Souvenirs de mer

24 août 2005

Alerte !! Greffier à bord !!

D’autres passagers parfaitement innocents et surtout ignorants des coutumes brittaniques, pouvaient devenir une cause involontaire de problèmes idiots.
- C’est ainsi qu’un haut sommet de la cocasserie maritime fut atteint à mon avis par cette famille de paysans du Cantal, qui laissa s’échapper son chat à bord par mégarde.

mardi 5 novembre 2002 19:05

Ces braves gens allaient rendre visite à un cousin travaillant à Brighton et se rendaient donc en Angleterre pour la première fois de leur vie. De très modeste "culture internationaliste", ils ignoraient que que l’arrivée impromptue d’un chat en Grande Bretagne pouvait poser un vrai problème...

Une vie de chat...

C’est donc en toute innocence que ce brave père de famille se présenta au bureau du contrôleur peu après le départ, pour lui demander quelle aide on pouvait espérer du bord pour retrouver son greffier.
- Damned !! Mille sabords !

Heureusement, l’officier d’immigration anglais dont le guichet était dramatiquement proche, n’était pas encore à son poste à cet instant. Il ne fallait surtout pas qu’il sache qu’un chat se baladait tout librement à bord.
- Répétez-moi ça doucement un peu... Le contrôleur n’osait pas y croire.

Me trouvant non loin de là, j’ai dressé l’oreille car j’étais en train de "soigner" la pendule la plus proche du bureau du contrôleur lorsque ce passager est venu expliquer son problème. Le premier réflexe du contrôleur fut de demander à l’intéressé de parler plus bas (si quelqu’un entendait ?) et de lui faire raconter toutes les circonstances de l’évasion de leur chat.

C’était arrivé en descendant au pont garage accompagné d’un matelot pour aller chercher quelque chose à bord de leur voiture. Le greffier en avait
profité si vite que même le matelot n’avait rien vu.

Au moment où l’alerte était donné "en haut", la moitié de l’équipage-pont organisa une grande battue pour chercher le greffier partout où c’était possible au pont-garage, mais dans la plus grande discrétion.
Ils ne le trouvèrent pas...

Quand on sait que l’un des plus délicats problèmes rencontrés pour réaliser le Tunnel sous la Manche fut les précautions exigées par la Grande Bretagne dans la cadre de sa traditionnelle crainte de la rage
(et de que sais-je encore ?) on imagine la réception possible pour un navire à bord duquel se cache un chat en liberté.
- Si les autorités là-bas apprennent qu’un chat est en liberté à bord, il faudra s’attendre à ce que personne ne débarque avant que le chat ne soit mis en cage... Catastrophe !Ils sont capables de nous empêcher d’accoster.

Le contrôleur confirma mon impression. Le commandant fut informé et la famille "coupable" entière fut conduite au carré pour se faire conformer qu’il ne fallait surtout pas parler de chat devant un anglais ! A bord d’un transmanche ceux-ci ne manquent pas et de surcroît plus de la moitié de ces anglais, sont à même de comprendre plus ou moins bien le français.

- Surtout, il ne fallait pas que l’officier d’immigration anglais sache cela car il serait fort capable de téléphoner et... Alors, les problèmes commenceraient.

L’inquiétude du commandant me rappela celle de son collègue l’année précédente dans l’Atlantique Sud, lorsque nous avons risqué de rencontrer un grand nuage de criquets avec l’Esso Normandie. La misère du monde se lisait sur son visage. Soudain, résolu comme
un légionnaire, il arrêta de jouer avec sa casquette sur la table, puis posant fermement sa main droite à plat, il lança :
- Il faut le retrouver ! Il ajouta :
- On ne va pas se laisser emmerder par un chat !

Rapidement, tout le bateau commença à chercher*, même dans les compartiments machines peut-être.
(* Sauf l’officier d’immigration anglais, bien sûr !)

Le chat opérateur Mr Sparks "in relaxed mode". Don’t disturb...

Ayant été élevé avec des chats, je fus d’office promu conseiller technique et consulté de ce fait. Toute la famille fut interrogée et se déclara consternée en comprenant peu à peu l’importance de l’affaire. Ils s’excusèrent donc très platement. L’année précédente, il n’y avait pas eu de problème à bord du Cyrnos pour aller en Corse et...

- Le greffier était un "tigré européen" de "gouttière" et de bonne taille. Il avait 17 ans et n’était plus trop coureur à son âge. Donc sa probable "mobilité modérée" nous rassura. Il devait probablement se planquer quelque part dans n’importe quel local équipé d’un espace moelleux pour y dormir. Ayant été dénoncé comme parfois voleur, tous les accès en cuisine et aux deux restaurants furent mis sous une surveillance serrée.

Il nous restait 2 heures de traversée lorsque la chasse au greffier commença. Au début, le moral était bon car l’état-major pensait avoir le temps. Mais lorsqu’il ne resta que moins d’une heure avant de se présenter aux jetées de Newhaven, l’inquiétude gagna le bord.

Nous venions de passer Beachy Head et l’officier d’immigration anglais manifesta un extrême étonnement devant cette étrange agitation de l’équipage :

Ca fouinait partout en regardant sous tous les sièges et en ouvrant toutes les portes avec d’étranges précautions. Les passagers aussi remarquèrent de nombreuses allées et venues pour le moins bizarres.
Des questions oiseuses furent posées, pour n’obtenir que des réponses évasives et vaseuses.

