Souvenirs de mer

18 mars 2009

Quand Ibn Jubayr a fait naufrage

Pour son retour "au pays", Ibn Jubayr fut amené à prendre à Tyr au Liban d’aujourd’hui, un autre navire Chrétien. En effet celui qu’il a choisi appartenait encore un Capitaine-armateur Génois. Son capitaine était un brillant et lointain prédécesseur du créateur Italo-Suisse de la Cie MSC, car son bateau était plus grand, mieux équipé et plus beau que tous les autres...
- Ibn Jubayr était en effet un homme méticuleux autant qu’un voyageur averti.

(Vendredi le 13 Mai 2005, réparé et corrigé le 9 Février 2011)
- Suite de Ibn Jubayr, Grand Voyageur Maritime de 1185 :

N’est-ce pas de tous les Temps finalement ? Choisir un navire pour voyager était déjà à cette époque, une opération très délicate.
- Il se trouve que même en 1185 un certain nombre de navires pouvaient être désignés comme étant "sous-norme". Bien sûr, on ne le disait pas comme cela à l’époque, mais pour citer cet excellent voyageur, certains navires étaient déjà fort nombreux à ne pas vraiment inspirer la confiance à un homme d’expérience !

La couverture d’une édition récente de "Rihla" en anglais

Les passagers pèlerins Chrétiens et Musulmans toutes et tous de retour vers l’Europe ou le Magreb, logeaient en général à bord "chacun dans son coin" pour éviter les éventuelles mais rares querelles. Cela dit lorsque les choses en mer commençaient à mal tourner, la solidarité était toujours exemplaire nous rappelle Jubaïr, quand une "situation de galère" survenait.
D’autre part à l’époque le terme de galère était plus que parfaitement adapté à la situation...

Je dois aussi ajouter qu’après s’être fait "plumer" par les Egyptiens d’Alexandrie, la tonte était achevée au Caire, où l’on savait fort bien exploiter intelligemment les fiches des fonctionnaires douaniers d’Alexandrie :
- Heureusement qu’ils n’avaient pas d’informatique !

L’Etna

Ce voyage à la Mecque tel qu’il fut raconté, n’est pas sans d’étranges similitudes avec...
- Un récit-reportage publié en Hiver 2004/2005 dans "Libération" consacré au fameux pèlerinage, tel qu’il se fait aujourd’hui. On prend maintenant l’avion pour le "Haj" certes. Mais les pèlerins de 2005 sont traités de façon étrangement comparable à ceux des années 1180, c’est à dire pas très bien... Pour rester poli !

Pour faire ce pèlerinage aujourd’hui aussi il vaut mieux être jeune, riche et bien portant que pauvre, vieux et malade... D’autre part les plus pauvres peuvent avoir l’esprit tranquille s’ils n’ont pas la capacité financière de faire ce voyage, qui est aussi un devoir religieux. En effet le Coran est clair sur la question, le pèlerinage à la Mecque est vivement recommandé mais pas une obligation impérative. Pour résumer, doit y aller qui le peut matériellement, physiquement et financièrement.

D’autre part, encore une chose qui a peu changé, les relations entre les Musulmans d’Orient et ceux d’Occident, c’est à dire le Magreb ou l’Europe des années 2000, pour ce que j’ai su voir moi-même en Jordanie durant l’Eté 2000, sont encore restées très "contrastées", pour ne rien dramatiser.
- "Attention ! c’est un Algérien, ils sont dangereux..." m’a-t-on dit à Amman une fois.

A propos des chanteuse et danseuses venues exercer au Piano-bar tenu par un Irakien à côté de mon Hôtel Jordanien :
- Ces jolies filles soulevèrent mon profond étonnement car seul, je comprenais ce qu’elles se disaient entre elles ! Tout bêtement elles parlaient le français entre elles pour n’être comprises par personne. Je me suis donc bien amusé.
- "Ce sont des Algériennes, il faut donc s’en méfier..." Elles étaient un peu légères ces artistes, certes ! Mais elles n’étaient pas des terreurs et savaient aussi tenir leurs distances. Bien que...

Cela dit, avec elles j’avais au moins dix points de plus d’avance. En plus, au début en me voyant de loin, elles ne savaient pas que je les comprenais ce qui est parfois bien utile. Leur surprise a fait plaisir à voir, surtout l’éclat de rire que cela déclencha, car elles parlaient trop entre elles.

Le Stromboli tel que je l’ai vu

"Rihla" ou "Voyage", raconte aussi son Naufrage dans le détroit de Messine. Ibn Jubaïr n’était pas seulement un érudit, ce qui allait avec sa situation de haut de fonctionnaire local tenant un rang équivalent à celui de préfet à Grenade, mais cet excellent observateur était surtout un narrateur écrivain de talent. Ses récits sont souvent pleins d’humour ou d’ironie, même celui de son naufrage au large de la Sicile.

