Souvenirs de mer

22 août 2005

Les U-BOOT avant et après le 4 mai 1945

Voici une bonne double question :
- Pourquoi les U-Boote portaient-il un nom numéroté ?
- Et pourquoi conservent-il la tradition ?

Note du 20 juillet 2006 :
- Un stupide incident informatique a fait disparaître les illustrations de cet article durant quelques mois. C’est ce soir en bon ordre. Je suis vraiment désolé pour cette probable fausse manoeuvre, autant pour moi.
- vendredi 14 juin 2002 21:13
- Pourquoi les U-Boote portaient-ils un nom numéroté ?

C’est une longue histoire. Mon mentor sur le sujet avait un nom Français car sa famille est partie en Allemagne lors de la révocation de l’Édit de Nantes. C’est arrivé si souvent qu’il y a même un quartier de Berlin où l’on parle encore le français. Il parait que cela rendait fou les nazis qui voulaient changer ça.
- Ce fut "pas de chance" : l’un des notables locaux du nazisme "en était" et protégea les traditions du quartier...
- Lors de ses traversées à bord du Pointe Sans Souci cet intéressant passager m’expliqua aussi le "pourquoi" le pourquoi de cette tradition de numéroter les U-Boote.

Base sous-marine à Brême (Bunker Valentin) au premier plan, le monument aux déportés-constructeurs malgré eux

Cela date des années 1890 à 1910 à l’époque de la construction des premiers sous-marins en Allemagne et en France. En France, les équipes de Maxime Laubeuf prirent beaucoup d’avance au début pour réaliser leurs premiers modèles, qui furent à la base (lointaine) de tout ce qui se fait maintenant.

Base sous-marine de Lorient-Kéroman, une impressionnante installation

Pendant ce temps en Allemagne les équipes de l’ingénieur Wilhelm Bauer couraient aussi, pas très loin de leurs cousins français. Il y aurait eu quelques excellentes affaires d’espionnage mutuels, ce que suggère aussi ma petite enquête sur Rudolf Diesel lisible aussi sur ce site.
- Les prototypes français prirent vite des noms d’animaux marins, Narval etc... pour commencer. Il y a même eu une Sirène (romantique avec ça). La tradition est restée longtemps et reviendra probablement.

Le Wilhelm Bauer aujourd’hui "retraité", type XXI et ex U-2540

Pensant réussir à convaincre les "big-boss" de son amirauté, les équipes de W. Bauer eurent l’idée de suggérer une longue suite de prototypes en les numérotant à partir du premier au lieu de leur donner un nom normalement comme pour les autres bateaux.
- On ne sait pas avec certitude qui y a pensé le premier mais cela fut dès le début. Il s’appela donc U-1 tiré de l’expression en allemand "U-boot", le terme allemand pour désigner les sous-marins, tout simplement. Il s’appelle toujours U-1 d’ailleurs car il a été conservé et sauvé par miracle de toutes les tuiles qui sont tombées sur l’Allemagne. Il reste visible au musée de la marine. L’idée de Tirpitz était aussi de suggérer à l’étranger l’existence d’un très grand nombre de sous-marins avec cette pratique astucieuse.

Le Wilhelm Bauer en mer (de 1962 à 1982)

Mais il reste d’autres U-Boote plus récents visibles par tout public à flot ou bien sous abris, comme c’est arrivé à l’Espadon.
L’U-2540 a été retrouvé et conservé, il est visitable à Bremerhaven. C’est une "belle bête" du modèle le plus moderne conçu à l’époque, le fameux "type XXI".
- Il reste l’exception pour un sous-marin allemand car son chiffre a été remplacé par le nom de l’ingénieur Wilhelm Bauer. On a peut-être voulu localement ne pas trop se rappeler une période sur laquelle les allemands sont chatouilleux. Il est donc le seul sous-marin allemand à ne pas porter de numéro.

Retrouvés en 1985, 4 sous-marins du type XXI sous la base Elbe II près de Hamburg.

En 1918 tous les U-Boote non coulés ou capturés furent sabordés et parfois saisis par les anglais. Leurs successeurs des années 30 et 40 ont aussi été numérotés pour conserver la jeune tradition.
- En 1945 tous les U-Boote non coulés, perdus, échoués ou capturés furent (bis) sabordés ou remis volontairement pour être parfois récupérés par les anglais, les américains ou par les français qui en trouvèrent aussi sur place...

U-BOOT Type XXI schéma

C’est ainsi que la Royale a hérité d’un U-Boot du type XXI, (le Roland Morillot) ce modèle dont les performances étonnaient tout le monde en 1945. Il aurait été cédé par la Royal Navy. Celle-ci d’ailleurs, devaient bien quelques choses à son alter ego de France, après ce qu’il s’est passé en juillet 1940...

