Souvenirs de mer

22 août 2005

La Capitulation du 4 Mai 1945

Il y a plus de 60 ans le 4 mai 1945 en fin d’après-midi, (heure GMT) tous les U-Boote, c.à.d. "l’Anti-Marine Marchande", reçurent l’ordre de "tout arrêter" et de se rendre à leurs ennemis le plus tôt possible et SANS se saborder.
- Cet ordre venu du Grand-amiral Dönitz devenu chef de l’Etat, fut diffusé sous la forme d’un tout à fait pathétique radiotélégramme collectif non codé qui fut "passé en boucle" pendant plus d’un mois...

(le 6 mai 2005 à 16h31, revu le 8 Mai 2009)
- Ce qui suit me fut raconté en 1983 à bord du Pte Sans Souci.

Le résultat d’un grenadage soigné et de la scoumoune à bord, l’U-505 capturé après son sabordage loupé...

Mes témoins et passagers du Pointe Sans Souci furent sur le moment à la fois soulagés, consternés et mortifiés par cet ordre, cela se devine...

L’original n’est plus de ce monde, mais le Sans Souci existe toujours

L’un d’eux me précisa que la pensée secrète de chacun à bord pouvait souvent se résumer par :
- "Qu’on en finisse une bonne fois pour toutes" ! Même et surtout, si ça finit fort mal.

Pour autant que mes témoins le sachent, à bord de la plupart des U-Boot, une consultation de l’équipage fut généralement organisée spontanément pour décider de la conduite à tenir.
- La discipline militaire s’est instantanément relâchée et l’événement donna donc lieu à d’interminables débats.
- Ce qui passait fort mal sur le coup fut la consigne de ne pas saborder les navires. En effet la crédibilité du message fut même mise en doute, car il était de fait peu conforme à l’attitude général du Grand Amiral devenu depuis peu Chef de l’Etat, d’un Etat en fort mauvais état...

La station radio de Flensbourg, siège du gouvernement héritier du nazisme, fut donc bombardée de demandes de confirmation codées.
- La décision fut prise le 3 mai et l’ordre expédié dès le 4 mai semble-t-il, pour des raisons techniques de délais de transmission. D’autre part, pour laisser le plus de temps possible aux réfugiés de l’Est et les aider à fuire les russes, Dönitz essaya tous les "trucs" possibles et imaginables pour faire durer les choses.
- Ce serait le plus grand exode de tous les temps.
- Pendant ce temps, Keitel, Joddl et Von Friedeburg se préparaient à aller à Reims le 7 Mai, pour "signer la douloureuse" et devoir manger leur casquette...

L’amiral Dönitz en public

Le sous-marin de l’un de "mes" deux passagers décida de rentrer directement en Allemagne et ce U-Boot fut sabordé devant une plage. Ce fut ensuite le chacun pour soi et Dieu pour tous à terre...
- Le U-Boot de mon autre témoins arrêta (peut-on dire "araisonner" ?) au hasard un navire de commerce (italien) rencontré pour se saborder sous leurs yeux et se rendre. En effet ils n’avaient plus assez à manger, plus assez de carburant et de pièces détachées pour aller loin, ce qui fut le cas d’un certain nombre.
- Où donc se ravitailler ? Les tentatives par radiogramme de le faire dans les pays neutres furent plus que décevantes :
- Même en proposant de l’argent "cash", ce fut toujours Niet !
- "Dans ces situations, on voit qui sont les vrais amis" commenta Rügen...

Trois U-Boote type XXI à couple et... Saisis en 1945

Ce fut donc un équipage terrorisé pour la dernière fois en voyant apparaître un U-Boot devant eux, qui dut les recevoir à son bord avec surprise.
- Le loup gris n’avait plus de dent pour mordre...

