Souvenirs de mer

7 juillet 2005

Le trésor des câbles sous-marins abandonnés

Un fabuleux trésor gît au fond de certaines fosses parmi les plus profondes, en particulier en mer Méditerranée.

(vérifié le 23 Déc. 2008)

Ce trésor attend celui qui trouvera un moyen techniquement, industriellement et financièrement viable de récupérer la matière première (acier et/ou cuivre) des milliers de kilomètres de câble sous-marin maintenant inutilisés.
- En effet depuis plus de 150 ans, une gigantesque toile d’araignée couvre la planète "Mer et Océan", ce sont les câbles de télécommunication sous-marine. Le Monde entier est "câblé" à présent mais...

Les câbliers Niagara & Agamemnon, 1858

Certains câbles, surtout ceux qui furent posés en premier tels que le Transatlantique du Niagara et de l’Agamemnon en 1858 par exemple, ils n’ont pas fonctionné, ou bien ils fonctionnèrent seulement durant quelques jours.
- Il a en effet fallu "apprendre" avant que la pose et l’exploitation de ces systèmes deviennent la routine.
- Depuis, les câbles rapportent des fortunes aux exploitants.

A partir de 1989, on a commencé à poser en mer de la fibre optique et ce ne fut pas plus simple à faire marcher que les premiers câbles ! Je le sais bien, ayant participé à quelques "expéditions-galères" avec les NC Raymond Croze et Léon Thévenin entre 1989 et 1991.

La fibre optique existe pour les "Telecom" depuis plus de 25 ans, mais il fut longtemps pensé que cela ne serait pas utilisé en mer. Pourquoi ?
Il y avait en effet un "petit souci" difficile à contourner, la fibre ne supporte pas la plus petite tension :
- Elle casse immédiatement !

Malgré tous les efforts pour concevoir et produire une fibre souple, (le jointage posait encore plus de problèmes) il a donc fallu du temps pour mettre cela au point.
- Lorsque tout navire câblier est "en pose" (ou bien si lors d’une réparation, il "tient" le câble par le "davier" au nez ou au cul du navire), il tire dessus !

On s’en doutera facilement même sans l’avoir vécu. Hélas, un navire ça bouge... Et si la houle s’en mêle ou bien si une fausse manoeuvre éventuelle de la passerelle survient, avant même de pouvoir se rompre. Le câble à fibres optiques serait donc vite "HS".

Avec les câbles classiques (c.à.d. à âme en cuivre "portant des radiofréquences modulées par des audiofréquences), il était possible de tolérer une tension de 10 tonnes au maximum. Mais surtout, que cela ne dure pas, car l’officier de quart en passerelle qui laisserait ainsi le grand dynamomètre dépasser trop longtemps les limites, risque fort de s’entendre dire quelque chose...
- Quand la météo devient dure, le câblier au travail met inévitablement "bas les marteaux", il laisse le câble "sur bouée" puis attend que cela se calme.

Navire Câblier Raymond Croze en 1989. Pas de symbole "France Telecom" ? Peinture des cheminées en cours !

En pratique, au-delà d’une houle de 6 mètres le travail est souvent interrompu, cela dépend aussi de l’expérience du bord et de nombreux autres paramètres.

Pour utiliser les fibres optiques en télécommunications sous-marine, on a donc trouvé l’astuce. Je simplifie à outrance :
- Il faut enrouler les paires de fibres "en ressort" autour de l’âme en cuivre ! Tout simplement. Alors, on peut tirer sur le câble sans tirer sur la fibre. L’âme en cuivre du câble supporte en effet beaucoup mieux la tension.
- Le monde sous-marin est donc à présent recouvert de fibres. Toutes les grandes liaisons (TAT - transatlantiques -, le Sea-Me-Way La Seyne/Mer Extrême Orient etc...) ont été doublées, triplées etc...

La voracité d’Internet en capacité n’a fait que multiplier les tentations d’installer toujours plus de liens, jusqu’à obtenir la belle surcapacité actuelle !
- La "bulle Internet" c’était aussi cela.

