Souvenirs de mer

6 septembre 2005

Histoires belges ou de navires civilisés

Histoires belges, un autre style de vie à bord.
- Navires "civilisés", question :
- Quelle est la vraie différence entre un navire Européen et civilisé et certains autres ? Par exemple ceux du "shipping international" que sont devenues nos marines marchandes ?

Ce texte évoque mon premier embarquement sous pavillon Belge, en partance pour l’Amérique du Sud. C’est arrivé en 1987.
- Le 9 juin 2003 21:04 (corrigé le 16 novembre 2007 à 16h00)

Avenue du 25 de Mai à Buenos-Aires. Depuis que j’y suis allé, les Champs Elysées me semblent ridicules.

- 1/ Qu’est-ce qu’embarquer ?

En embarquant à bord d’un navire à bord duquel on ne connaît personne, il faut naturellement faire bien attention à ne pas "louper son appontage". Ceux qui ont navigué se souviennent sans doute, qu’un malentendu idiot au moment d’embarquer peut durablement empoisonner les relations entre deux personnes ou même l’ambiance générale du bord. Cela peut arriver plus que facilement.
- Ainsi, à bord d’un navire dont on ne connaît pas du tout les habitudes de vie, on marche naturellement sur des oeufs au moins durant les deux premiers jours. C’est là que l’on découvre concrétement ce qu’est un étranger, c’est à dire soi !

M/V Quinquela Martin. L’ex Van Dyck de la CMB en tenue Belgo-Argentine (cheminée Elma et robe orange)

En embarquant pour la première fois à bord d’un navire belge, ma première obligation fut d’en découvrir toutes les petites habitudes.
- Pour tout ce qui concerne le "boulot" c’est relativement simple car un navire belge, chinois ou néo-zélandais ne se pilote pas vraiment comme une soucoupe volante...

Il n’existe donc pas de véritables causes pour se faire du souci pour les aspect strictement "travail". Par contre, si on se pointe au repas du soir à 19h00 comme à bord des navires français, et bien c’est "tout faux" !
- L’heure "H", ici à bord chez nous autres les Belges, c’est à 17h30 !

Le "fire drill" des Belges a lieu le samedi, mais l’exercice d’incendie de la semaine se déroule chaque dimanche d’un navire Français. Ces nombreux "petits détails" de la vie du bord doivent être découverts, petit à petit.
- Pour le premier repas du soir, je me suis trouvé avec l’officier électricien, le troisième mécanicien et le second lieutenant pont sans avoir loupé l’heure H, ayant été fort bien "briefé" par mon prédécesseur. Heureusement d’ailleurs, car j’avais faim... Et le rata-club est au moins aussi "tête de bois", pas toujours à tort d’ailleurs, chez les Belges que chez les Français !
- Il peut aussi arriver d’autre part très aisément, qu’un Français se trouvant quelque part en Belgique, ou tout simplement parmi un groupe de Belges, soit soupçonné ouvertement d’avoir raconté des "histoires belges", ou dans le meilleurs des cas d’en avoir trop bien ri.

En général, il ne s’agit rien de moins que de renvoyer l’ascenseur avec humour. Et tout le monde d’en rire, en contemplant la tête que fait le "suspect" mis de la sorte plus ou moins mal à l’aise...
- L’affaire de ce cornichon d’animateur TV de TF1 (Dechavannes) était encore récente, juste assez pour que... ("Ciel mon mardi" en 1986 et 87)

Il avait en effet eu la fort riche idée de consacrer son émission à faire rire avec des histoires belges d’un goût si douteux, que TF1 se fit botter le cul par des centaines de milliers de spectateurs, dont les belges ne furent probablement pas les derniers...
- Leur service du courrier s’en souvient certainement encore.

Rue de Tilsit, 9 à Paris : "Ingang & Entrée" C’est sûr ! La Belgique, c’est là !

Même l’Ambassade de Belgique à Paris fit passer un communiqué de protestation dans la presse, c’est dire si c’était de l’humour "léger". Pour ma part, je n’y pensais pas du tout. D’autre part, je n’avais pas vu l’émission en question. Tout au plus, j’avais lu tout cela dans la presse en pensant comme d’habitude :
- Il est c... ce Dechavannes....

Et de rire surtout des ennuis non négligeables que son idée géniale lui rapporta. J’ignorais donc absolument risquer à bord quelques dégâts collatéraux... Voici ce que fut la première frappe :
- "Il parait qu’en France, on aime bien raconter des histoires belges... "
- Silence...

On a vite su d’où je viens à bord... C’lui-là.... Il me cherche, ya pas d’doute ! Que faut-il dire ? Ai-je pensé.
- Silence...

J’ai fini par répondre :
- "Il ne faut pas prendre ça trop au sérieux. Tout ça n’est pas bien malin. Que peut-on en penser d’autre d’ailleurs ?"
- Et puis, à la place du mot Belge, les français auraient pu dire Espagnol, par exemple...

Le "généralissime" Francisco Franco

Commentaire immédiat du steward Espagnol de service à notre table :
- "Yé souis Galicien moua, é yé pé vous lé dire, personne né fé cela avec l’Espagna. Franco aussi, il était Galicien ...."