Ils espéraient n’être pas internés, mais ce fut peine perdue car les anglais prévoyant ce genre de tentative d’évasion, avaient prévenu et menacé tout le monde.
Churchill dans ses mémoires a avoué avoir eu surtout peur des sous-marins durant toute la guerre, il les voulait donc Tous capturés avec Tout le monde ficelé à bord.
- Nous savons qu’il ne plaisantait pas. Dönitiz a d’ailleurs échappé au pire à Nüremberg, face à un acharnement certain des anglais qui souhaitaient le faire pendre. L’amiral Nimitz prit cependant sa défense. Ayant lui-même des squelettes dans son placard, avec sa lutte contre la flotte de commerce japonaise, il pouvait comprendre...

Certains U-Boot se sont rendus directement en Angleterre sans "discuter", mais beaucoup plus sont allés directement en Allemagne, que l’ex-ennemi soit content ou pas. Ceux-ci furent ensuite saisis et remorqués en Angleterre.

Hambourg, juin 1945, les travaux sont... "suspendus" Ils seront détruits neufs.

Une grande partie des équipages décidèrent de saborder leur engin, plus ou moins conformément à un plan préparé en catimini quelques mois plus tôt par le Grand-amiral.
- Ce fut l’opération "Arc en ciel" ou "Regensboken", préparée scientifiquement sur le modèle techniquement exemplaire du désastre de Toulon, qui avait beaucoup marqué les esprits dans la Kriegsmarine dont les dirigeants avaient donné leur parole à Vichy que rien de "tordu" ne serait tenté... par les marins.
- L’amiral de Laborde de son côté, avait promis que personne n’auraient les navires sauf lui, et surtout pas les anglais car il se disait "anglophage".
- Cependant deux sous-marins qui par chance (?) et hasard avaient de quoi aller loin à bord, sont allés jusqu’en Argentine après avoir débarqué en Norvège dans des conditions dignes du Casabianca, tous ceux qui souhaitaient essayer de rentrer chez eux.
- Ceux-là étaient "couverts" car la Norvège bien qu’encerclée était encore occupée en mai 1945.
- Quelques tentatives de fuite en Amérique Latine eurent lieu parce que nombreux étaient ceux qui n’avaient "plus de chez eux". L’un d’eux, l’U-977 fut ainsi conduit jusqu’à Buenos Aires après avoir débarqué une partie des gars en Norvège, ceux-ci souhaitaient en effet rentrer à la maison quand ils en avaient encore une en Allemagne bombardée.
- Le but était aussi et surtout d’éviter l’internement. Ils ne furent pas déçus... Cela fut une façon de plus pour eux de gagner trois ans de camp de vacances au Texas ou au Canada par exemple, sans courrier la première année.

Le Cdt Heinz Shaeffer

En livre de poche "J’ai Lu" : L’Odyssée de l’U-977 du Cdt Heinz Schäffer, retraité à Buenos-Aires
- Il y raconte sa carrière maritime et son extraordinaire traversée vers Buenos Aires dans des conditions rocambolesques, et sa chance d’avoir conservé toutes ses armes et ses torpilles à bord. Ils eurent en effet à débattre de cela entre bien d’autres choses. Garder toutes leurs torpilles se révéla une très bonne idée :
- En effet après le 4 Mai et même jusqu’en septembre 1945, il y eu encore quelques "disparus" civils en Atlantique.
- On tenta donc de leur faire "porter le chapeau"...
- Il arrivèrent justement à Buenos Aires en septembre.

D’autre part, "interrogé" par la police et par des militaires US à son arrivé, il crut un instant à une stupide plaisanterie :
- On supposa aussi que son U-Boot avait... transporté Hitler en Amérique du Sud. Longtemps après seulement Schäffer a su en rire, car l’intéressé ne serait pas allé loin s’il s’était échappé de Berlin, il était bien trop malade. Mais personne ne le savait à l’époque. Sur le coup... Comment prouver sa bonne foi ?
- Ce livre est presque aussi bon que ceux du Cdt l’Herminier du Casabianca. Là aussi, quelle galère et quelle expertise !
Après une traversée d’enfer ils furent quand même internés par les américains qui les "demandèrent" aux autorités de B.Aires. Tout ça pour rien...

