Souvenirs de mer

6 septembre 2005

Pourquoi suis-je en Belgique ?

Une double question m’a encore été posée dernièrement :
- Comment se fait-il aussi que j’ai navigué sous pavillon belge ? Cela peut paraître étrange, mais c’est en Australie que j’ai rencontré la Belgique...

C’est arrivé à Newcasttle, non loin de Sydney en 1985...
- Ce fut raconté pour la première fois le 24 novembre 2001 à 23:51.
- Et... Ce fut corrigé le 16 Novembre 2007 :

Effectivement, la tendance naturelle de "l’Européen moyen" étant de descendre vers le Sud explique que les Belges connaissent fort bien la France, tandis que les Français connaissent en général beaucoup moins bien la Belgique.

D’autre part, la marine marchande française avait tendance à "tourner" en circuit fermé presque étanche. Cela étant, seul le hasard pouvait intervenir pour me faire "naviguer belge" !.

Une Visiteuse à bord

J’ai aussi dû raconter ici les dangereuses sottises de la très mauvaise ambiance à bord du Pierre LD en 1985. Cela dit, il ne se passait pas à son bord que des évènements négatifs. Totalement insensible à tous les états d’âmes possibles de son équipage et de ses officiers, ce navire poursuivait toujours benoîtement durant ces 7 mois, son job classique de navire de commerce pour son armateur comme les autres. Chez LDC et Gearbulk à Paris tout le monde était content...

Le Pierre LD de 1980, c’est arrivé à son bord.

D’autre part d’un point de vue géographique, ce fut un excellent voyage. J’ai fait lors de cet embarquement de nombreuses et intéressantes rencontres. L’une d’elles a eu une conséquence tout à fait inattendue car ce fut la raison première pour laquelle je réside aujourd’hui en Belgique.

En escale à Newcastle (Australie), j’étais en fin d’après-midi encore "coincé" à bord, étant en train de faire mes comptes dans le cadre de ma seconde fonction de commissaire.

Le Charles LD, sister-ship du Pierre. Sur les trois photos, voir les grands portiques.

Soudain, le matelot de garde à la coupée me téléphona. Je me suis demandé ce qui se passait car une jeune fille voulait rencontrer l’Officier Radio. Pourquoi pas ? Pensais-je, mais je ne connais personne en Australie. J’ai d’abord supposé que c’était une autorité locale. Le matelot de garde ajouta un très étrange "desiderata" :
- "Elle veut... voir la boule, ou les boules (qué passa ?) et elle parle le français avec un drôle d’accent..." Expliqua-t-il. Encore plus bizarre. Enfin... Il n’était pas vraiment question de refuser une visite féminine, même imprévue. Très mobilisé par mes comptes, j’ai bêtement demandé :

- "Mais quelle(s) boule(s) ?" Et le gars de la coupée ricanait bêtement.
- " J’sais pas m’sieur l’radio..."
- "Qu’elle monte ! Je l’attends à la porte de l’ascenseur ! Merci m’sieur Cazaban, et bonne veille !"

Elle veut voir mes boules... Qu’est-ce que c’est que ça ?

Elle se présenta comme étant la "Marconiste", car on dit cela en Belgique, pour "Officier Radio, à bord du très gros minéralier Belge Orinocco qui se trouvait au même quai, à 20 mètres derrière nous.

Non, il n’a pas embarqué un champigon hallucinogène. Le Fleur de Lampaul aussi, a un Satcom. C’est pop !

C’était fort simple, elle voulait tout bêtement voir "mon" Satcom Inmarsat A, curiosité professionnelle oblige...
- A l’époque l’équipement Inmarsat des navires était en "plein boum", mais n’était pas encore très fréquent et encore moins banal comme en 2007. Tous les navires ont aujourd’hui une boule blanche ou plus...

En 1985, moins de 1500 navires étaient équipés de la sorte. Donc, la grosse boule blanche protectrice de l’antenne se remarquait de loin.

Un Satcom Inmarsat A - En 1979 déjà...

Elle n’avait pas de Satcom à son bord et n’en avait encore jamais vu un.

