Souvenirs de mer

17 août 2005

Le Chartres déchaîné

Dans le chenal de Dieppe entre les jetées et la gare maritime située à l’époque au centre ville, rares ont été les incidents de manoeuvre. C’est stupéfiant quand on sait le nombre d’entrés et de sorties qui furent exécutées par presque tous les temps. A Dieppe on sait ce que cela signifie.
- Encore moins nombreux furent les "accidents avec de la casse". Cela prouve que cette façon originale de manoeuvrer décrite dans le prochain article, était une pratique fiable.

(réparé le 24 Août 2008)

Ceci dit, je me souviens d’un véritable gag stupide survenu un jour à bord du Chartres vers midi en revenant de Newhaven, cela va sans dire...
- Aujourd’hui pour changer, au lieu de Newhaven, on ira près de Brighton... Disait un "vieux de la vieille" qui avait 22 ans de Ligne. Il n’y eut aucune conséquence, mais le côté insolite de l’incident lui fait mériter d’être raconté.

Un peu de technique d’abord :
- En manoeuvre, la commande du pas variable des deux hélices du Chartres se fait à partir de trois "postes de télécommande", qui ne sont pas sans rappeler les gros "chadburn" des navires d’autrefois, même si ceux-ci sont constitués d’une carapace en plastique transparent qui supportent 2 longues manettes :
- Lignes d’arbre Bâbord et Tribord, évidemment !

D’autre part, à portée de mains sur le côté de ce chadburn se trouvent aussi les petites manettes de commande des deux propulseurs d’étrave du Chartres, tous les deux situés à l’extrême avant du navire.

La commande principale se tient au centre de la timonerie, non loin de la barre, de "l’auto-pilote" et de son compas gyroscope. Tout à fait classiquement, le compas magnétique est installé sur la passerelle supérieure, aussi appelé le monkey-bridge en "parlé" belge.

Les deux autres "postes de commande machines" sont traditionnellement installés (comme à bord de très nombreux transbordeurs) sur chaque aileron de passerelle, près du répétiteur du "gyro" et de son alidade de relèvement.

Durant la manoeuvre, le commandant se place naturellement selon sa convenance et la nécessité du moment :
- Au milieu ou bien sur un aileron de passerelle à Bâbord ou à Tribord. De là, il dispose du point de vue qui doit lui convenir, en étant toujours prêt à saisir les manettes au besoin. Les deux manettes des trois postes de commande sont mécaniquement solidaires, un peu à la façon des deux manches du poste de pilotage d’un avion de ligne.
Ce n’est pas le cas des Airbus, qui ont des "joysticks" informatisés, ce qui les a longtemps différenciés des autres avions.

Le commandant ou le second peuvent ainsi vite prendre "l’affaire en main" comme cela s’impose sur le moment et à leur convenance. Ils disposent de la sorte de tout ce qu’il faut pour "piloter" le navire, bon terme à employer lorsqu’il s’agit de rentrer à Dieppe.

Le Chartres arrive à Dieppe

Ce beau matin d’Eté, le Chartres se présenta très normalement devant les jetées de Dieppe. La mer était "très agitée à forte" et le vent WSW de 20 à 25 nds avec des rafales de 30.
"Business as usual", mon temps de veille étant terminé, je me suis posté sur l’aileron Bâbord de passerelle en retrait sur l’arrière selon mon habitude pour assister à l’entrée.
- Le commandant resta d’abord à l’intérieur pour passer les jetées, puis lorsque le Chartres e ut passé l’église de Bon-Secours, notre Tonton a surgi selon son habitude, en jetant un bref coup d’oeil devant lui, derrière, puis sous l’aileron, ensuite il regarda la petite église s’éloigner
derrière lui et la falaise défiler de plus en plus vite.

Se plaçant derrière les manettes, il posa lentement (très normalement) ses deux mains dessus pour les pousser encore plus "en avant", leva le pouce vers l’intérieur en parlant haut et fort :
- Comme ça ! Le timonier répéta :
- Comme ça ! en levant son pouce de gauche...

Le silence est d’or dans ces moments délicats. Le Chartres allait de plus en plus vite dans le chenal. Très concentré, le commandant regardait alternativement devant, sur bâbord la falaise, puis derrière lui en répétant : "Comme ça !" Bis...
- Tout était normal.

Passé le Yacht-club, maintenant il fallait mollir un peu tout de même... Mais les deux mains du Tonton semblaient "forcer" sur les deux manettes :
- Il les tirait en arrière, sans que "cela vienne" à mon grand étonnement. Au sien aussi d’ailleurs... Il fit alors un gros effort qui s’acheva par un étrange bruit "de tôle froissée".

D’un coup, ces deux manettes furent en "arrière toute"...
Il les manipula alors l’une après l’autre rapidement et dans tous les sens en ouvrant des yeux ronds. Il était évident que c’était soudainement, comme s’il n’y avait plus "rien la-dessous"...
- "Merde !" (j’ai entendu prononcer quelque chose comme ça)
Il resta immobile, consterné et stupéfait, peut-être durant un quart de seconde. J’étais aussi pétrifié que lui.

