Souvenirs de mer

20 août 2005

U-BOOT ou l’anti-Marine Marchande

- Aujourd’hui nous disons souvent "torpiller un projet" par exemple, cela concerne généralement un contexte qui n’a rien de maritime et cela se dit même fort loin du domaine spécifique des sous-marins.
- C’est dire que cela fait partie de l’inconscient collectif occidental depuis la seconde guerre mondiale, car j’ai aussi lu cette expression en anglais et bien sûr... En allemand !

Les U-Boot de la seconde guerre mondiale fascinent encore beaucoup de monde. Pourtant ils échouèrent (mais de fort peu) dans leur mission d’empêcher les alliés d’agir et de vaincre en Europe.

Le Cdt Bouan ex U 510

Cela dit, ils ont réussi à empêcher de dormir en mer tous les marins alliés et neutres durant six ans. Je n’ai pas été sans remarquer que c’est l’un des sujets maritimes couverts avec une très haute précision par Internet, c’est dire que c’est très intéressant. La presse de l’époque faisait beaucoup de gros titres avec les torpillages et la terreur qu’ils inspiraient.

- La guerre ne vous intéresse pas, mais elle s’intéresse à vous... J’ai entendu dire cela en Yougoslavie en 1994. On y sait parfaitement ce que cela signifie.

Torpillage d’un pétrolier - USA côte Est - 1942

Heureusement l’homme extrêmement compétent qu’était l’amiral Dönitz n’a réussi à obtenir de sa hiérarchie que trop tard à obtenir tout ce qu’il souhaitait.
- L’esprit des sous-marins reste encore aujourd’hui partout le même, ce que rappelle la devise typiquement française :
- "Il n’existe que deux sortes de navires, le sous-marin et la cible..." Le grand-amiral teutonique pensait sans doute exactement la même chose.

L’U 123 en construction, futur Blaison

- J’ai choisi de montrer dans mon article précédent et ici l’ancien U-123 devenu Blaison dans mes articles, tout simplement parce que j’en ai entendu parler lors de nos longues conversations de fin de soirée avec ces passagers hors du commun sur l’aileron de passerelle du Pointe Sans Souci. L’U-123 est d’autant plus parfait pour être cité qu’il a eu un très joli "tableaux de chasse".
- (http://perso.wanadoo.fr/sous.marin/blaison.htm)

En Eté 1944 la Marine Nationale presque nue, hérita d’un certain nombre de U-Boot "laissés" généralement dans un triste état dans les ports. On en retrouva même un échoué sur une plage près de Toulon. Ils ne furent pas tous récupérés, mais le "123" fut "élu" et la deuxième vie du loup gris devenu "bateau noir" fut également Bretonne. C’était un destin breton.

Un type XXI vu sous un angle bien calculé

Ces deux retraités n’ont pas navigué à son bord. Mais ils m’ont fait savoir que la Libération de Lorient (l’évacuation de leur point de vue) a eu lieu dans un extrême désordre comme cela doit être en ce genre de contexte :
- En effet l’U-123 fut surpris durant son arrêt technique en cale sèche dans une alvéole de la base sous-marine, donc retrouvé "en pièces détachées" mais relativement sauf par les français. Les opérations de sabordage et de sabotage prévues échouèrent, car elles furent elles-mêmes sabotées avec soin par un certain nombre de "mauvaises têtes" bretonnes sur place... (je cite)

- C’est ainsi qu’il est devenu Breton et prit le nom de Blaison. Pour l’anecdote, la plus grande partie de son équipage s’est échappé en tentant de traverser la France en vélo pour rentrer en Allemagne dans des conditions dont on peut se douter que ce fut très difficile. Deux seulement réussirent, car le tourisme militaire allemand en France n’était pas très bien considéré à l’époque, même en vélo. Surtout à vélo d’ailleurs...

Le terrible U 123 devenu Blaison ici en escale

- Les U-BOOT de l’époque c’était l’anti-Marine Marchande selon moi pour deux raisons. En effet ils furent conçus spécialement pour "traiter" la Marine Marchande d’en face, d’autre part une proportion non négligeable de leurs équipages furent constitués d’anciens chômeurs de la marine marchande allemande. Pour l’exemple mes deux témoins étaient de ceux-là, c’est donc avec mauvaise conscience qu’ils se sont retrouvés à devoir faire des cartons sur les copains d’en face... Etant pris par le feu de l’action et la frousse, ils n’y pensaient pas toujours.

