Souvenirs de mer

19 août 2005

Le U-Boot et la marée blanche

- Il existe mes souvenirs et ceux des autres.
- Les deux retraités allemands qui furent "mes" passagers à bord du Pointe Sans Souci en 1983, m’ont raconté quelques aventures maritimes étonnantes. On ne chassait pas les cintres à bord ou le piano du salon du Pointe Sans Souci à l’époque.

lundi 17 juin 2002 13:21

Le piano du Pointe Sans Souci ici retrouvé

- Ce piano est aujourd’hui à bord du Marion Dufresne II, pour le plus grand plaisir de tous, comme à bord du Sans Souci. L’un de ces anciens des U-Boot savait s’en servir, c’est pourquoi je l’évoque. Mais à bord d’un U-Boot il n’y avait qu’un seul clavier, celui de la machine Enigma...

- Nous connaissons fort bien les "marées noires", il existe aussi des marées bleues ou vertes depuis peu.
Le Cdt en retraite Helmut Kernel a un certain jour de Mai 1944 assisté à une "marée blanche" après avoir commis l’irréparable auprès d’un navire allié trouvé isolé.

- Le Pointe Sans Souci ne fut pas seulement l’un des plus beaux navires à bord desquels j’ai navigué. Il fut aussi fort probablement celui où j’ai rencontré nombre de personnages les plus hauts en couleur, à commencer par certains passagers vers les Antilles Françaises et Puerto Limon de Costa Rica.
- A notre époque, ceux qui choisissent le bateau au lieu de l’avion pour voyager d’un continent à l’autre sont des anticonformistes ou bien des retraités. Car eux, ils ont le temps !

Le PC bananier polyvalent Hornstar, ex Pointe Sans Souci (un "Super Pointe")

On commençait alors seulement à s’inquiéter des pollutions possibles, mais la préoccupation principale était avant tout "l’autre" c’est à dire, à celui "d’en face".
- "Mondiale ils avaient la guerre", disait Coluche.

On n’a pas retenu principalement cela de la seconde guerre mondiale, c’est hélas bien connu. Mais des pollutions, il y en a eu plus d’une et des graves...
- Certains torpillages furent très spectaculaires, à cause des très grandes quantités de munitions, ou d’hydrocarbures transportées. Les convois de cargos étaient composés de dizaines de navires, toujours attendus avec impatience en Angleterre assiégée puis en Afrique du Nord, mais aussi par les meutes de "loups gris" (bretons d’adoption obligée) de l’amiral Dönitz.

Le terrible U-123 devenu le calme français Blaison

Ces convois traversaient en appliquant des procédures assez complexes, en suivant un itinéraire "tordu" et aussi secret que possible. Sur le nombre de navires comme aujourd’hui sur le Canal de Suez, il s’en trouvait toujours au moins un qui ne savait pas garder son rang dans le troupeau, pour une raison ou pour une autre.

- Malheur aux retardataires isolés qui restaient loin derrière. Ils étaient généralement abandonnés si le problème n’était pas résolu vite fait, sans état d’âme et avec la seule recommandation :
- Bonne chance !!

Alors, il risquait fort de rencontrer un loup gris affamé rôdant à derrière le convoi qui ne se gênerait pas. Un "beau jour" le U-boot à bord duquel se trouvait Kernel "s’est payé" l’un de ces malchanceux qui mit assez longtemps à couler puis explosa subitement, heureusement lorsque son évacuation fut achevée. Conformément aux consignes du BDU, on s’assura du très relatif "bien être" des rescapés dans leurs canots, puis ils furent confiés au désert liquide car généralement une escorte faisait des recherches.

Les gars du U-Boot eurent alors une mauvaise surprise. Immédiatement après l’explosion la mer était devenue blanche et fumeuse. Au dessus du "trou dans l’eau", une étrange fumée blanche s’élevait comme un grand champignon. Dans la nuit étoilée, c’était très impressionnant.

Après la stupeur, cela déclencha à bord du U-boot une vive inquiétude.
- Nous avons fait une terrible connerie... annonça le vieux qui se voyait déjà plombé.

Le Blaison appareille de Kéroman comme l’U-123...

Tout pouvait arriver, car les alliés étaient soupçonnés par les allemands de transporter des matières très dangereuses pour mener une éventuelle guerre chimique. Cela faisait en effet partie de ce qui se disait en Allemagne, où l’on craignait aussi d’éventuelles armes secrètes des alliés. D’autre part, cela faisait aussi partie de la propagande pour motiver les gars.

- Avec d’infinies précautions un prélèvement dans l’eau fut effectué la peur au ventre, conformément aux consignes de sécurité exigentes reçues de Brest et même de Berlin après leur radiogramme d’angoisse...

C’était du lait en poudre !
Ouf ! Il n’y avait pas que des munitions...

Bien navicalement - Thierry Bressol OR1

L’original n’est plus de ce monde, mais le Sans Souci existe toujours

- Les anecdotes écoutées à bord du Pte Sans Souci et...
- Les mémoires de Karl Dönitz : "Ten Years and Twenty Days"

- Lien "U-BOOT ou l’anti-Marine Marchande"
- Lien "Les méthodes du Grand-Amiral"
- Lien "Capitulation en mer le 4 mai 1945"
- Lien "Les U-BOOT avant et après le 4 mai 1945"

- Lien "U-Boot, la cible"
- Lien "Le G s’envoie en l’air à bord d’un U-Boot"
- Lien "L’espion du sous-marin Argo"
- Lien "Le mal de mer, l’ennemi"
- Lien "Les U-Boot et le « Metox »"
- Lien "U-Boot, « La vache qui rit » et les tags"
- Lien "Les bases sous-marines"
- Lien "Le U-Boot et la marée blanche"

- Lien "Lückner et le Seeadler, dernier corsaire à voiles"
- Lien "Sous 10 pavillons, un grand farceur maritime"

- Lien "Le berger allemand et les scouts marins"

- Lien "La "mitraillette" des Ondes Courtes"
- Lien "Les voyeurs"
- Lien "Pourquoi Vichy ?"

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/