Le détroit de Messine vu par Michelin

Son livre il faut aussi le dire, n’a pas vraiment vieilli. D’autre part il est prévisible qu’à l’Institut du Monde Arabe de Paris, Ibn Jubaïr (prononcer"djou-ba-ir") soit assez facile à trouver. En attendant, ici il est cerné.

Le Stromboli tel que je l’ai vu de loin

Ibn Jubaïr est beaucoup plus connu en Europe du Nord dans les ports par quelques "connaisseurs" avertis car, comme Al Ghassani par exemple, c’est aussi un nom classique de navire Marocain. Ibn Jubaïr est naturellement resté bien connu au Magreb et plusieurs navires ont porté le nom d’Ibn Jubayr, en particulier un énorme méthanier.
- Un épisode fort de ce livre m’a interpellé, son naufrage dans le détroit de Messine.

Une vue du détroit de Messine

Ceci leur est arriver après un certain nombre d’épisodes très durs dans le mauvais temps en Méditerranée. Ce récit nous montre que nos "anciens" savaient se démerder et qu’ils embarquaient aussi des pièces de rechange, un peu comme nous. Il y avait à bord de nombreux espars, des pièces de mâture et de voilure entre autres choses et un équipage nombreux comprenant quelques solides charpentiers.

Le détroit de Messine vu par satellite

Ils furent pris dans un coup de vent de Sud qui les jeta finalement à la côte après une lutte difficile et vaine, au moment de se présenter dans le détroit par le Sud. Lorsque le navire fut "pris" et échoué dans les rochers non loin de la ville, les gens du coin sont venus bien sûr avec leur canots... Dieu fut chaudement remercié d’avoir su calmer la météo et ainsi permettre leur sauvetage.
- Les premiers à débarquer furent naturellement les riches commerçants Chrétiens avec le grand canot du bord et leurs plus précieux biens, mais celui-ci fut brisé en accostant sans pourtant perdre trop des gens ni de biens. Ces braves gens avaient d’autre part la bonté de laisser beaucoup d’argent aux personnes restées à bord. C’était un bel acte de solidarité car effectivement à l’époque, ce qui ne semblait pas scandaliser Ibn Jobaïr car c’était dans les moeurs du moment, il fallait payer pour être récupéré par les habitants...
- J’imagine avec un peu d’amusement sardonique, le capitaine du canot de la SNSM noter par VHF le numéros de Cartes Visa ou Master-card à tous les "demandeurs" au moment d’arriver sur site...

Le détroit de Messine

Cela dit les derniers à débarquer n’avaient plus assez pour payer et plus grave, la situation commençait à devenir "délicate" à bord du navire échoué. La coque commençait en effet à se détruire. Qu’à cela ne tienne ! Le Roi Guillaume de Messine étant informé, il promit de faire payer les sauveteurs, même en sachant que les derniers pèlerins ne seraient pas à même d’assumer leur dette ensuite... Il arrivait souvent que les habitants cottisent pour payer le sauvetage des indigents, quitte parfois à leur offrir un job sur place pour s’acquitter de leur devoir.
- On ne faisait pas que s’entretuer bêtement entre chrétiens et musulman à l’époque, contrairement à la légende.

Il nous fut dit qu’au début de l’études du génial Futur SMDSM ou GMDSS pendant les années 1980, un complot fut ourdi pour... Que les radiocommunications de détresse fussent payantes. Mille sabords ! Cela fut sans doute présenté avec un certain "manque de pédagogie" comme la tentative de Constitution Européenne en Mai 2005, car les multiples hurlements immédiats des navigateurs et de leurs représentants stoppèrent net heureusement cette tentative.
- Cela ne s’invente pas.

Le futur pont de Messine (ouverture en 2011)

A suivre, avec quelques Extraits de "Voyage" d’Ibn Jubayr

Bien navicalement - Thierry Bressol - OR1
- Ibn Jubayr, Grand Voyageur Maritime de 1185
- Quand Ibn Jubayr a fait naufrage
- Extraits de "Voyage" d’Ibn Jubayr

- L’avenir du port de Gaza (le 16 Janvier 2009)

Merci aux sites évoquant Ibn Jubaïr, dont je suis certain qu’en homme moderne qu’il était, saurait apprécier cette façon de se souvenir de lui :
- Témoignage Andalou par Thierry Aimard (aimard.thierry wanadoo.fr)
- L’Egypte aujourd’hui
- Extraits de "Voyage"
- Extraits de "Voyage"

La pensée navale et militaire de l’époque, ça c’est intéressant !
- "Voyage"
- Les Croisades
- Le détroit de Messine
- Messine autrefois
- Le détroit de Messine en Italien

L’amiral Laurent Mérer s’est fait écrivain. Lire "Alindien" aux éditions Le Télégramme.

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
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