- Ils firent tous les deux leur stage d’élève de la Marine Marchande à bord du grand quatre mâts Padua, devenu le russe Krusenstern aujourd’hui.
- De leur côté les marins "militaires d’origine" étaient formmés en passant par trois superbes voiliers écoles qui sont aujoud’hui les 3 mâts Sagres (Portugal) Tovarish (Ukraine) et Eagle des US Coast-gards.
- Le Gorch Fock de la Bundesmarine est de 1958, mais il fut conçu sur ce même modèle. Les U-Boot d’aujourd’hui n’empêchent plus personne de dormir en mer, mais ils sont restés liés aux grands voiliers par la formation des sous-mariniers. Le chef mécanicien allemand avec qui j’ai navigué sous pavillon chypriote me l’a confirmé, car il en était aussi.

- Un "nazairien" de mes amis (décédé depuis deux ans) ne rigolait pas des U-boote. Edgar Disdet était OM1 et fut longtemps inspecteur mécanicien de la navigation. Il a "pratiqué" les fameux convois de l’Atlantique. Là aussi, on n’a rien manqué :
- De quart en bas, seconde par seconde et à longueur d’heures, ils imaginaient en permanence le meilleur itinéraire, pour quitter aussi vite que possible le compartiment machine en fonction de chaque scénario supposé possible de torpillage, surtout la nuit.
En effet les attaques étaient "plus sûres la nuit" disait Kernel, mais cela dépendait pour qui...

Trois U-Boote type XXI à couple et... Saisis en 1945

Les mécaniciens n’avaient pas la meilleure place car en bas, ils étaient de fait aux premières loges. Le moindre bruit fort et inattendu déclenchait parfois inutilement une fuite précipitée. Un nouvel embarquant inconscient fit un jour exploser un sac en papier pour rire au carré et l’un des gars présents en est tombé dans les pommes. Certaines traversées furent un cauchemar, tellement il y eu de victimes. Il y avait de l’ambiance.

Longtemps après seulement il sut que les allemands qui les empêchèrent de dormir durant 5 ans avaient eu encore plus peur que leurs "cibles". Au début en 1940, c’était un peu du tir aux pigeons comme à l’exercice. Jusqu’au début de 1942 certains U-boot firent même quelques excursions jusque dans le port de New-York en remontant l’Hudson de plus en plus loin.
- Il y a même eu un concours de photos ! Ils en prenaient quelques unes puis retournaient attendre les futures victimes à la sortie. L’un d’eux a même eu le culot monstrueux de faire surface pour mieux choisir, en se montrant à une vedette des Coast-Gards, dont l’équipage gagna ainsi certainement la qualité de "grand chevalier des cornichons maritimes du siècle" :
- Ils engagèrent même une aimable conversation avec celui des visiteurs qui pratiquait le mieux l’anglais à bord.

Peu à peu les alliés on appris à s’organiser pour chasser à leur tour. En 1945 en faisant "les comptes" il fut établi que 3 sur 5 des sous-mariniers allemands ne sont pas revenus.

L’U-505 est conservé aujourd’hui au musée des sciences et techniques de Chicago...

En quittant les bases françaises même les listes d’équipage avec les adresses des familles étaient connues des anglais. Via la Suisse les familles des sous-mariniers recevaient parfois d’angleterre des courriers pour encourager à la désertion. Les anglais ont absolument tout essayé.

- En effet, des français travaillaient aussi dans ces bases, et "jouaient" souvent sur les deux tableaux. A partir de 1943 ces allemands allaient ainsi au casse-pipe.

Ce mélange d’ex-chômeurs de la mar-mar de 30 ans au maximum
et de petits jeunes de moins de 18 ans souvent, étaient détonnant.
- Au début, il existait une très haute réticence à torpiller des copains souvent désarmés sans avertissement. Mais le déluge de bombes au phosphore déversées chaque nuit sur les villes allemandes excita peu à peu un puissant désir collectif de vengeance. Nazi convaincu ou "anti", il n’y avait plus d’état d’âme et l’amiral Dönitz (pourtant réputé non nazi) savait se servir de cela.

D’autre part, s’il a traîné une très grosse casserole (être nommé successeur de qui on sait) c’est aussi parce que Dönitz l’a encouragé à continuer la guerre et qu’il avait toujours raison, dixit "l’intéressé". Cela fut prouvé, nombreux témoins à l’appui. Il a fait tout pour que ça dure, y compris devenir l’ami du Diable en personne. Une partie de sa famille a disparu sous les bombes, ceci explique peut-être cela.
- Le résultat pour lui fut dix ans de placard et à la sortie... Toutes les peines du monde pour obtenir sa pension de retraite de Capitaine de Vaisseau car personne n’a voulu qu’il retrouve son grade d’amiral. C’est arrivé à d’autres.

Bien navicalement Thierry Bressol - OR 1

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


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