de ses anciens serviteurs sont venus, des plus jeunes aux grands anciens.

D’autre part, les marins grecs venus le chercher se sont montrés émus et surpris par l’émotion suscitée par cette vente. En effet, ce n’est pas toujours (loin s’en faut) le cas. Le commandant grec a fait à son tour un petit discours :
- C’est un grand honneur pour moi, de prendre livraison d’un navire que vous avez beaucoup aimé semble-t-il. Je vous promets qu’on fera tout notre possible pour en prendre soin et le garder longtemps. Je suis certain qu’on en sera content.
"Standig ovation""
Il ne manquait que la télévision.
- Longue vie à l’Express Santorini aussi, je ne crains pas de le dire.

Bien navicalement - Thierry Bressol OR1
- Liste de tous les articles

Les car-ferries, Dieppe, La Ligne et l’Armement Naval SNCF

Senlac dit "Gros Bill" à l’époque. Ici devenu Français en 1985.

SEA-FRANCE, l’ex "ARMEMENT NAVAL" de la SNCF :
- SEAFRANCE en PERDITION Consternation ! (le 16 Nov. 2011)
- Le retour du Villandry à Dieppe Incroyable mais vrai !
- Visite annuelle de sécurité des navires Il faut aussi savoir en rire.
- Le Car-ferry CHARTRES Un navire sympa...
- Le Chartres déchaîné et ses secrets technologiques.
- Le Chartres blessé par le mauvais temps Un navire solide !
- Le Car-Ferry Chartres, Mitterrand et la rumeurs
- Alerte à bord du Chartres, Greffier à bord !! Interdit aux chats !
- Les pirates de la Ligne Dieppe Newhaven Indignons-nous et rions !
- Recherche Médecin à bord Les bêtises ? Les passagers aussi !
- Mourir d’amour à Dieppe
- Secret de la Ligne Dieppoise (Apache) Indignons-nous*. Ces quelques révélations ne plairont à tout le monde, c’est tant pis.
- Bellini et Tosi à Dieppe en 1906 En effet le "gonio" est né à Dieppe.

NOTE :* Quelques révélations ne vont pas plaire à tout le monde, et c’est tant pis. Il existait aussi en effet, une belle petite bande de cons à l’Armement Naval SNCF, également dans le sous-ensemble Dieppois. Bien sûr ils ne sont pas nombreux, il ne faut pas mettre tout le monde dans ce même sac.
- D’autre part ce n’est pas le plus agréable et encore moins le plus intéressant à raconter. Cela dit peut-être que la vie serait profondément ennuyeuse sans eux... Et il n’est pas inutile de faire connaître tout cela.
- Mon site a effectivement "attrapé un "troll" durant le mois de juillet 2008. L’un d’eux s’est en effet exprimé ici le 26 Juillet dans toute sa virulence. Il n’arrive rien à ceux qui ne font rien. En ne fréquentant personne, on ne risque pas d’attraper des morpions.
- Le problème est aussi que les passages à mon bord sont nombreux.
- A propos de dates, il est évident que certaines dates sont parfois fausses ici, car ma mémoire peut aussi être défaillante. Autant pour moi.
- Les articles les plus anciens du site ont souvent été rédigés à la "vitesse grand-V", et corrigés par la suite. Mais l’accident informatique du 8 Juin dernier m’oblige à tout re-corriger.

Les rumeurs comme la tendance aux dénonciations calomnieuses et anonymes les plus lamentables existent depuis toujours dans le monde maritime aussi. Pourquoi serait-il épargné ? Quelques tristes personnages de la Marine Nationale furent évoqués ici-même à mon bord.
- L’épouvantable escale du Carlier à Dakar 1/3
- L’épouvantable escale du Carlier à Dakar 2/3
- La marine marchande avait aussi sa part de vichystes, dont certains n’étaient pas de toute bonne foi dans l’erreur.

Lorsque je "fréquentais" la Ligne Dieppe Newhaven, si nous avions eu la même situation politique que durant l’Occupation, certains m’auraient sans aucun état d’âme dénoncé à la Gestapo. Ils n’ont cependant pas su m’empêcher de revenir embarquer régulièrement.
- Ils se reconnaîtront et je les emmerde ! Avant d’évoquer ce sujet ici prochainement.

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/