Il lâcha les manettes, et celles-ci "tombèrent librement" en "arrière toute"... Damned ! Barbu comme le capitaine Haddock, on pouvait bien s’attendre à ce que notre Cdt lance :
- "Mille millions de mille sabords !" ou bien "Tonnerre de Brest !"
- Ma première pensée fut de regarder l’intérieur de la passerelle et les deux manettes près de la barre. Elles étaient restées dans leur position précédente. Ouf ! Le temps de penser à dire que... Le commandant regardait alternativement ses manettes et celles situées près du timonier.
- "A l’intérieur, commandant !" je lui ai lancé...

Il courrait déjà vers les commandes centrales. C’est alors que je l’ai entendu laisser échapper un fort :
- "Wouiff ! Enfin, merde...!"
Puis très simplement, tout rentra dans l’ordre. Cela ne dura pas plus d’une seconde, deux au maximum car à l’intérieur de la passerelle tout allait fort bien, heureusement.

Le nez du Chartres en face de la poissonnerie, le Cdt semblait avoir oublié l’incident en allant se poster aux commandes sur l’aileron de tribord. Les manettes étaient dans la même position et "suivaient" celles du "centre", très normalement. Cela le rassura. Mais à bâbord, elles restaient comme abandonnées, inertes et pendant en "arrière"...

Le reste de la manoeuvre pour culer vers la rampe et "se positionner" devant la gare maritime se passa sans aucune autre surprise. Dès que l’ordre froid :
- "Terminé pour la machine !" fut lancé l’é lève machine et le 3ième mécanicien furent envoyés prestement sur l’aileron de bâbord pour "faire le point". Ce n’était pas la chance !

En effet à midi à Dieppe, c’était l’heure de "la relève de la garde" pour le Chartres :
- L’équipage "C" remplace le "B" et sera le lendemain relevé par le "A" et, etc... Un mécano de la bordée "C" les rejoignit. Mais de fait des mécaniciens de la "bordée B" seraient de fait obligés d’y jeter un coup d’oeil. S’il était impossible de faire vite, ce serait "pour eux". Et cela fut...

Curieux comme une veille dame, j’étais là aussi. Je leur ai même prêté quelques outils du local radio. Le démontage de cet étrange système ne fut pas triste. C’est ainsi que nous avons découvert l’un des petits secrets du Chartres :
- Les manettes à l’intérieur de la passerelle commandaient très directement et électriquement, le système Kamewa hydraulique (forte pression d’huile) du pas de chaque hélice. Là, on ne trouva pas de problème.
- Et un système mécanique astucieux mais pas facile à démonter, assurait la fonction pour que les manettes de chaque aileron de passerelle soient mécaniquement solidaires avec les deux autres postes de commande :
- Cela était conçu avec... deux grosses chaînes de moto, une pour chaque manette et c’était protégé dans une sorte de carter en tôle, dont une partie en couverture supérieure s’était peu à peu désolidarisée du reste par les vibrations peut-être. Elle touchait parfois l’élément "le plus sensible" de la chaîne, en pouvant permettre sa libération. La malchance a voulu que ces deux éléments soient "libérés" en même temps et...
- Les deux chaînes furent ainsi trouvées tombées au fond du carter. Elles avaient donc libérées les manettes... Tout cela fut remonté différemment, d’une façon encore plus proche que cela est fait sur une moto, puis les deux autres postes furent modifiés de la sorte en mer durant les marées suivantes.

En souhaitant que ces petits travaux tiennent le coup pour l’Express Santorini

Il fallait "prendre son temps" pour faire tout cela. Quel système !
- Sur l’aileron de passerelle des deux nouveaux Sea France Rodin et Sea France Berlioz, le Cdt peut maintenant TOUT faire (sauf son café !) et les commandes sont "full" électroniques. J’espère au moins cela dit, que Microsoft et son terrible Windaube ont été tenus à distance...

Bien navicalement - Thierry Bressol OR1
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Les car-ferries, Dieppe, La Ligne et l’Armement Naval SNCF

Senlac dit "Gros Bill" à l’époque. Ici devenu Français en 1985.

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NOTE :* Quelques révélations ne vont pas plaire à tout le monde, et c’est tant pis. Il existait aussi en effet, une belle petite bande de cons à l’Armement Naval SNCF, également dans le sous-ensemble Dieppois. Bien sûr ils ne sont pas nombreux, il ne faut pas mettre tout le monde dans ce même sac.
- D’autre part ce n’est pas le plus agréable et encore moins le plus intéressant à raconter. Cela dit peut-être que la vie serait profondément ennuyeuse sans eux... Et il n’est pas inutile de faire connaître tout cela.
- Mon site a effectivement "attrapé un "troll" durant le mois de juillet 2008. L’un d’eux s’est en effet exprimé ici le 26 Juillet dans toute sa virulence. Il n’arrive rien à ceux qui ne font rien. En ne fréquentant personne, on ne risque pas d’attraper des morpions.
- Le problème est aussi que les passages à mon bord sont nombreux.
- A propos de dates, il est évident que certaines dates sont parfois fausses ici, car ma mémoire peut aussi être défaillante. Autant pour moi.
- Les articles les plus anciens du site ont souvent été rédigés à la "vitesse grand-V", et corrigés par la suite. Mais l’accident informatique du 8 Juin dernier m’oblige à tout re-corriger.

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


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