Il était évident que la plus élémentaire curiosité "pro" l’inciterait à tenter de visiter un navire équipé. En 1979 à Djibouti, j’étais monté de la même façon à bord d’un cargo Hollandais avec la même curiosité et fus fort bien reçu par mon excellent et aimable confrère. Il me fit quelques démonstrations étant fier et content de montrer son matériel comme "sa science". De même, j’ai tout montré et expliqué à ma très jeune collègue Belge. Elle put même photocopier une grande partie de la documentation de mon "ESZ 8000" Sperry. Nous sommes ensuite allés sur la passerelle supérieure ("monkey bridge" pour les Belges) pour monter sur le mâtereau et rentrer "dans la grande boule" blanche. Cette autre visite s’imposait car il lui fallait naturellement aussi voir l’antenne.

Inmarsat aujourd’hui, on ne rentre plus dans la boule, on ouvre ! Faut-il un ouvre-boîtes ?

Un détail (ennuyeux sur le moment) reste amusant, la collègue étant un peu "large", elle a donc eu un peu de mal à passer dans la trappe sous la boule blanche. Mais cela s’est arrangé fort heureusement.
- "Elle n’est pas si large que ça..." ai-je pensé derrière elle en l’observant se glisser dedans.

Un petit tour dans les antennes, sans perdre la boule

A l’époque, les antennes Inmarsat A étaient très grandes (1,20 m) et l’espace intérieur du radôme permettait même la visite et les travaux à deux. La suite est facile à prévoir, c’est à dire des invitations réciproques à casser la croûte à bord et en ville, présentation de l’Orinocco etc...

Nous avons donc échangé nos coordonnées, puis j’ai gardé les adresses de Cies Belges qui disait-elle, risquaient de recruter.

Inmarsat est simple à installer à bord en 2006, et la "configuration client" est une carte SIM comme en GSM !

Quelques mois plus tard en congés, j’ai fait un tour en Belgique, pays à la fois relativement proche de Dieppe et totalement inconnu. De passage à Anvers après Brugge, mon extrême curiosité m’incita à rendre visite à deux adresses de Cies.

On était là fort loin de l’accueil parfois glacial des Cies du 8ième arrondissement de Paris...
- "Mais nous n’avons seulement que deux français !!... Vous verrez ! Chez nous-autres les Belges, vous pouvez aussi embarquer votre future épouse régulièrement..." Et j’en passe... Le Cdt Lambrecht était infiniment jovial.

Le Van Dyck au Japon (photo Marc Van Mieghem en Belgische Koopvaardij)

D’autre part, ma future épouse était présente pour ce week-end en Belgique et ne souhaitait que ça, ce qui arriva donc deux ans plus tard.

Nous nous sommes même retrouvés ce soir-là chez ce commandant "à terre", que nous nommons en France "le chef d’armement", pour prendre l’apéritif car c’était l’heure de "débaucher", dit-il avec son accent Flamand à couper au couteau... Ce fut une étonnante visite de la bonne ville d’Anvers.
- Malheureusement, je n’ai plus revu cette collègue Belge, ayant perdu son adresse. Mais ayant laissé traîner mon adresse à Anvers, je fus contacté quelques mois plus plus tard. J’ai donc navigué chez eux peu avant le début du pavillon du Luxembourg à la fin des années 80.

M/V Quinquela Martin. L’ex Van Dyck de la CMB en tenue Belgo-Argentine (cheminée Elma et robe orange)

Bien plus tard, le déploiement des réseaux GSM m’entraîna en Belgique, mais cette fois en pays Wallon finalement, car je me suis naturellement déclaré volontaire devant mon employeur pour aller porter la bonne parole du projet GSM Mobistar en Belgique.
- "Qui ici connaît le pays et veut aller en Belgique ?" se demandait la direction chez Ingenicom.

Je m’y suis donc installé durant une mission de déploiement de sites GSM au début de 1999, étant tombé comme dans une embuscade. C’est là une toute autre histoire, non maritime.

Bien navicalement - Thierry Bressol R/O
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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
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"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/