Souvenirs de mer

2 septembre 2005

Le mal de mer, l’ennemi !

C’est aussi l’ennemi des sous-mariniers. Ce fut surtout le cas pour les grands anciens, mêmes si ceux d’aujourd’hui risquent encore parfois d’en souffrir. Aujourd’hui cela reste une exception, car les "bateaux noirs" modernes ne font jamais route en surface longtemps.
- Bien que... Un sister-ship de celui montré ici a dû subir une douloureuse exception à cette règle.

(revu le 3 Oct. 2007 et réparé le 20 sept. 2008).

L’USS Alexandria en visite à Toulon (2006)

L’excellent article consacré à la suite des malheurs de l’USS San Francisco lu il y a quelques jours, fait à peine allusion au mal de mer...
- La galère de l’USS San Francisco

Le Téméraire et ses formes modernes

Cela dit cette traversée fut certainement parfois pénible, car un sous-marin d’aujourd’hui n’est pas du tout adapté à une navigation longue en surface, contrairement aux glorieux prédécesseurs dont les formes de coque étaient plus proches de celles d’un navire de surface...

Le Téméraire et ses formes modernes

Ce mal dangereux est plus ou moins contagieux, surtout en espace confiné. C’est en traversant les "espaces passagers" du Car-Ferry Chartres que peu après, j’ai senti les premiers malaises de ma vie. Ayant déjà trois ans de navigation sans y avoir été sensible, j’en fus presque traumatisé lorsqu’il fut certain que c’était le mal de mer :
- Je me croyais totalement immunisé. Sotte prétention...

Ce n’est pas une simple coïncidence car ils étaient presque tous malades. Certains passagers ont en effet une fâcheuse tendance à se laisser aller, ce qui est vraiment la dernière des choses à faire, avec les conséquence prévisibles que nous devinons car la Manche était ce jour-là, loin d’être comme une table.

Chevalier Teutonique en veille, à bord d’un U-Boot de la flotte Atlantique des années 40, photo Claude Lagier

Il fallait avoir le coeur bien accroché n’est-ce pas ? Et pas seulement le coeur !
- Durant l’escale de Dieppe, dès que le dernier passager visible eut quitté le bord, le "corps de balais" de l’Armement Naval SNCF prit le navire d’assaut comme il se doit. Ils ne s’ennuyaient jamais après le mauvais temps, je vous prie de me croire.

Quand j’écris passager "visible, c’est pour dire qu’il n’était pas rare de retrouver quelqu’un dans les toilettes ou ailleurs dans un état tel que, cela m’évoque à présent la Yougoslavie de 1994... Je me souviens d’un petit monsieur... L’état dans lequel il fut retrouvé est indicible.

Un cornichon du corps de balais de l’Armement Naval qui trouvait cela drôle, (peut-être en effet il vaut mieux en rire, bien que...) me choppa alors que je traversais le navire pour débarquer, il tenait absolument à nous le montrer :
- Venez voir ! On en a trouvé un beau ! Ces étudiants avaient le sens de l’humour malgré ce travail ingrat mais indispensable.
- Mais laissez-moi donc mourir... je vous en prie... suppliait encore le malade, 40 minutes après l’arrivée.
(nous avons dû appeler un médecin, c’est sûr !) Je jure n’avoir jamais dans ma vie, laissé tremper ma cravate là où celle de ce monsieur...

Mais j’ai pu voir que c’est arrivé. Encore un qui préféra passer par Eurotunnel après ça...

Les années 40 et 50, le Blaison ex U-123 : Un beau nez

Le mal de mer est Toujours Pénible même pour ceux qui en ont l’habitude. Il y a des marins courageux, très courageux, qui naviguèrent longtemps tout en ayant le malheur d’être des "sujets" hypersensibles.

Mais le pire se manifeste lorsque la victime a commencé par se laisser aller, c’est à dire ne pas manger et ne plus rien faire. (etc...) C’est la plus mauvaise attitude. Il faut absolument manger, même si c’est écoeurant.
- Tout le reste, les pilules etc. n’est que placebo et arnaque de laboratoires pharmaceutiques qu’on croirait plus sérieux :

En effet, pas plus que pour voler tel un oiseau, l’être humain n’est pas du tout adapté à vivre sur l’eau en mouvement, ceci dérègle ses moyens nerveux physiologiques de régulation de l’équilibre. Seuls l’effort de ne plus faire attention à cela et un constant apport d’énergie en mangeant beaucoup, peuvent atténuer le malaise naturel.

Les années 40 et 50, le Blaison ex U-123 : Un beau cul

Tant que cela ne dure pas, le mal de mer n’est pas dramatique. Mais si cela dure des jours, c’est terrible et peut même être mortel.
- D’autre part il me semble (c’est à vérifier) que les femmes résistent mieux au mal de mer. Cette réflexion se base sur mon observation des passagers du Transmanche Dieppois.
- Il ne faut pas se moquer des victimes du mal de mer. Tout au plus peut-on se limiter à en rire lorsque des situations "spectaculaires" surviennent, mais avec mauvaise conscience. En particulier à propos de ces innocents passagers du CF Chartres ou du Valençay qui m’a lui aussi a su me rendre sensible.