Karl Dönitz, capitaine de vaisseau en retraite

Dönitz durant sa retraite studieuse aimait bien recevoir les journalistes historiens de la BBC par exemple, pour tout expliquer et tenter de se justifier. Décédé d’ennuis cardiaque le jour de noël 1980, il avait la vie dure. Il laissa aussi un souvenir d’homme toujours de bon contact humain. Ainsi, nombre de ceux qu’il envoyait au casse-pipe furent présents aux obsèques. Il était capable de prendre n’importe qui "entre 4 yeux" et de discuter longtemps pour résoudre n’importe quel problème. Des qualités pas toujours utilisées dans la bonne direction.

Mon premier témoins est devenu ingénieur au chantier naval à Hambourg puis à Papenbourg, tandis que l’autre est redevenu Capitaine au Long Cours au commerce dès son retour. Sa vie est redevenue normale peu à peu.
- Pour les chantiers navals allemands, qui étaient presque tous encore en plein boulot pour produire des U-Boot type XXI en nombre stupéfiant, ce fut en mai très dur :
- En effet du jour au lendemain, après que les alliés aient tout observé dans les moindres détails sur place et qu’ils aient fait venir chez eux des gens très "dans le coup" (comme par exemple Pielstick est parti en France) la première phase de préparation au retour à des activités normales fut la démolition des nombreuses tranches et coques de U-Boot retrouvées un peu partout en Allemagne et même ailleurs.
- La dernière humiliation réservée aux vaincus de retour fut de devoir organiser ou de participer à ces démolitions surréalistes en série. Pour la petite histoire, la mauvaise volonté était manifeste, mais quoi faire de ces coques neuves et inutiles ?
- Cette humiliation fut compensée en 1982 par leur implication comme conseillers techniques pour le tournage du film "Das Boot" qui montra si bien ce qui leur est arrivé à l’époque.
- Tout le monde fut très surpris en constatant preuve à l’appui, qu’il était plus que temps d’arrêter tout cela.

Quelques mois de plus en effet suffisaient pour que le grand-amiral dispose d’une flotte plus que redoutable des U-Boote du "type XXI" dont les performances dépassaient tous les moyens alliés. L’un d’eux fit même une très inquiétante démonstration devant une flottille de la Royal Navy le 7 mai avant de se rendre aux anglais. La seule chose qu’il ne fit pas fut de tirer, car c’était inutile heureusement. Il était en effet impossible de poursuivre et de chopper un "XXI" bien mené après son mauvais coup.
- Je soupçonne fort Dönitz d’avoir un moment espéré obtenir des alliés quelques conditions avec ce redoutable moyen de pression. Mais constatant avec lucidité qu’il était déjà trop tard...

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR1

Retrouvés en 1985, 4 sous-marins du type XXI sous la base Elbe II près de Hamburg.

Merci à :
- Les anecdotes écoutées à bord du Pte Sans Souci et... Les mémoires de Karl Dönitz : "Ten Years and Twenty Days"
- Les méthodes du Grand-Amiral

"TUYAUX GRIS", SOUS-MARINS et/ou GUERRES Mondiales

Portrait d’un U-Boot type IX-B (Mike Rock)


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- Site dédié aux Marins de 1939 a 1945
- Témoignages insolites venus de "l’ombre"

PS : Sur l’Atlantique Nord entre 1940 et 1945, la malchance a voulu que quatre hivers successifs furent particulièrement mauvais durant cette période. D’un bord comme de l’autre, ils n’avaient pourtant pas besoin de ça. La Marine Marchande et les U-Boote furent probablement les deux catégories socio-professionnelles qui ont compté le plus de victimes de la guerre.

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
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