Le Roland Morillot (type XXI) au bassin

Quand dans les années 50 la République Fédérale reconstitua la Kriegsmarine, c’est tout bonnement que l’on conserva la Tradition et que les nouveaux U-boote furent renumérotés. Tout le monde sait que les militaires de tous les pays adorent conserver les bonnes vieilles traditions.

Toilette à bord d’un U-Boot
(les sous-marins d’aujourd’hui n’ont aucun mal à être plus confortables. Ce document est un secret militaire Allemand)

Après cette photo "secret-défense", un autre secret militaire allemand et maritime fut longtemps gardé. Certains équipages de U-Boot basés en France leur donnaient un surnom officieux, les prénoms de certaines "hôtesses" des bars louches de Bordeaux, de Lorient ou de La Palice par exemples...

U-BOOT Type XXI en coupe

Celui de Kernel s’appelait "Venator" en mémoire d’un pirate Romain qui sema la peur dans le commerce de l’Empire en Méditerranée. Venator chassait les galères.
- Un sous-marin se doit de porter un nom qui inquiète, tel que ceux des SNLE français (Tonnant, Terrible, Terrifiant etc.)

Le Blaison est un U-Boot "repenti", surtout saisi en 44 dans une alvéole de sa base....

- Insolite et mal connu aussi :
Entre 1915 et 1917, il exista un sous-marin allemand Cargo. Civil, il n’avait pas de numéro et s’appelait "Deutschland". Il fut conçu pour assurer la ligne transatlantique avec les États Unis, neutres jusqu’en 1917. Réservé aux marchandises chères et peu encombrantes, c’était certes un bon coup pour passer à la barbe des anglais. Mais son port en lourd était insuffisant (1000 T.) pour faire une ligne rentable. Cette expérience originale n’eut pas de véritable suite. Saisi par les anglais en 1919, ils ne firent rien avec le Deutschland qui fut finalement ferraillé. Il eut un sister-ship dont j’ai oublié le nom qui lui aussi a connu une fin discrète. Il y a eu des navires de commerce très étranges, mais ces 2 là peuvent être classés dans les plus bizarres.

Autre U-Boot repenti, le Cdt Bouan ex U-510

- Liberty-Ships et U-Boot :

Les U-Boot et les Liberty-ships avaient un point commun important, au-delà du fait de leur "complémentarité" évidente puisque l’un étant conçu "pour" l’autre (c.à.d. contre) et inversement. (l’absurdité des guerres)
- Ces deux genres furent conçus et construits en très grandes séries à partir de blocs préfabriqués.

Quelques tranches de U-Boot type XXI

En commun aussi est le fait que certains U-Boot étaient "un peu branques" et fort peu fiables comme l’étaient certains Liberty-ships. Il y a toujours des "mauvais" dans une série industrielle :

Le Roland Morillot et ses barres en travaux

S’il est aujourd’hui possible de visiter l’U-505 au musée des sciences et techniques à Chicago, c’est principalement dû au fait qu’il collectionnait de très nombreux défauts qui donnèrent une frousse bleue à ses équipages. Ils furent très (trop) souvent obligés de revenir à la base de Lorient le lendemain de son appareillage, cela étant jusqu’à deux fois par semaine !
- Cela attira de nombreux ennuis à son commandant. Il fut plusieurs fois couvert de ridicule et même soupçonné d’y mettre de la mauvaise volonté durant une période où déjà même sans problème technique, appareiller c’était aller au casse-pipe. C’est ainsi qu’il a pété les plombs durant une Nième croisière et s’est tiré une balle dans la tempe.

L’U-505 est conservé aujourd’hui au musée des sciences et techniques de Chicago...

- Son successeur au voyage suivant se fit surprendre, poursuivre, grenader et finalement capturer par un porte-avion américain à la fin de 1944. La malchance s’acharnait car il ne fut pas possible de saborder le navire, qui fut donc capturé et remorqué aux USA bien sûr...
- Deux rumeurs courent à propos de cette histoire :
Il n’aurait pas pu s’échapper à cause d’une nouvelle avarie survenue au plus mauvais moment (c’est fort vraisemblable) et l’un des mécaniciens aurait proposé aux américains (contre une forte somme d’argent) d’empêcher qu’il ne coule, alors que suite à son sabordage préparé lors de l’évacuation, il commençait à se remplir d’eau sous les yeux des sauveteurs US qui "ramassaient les vaincus". L’insolite fait naturellement partie du domaine maritime mais une chose reste certaine : l’U-505 avait la scoumoune.

La capture de l’U-505 fut beaucoup facilitée par ses ennuis techniques à répétition !
(des mauvais montages au Chantier Naval en seraient l’origine principale, peut-être en cumul avec quelques "mauvaises actions" à Lorient. Un Maître Mécanicien fut aussi accusé d’avoir su empêcher le sabordage, contre de l’argent...)

Mes deux témoins allemands du Pointe Sans Souci étaient à moitié sourds dingues en 1983 depuis les années 40. Cela peut nous donner une idée de ce qu’était un grenadage "soigné" par les frégates alliées. Ils n’aimaient pas (mais alors pas du tout) les feux d’artifice ou les pétards et encore moins les grands
bruits de ferraille. Cela se passe de commentaire.