Il avait cependant entendu parler de "greffier". Mais Ron, notre officier d’immigration anglais ne comprenait pas ce que l’on cherchait. Il entendit cependant au moins deux fois parler de chat sans faire immédiatement le rapprochement avec ces activités bizarres. Personne n’avoua, il n’y pensa donc plus, pour commencer.

- Le Chartres se présenta devant les jetées en ralentissant. Toujours pas de chat. Je commençais d’ailleurs à m’inquiéter et ne fus pas le seul. Et si c’était un canular ? Personne n’avait vu le moindre félin. Un sale coup ce serait.

Le Chartres, ses pendules et son chat clandestin

Impossible, car ces gens avaient l’air au dessus de tout soupçon. Pouvait-il être tombé à la baille ? Improbable. Et si quelqu’un l’avait jeté par dessus bord en ne disant rien etsans être vu ? C’était toujours possible et devenait très embarrassant.

Un petit groupe de jeunes anglais ayant trop bu parlait haut et fort :
- Il s’agissait de chat. Enfin ! Et horreur...
L’un d’eux avait cru voir un chat. Mais avec la couche de Ricard et de whisky que... Il pouvait aussi avoir vu un rat et son tricot rayé. Il fut interrogé
par le contrôleur puis isolé immédiatement.

Trop tard... Le contrôleur ne s’était pas aperçu que Ron l’avait suivi. Ronald fut plus convainquant et l’autre confirma avoir vu un chat dormir sur un siège du salon arrière. Ah ! Voilà le problème que ces français ont essayé de cacher...

Ce fut donc sous le regard inquisiteur de l’officier d’immigration qu’une troupe de matelots (Bosco en tête) se dirigea vers le salon de l’arrière sous l’oeil étonné des nombreux voyageurs. Mais ils ne trouvèrent rien. Ron obligea le contrôleur à avouer le but de l’agitation du voyage.
Cette fois, nous étions coincés car il demanda à téléphoner...

- En passerelle, la décision déchirante de faire deux tours de plus en rond le plus lentement possible devant les jetées avait été prise. Du bureau du contrôleur, on me demanda d’établir une communication
en VHF et le Cdt me demanda de faire traîner les choses, dans l’espoir que... Mais le désespoir l’habitait.

Le Chartres à la fin de sa période dieppoise, vers 1989

Finalement, une petite jeune fille (française) se présenta au bureau du contrôleur avec son grand sac de voyage, puis demanda à l’écrivain ce qu’elle devait faire avec ce chat qui dormait dans son sac et qui n’était pas le sien...

Elle l’avait trouvé dedans et avait jugé bon de le laisser dormir à l’intérieur durant tout le voyage. Mais il n’était pas question pour elle de l’adopter pour autant. Secoué, le greffier s’était réveillé, il resta dans le sac en ne sortant que la tête pour se faire caresser en restant très calme, heureusement. Il n’aurait manqué qu’il ne s’échappe.

Il ronronnait comme le Chartres à quai devant la gare maritime. Il fut saisi, rendu à sa famille et Ron l’officier d’immigration renonça à téléphoner. Ouf ! La passerelle avisée, le Chartres s’anima pour commencer sa manoeuvre puis s’engagea entre les jetées de Newhaven.

Un accord fut conclu avec la famille, négocié avec par Ron pour qu’il ne débarque pas. Il séjourna donc à Dieppe en pension quatre jours, étant confié à l’une des boutiquières.

Ensuite, il retrouva ses maîtres au retour sans faire d’autre histoire.

Je me demande comment il a fait et par où il est passé pour n’être pas aperçu plus d’une ou deux fois.
Avec plus de 800 pingouins à bord, sans compter l’équipage, c’est fort !

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR 1

Chat tigré informaticien

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NOTE :* Quelques révélations ne vont pas plaire à tout le monde, et c’est tant pis. Il existait aussi en effet, une belle petite bande de cons à l’Armement Naval SNCF, également dans le sous-ensemble Dieppois. Bien sûr ils ne sont pas nombreux, il ne faut pas mettre tout le monde dans ce même sac.
- D’autre part ce n’est pas le plus agréable et encore moins le plus intéressant à raconter. Cela dit peut-être que la vie serait profondément ennuyeuse sans eux... Et il n’est pas inutile de faire connaître tout cela.
- Mon site a effectivement "attrapé un "troll" durant le mois de juillet 2008. L’un d’eux s’est en effet exprimé ici le 26 Juillet dans toute sa virulence. Il n’arrive rien à ceux qui ne font rien. En ne fréquentant personne, on ne risque pas d’attraper des morpions.
- Le problème est aussi que les passages à mon bord sont nombreux.
- A propos de dates, il est évident que certaines dates sont parfois fausses ici, car ma mémoire peut aussi être défaillante. Autant pour moi.
- Les articles les plus anciens du site ont souvent été rédigés à la "vitesse grand-V", et corrigés par la suite. Mais l’accident informatique du 8 Juin dernier m’oblige à tout re-corriger.

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/