Malédiction ! C’est sûr ! Avec Franco, car je savais aussi que le généralissime était Galicien, ça ne rigolait pas tous les jours en Espagne à son époque...

Cet autre Galicien ne se laissait pas plus mener en bateau lui non plus... On n’est pas à bord d’un bananier, mais il y a des peaux de bananes. Ce maître d’hôtel Galicien nous donc raconta un jour, car c’était un grand bavard, que lorsqu’il était petit lorsqu’il n’était pas sage, ses parents menaçaient parfois :
- Si tu te tiens pas droit, le Généralissime viendra t’en parler... (mille sabords !)

La tombe de Franco. Le guide nous disait : "Avec l’épaisseur de cette superbe pièce en marbre, nous sommes certains qu’il ne reviendra pas..."

Il me fallait maintenant se rattraper aux branches. Saut périlleux :
- "Non ! Non ! Il faut pas le prendre mal. En fait, il faut le dire ici : En France, beaucoup de gens aiment raconter ce genre d’histoires, parce que c’est très très simple à comprendre ! C’est à la portée de tout le monde, même des plus intelligents..."
- Silence....
- "Oui, c’est très simple à comprendre, en effet..."

Alors, tout le monde a commencé à rire. Ouf ! Peu après, ce fut le tour de l’oficier électricien Flamand de passer à la casserole. Avec les deux Italiens et les Wallons, il lui fallait aussi savoir tirer !

La tradition de "mise en boîte" qui existait entre Marins Français d’origine "SNO" et "CNDF" par exemple à bord des navires gérés par la Cie Denis Frères était retrouvée, mais sous une autre forme.

Buenos Aires et son port

vendredi 18 juin 2004 12:07

- 2/ Qu’est-ce qu’un navire "Civilisé" ?

Pour illustrer tous les propos possibles concernant les marins "pas chers" et les pavillons de complaisance, (on ne m’a pas attendu pour...) voici les relations entre le Cdt Martini et le navire belge Quinquela Martin de la Compagnie Argentine "ELMA" :
- De 1986 à 1988 (si je ne m’abuse, mais peu importe, car cela dura quelques années et c’est le principal) la Cie Nationale Argentine Elma (Empressa Linea Maritima Argentina) affrêta ce porte-conteneurs polyvalent belge "avec armes et bagages" pour sa ligne avec l’Europe de l’Ouest et du Nord.

Le Van Dyck au Japon (photo Marc Van Mieghem en Belgische Koopvaardij)

Le Van Dyck de la Cie Maritime Belge resta un peintre pour respecter la Tradition, mais il adopta le nom (moins illustre en Belgique) de Quinquela Martin, et porta donc la belle cheminée "Elma" tout en gardant sa coque à la robe orange très typiquement "CMB".
- J’ai eu le plaisir et l’honneur de naviguer à son bord, avec ma fiancée de surcroît, qui était étudiante à l’époque. On ne refuse pas une si sympathique proposition venue du Cdt Lambrecht, personnage haut en couleur des bureaux de la CMB à Anvers. Il faudra plus tard reparler de ce personnage haut en couleur, qui demeure un autre bon souvenir. C’est là un autre type de relations sociales n’est-ce pas ?

A Buenos Aires, lors d’un pot au salon alors qu’il y avait "de l’ambiance", le Cdt Martini, un responsable commercial de Elma, nous expliqua que de tous les affrétés, le Quinquela Martin était et de fort loin, le plus cher, navire Européen oblige...

L’un de nous, notre chef mécanicien Italien, lui posa avec imprudence la délicate question suivante :
- "Actuellement, la mode est au "toujours moins cher", alors pourquoi sommes-nous donc avec vous ?"

La réponse fut immédiate, sangria en main :
- "Avec ce navire Belge de la CMB, il n’y a pas de grève, pas d’incident technique, pas d’incident avec les autorités où que cela soit, pas de malade, pas d’accident à bord (zéro accident grave en plus de trois ans ! Pas de... Etc... En bref, jamais d’emmerdement !"

Il ajouta en souriant :
- "Pour résumer et rester bref, nous n’avons Jamais d’emmerdement ! De surcroît, le Quinquela arrive toujours le jour prévu ! Avec seulement des navires comme le votre, qui n’est pourtant ni magnifique, ni tout neuf, je m’ennuierais dans mon travail !"

Pour une bonne question, ce fut bonne réponse !

En effet, lors de ce passage à "B.Aires" le souci le plus complexe qu’il rencontra avec le Quinquela Martin fut...

La fiancée du marconiste (moi-même), l’étudiante qui réalisa soudain qu’il lui fallait débarquer pour ne pas louper le jour d’un examen en fin Septembre. Ce genre problème de timing idiot était bien connu de tout ceux qui ont emmené leur épouse à bord...
- D’autre part, si quelqu’un devait se faire remarquer, il fallait que ce soit des français !

J’aime autant vous le préciser, cela fut "vite torché" et sans ennui aucun, pour la mettre dans l’avion et bye-bye ! Le Cdt Martini ajouta que ce fut un vrai plaisir que de s’occuper d’elle et de ces quelques formalités.

Tout le frêt "commercialement sensible" prenait donc le Quinquela Martin, tout naturellement !

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR 1

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


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