Le Roland Morillot (type XXI) au bassin

Le Pointe Sans Souci et ses deux sister-ships disposaient chacun de 6 belles cabines pour les passagers. C’était très bien pour eux. Parmi ceux-ci nous avions un vieux monsieur anglais (retraité aussi) qui n’aimait pas les allemands, surtout les anciens combattants. Il resta toujours très poli mais froid avec eux. Un soir étant seul avec moi, il m’a dit :
- Vous prenez le pot avec deux sauvages, qui vous auraient joyeusement torpillé sans l’ombre d’un état d’âme.
- Mais je les aurais moi aussi joyeusement grenadés !
C’est terminé tout ça...

Petite note technique :

Le Roland Morillot (type XXI) au bassin. Ce qui s’appelle avoir du nez...

Historique du U-Boot Wilhelm Bauer (ex U-2540)
- Ils ne sont pas nombreux en Allemagne, ceux qui ne portent pas un numéro...
- Construit par Blohm & Voss à Hambourg type XXI
- Pose de la quille du U-2540 le 29.10.1944
- Essai en mer le 13.01.1945
- Mise en service le 24.02.1945
- Sabordé le 04 Mai 1945 (l’ordre de capitulation)
- Renfloué en juin 1957 (cela a dû être "coton"...)
- Remis en service le 01.09.1960 pour la Bundesmarine sous son nouveau nom jusqu’en 1968. Il a surtout servi pour de nombreux essais techniques de sécurité en particulier.
- Il fut aussi utilisé par la suite dans un cadre civil pour des séries d’essais et de tests de 1970 à 1979 et navigua ainsi avec un équipage de civils pour de nouveaux essais de 1979 à 1982.
- Désarmé le 15.03.1982
- Acheté à la ferraille juste à temps par l’association pour le musée à Bremerhaven le 15.06.1983
- Ouvert au public au musée des sciences, des techniques et de la navigation le 27.04.1984

Le sauvetage de l’U-2540 et futur Wilhelm Bauer

- http://ipmsstockholm.org/magazine/2003/11/detail_uboot_xxi.htm
- http://www.wilhelmbauer.de/ (l’ingénieur Wilhelm Bauer)
- http://www.janmaat.de/m_wbauer.htm
- http://www.dsm.de/3ubor.htm - (U-2540)
- http://centroeu.com/uboote/pictures2.html

Hambourg, juin 1945, les travaux sont... "suspendus" Ils seront détruits neufs.

PS :
- Le sujet U-Boot est "multitraité" sur le web, mais tout naturellement, c’est en allemand qu’on trouve le plus de choses intéressantes. Il se trouve que j’ai eu du mal à comprendre un paragraphe de l’un des articles lus.
- J’ai donc été tenté de voir ce que cela donnait, avec le système traducteur de Google. Je préfère avertir mes lecteurs, c’est plus facile à lire en allemand...
- Mais pour rire un peu, oui ! Essayez donc, et vous y trouverez pour commencer, Wilhelm l’agriculteur... En bref, la marine agricole allemande, c’est ici !

Bien navicalement - thierry.bressol skynet.be - OR 1

Au château de Kernevel, l’amiral Angelo Parona et l’amiral Dönitz

Notes techniques - type XXI : Sous-marin révolutionnaire pour l’époque, capable de naviguer à 17,5 noeuds en plongée (plus rapidement que certains navires) et de parcourir plus de 220 miles sous l’eau à une vitesse économique.
- Heureusement, sa mise au point fut trop longue pour modifier l’histoire de la guerre de manière décisive.

Caractéristiques techniques  :
- tonnage (surface) 1621 tonnes ; (plongée) 1819 tonnes
- longueur 76,7 mètres
- largeur 6,62 mètres
- hauteur 6,2 mètres
- armement :
- 6 tubes 533 mm (23 torpilles)
- 2 tourelles AA 2 fois 20mm
- 15500 km à 10 noeuds
- profondeur maximum environ 250 mètres
- équipage 57 hommes

Dans l’après-guerre, un U-Boot de type XXI repeint au couleurs américaines fit même des simulations d’attaques sur une task-force alliée sans être repéré.
- Une copie du U-Boot type XXI a été fabriquée par l’URSS après la guerre. L’OTAN l’a appelé "classe Whiskey".

Grenadage anti sous-marin(s) en haute mer

"TUYAUX GRIS", SOUS-MARINS et/ou GUERRES Mondiales :
- Le Prince Noir des hommes-torpilles
- L’espion du sous-marin Argo
- Le sabordage de la Flotte de Méditerranée à Toulon le 27 Nov. 1942 (Septembre 2008)
- Comment "ça" a commencé le 3 Septembre 1939 (Septembre 2009)

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- Capitulation en mer le 4 mai 1945
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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
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