D’un point de vue "étroitement" marine marchande, on peut remarquer que le nombre resté fort longtemps très stable des navires câbliers du monde (de 20 à 25) a grimpé en flêche au plus haut de la tendance. On a transformé vite fait (parfois aussi mal fait) de nombreux navires pour poser "de la fibre".

Même Louis Dreyfus Cie s’est fait construire des câbliers (ils sont même opérateurs de téléphone fixe maintenant) dont certains sont à présent désarmés. Ce sont les navires LDC portant les noms des "îles" et qui portent la marque Alcatel.

Depuis la crise de 2001, de nombreux navires câbliers redeviennent ce qu’ils étaient "avant", sont reconvertis ou bien ils disparaissent là où on devine, à Alang ou ailleurs.
- C’est arrivé à l’un des plus glorieux "grands anciens" :
- L’Américain C/S Long Line, grand rival du prestigieux français N/C Vercors.

Le Vercors est devenu le C/S Chamarel (un autre haut plateau, sur l’Ile Maurice) et travaille en Océan Indien à partir de l’Afrique du Sud sous pavillon de l’Ile Maurice.
Il travaille pour France Telecom Marine, ex DTSM est tjrs derrière...

Pour résumer, l’activité des navires câbliers est principalement ce qui suit, quatre types de "sorties" en mer :

1/ La pose des Systèmes :
- Activité noble, la plus connue et la plus prestigieuse.
- Exemple : Californie - Hawaï par le NC Vercors en 1989.

2/ La réparation :
- Comme tout ce que nous faisons, les systèmes de câble sous-marins nécessitent une maintenance parfois délicate, souvent de la réparation, lorsqu’un navire mouille l’ancre sur le câble, lors de tremblement de terre avec glissement de terrain etc...

C’est un sujet sensible et urgent pour les opérateurs de Telecom lorsqu’un incident survient. Il est peu connu que la plus grande partie des Télécommunications intercontinentales passent pas les câbles sous-marins, beaucoup plus que par les satellites.

Les deux procédés sont en effet très complémentaires par leurs qualités et leurs inconvénients.

Le câblier Léon Thévenin en arrêt technique

3/ Le Relevage des câbles anciens :
- C’est une corvée parfois nécessaire, surtout en Méditerranée avant d’installer une nouvelle liaison. Car depuis plus de 150 ans que...
On comprendra le problème posé ! Une liaison par câble peut fonctionner plus de quarante ans. Après, elle est peu à peu abandonnée puis remplacée.

Certains systèmes très anciens à tubes entre Alger et Marseille étaient encore capables de fonctionner il n’y a pas si longtemps, parfois jusqu’au dernier grand tremblement de terre en Méditerranée.

D’autre part, le "petit milieu des Cabsub" est (un peu) comme les "bateaux noirs", car lui aussi dispose de ses propres cartes marines ultra-précises et fort peu diffusées à l’extérieur.
Une fois le câble ancien localisé et bien identifié, ce n’est jamais que l’opération inverse de la pose. Dans cette activité étrange, le navire appareille avec les cuves vides pour revenir plus lourd.
Après cela existe un réel souci, que donc faire de ces câbles anciens ainsi relevés ?

Un trésor fabuleux attend donc celui qui trouvera un moyen techniquement, industriellement et financièrement viable, de récupérer la matière première (acier et/ou cuivre) de ces milliers de km de câble sous-marin inutilisés.
- Ce n’est pas depuis hier que des industriels ont essayé, mais sans succès intéressant à ma connaissance pour l’instant.
- "Mécaniquement", c’est en effet un vrai casse-tête.

En attendant ce miracle, les armateurs de câbliers ont une quatrième activité discrète, un peu honteuse et inavouable :

4/ Le rejet à la mer en fosses profondes des vieux câbles :
- J’y reviendrai, car cela concerne aussi un peu les sous-marins de la Royale de Toulon.

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR1
- A propos de Câbles sous-marins et de Navires Câbliers

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- Tube de l’Eté : La Lambada et le Communisme

Navire Câblier Raymond Croze en 1989. Pas de symbole "France Telecom" ? Peinture des cheminées en cours !

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Merci au Cdt Cozanet qui a su prendre quelques bonnes photos à ma place :
- Thévenin

D’autre part, merci aussi au site de La Seyne sur Mer

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/