Autre temps autres formes, années 60 et 40 : L’Andromède & le Blaison

L’occasion est venue d’évoquer ici une anecdote des U-Boot de la seconde guerre mondiale, l’une de celles de mes voyageurs du Pointe Sans Souci. On y constate que le mal de mer à lui seul, peut suffir à faire capoter une opération militaire pourtant préparée "aux petits oignons" par des "pros" très méchants et très motivés.

Le Blaison est un U-Boot "repenti", surtout saisi en 44 dans une alvéole de sa base....

L’une des dernières croisières de guerre d’un de mes témoins anciens sous-mariniers fut une mission à caractère hautement sulfureux :
- Il fallait déposer clandestinement sur la côte Est (en Floride) des Etats-Unis deux espions et saboteurs nazis. C’était une mission très dangereuse car la chasse aus U-Boot était alors plus qu’ouverte, elle était devenue en février 1945 extrêmement efficace.
- Ils loupèrent leur (mauvais) coup aux USA dans des pathétiques circonstances. 60 ans après on peut en rire mais c’est bien seulement parce que c’était eux !

Presque tout était prévu, des complices sur place, leurs capacité à parler l’anglais comme il le faut là-bas, leur connaissance préalable des lieux, les faux papiers et... Et ces deux-là étaient de vrais nazis parfaitement (si j’ose dire) convaincus, bien formés et motivés dans toutes les disciplines indispensables à leur mission dont le but resta totalement inconnue de leur "transporteur".
- "Ils étaient des nazis fanatiques, comme dans un film..." précisa mon narrateur Teutonique. Moins romantique fut la cause de leur échec.

En effet le mal de mer n’était pas prévu lors de cette mission, lourde erreur ! Très lourde erreur...

Autre U-Boot repenti, le Cdt Bouan ex U-510

Cette traversée épique dura 21 jours et nos deux "opérateurs" ne réussirent pas à s’adapter physiquement à la vie à bord d’un U-Boot, navire petit et étroit, roulant bord sur bord et tanguant joyeusement lors des "séances" obligatoires de recharge des batteries en surface ou pas assez loin dessous en faisant route au Schnorkell...

Ils furent rapidement tous les deux irrémédiablement malades à crever, perdant peu à peu l’un 6 Kg et l’autre 9 Kg. Le bord envoya des radiogrammes frénétiques à l’Etat-major pour expliquer tout ça, mais on se souvient que durant cette période désastreuse en Allemagne, à Berlin ils avaient d’autres chats à fouetter que ce U-Boot et sa mission. La réponse était invariable :
- Exécution !! Et que ça saute !!

C’est ainsi qu’ils furent débarqués avec soin sur la côte dans des conditions rocambolesques dignes du livre du Cdt Lherminier et de son Casabianca. Celui-ci aurait su apprécier en grand connaisseur qu’il était.

Le Bouan à sa base de Lorient, ici devant une alvéole

Parenthèse : Pour bien lire le livre du du Cdt Lherminier, il faut sur une table à côté du canapé du lecteur, les cartes marines des côtes concernées de la Corse et de la côte d’Azur... Alors, on se rend compte de ce que faisait le Casabianca.

C’est seulement 12 ans après qu’ils réussirent à savoir ce qui arriva aux deux agents :
- Tous les deux avaient un tel look, qu’ils furent très tôt repérés et... hospitalisés à cause de leur triste santé ! Interrogés par un flic soupçonneux, cela se termina par...
- Une condamnation à 8 ans de placard, à cause du mal de mer.

Le Bouan à sa base de Lorient, ici devant une alvéole

En plus, l’un d’eux avait des tendances à la claustrophobie... Le pôôvre. C’est à se les plier de rire, ou de peur.
- Cela dit, même s’ils avaient réussi... Au début de 1945 il était déjà trop tard. Ces marins allemands savaient fort bien que "les carottes étaient cuites" et ils en voulaient à qui nous savons de les avoir emmenés en galère. Ils ne se privèrent donc pas à bord, du Cdt au plus jeune, de se payer la tête des "intéressés" qui commençaient ainsi à expier bien des choses avec le mal de mer pour commencer.

Stage des sous-mariniers d’Israel à bord du Bouan : ont-ils souffert ?

Ce qui me ferait plaisir, serait de recevoir l’opinion du corps médical sur la question du mal de mer. C’est "tordu" le mal de mer. S’il y a d’abord des causes physiques, les états d’esprit du moment comptent aussi pour les "intéressés".
- Passer de l’état de bonne santé jusqu’au pire en ayant perdu 9 Kg en 10 jours et faire des tentatives de suicide par désespoir, c’est grave.

Bien navicalmement - Thierry Bressol R/O
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"TUYAUX GRIS", SOUS-MARINS et/ou GUERRES Mondiales

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
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